Tous les articles par Jean-Baptiste FELDMANN

La Pleine Lune de janvier se lève dans le massif du Queyras

Le photographe Jean-François Gely a merveilleusement immortalisé la première Pleine Lune de l’année dans le massif du Queyras.

Le massif du Queyras est à cheval sur le département français des Hautes-Alpes et sur la région italienne du Piémont. Il culmine à 3.320 mètres avec le pic de Rochebrune. Dans le massif, la pollution lumineuse est encore limitée et les astronomes ont la possibilité de s’en rendre compte à l’Observatoire de Saint-Véran. La préservation du ciel nocturne est d’ailleurs l’une des priorités du Parc naturel régional du Queyras créé en 1977 :

Photographe installé dans la région, Jean-François Gely (Jeff Graphy) voit ses images nocturnes régulièrement primées dans les concours internationaux. Continuer la lecture

L’astéroïde 2022 AE1 va-t-il vraiment heurter la Terre ?

La NASA vient de classer 2022 AE1 en tête des astéroïdes potentiellement dangereux. Faut-il vraiment s’en inquiéter ?

Un nouvel Apollon :

L’astéroïde 2022 AE1 a été repéré pour la première fois le 6 janvier 2022 à 1,3 million de kilomètres de la Terre. La découverte a été réalisée dans le cadre du Catalina Sky Survey, un programme de recherche d’objets géocroiseurs. Rapidement, la NASA a inscrit cet astéroïde de 70 mètres en tête de la liste des corps susceptibles de rencontrer la Terre :

Les géocroiseurs ont des orbites qui peuvent les amener à rencontrer la Terre. © iStock

Pour classer la dangerosité des astéroïdes, les astronomes utilisent l’échelle de Turin. Elle est graduée de 0 (aucun risque de collision) à 10 (collision inévitable entraînant une catastrophe climatique). L’astéroïde 2022 AE1 (un nouveau membre dans la famille des géocroiseurs Apollon) est actuellement au niveau 1. Tous les autres géocroiseurs connus à ce jour sont au niveau 0.  Continuer la lecture

Le ciel aux jumelles : découvrez la belle Ceinture d’Orion

La Ceinture d’Orion est un alignement de trois étoiles au sein de la plus belle des constellations. Explorons cette région aux jumelles. 

Un vaniteux chasseur :

Dans la mythologie grecque, Orion était un chasseur qui passait son temps à se vanter de ses prouesses. La Ceinture d’Orion est composée de trois astres alignés. Il s’agit des brillantes étoiles Alnitak, Alnilam et Mintaka. Elles sont situées respectivement à environ 800, 1.340 et 915 années-lumière de la Terre. De cette ceinture, le baudrier du chasseur, pend une épée. C’est elle qui intéresse beaucoup les astronomes, car elle contient la fameuse nébuleuse Messier 42.

La Ceinture d’Orion est un alignement de trois brillantes étoiles au centre de la constellation du même nom. Elle correspond au baudrier noué autour de la taille du chasseur d’où pend l’épée qui contient la nébuleuse M 42. © Jean-Baptiste Feldmann

Nous avons déjà évoqué à plusieurs reprises cette magnifique nébuleuse. Mais aujourd’hui, nous allons nous concentrer sur la Ceinture d’Orion et en découvrir les richesses avec une simple paire de jumelles. Continuer la lecture

Une tempête géomagnétique imprévue a touché la Terre

Les prévisionnistes n’avaient pas prévu la tempête géomagnétique qui a eu lieu ce 14 janvier, pour le plus grand bonheur des observateurs.

Surveillance solaire :

Les astronomes savent que la formation d’un trou coronal sur le Soleil s’accompagne de violentes bouffées de vent solaire. Si elles frappent la Terre, ces particules énergétiques peuvent provoquer des dysfonctionnements dans les réseaux électriques. C’est pour anticiper ces inconvénients que la surveillance de l’activité solaire existe depuis quelques décennies. Une charge qui incombe à la NOAA (National Oceanic and Atmospheric Administration), qui lance alors un avis de tempête géomagnétique. Leur niveau varie de G1 (phénomène mineur) à G5 (tempête extrême).

Aurore boréale en Finlande le 14 janvier 2022. La Lune éclaire le paysage. © Jari Ylioja

Surprenant les prévisionnistes, une brèche s’est ouverte dans le champ magnétique de notre planète le 14 janvier 2022. Le bouclier qui protège la Terre n’étant plus aussi efficace, le vent solaire a pu s’engouffrer dans l’atmosphère et y provoquer des aurores.

