Le 12 août 2026, l’Espagne vivra au rythme d’une éclipse totale de Soleil. Un phénomène qui en rappelle d’autres, survenus au XIXe siècle.
Soleils noirs en Espagne :
Le 12 août 2026, il y aura sans doute beaucoup de monde en Espagne. Admirer le Soleil noir en pleine période de vacances d’été, voilà qui a de quoi mobiliser les passionnés ! De nombreux séjours sont déjà proposés sur le Web pour faire vivre aux voyageurs un peu plus d’une minute d’obscurité en plein jour :
J’ai rassemblé dans cet article toutes les informations concernant cette éclipse. Mais l’Espagne en a connu d’autres dans le passé. Deux ont retenu mon attention, celles du 18 juillet 1860 et du 28 mai 1900 :
Plongeons-nous quelques instants dans l’ambiance de ces deux éclipses totales de Soleil du dix-neuvième siècle qui se déroulent (en partie) dans le pays de Don Quichotte…
1860, la question des protubérances :
L’éclipse du 18 juillet 1860 est du plus grand intérêt pour les astronomes. Depuis presque deux décennies, ils s’affrontent sur la question des protubérances solaires. Elles ont été observées pour la première fois par Francis Baily en Italie lors de l’éclipse totale du 8 juillet 1842. Cet astronome anglais avait déjà découvert les grains de Baily (d’éphémères perles lumineuses, visibles sur le bord de la Lune, qui correspondent aux derniers rayons de Soleil passant dans les vallées lunaires) lors de l’éclipse totale du 15 mai 1836 :

Après la découverte des protubérances, la controverse bat son plein. Sont-elles émises par le Soleil, la Lune, ou sont-elles juste de simples “mirages” oculaires ? Les éclipses observées en 1851, 1854 et 1858 ne permettent pas de trancher. En 1860, les astronomes disposent d’un nouveau médium, la photographie. Apparus depuis quelques années, daguerréotypes et plaques au collodion humide n’ont cessé de progresser.
Le triomphe de la photographie :
Pour l’éclipse du 18 juillet, les anglais George Biddell Airy (astronome royal) et Warren de la Rue se rendent en Espagne. Ce dernier, astronome amateur, mais également imprimeur, chimiste et photographe, a conçu un photohéliographe. Comme son nom l’indique, cet appareil permet de réaliser des séries d’images du Soleil :

Les clichés réalisés le 18 juillet 1860 sont excellents. On en retrouve une version colorisée dans “Le Ciel” d’Amédée Guillemin. À 400 kilomètres de Warren de la Rue, toujours en Espagne, le père Angelo Secchi (directeur de l’Observatoire du Vatican), réussi lui aussi ses clichés. Les deux astronomes qui comparent leurs images, mettent fin à la controverse :

Secchi écrira (dans Le Soleil : exposé des principales découvertes modernes, 1870) : “Nous avons trouvé une identité parfaite dans les détails les plus délicats… Les protubérances ne sont pas de simples apparences produites par des illusions d’optique : ce sont des phénomènes réels ayant leur siège dans le Soleil“. L’éclipse du 18 juillet 1860 a fait l’objet de plusieurs missions scientifiques, dont celle de Laussedat en Algérie et de Le Verrier en Espagne (lire L’éclipse du 18 juillet 1860 et les expéditions d’Aimé Laussedat et d’Urbain Le Verrier). Notons enfin que cette éclipse servira de trame au roman de Jules Verne Le Pays des fourrures quelques années plus tard. Il faut croire que l’écrivain était mal renseigné, puisque l’éclipse était invisible depuis le cap Bathurst où se déroule l’intrigue !
1900, Moreux dans l’ombre de Flammarion :
L’éclipse du 28 mai 1900 ne pouvait laisser indifférent le célèbre Camille Flammarion. Il fit donc le voyage en train, accompagné de son épouse Sylvie et de l’abbé Moreux. Pour l’auteur de l’Astronomie Populaire, ce fut un triomphe. Foule massée dans les gares, réceptions et banquets avec les édiles de chaque ville traversée pendant le voyage, et même un entretien en tête-à-tête avec la reine régente d’Espagne, Marie Christine Ferdinande de Bourbon. Et l’éclipse, me direz-vous ? C’est la plume de l’abbé Moreux qui en restitue toute la magie dans son ouvrage “Quelques heures dans le ciel” :
“L’éclipse totale est commencée. Spectacle magique ! Le Soleil, une tache ronde d’un noir d’encre. Autour de son disque sombre, une lumière vaporeuse, légère, lumineuse malgré cela, et pailletée d’or et d’argent. On dirait la couronne tissée de fils transparents, presque irréels. A gauche, un large faisceau fuse de l’équateur. A droite, l’extension est double. L’une des pointes est justement dirigée vers Mercure, qui brille d’un merveilleux éclat. C’était bien la forme générale que j’attendais…
Mais devant ce spectacle si compliqué de la couronne solaire, une sorte d’anxiété me saisit à la pensée que jamais une minute ne pourra me suffire pour dessiner la merveille… Bientôt un rayon, perçant d’un trou blanc et lumineux le bord du disque noir, a rompu sans merci le charme. La couronne s’évanouit. Tous, nous devons suspendre les observations qui n’ont plus de raison d’être.”

Différentes missions scientifiques :
Bien entendu, Flammarion et Moreux ne sont pas les seuls qui font le déplacement. De nombreux astronomes ont pris place dans la bande de centralité, comme nous le raconte le journal l’Illustration dans son édition du 9 juin 1900 :

À Elche, près d’Alicante, on trouve aux côtés de Flammarion et Moreux des membres du Bureau des Longitudes, des observatoires de Toulouse et Montpellier, ainsi que la mission de l’Observatoire du Vatican. Les Anglais ont posé leurs instruments à une quinzaine de kilomètres, avec à leur tête le célèbre astronome Norman Lockyer qui a fondé la revue scientifique Nature en 1869. Quant à Henry Deslandres de l’Observatoire de Meudon, il a préféré installer son matériel à Argamasilla, au Sud de Tolède :

Un film de l’éclipse :
Cette éclipse totale de Soleil du 28 mai 1900 est aussi l’occasion de réaliser le plus vieux film astronomique du monde. On le doit à Nevil Maskelyne, un prestidigitateur londonien et astronome amateur (à ne pas confondre avec son homonyme). Il na pas choisi l’Espagne pour filmer l’éclipse, mais accompagne des membres de la British Astronomical Association en Caroline du Nord (USA). Pour l’occasion, Maskelyne a imaginé un adaptateur permettant de fixer son appareil photo à un télescope :
Le film, qui dure un peu plus d’une minute, a été restauré en 2019 après avoir été retrouvé dans les archives de la Royal Astronomical Society.
Pour tout savoir à propos des prochaines éclipses de Soleil, lisez Les Soleils noirs de 2026 et 2027 :
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