Promenade artistique au Musée de Singapour (3) : 1950-aujourd’hui

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Entrons dans la seconde moitié du XXe siècle avec une tentative cubiste de l’Indonésien Mochter Apin (1923-1994) et, beaucoup plus réussi, de gracieuses jeunes femmes balinaises par le sino-indonésien Lee Man Fong (1913-1988). Farouche opposant au régime colonial japonais en Indonésie, le jeune Man Fong a été emprisonné à Djakarta  en 1942, mais un officier japonais amateur de peinture l’a fait libérer au bout de six mois. Après quelques péripéties il est devenu plus tard le peintre préféré du président Sukarno!

Mochter Apin (Indonésie), Winter 1953
Lee Man Fong, Vie à Bali, 1960-65

Comme il se doit , la Galerie Nationale offre une place de choix aux artistes singapouriens.

Lim Cheng Hoe (1912-1979) fut  un aquarelliste reconnu comme l’un des pionniers majeurs de l’école artistique Nanyang à Singapour,  aux côtés de Chen Chong Swee (1910-1985) et Cheong Soo Pieng (1917-1983).

Lim Cheng Hoe, Scène à Kampong, 1960
Chen Chong Swee – After Bath, 1952 (Encre de Chine et aquarelle)
Cheong Soo Pieng -Retour du marché, 1975

Née en Chine de riches parents antiquaires, Georgette Chen (1906-1993) a vécu à new York et à Paris avant de rejoindre l’Académie des Beaux-Arts Nanyang à Singapour et d’y enseigner.  Elle y est très populaire.

Georgette Chen (Singapour), Lotus dans la Brise, 1970

Né en 1931, Chua Mia Tee est un peintre singapourien né en Chine. De style réaliste, il a reçu le médaillon culturel en 2015.

Chua Mia Tee -Poème épique, 1955
Chua Mia Tee -Road Construction Worker, 1955
Chua Mia Tee-Portrait de Lee Boon Ngan, 1957

Enfin, toujours de facture singapourienne, j’ai particulièrement apprécié les gravures sur bois de Lim Mu Hue (1936-2008).

Lim Mu Hue : Fortune Teller – Gravure sur Bois, 1966
Ce paysage marin (Seascape), daté de 1966, est une étonnante collaboration entre Lim Mu Hue et plusieurs graveurs, à savoir Choo Keng Kwang, Foo Chee San, Lim Yew Kuan, See Cheen Tee et Tan Tee Chie. Retenez bien les noms!

Comme je l’écrivais dans l’introduction du premier billet, on ne peut éviter les salles obligées où s’exposent les impostures typiques de certaines formes d’art contemporain, très prisées de riches collectionneurs totalement incultes. En témoignent par exemple ce ressort rouge et ce sac à tongs, dont par décence je tairai le nom des faiseurs.

Ce n’est pas être réactionnaire ou passéiste que d’être horrifié par les pseudo créations de ces artistes auto-proclamés, en réalité d’hommes d’affaires avisés incapables de dessiner et de peindre et qui, à l’image d’un Jeff Koons, d’un Damien Hirst ou d’un Paul MacCarthy, polluent l’esthétique déjà ravagée de nos paysages urbains et muséaux. L’historien de l’art Jean Clair, avec qui j’ai eu le plaisir d’échanger il y a quelques années à Lisbonne, est l’un des plus féroces critiques de cette esthétique contemporaine. On lira aussi avec effarement les écrits d’Aude de Kerros sur  L’imposture de l’art contemporain

Pour finir donc cette promenade virtuelle sur un touche visuelle plus plaisante, entrons dans la galerie entièrement consacrée aux œuvres de l’artiste chinois Wu Guanzhong (1919-2010) connu internationalement. Contrairement aux imposteurs susmentionnés, Wu maîtrisait parfaitement les différentes techniques de la peinture à l’huile, du lavis, de l’aquarelle et du croquis. Son œuvre est le fruit de deux influences, celle  de sa propre culture issue en particulier de l’art lettré chinois, et celle de l’impressionnisme qu’il a découvert en France.