Spectacle sous la Lune :

Vendredi dernier, trois jours avant la Pleine Lune, le ciel nocturne était baigné par la lumière de notre satellite naturel. Les astronomes n’avaient alors plus grand chose à observer. Mais le niveau G2 de cette tempête géomagnétique a été suffisant pour que les aurores boréales fassent une apparition remarquée. Encore fallait-il que des photographes mettent le nez dehors alors qu’aucune alerte n’avait été lancée. En Finlande, Jari Ylioja a eu la bonne idée de sortir et de braver le froid pour immortaliser le spectacle :

Malgré la Lune, l’aurore était bien visible en Finlande ce 14 janvier 2022. © Jari Ylioja

Le ciel s’est paré de magnifiques couleurs vertes et rouges un peu partout en Europe du Nord et jusqu’en Allemagne, où Laura Kranich en a également profité. Bien que le maximum de l’activité solaire ne soit pas attendu avant 2025, il semble que le réveil de notre étoile ne fasse plus aucun doute !

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Plongée dans Hickson 44, un superbe groupe de galaxies

Dans la constellation du Lion, le groupe compact Hickson 44 rassemble quatre belles galaxies en interaction gravitationnelle. 

Les galaxies ont l’instinct grégaire :

Paul Hickson est un professeur de physique et d’astronomie de l’Université de Colombie-Britannique, à Vancouver au Canada. Il y a une quarantaine d’années, il a créé un catalogue astronomique. Le catalogue HCG (Hickson Compact Group) rassemble une centaine de groupes compacts dans lesquels les galaxies sont assez proches pour interagir entre elles. Les forces gravitationnelles les unissent, mais cette union a un prix. Chacune est tiraillée par ses voisines et certaines finissent par fusionner.

Dans ces groupes de galaxies, on observe des formes distordues, des filaments d’étoiles et de gaz ou encore des pouponnières stellaires très actives. Le plus célèbre d’entre eux est le Quintette de Stephan. Cet ensemble de cinq galaxies fut observé pour la première fois par l’astronome français Édouard Stephan en 1878 dans la constellation de Pégase. Continuer la lecture

D’étranges piliers lumineux ont jailli dans le ciel d’Anchorage

Des piliers lumineux produits par des cristaux de glace ont illuminé le ciel nocturne d’Anchorage, la plus grande ville d’Alaska.

Un phénomène récent :

Des phénomènes lumineux atmosphériques viennent parfois illuminer la nuit, tout comme le font les aurores polaires. À Anchorage, l’astrophotographe Todd Salat (Aurora Hunter) a photographié des piliers lumineux, light pillars en anglais. Il s’agit d’un photométéore (du grec phôtόs « lumière » et meteôros « dans les airs »). Mais à la différence des aurores boréales qui naissent de l’interaction entre le vent solaire et la haute atmosphère, c’est la pollution lumineuse qui est à l’origine des piliers lumineux. C’est pour cette raison qu’on observe ce phénomène seulement depuis quelques décennies.

Colonnes lumineuses en formation au-dessus de la ville d’Anchorage. © Todd SAlat

Lorsque ces piliers sont apparus, Todd Salat se rendait au restaurant et n’avait pas ses boîtiers photographiques avec lui. Il a utilisé son smartphone pour immortaliser ce spectacle.

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Sh2-308, la bien nommée nébuleuse de la tête du Dauphin

Savez-vous qu’il existe une tête de dauphin dans la constellation du Grand Chien ? Partons à la découverte de la nébuleuse Sh2-308. 

Bestiaire céleste :

De curieux animaux peuplent le ciel nocturne. Sh2-308, la nébuleuse de la tête du Dauphin, vient compléter un bestiaire déjà riche. Au hasard de nos déambulations cosmiques, nous pouvons croiser un Hibou, une tête de Cheval, un Calamar ou encore une Méduse. Sh est le diminutif du catalogue créé par Stewart Sharpless. Cet astronome américain (1926-2013) consacra la plus grande partie de sa carrière à répertorier les vastes régions d’hydrogène ionisé (H II) qui parsèment la Voie lactée.

