Bételgeuse : les Aborigènes australiens connaissaient déjà sa variabilité

Sujet d’actualité en raison de sa baisse de luminosité, l’étoile géante rouge Bételgeuse était déjà connue des Aborigènes australiens pour sa variabilité.

Un chasseur hivernal :

L’hiver est la saison idéale pour observer la célèbre constellation d’Orion.  Elle nous raconte l’histoire d’un chasseur arrogant. Dans la mythologie grecque le géant Orion passait son temps à se vanter de ses prouesses. Exaspérée, Héra, sœur et femme de Zeus, lui envoya un scorpion qui le piqua et le tua (lire à ce sujet Pompéi : une mosaïque illustre le mythe d’Orion et du Scorpion). Orion et Scorpion furent alors placés aux deux extrémités du ciel pour ne jamais se rencontrer. L’un se couche quand l’autre se lève.

La constellation d’Orion s’élève à l’aube en fin d’été. © Jean-Baptiste Feldmann

Depuis environ deux mois, Bételgeuse, qui symbolise l’une des deux épaules du chasseur, a perdu de son éclat. Cet astre devrait finir par exploser en supernova sans qu’on sache s’il le fera la nuit prochaine ou dans 100.000 ans (lire l’avis de l’astrophysicienne Sylvie Vauclair). Les sautes d’humeur de cette étoile géante rouge ont laissé des traces dans les récits que se transmettent oralement les Aborigènes d’Australie (découvrir l’étude sur arXiv).

Légende australienne :

Les Aborigènes habitaient déjà la partie continentale de l’Australie il y a plus de 65.000 ans. Les anthropologues et les ethnologues s’intéressent depuis le XIXe siècle aux traditions orales de ces peuples. De nombreuses créatures géantes comme le Serpent arc-en-ciel (Ndjamulji) sont les héros de ces récits. Voici la légende que l’on raconte au sujet d’Orion : un homme appelé Nyeeruna (Orion) est un chasseur qui poursuit de ses assiduités les sœurs Yugyarya (les Pléiades). Kambugudha, l’aînée des sœurs, (représentée par l’amas d’étoiles des Hyades), s’interpose. Elle jette régulièrement de la poussière sur Nyeeruna, ce qui a pour effet d’atténuer l’éclat du feu (Bételgeuse) qu’il tient à la main.

Les Hyades et les Pléiades derrière le moulin de Verzenay. © Jean-Baptiste Feldmann
Récit prémonitoire :

cette légende est étonnante car elle laisse supposer que les Aborigènes avaient déjà remarqué la variabilité de la géante rouge. L’éclat de Bételgeuse est en effet irrégulier : la magnitude de cet astre varie de 0 à 1,3 selon deux cycles, une période primaire de 388 ± 30 jours et une période secondaire de 2050 ± 460 jours. Le plus troublant est l’origine de cette variation évoquée dans le récit des Aborigènes : la présence d’un nuage de poussière. C’est justement l’une des hypothèses proposées par les astrophysiciens pour expliquer l’actuelle baisse de luminosité. Selon eux, Bételgeuse aurait pu recracher une puissante bouffée de gaz et de poussières qui la masquerait partiellement et temporairement.

La Lune s’est glissée entre la constellation d’Orion et l’amas des Pléiades en cette fin de printemps 2016. Image réalisée dans une calanque de Cassis. © Jean-Baptiste Feldmann

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