L’éclipse solaire du 1er avril 1764, une affaire de femmes

Trois femmes sont à l’origine de la carte décrivant la trajectoire de l’ombre lunaire à l’occasion de l’éclipse du 1er avril 1764.

Femmes de l’ombre :

Au XVIIIe siècle, la science en général, et l’astronomie en particulier, restent l’apanage des hommes. Ces derniers sont convaincus de leur supériorité, et Giacomo Casanova peut écrire sans être contredit : “Dans une femme, la science est déplacée”. Un déni des compétences féminines qui n’a jamais totalement disparu, et qui depuis 1993 porte un nom : l’effet Matilda. Malgré cela, le XVIIIe compte quelques mathématiciennes qui vont passer à la postérité. En France, on peut citer par exemple Émilie du Châtelet ou encore Nicole-Reine Lepaute :

Nicole-Reine Lepaute (1723-1788), mathématicienne française.

La première est surtout connue pour sa traduction en français des Philosophiæ naturalis principia mathematica d’Isaac Newton. Mais intéressons-nous à la seconde. Aux côtés de Alexis Clairaut et Jérôme de Lalande, Nicole-Reine Lepaute réalise les calculs concernant le retour en avril 1759 de la comète de Halley. Si Edmond Halley est surtout connu pour sa comète, l’illustre astronome britannique s’est également intéressé aux éclipses. Depuis Claude Ptolémée, on connaissait la périodicité de ces phénomènes. Mais on ne savait pas calculer précisément de quel endroit elles seraient visibles :

L’astronome britannique Edmond Halley réalisa la première carte de la trajectoire d’une éclipse solaire, celle du 3 mai 1715.

À l’occasion de l’éclipse du 3 mai 1715, Edmond Halley réalisa la première carte prévisionnelle (ci-dessus). La trajectoire réelle ne différa que d’une trentaine de kilomètres, une précision remarquable pour l’époque. Halley admira le phénomène depuis les terrasses de la Royal Society à Londres (la totalité dura 3 minutes 30). En France, le roi Louis XIV l’observa depuis son château de Marly en compagnie de l’astronome Jacques Cassini.

Trois femmes pour une carte :

À partir de 1759, l’Académie royale des sciences (créée en 1666 par Colbert), confie à Jérôme de Lalande la rédaction des éphémérides astronomiques dans La Connaissance des temps. Celui-ci s’adjoint alors les services de Nicole-Reine Lepaute pour le calcul des futures éclipses solaires. L’une d’elles est prévue le 1er avril 1764. Pour l’occasion, Nicole-Reine Lepaute trace la carte de la trajectoire. Cette fois, l’ombre de la Lune va balayer l’ouest de l’Espagne et de la France. Quant aux Anglais, ils devront se placer à l’extrême sud-est de leur île pour en profiter. Nicole-Reine Lepautre s’associe ensuite à deux graveuses, Marie Lattré et Elisabeth-Claire Tardieu, pour faire imprimer sa carte :

Carte de l’éclipse du 1er avril 1764, réalisée par la mathématicienne française Nicole-Reine Lepautre et gravée par Marie Lattré et Elisabeth-Claire Tardieu.

Une belle coopération féminine, à lire sur Gallica (documents d’époque à l’appui), la bibliothèque numérique de la BnF.

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