Sh2-308 est une nébuleuse qui évoque irrésistiblement une tête de Dauphin. Elle se situe dans la constellation du Grand Chien, non loin de l’étoile Sirius. © Irida Observatory

Actuellement, le catalogue Sharpless compte 313 régions H II situées dans le ciel boréal. La liste australe (catalogue Gum, 85 entrées) fut établie par l’astronome australien Colin Stanley Gum (1924-1960) à la même époque. Continuer la lecture

Insolite : le télescope spatial Hubble photographie la Lune

On pense souvent que la Lune est une cible trop lumineuse pour le télescope spatial Hubble. Ce n’est pas tout à fait exact, en voici la preuve.

Un télescope à tout faire :

Le télescope spatial Hubble (HST) a d’abord été conçu pour observer les astres lointains. Il est à l’origine de quelques-unes des images les plus étonnantes de champs ultra-profonds. Des clichés où les galaxies se comptent par milliers sur une profondeur de plusieurs milliards d’années lumière. Mais cet instrument emblématique, qui a repris du service en juillet 2021 après une panne informatique, vise parfois des cibles plus proches. Il affiche à son tableau de chasse de nombreuses nébuleuses dans la Voie lactée, comme la nébuleuse du Collier :

La nébuleuse du Collier dans la constellation de la Flèche. © ESA/Hubble & NASA, K. Noll

Il lui est même arrivé de photographier des astres dans le Système solaire : planètes, astéroïdes ou comètes. Mais a-t-il déjà pointé la Lune, notre voisine située à seulement 400.000 kilomètres ? Et ses capteurs pourraient-ils résister à une telle luminosité ? La réponse est oui. Continuer la lecture

NGC 3314, l’incroyable (fausse) collision entre deux galaxies

En étudiant NGC 3314, les astronomes ont découvert qu’il s’agissait de deux galaxies sur la même ligne de visée sans aucun lien physique.

Choc cosmique :

Lorsqu’en 1835, l’astronome britannique John Herschel (fils de William Herschel) découvre NGC 3314, il a de quoi être perplexe. Ce qu’il observe dans la constellation de l’Hydre ressemble à une magnifique collision cosmique. On y voit deux galaxies spirales dont les bras se superposent allègrement. La collision semble si parfaite que les astronomes vont y croire pendant plus d’un siècle.

L’Hydre est la plus longue des constellations, glissant de la Vierge au Cancer. © Stelvision

Il faut dire que l’on ne cesse d’observer des rencontres cosmiques. Les grands télescopes construits au XXe siècle nous offrent d’étonnantes images de ces collisions. À l’image de  l’objet de Mayall dans la Grande Ourse. Pourtant, à partir des années 1960, le doute s’installe progressivement concernant NGC 3314.

Perspective trompeuse :

Lorsque des galaxies interagissent, les forces de marée gravitationnelles étirent les belligérants et leur donnent des formes torsadées. La collision déclenche également des flambées de naissances stellaires qui se traduisent par une profusion d’étoiles bleues brillantes et de nuages ​​de gaz. Rien de tout cela n’est visible quand on regarde NGC 3314 !

NGC 3314 est le résultat de l’alignement parfait de deux galaxies. © ESO/Iodice et al.

Dans les années 1980, les astronomes découvrent que les deux galaxies (A et B) qui composent NGC 3314 sont en réalité beaucoup trop éloignés pour interagir. La première est située à 110 millions d’années-lumière, la seconde à 140 millions. Par un incroyable concours de circonstance, elles sont parfaitement alignées quand on les observe depuis la Terre !

À savoir :
  • NGC 3314 n’est pas vraiment à la portée de tous les instruments d’astronomie. Sa magnitude de 12,5 la réserve aux télescopes de grand diamètre. Le portrait de cet objet cosmique est visible en détail sur la page du télescope spatial Hubble et sur celle du Very Large Telescope.
  • Le sigle NGC fait référence à l’imposant New General Catalogue of Nebulae and Clusters of Stars qui regroupe près de 8.000 objets du ciel profond. Initié par l’astronome irlando-danois John Dreyer, ce catalogue fut édité pour la première fois en 1888.

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Que voir dans le ciel nocturne au mois de janvier 2022

En ce mois de janvier 2022, outre les étoiles filantes des Quadrantides, on suivra le basculement de Vénus du crépuscule à l’aube.