Wu Guanzhong-Early Spring, 1973
Wu Guanzhong – Les Berges de la Seine / Pont sur la Seine, 1989
Wu Guanzhong-The Hometown of Lu Xun, 1985
Wu Guanzhong, Navires

Voilà, la visite est terminée, j’espère qu’elle fut à la fois plaisante et instructive.

Aimeriez-vous une promenade artistique virtuelle dans le splendide mais peu connu musée des Beaux-Arts de Bordeaux, que j’ai arpenté dernièrement ?

64 réflexions sur “ Promenade artistique au Musée de Singapour (3) : 1950-aujourd’hui ”

  1. J’aime que vous ayez envie, Jean-Pierre, et je trouverai intéressant une visite au musée de Bordeaux.

    Parmi les tableaux ci-dessus, je suis certain d’apprécier à leur juste valeur ceux de Chua Mia Tee, car je sais que leurs factures réalistes témoignent d’une volonté de maîtrise, qui implique du travail, pour être en rapport d’exactitude avec une image objective.

    Ceci dit c’est peut-être vrai aussi pour du cubisme, mais il faudrait être peintre pour savoir si le rapport d’exactitude avec une image subjective laisse ou non davantage de liberté pour finir vite son tableau et passer à autre chose dans un sentiment d’autosatisfaction. Pour ma part j’ai été un habitué de cette démarche que je n’estime pas trop mais que j’excuse et trouve nécessaire à l’évolution personnelle (à mon avis c’est elle qui se transforme en fabrique d’objectivité).

    « Brisons-là », ne nous noyons pas dans les mots aux sens mal définis, mais réveillons nos sens par les mots et les peintures…

    « Il n’y a rien d’étonnant à obtenir de bons résultats à ce à quoi on s’applique », c’est un bon sens antique*. Sous-entendu, il faut pouvoir avoir un objet d’application, un objet résistant à perfectionner.

    Quant aux « imposteurs », j’ose espérer qu’ils le font sciemment et cultivent avec application le mal, sinon ils sont en évolution et j’espère pour eux qu’ils arriveront à quelque chose de bien.

    *lu dans Epictète, je cite mes sources, Roxane

  2. M. Luminet,Comment ne pas être émue devant le travail de l’artiste chinois Wu Guanzhong, peintre aquarelliste qui a traité le sujet de la Seine? Le pont reste pour moi une fascination tout en étant en même temps synonyme d’incertitude, de danger et de défi. Mes rêves et souvenirs inconscients de ponts d’où je ne sors pas, qui s’enroulent et même croulent lorsque j’y suis me terrorisaient. Comblée ici puisqu’il y en a deux. SOLIDES ici AU MOINS. MERCI!

  3. Bonjour à tous !

    A la question posée par Monsieur Luminet, en fin de cette troisième promenade asiatique, puis-je me permettre de formuler un souhait ?
    Serait-il possible à notre arpenteur de nous instruire sur un mystère bordelais ?
    Je serais heureuse d’en savoir un peu plus sur le château de Fongravey, à Blanquefort, à quatre lieues de Bordeaux, là où séjourna le poète Friedrich Hölderlin.
    Peut-être, le objets exposés en ce château, disent-ils quelque chose de cette présence…
    Quelqu’un qui habite en poète, tel l’auteur du billet, saura entendre l’âme de ces choses.
    Je sais, Guillaume, vous citez vos sources ; je vais essayer à mon tour de ne pas trop déroger à la règle.
    Je voudrais m’arrêter sur l’astérisque de votre commentaire qui renvoie à une citation d’Épictète.
    Pour ce penseur, seul, le sage à des amis. Et de déclarer ex cathedra :
    « C’est donc au seul sage qu’il appartient d’aimer » (Épictète, Entretiens, II, XXII)
    Et l’universitaire, M. Dimitri El Murr, de poser la question : « Mais un ami, peut-il être interchangeable ? », après s’être interrogé sur ce qui demeure de l’ordre du rapport interpersonnel et singulier dans la thèse d’Épictète.
    Quant au pont, Madame Gabbro, une chose est de le construire, de l’établir…
    Autre chose est d’y faire passer quelqu’un avec ou sans Marguerite !
    J’ai quelque remembrance d’une correspondance avec un faiseur de la chose, au temps où l’on écrivait encore des lettres à la main. (Gaston Bachelard le mentionne dans « Le rationalisme appliqué »)
    Enfin, on peut toujours y danser et peut-être aussi envoyer des signaux dans la brume, palsambleu !
    Bon dimanche

