1900 : la Grande lunette, une folie parisienne

La Grande lunette du Palais de l’Optique fut l’une des attractions proposées aux visiteurs de l’Exposition universelle de 1900 à Paris. 

Une nouvelle Exposition à Paris :

En 1900, c’est la cinquième fois que Paris accueille l’Exposition universelle. Onze ans plus tôt, l’édition de 1889 a été marquée par une remarquable réalisation, la Tour Eiffel. Il faut donc frapper fort pour éblouir à nouveau les cinquante millions de visiteurs attendus. L’architecte René Binet se voit confier la construction d’une porte monumentale haute de 45 mètres pour accéder à l’Exposition. Une fois à l’intérieur du site, tapis roulant et train électrique permettent de sillonner facilement les deux cents hectares qui accueillent les différents pavillons :

Plan d’ensemble de l’Exposition universelle de 1900 à Paris. © Gallica
Un pavillon dédié à l’optique :

À l’époque, la société Parra-Mantois, entreprise familiale de renommée mondiale, fabrique des lentilles et des miroirs de très haute qualité. Ils sont ensuite taillés et polis par les frères Henry, dotés d’une habileté prodigieuse. Autant d’atouts qui font rayonner la France dans le domaine de l’optique. Pour symboliser cette réussite, on construit donc un Palais de l’Optique qui s’étend sur 8500 m². Il est situé entre la Tour Eiffel et l’avenue de Suffren. C’est là qu’est installé le Grand globe céleste, ancêtre du planétarium. On vient y admirer le ciel étoilé dans une sphère métallique de 45 mètres de diamètre :

Représentation du Grand globe céleste. © Musée Carnavalet

Mais l’attraction principale du pavillon reste sans conteste la Grande lunette.  Le projet, soutenu par le député François Deloncle, est destiné à montrer aux visiteurs “la Lune à un mètre”.

Un réfracteur géant :

En 1900, la plus grande lunette du monde (102 centimètres de diamètre et 20 mètres de focale) est en service à l’Observatoire Yerkes. Pour l’Exposition parisienne, il faut faire encore mieux ! On décide donc de fabriquer deux objectifs de 125 centimètres de diamètre. Le premier sera destiné aux observations visuelles, le second sera dédié à la photographie. Mais avec une focale de 60 mètres, impossible d’en faire un instrument mobile. On opte alors pour la réalisation d’un sidérostat de Foucault doté d’un miroir de deux mètres de diamètre. Ainsi, le tube de la lunette reste fixe, c’est le miroir mobile qui renvoie la lumière des astres dans l’objectif :

Principe de fonctionnement de la Grande lunette du Palais de l’Optique. © Gallica

À l’autre extrémité de la Grande lunette, l’image de la Lune présente un diamètre de 5,6 mètres. Elle est alors projetée dans une salle en gradins dans laquelle prennent place les spectateurs.

Des résultats en demi-teinte :

Mais rien ne se passe comme prévu. D’abord, la taille de l’objectif destiné aux observations visuelles prend du retard, et il n’est livré que durant l’Exposition. Ensuite, la Grande lunette reste difficile à utiliser. Entre la couverture nuageuse, les horaires de visibilité de la Lune et les limitations de pointage du sidérostat, elle sert finalement très peu. Théophile Moreux et Eugène Antoniadi réalisent quelques dessins astronomiques avec, Charles Le Morvan des clichés lunaires. Mais pour son atlas photographique, l’astronome préfère s’en remettre au grand équatorial coudé de l’Observatoire de Paris.

Affiche réalisée par Georges Paul Leroux à l’occasion de l’Exposition Universelle de 1900. © Musée Carnavalet

L’Exposition terminée, que faire de la Grande lunette ? Mise en vente, elle ne trouvera pas preneur. En fin de compte, elle est démontée avant de rejoindre les sous-sols de l’Observatoire de Paris. Avec elle s’achèvera le temps des grands réfracteurs, place aux télescopes.

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