Le froid, ennemi de l’astronome :

En astronomie, l’hiver est une saison peu appréciée en raison des basses températures. Elles peuvent en effet rapidement décourager les observateurs du ciel nocturne. Pourtant, la saison a des atouts indéniables. Les nuits sont très longues et il n’est nul besoin de veiller tard pour observer. D’autre part, lorsque le ciel nocturne est dégagé, il est particulièrement noir. Je vous invite donc à mettre le nez dehors en ce mois de janvier 2022 après avoir appliqué mes 5 conseils pour observer sans avoir froid :

En cette saison, il est indispensable de bien se couvrir pour combattre le froid. Vous pourrez ainsi profiter de longues soirées sous les étoiles. © Jean-Baptiste Feldmann

Voici quelques jolis phénomènes célestes que vous pourrez tenter d’admirer si la météo est clémente. Comme toujours, la carte du ciel de Stelvision est une alliée indispensable pour vous orienter sous la voûte céleste. Et pour commencer, découvrons le ciel du mois présenté par la chaîne YouTube Astroculus :

Janvier 2022 dans le détail :
  • Le 2, c’est la Nouvelle Lune. À la veille du maximum d’activité de l’essaim des Quadrantides, les conditions sont idéales pour admirer le passage de quelques jolis météores. Vous pourrez en profiter si vous avez pris la peine de vous éloigner de la pollution lumineuse.
  • Le 3, la comète C/2021 A1 (Leonard) est à sa plus courte distance du Soleil (92 millions de kilomètres). Seuls les observateurs situés dans l’hémisphère Sud pourront voir si elle résiste au chauffage solaire.
La comète Leonard le 26 décembre depuis La Palma. © Sebastian Voltmer Photography
  • Du 4 au 6, le jeune croissant de Lune s’éloigne progressivement de l’horizon Sud-Ouest en début de soirée. Au cours de cette ascension, le croissant passe successivement à quelques encâblures de Mercure, Saturne (le 4) et Jupiter (5 et 6 janvier).
  • Le 9, c’est le Premier Quartier. C’est aussi la conjonction inférieure de Vénus. Cela signifie que cette planète se trouve entre nous et le Soleil, précisément 5° au Nord de notre étoile. Au cours des soirs précédents, Vénus plonge en direction du Soleil. Passée la conjonction, elle redevient progressivement observable à l’aube.
  • Le 13, la Lune gibbeuse brille entre les amas d’étoiles des Hyades et des Pléiades.
La Lune gibbeuse à proximité de l’amas d’étoiles des Pléiades. © Jean-Baptiste Feldmann
  • Le 17, c’est la première Pleine Lune de l’année.
  • Le 25, c’est le Dernier Quartier. C’est la période idéale pour observer la belle constellation d’Orion. Et pourquoi pas, de réaliser votre première photo de la nébuleuse Messier 42.
  • Le 29 à l’aube, on peut admirer Vénus, Mars et le vieux croissant de Lune posés sur l’horizon Sud-Est. 2022 sera une année martienne, la Planète rouge ne cessant de se rapprocher jusqu’à l’opposition du 8 décembre prochain.
La planète Mars photographiée par le télescope Hubble lors de l’opposition 2016. © NASA
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La Lune, Mars et Antarès terminent ensemble l’année 2021

Pour le dernier jour de cette année 2021, le vieux croissant de Lune est rejoint à l’aube par la planète Mars et la brillante étoile Antarès. 

Des astres avant le Réveillon :

L’année 2021 s’achève dans quelques heures. Au cours des 365 jours (et nuits) écoulés, vous avez peut-être profité des conseils prodigués sur ce blog pour admirer le ciel. Reprise de l’activité solaire, ballet des planètes géantes, rendez-vous avec la Lune ou passage de la comète Leonard, il y en avait pour tous les goûts. Ce 31 décembre, vous allez même pouvoir lever les yeux une dernière fois avant de préparer votre Réveillon. En fin de nuit, trois astres se retrouvent au-dessus de l’horizon Sud-Est :

Le 31 décembre à l’aube, le vieux croissant de Lune sera accompagné de deux astres rougeoyants, la planète Mars et la brillante étoile Antarès. Le cercle blanc représente le champ de vision dans une paire de jumelles standard. © Jean-Baptiste Feldmann

Il y a d’abord la fine barque lunaire qui se détache sur le fond du ciel en train de s’éclaircir. Une soixantaine d’heures avant la Nouvelle Lune, notre satellite naturel est accompagné d’une discrète lumière cendréeContinuer la lecture

Dans le ciel de La Palma, la comète Leonard fait son show

Continuant de s’approcher du Soleil, la comète C/2021 A1 (Leonard) offre un spectacle étonnant depuis l’île de La Palma aux Canaries.