    Roxane

  4. Bonsoir !

    L’astérisque de Monsieur Bardou, repris par Roxane, me fait penser au petit livre de quatre auteurs qui s’expriment sur la question de savoir ce que veut dire aimer.
    Parmi eux, un physicien, un théologien m’ont écrit ce qu’ils pensaient de leur livre.
    Je serais derechef tenté de dire…Brisons là.
    Sans m’écarter du sujet, je vais vous conter une histoire bien réelle d’astérisque (un mot qui nous fait penser au titre d’une revue de la Société mathématique de France)
    Il y a juste un mois, le 17 février, au matin, j’ai photocopié, céans, avec l’imprimante de l’ordinateur, une page d’un livre de Jean Clair, la page 86, en vue de l’adresser à un correspondant qui, ce même jour, fêtait ses quatre-vingt-six ans. Le livre s’intitule « Dialogue avec les morts » et au sortir de la photocopieuse, quelle ne fut pas ma surprise de découvrier un astérisque ou petite étoile en marge du texte, à côté de la longue question, que je vous propose de lire :
    « Est-ce pour contrer cette malédiction de la sculpture, esclave du passé, alors que la peinture est en perpétuel devenir, est-ce parce qu’elle parle encore en grec et en latin alors que la peinture a su trouver sa langue vulgaire, comme Dante dans ses écrits, que Martini, dans l’Amante morte, pour exprimer une chose qu’il sait inexprimable dans un art de volume et de pesanteur, de sensibilité et non de sentiment, recourt de façon assez inattendue à la polychronie, comme au Trecento, quand peintes étaient les sculptures de bois des vierges toscanes ? »
    A cette même page, il est aussi écrit que « nul ne peut plus tourner le tête vers les étoiles pour en recueillir la promesse »
    Que venait faire là, cette petite étoile, qui n’existe pas à la page 86 du livre mais qui devint visible au sortir de la photocopieuse?
    Bien évidemment, je me suis posé les questions de bon sens ou de raison pratique qui s’imposent, face au fait, ou ce hasard étonnant. Vérifications faites, je n’ai pu trouver les raisons naturelles qui eussent expliqué cette anomalie. Pour l’aider à découvrir l’auteur du livre, j’ai de suite transmis à mon correspondant, copie de la page 85, où Arturo Martini est encore cité : « Autrefois, on voyait les étoiles, aujourd’hui on n’y voit plus qu’un système. »
    Quid de cet astérisque ou petite étoile à la page photocopiée du livre, ce dimanche matin là ?
    Le destinataire, un artiste qui fut édile dans la cité, a bien trouvé l’auteur du livre.Pari gagné.
    Mais à la question de savoir s’il va venir boire le verre de syrah promis sous mon arbre, au prochain printemps, à l’occasion d’une petite fête des mots à la campagne où sera posée la question : La poésie, c’est quoi, au juste ?, j’avoue ne pas avoir de réponse. Enfin, pas encore!
    Bien à vous tous.

    Garo

  5. Avant de sonner les matines, je relis votre commentaire, Garo.
    Je pense à la pomme de l’homme qui inventa l’informatique.
    Et bien sûr, à Banche-Neige endormie…
    Bonne journée
    Jacques