Entre volcan et ciel étoilé :

On a beaucoup parlé de La Palma ces derniers mois. C’est en effet sur cette île de l’archipel des Canaries qu’est entré en éruption le Cumbre Vieja. En activité depuis le 19 septembre 2021, le volcan s’est éteint un peu avant Noël. Mais les volcanologues ne sont pas les seuls à fréquenter cette île. Les astronomes y ont mis en service depuis 2007 le plus grand télescope optique du monde. Il s’agit du Gran Telescopio Canarias construit à 2.400 mètres d’altitude :

Le Gran Tecan est construit au sommet de l’île de La Palma. © Jean-Baptiste Feldmann

Cet instrument géant (300 tonnes monture comprise) fait partie de l’Observatoire del Roque de los Muchachos. Sous une coupole de 32 mètres de diamètre, son miroir primaire est composé de 36 miroirs hexagonaux. La surface collectrice totale est de 75,7 m², soit l’équivalent d’un miroir sphérique de 10,4 mètres de diamètre. Continuer la lecture

Fin d’année 2021 : ne manquez pas le beau croissant de Vénus

Savez-vous que le mince croissant de Vénus est actuellement visible avec une simple paire de jumelles ? Suivez le guide ! 

Une planète qui se rapproche :

Installée depuis des mois dans le ciel du soir, Vénus, la seconde planète du Système solaire, continue de se rapprocher du Soleil. Elle sera en conjonction avec notre étoile le 9 janvier prochain. Il s’agira d’une conjonction inférieure (la planète se trouve entre nous et notre étoile), Vénus passant à 5° au nord du disque solaire. Si l’orbite de la planète n’était pas inclinée, nous assisterions alors à un transit de Vénus devant le Soleil comme ce fut le cas les 5 et 6 juin 2012 :

Transit de la planète Vénus devant le Soleil les 5 et 6 juin 2012. © NASA/SDO

C’est lors des conjonctions inférieures que Vénus se rapproche le plus de la Terre. Le 9 janvier 2022, elle sera à moins de 40 millions de kilomètres de nous. C’est aussi l’époque où l’on peut observer le croissant de Vénus. Car tout comme la Lune, Vénus présente des phases. Suivant la configuration Soleil-Vénus-Terre, on peut ainsi la voir en croissant, en quartier ou même gibbeuse :

Variations de la phase et de la taille apparente de la planète Vénus entre les mois de janvier et mai 2012, avant le transit devant le Soleil les 5 et 6 juin 2012. © Efrain Morales Rivera
Croissant vénusien au crépuscule :

Lors d’une conjonction inférieure la planète se situe au plus près de la Terre et peut atteindre en théorie un diamètre apparent de 68 secondes d’arc (cette fois le maximum sera de 63,2 secondes d’arc le 9 janvier 2022). Un tel diamètre permet donc de repérer le croissant de Vénus avec une simple paire de jumelles ou une petite lunette astronomique puisque la forme devient évidente avec un grossissement d’au moins une dizaine de fois. On peut le constater sur l’image que j’ai réalisée au cours de l’été 2015 :

Croissant de Vénus et passage d’un avion saisis à l’aide d’un boîtier Finepix HS20 équipé d’un zoom de 720 mm de focale le 20 juillet 2015. © Jean-Baptiste Feldmann

Attention : à l’approche de la conjonction, la distance apparente entre Vénus et notre étoile diminue chaque jour. Prenez garde de ne pas pointer accidentellement le Soleil quand vous visez Vénus !

Comment procéder :

Pointez Vénus une fois le Soleil couché. Vous trouverez facilement la planète, particulièrement brillante au-dessus de l’horizon Sud-Ouest, dans le prolongement de l’axe Jupiter-Saturne :

Le bel alignement Jupiter-Saturne-Vénus (ici le 22 novembre 2021 au-dessus du site mégalithique de Stonehenge) se poursuit en décembre. © Stonehenge Dronescapes

Vous pouvez stabiliser votre paire de jumelles en l’appuyant sur un pied photo, ou en posant vos coudes sur une table. Une longue-vue d’ornithologie est également bien adaptée à ce type d’observation. À la fin du mois, vous verrez un croissant d’une minute d’arc (1/30e de la taille apparente de la Lune) dont la fraction éclairée représente seulement 4% du disque vénusien. Après sa conjonction inférieure le 9 janvier 2022, Vénus redeviendra observable, mais cette fois à l’aube.

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En 1066, le passage de la comète de Halley fut exceptionnel

Au printemps 1066, la comète de Halley illumina le ciel nocturne. Ce fut l’un des plus beaux passages de cet astre chevelu.

Des conditions exceptionnelles :

En 1066, elle ne s’appelait pas encore comète de Halley. Il faudra attendre la fin du XVIIe siècle pour qu’elle prenne le nom de l’astronome britannique Edmond Halley. C’est lui qui déterminera sa périodicité (76 ans environ) grâce à ses calculs. Au Moyen Âge, personne ne sait encore ce qu’est une comète et ne peut en imaginer la trajectoire dans le Système solaire. Lorsqu’elle s’approche au cours du printemps 1066, la future comète de Halley se trouve dans des conditions idéales. Elle va passer à seulement 15 millions de kilomètres de la Terre. Par comparaison, lors de son passage en 1986, elle était à 63 millions de kilomètres.

Dessin d’un passage de la comète de Halley, d’après une gravure sur bois représentant la Grande comète de 1577 au-dessus de Prague. © Christine Sasiad

Pendant quelques nuits, son noyau va briller autant que Jupiter. Quant à sa queue de gaz et de poussière, elle s’étire sur un quart de la voûte céleste ! C’est un spectacle qui fascine et impressionne les hommes. À une époque où la pollution lumineuse est inexistante, impossible de ne pas la remarquer.

La comète immortalisée :

Le passage de l’astre chevelu sera consigné aux quatre coins du globe. La comète apparaît sur la tapisserie de Bayeux, une broderie qui raconte les exploits de Guillaume le Conquérant :

En Italie, les archives de la cathédrale de Viterbe mentionnent son observation tout au long du mois d’avril. Dans le Koryo-sa, un traité historique officiel relatant l’histoire de la péninsule coréenne, elle est décrite comme étant aussi grande que la Lune. Son passage est également évoqué dans les Annales du royaume d’Irlande par les quatre maîtres, récits de l’histoire médiévale irlandaise :

Page d’introduction de l’une des versions de la Chronique anglo-saxonne.

Les moines anglais y font allusion dans leur Chronique anglo-saxonne, un manuel d’histoire du royaume diffusé dans les monastères. L’astre chevelu est même dessiné sur les parois rocheuses de Chaco Canyon au Nouveau-Mexique :

Dessin des pétroglyphes du sentier Peñasco Blanco sur le site de Chaco Canyon au Nouveau-Mexique. La comète de Halley est figurée en bas © Peter Faris

Cette année-là, le spectacle fut beaucoup plus impressionnant que celui de la récente comète Leonard ; lire à ce sujet La “comète de Noël” se donne en spectacle après un sursaut d’activité.

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Ce weekend, admirez la plus haute Pleine Lune de l’année

Ce samedi 18 décembre, la Pleine Lune va passer la nuit à sa plus haute déclinaison de l’année. Un véritable lustre au-dessus de nos têtes !

Déclinaison variable :

Vous l’avez sans doute remarqué, la hauteur du Soleil varie au cours de l’année. Autour du solstice d’été en juin, l’astre est très haut dans le ciel pour un observateur européen. C’est le contraire au moment du solstice d’hiver en décembre. La Lune, vue de la Terre, se trouve elle aussi sur l’écliptique, cette ligne qui symbolise la trajectoire annuelle du Soleil sur la voûte céleste. Au moment de la Pleine Lune, notre satellite naturel se situe à l’opposé du Soleil quand on les regarde depuis notre observatoire terrestre.

Pleine Lune hivernale en Bresse bourguignonne. © Jean-Baptiste Feldmann

Ainsi, lorsque le Soleil est haut (solstice d’été), la Pleine Lune est basse. C’est le contraire autour du solstice d’hiver. En 2021, la Pleine Lune de décembre se produit trois jours seulement avant le solstice d’hiver. Elle va donc atteindre sa plus haute déclinaison de l’année, alors que le Soleil sera au plus bas. Continuer la lecture

Vulcain, une hypothétique planète traquée au XIXe siècle

La recherche d’une hypothétique planète intramercurienne appelée Vulcain a tenu les astronomes en haleine pendant plus d’1/2 siècle.

L’astronomie des mathématiques :

Les mathématiques accompagnent les astronomes depuis la nuit des temps. Dans l’Antiquité, Hipparque utilisait déjà la trigonométrie pour estimer les tailles et distances du Soleil et de la Lune. Puis Kepler s’appuya sur la géométrie pour décrire le mouvement des planètes. Avec Newton, l’apparition du calcul (différentiel et intégral) permit de formuler les lois de la gravitation universelle. Ces puissants outils étaient donc à la disposition des astronomes-mathématiciens du XIXe siècle.

Le plus doué d’entre eux était Urbain Le Verrier (1811-1877). Redouté pour son très mauvais caractère, il était cependant reconnu comme un grand spécialiste de la mécanique céleste. Continuer la lecture

Observez la comète Leonard en soirée du côté de Vénus

Désormais visible aux jumelles en soirée, la comète C/2021 A1 (Leonard) sera proche de Vénus dans la soirée du 18 décembre.

Noël avant l’heure :

Cette semaine, le ciel nous offre un beau cadeau si la météo le veut bien. Il s’agit de la conjonction de deux spectacles célestes. D’un côté, un bel alignement planétaire observable depuis quelques semaines. De l’autre, l’arrivée dans le ciel du soir de la comète C/2021 A1 (Leonard). L’astre chevelu sera au plus près de Vénus les 17 et 18 décembre, mais on peut le suivre toute la semaine avec une paire de jumelles :

Déplacement de la comète Leonard en soirée du 12 au 19 décembre. © Christine Sasiad
Alignement d’astres :

Commençons par les planètes : Vénus, Saturne et Jupiter sont spectaculaires après le coucher du Soleil. En particulier Vénus, la plus à l’Ouest et la plus basse, qui étincelle avec une magnitude de -4,7. Beaucoup plus haute, Jupiter n’est pas mal non plus, avec une magnitude de -2,4. Entre les deux, Saturne est un peu plus discrète (magnitude de 0,6).

Le 18 décembre au crépuscule, la comète Leonard se trouvera à quelques degrés de Vénus, dans l’axe d’un bel alignement planétaire. © SkySafari

Neptune et Mercure encadrent ce bel alignement. Mais sans une bonne paire de jumelles, vous ne les verrez pas. Neptune est trop peu lumineuse ; quant à Mercure, elle est noyée dans les lueurs du couchant. Toute la semaine en France, la comète Leonard va glisser sur l’horizon dans le sens Ouest-Sud-Ouest. Pour les observateurs situés dans l’hémisphère Sud, C/2021 A1 sera particulièrement bien placée à partir de la fin de la semaine :

Visibilité de la comète Leonard depuis l’île de la Réunion. © AstroAlpa
Comète attendue :

La comète C/2021 A1 (Leonard) est sous surveillance depuis le 3 janvier 2021, date de sa découverte par l’astronome Greg Leonard. Ce dernier avait déniché l’astre chevelu sur des images réalisées à l’Observatoire du Mont Lemmon en Arizona. Les calculs ont montré depuis que cette comète pourrait atteindre un éclat suffisant pour être observable avec une paire de jumelles au cours de ce mois de décembre.

La comète C/2021 A1 (Leonard) le 25 novembre 2021. © Michael Jäger

Après son passage au plus près de la Terre (35 millions de kilomètres) le 12 décembre, C/2021 A1 continue de s’approcher du Soleil (le périhélie est prévu le 3 janvier 2022). Ce 18 décembre, la comète se trouve entre l’horizon Ouest et l’éclatante Vénus. Puis elle filera en direction du Soleil. Si elle ne se fragmente pas en s’approchant de notre étoile, elle redeviendra observable depuis l’hémisphère Sud après le 15 janvier.

Pleine Lune :

Ce 18 décembre, c’est aussi la plus haute Pleine Lune de l’année ! Une fois que vous en aurez terminé avec la comète et les planètes côté Ouest, regardez notre satellite naturel qui s’est levé à l’Est. Au fil des heures, la Lune va escalader la voûte céleste. Vers minuit, elle trônera très haut au-dessus de nos têtes. Un véritable lustre céleste qui éclairera les paysages de façon spectaculaire !

Dessin de la Pleine Lune. © Christine Sasiad
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Zoom sur la fascinante nébuleuse de la Tête de Cheval

La nébuleuse de la Tête de Cheval ne cesse de fasciner les générations successives d’astrophotographes depuis sa découverte en 1888.

Les trésors d’Orion :

La constellation d’Orion est sans conteste la plus belle du ciel hivernal. Chacun peut y trouver matière à rêver, quel que soit son niveau de pratique en astronomie. Sans instrument, on peut déjà admirer cet astérisme en forme de sablier, pour peu que l’on s’éloigne de la pollution lumineuse des villes. Avec une paire de jumelles, c’est la célèbre nébuleuse Messier 42 qui vous dévoilera ses charmes.

La Lune étincelle entre Vénus et la constellation d’Orion. © Jean-Baptiste Feldmann

Quant à l’astrophotographe averti, il n’aura qu’une envie, immortaliser la Tête de Cheval. Le premier à l’avoir fait est l’astronome américain Edward Charles Pickering au Harvard College Observatory en 1888. Mais c’est son assistante Williamina Fleming qui découvrit la nébuleuse. La plaque photographique lui avait été confiée pour des mesures astrométriques.

Quelques années plus tard, l’astronome Edward Emerson Barnard rangea la nébuleuse à la trente-troisième place d’un catalogue recensant les nuages de gaz sombres qui parsèment la Voie lactée. La Tête de cheval devint alors Barnard 33. Continuer la lecture

Sous un bon ciel, la comète Leonard est visible à l’œil nu

Pour les observateurs installés sous un ciel bien noir, il est désormais possible de distinguer la comète C/2021 A1 (Leonard) à l’œil nu.

Imprévisibles comètes :

Le bruit avait couru fin novembre que le noyau de la comète C/2021 A1 (Leonard) s’était peut-être fragmenté. Mais les images obtenues les nuits suivantes ont infirmé cette annonce. Heureusement, car si tel avait été le cas, l’astre chevelu aurait perdu de son éclat. Une telle mésaventure était par exemple arrivée au printemps 2020 à la comète C/2019 Y4 (Atlas). Pas de souci pour Leonard, qui continue de s’approcher de la Terre.

Image composite (assemblage de deux clichés pris avec différentes focales) montrant la comète Leonard le 3 décembre 2021 à proximité de l’amas Messier 3. © Ryan Lucenkiw

Depuis quelques heures, c’est fait ! C/2021 A1 (Leonard) a franchi la barre symbolique de la magnitude 6. Cette valeur correspond à la limite de visibilité d’un astre à l’œil nu. Bien entendu, il faut que l’observateur soit installé sous un bon ciel, loin de toute pollution lumineuse.

Voici à quoi on peut s’attendre si on observe actuellement la comète C/2021 A1 (Leonard) à l’œil nu. © Justin Anderson

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Vision inédite de l’étoile Polaire entourée de gaz et de poussières

La plus célèbre étoile de l’hémisphère Nord, l’étoile Polaire, révèle un tout autre visage sur des photographies à très longues poses.

Poussière polaire :

Jamais personne ne pourra voir l’étoile Polaire comme le révèle cet extraordinaire cliché de Jeff Hall. Et pour cause : l’étonnante image que nous propose cet astrophotographe a demandé près de 20 heures de poses cumulées ! Une vision inédite de la plus célèbre étoile de l’hémisphère Nord obtenue avec un simple téléobjectif de 135 millimètres de focale. Si une étoile était assez proche pour ioniser ces draperies de gaz et de poussières, elles se transformeraient en nébuleuses (comme celle d’Orion par exemple). Mais il n’en est rien, ce qui explique la difficulté que l’on rencontre pour les photographier. Impossible sans un objectif très lumineux (ici f/d=2) et de très longues poses !

La célèbre étoile Polaire se trouve enveloppée d’étranges draperies de gaz et de poussières quand on la photographie avec un objectif lumineux et de très longues poses. © Jeff Hall

Si Alpha Ursae Polaris est si connue, ce n’est pas vraiment pour son éclat. Avec une magnitude de 2, elle fait pâle figure à côté d’autres astres comme Antarès ou Sirius. Mais cette étoile de la Petite Ourse a la particularité d’être actuellement la plus proche du pôle Nord céleste, point par lequel passe l’axe imaginaire de rotation de la Terre. Continuer la lecture