  6. Aujourd’hui, reçu deux réponses de deux personnes au sujet de la présence de l’astérisque sur la page photocopiée.
    Un courriel honnête et un volumineux courrier de douze pages dont cinq manuscrites.
    L’une de ces personnes a connu le malheur, si peu exprimé, de la déportation paysanne, l’autre est issue du milieu agricole.
    Toutes deux ont fait des études.
    L’une n’a pas de temps à perdre à approfondir les commentaires d’un auteur qui ne donne pas son nom.
    La luciole sur sa sente, lui semble à des parsecs de l’itinérance d’un astérisque sur une feuille de papier.
    L’autre jubile, elle trouve là l’occasion de me raconter des histoires extraordinaires de sa vie quotidienne et
    domestique, et comme pour confirmer la véracité des « phénomènes » de s’appuyer sur des citations de faiseurs de livres et de conférences.
    Les réactions de l’une et l’autre, sans apporter sur un plateau d’argent la solution du problème, participent, peut-être, par des voies différentes, à sa difficile et joyeuse compréhension.
    D’autres, peut-être, vont prendre le relais pour aller plus loin…
    Bonne soirée

    Garo

  7. Je comprends que l’extraordinaire penché sur nous soi séduisant, parce que l’ordinaire est seulement ce que nous sommes capable de voir.

    Sujet bien délicat, car l’extraordinaire existe, l’imagination aussi, mais pourquoi serait-ce la même chose ?

    Mais, Garo, pourquoi ne pas faire une photo de l’étrange tableau, et nous la montrer avec un lien de téléchargement ? Ne sommes-nous pas en visite au musée ?

  8. Vous avez raison Guillaume, même si Garo n’est pas un spécialiste de la quincaillerie électronique, il pourrait peut-être faire l’effort de nous montrer la vérité de son étoile, palsambleu!
    « La vérité » que l’on dit « relative » avec les mêmes huit lettres vues et revues par le physicien et le pianiste, n’est-ce pas?
    Bachelard réhabilite l’imagination dont il souligne l’aspect créateur et en matière d’histoires extraordinaires, ce n’est pas un hasard si Edgar Allan Poe est à la page dans douze de ses livres.
    Pour l’heure, si vous habitez Paris, bien loin de l’arbre de Garo, sachez que très prochainement, il y aura une belle exposition pharaonique, et en début d’aprilée une rencontre sur « la bien-pensance et la rouille de l’esprit. » Si cela vous intéresse, et si le responsable du blogue n’y voit pas d’empêchement, je vous donnerai plus amples informations.
    Dans l’attente de l’arrivée de l’aérolithe…
    Ou d’une pomme géante sur nos pauvres têtes de gaulois, sait-on jamais!
    Bonne journée de printemps

    Roxane

  9. Bonsoir!

    Vous avez raison, Roxane, je ne suis pas bon dans le maniement de ces opérations informatiques et pour ne pas faire des bêtises, je préfère envoyer en pièces jointes les trois pages photocopiées de « Dialogue avec les morts » dont la page 86 contenant l’astérisque ou petite étoile qui n’existe pas à cette page du livre, à Monsieur Jean-Pierre Luminet, qui en fera ce que bon lui semble.
    Mon correspondant ami a découvert le nom de l’auteur, après avoir lu la page 85 avec les deux indices que je lui ai donnés, à savoir le mot « doué » et le mot « batterie ». ce sont deux mots qui figurent dans le livre susmentionné aux pages 25, 46 et 47.
    Doué, écrit généralement « douet », comme dans le livre en question, est un terme utilisé en certaines régions de France pour désigner un lavoir alimenté par une source. « Batterie » était le terme de référence qui signifie le jour des battages, journée où les paysans se réunissaient entre voisins autour de la batteuse (Une batteuse est une machine agricole servant à battre les céréales pour séparer le grain de la paille et de la balle.)
    Il suffisait à mon correspondant de taper sur Google :
    douet (et non doué), batterie , académicien, pour tomber incontinent sur ce lien :
    « Les arts et la culture en Charnie – La pierre babillarde : site des …ateliersdelacharnie.free.fr/activite/journal/pbi17.pdf »
    et de découvrir illico le nom de l’auteur du livre, M.Jean Clair.
    Quant à la présence mystérieuse de la petite étoile, à la page quatre vingt-six photocopiée du livre, ce matin du dix-sept février dernier, je laisse à tous les professeurs Calys qui liront ce message, le soin de l’interpréter à leur manière.
    Au clair de la lune, sous mon arbre, je vous écris sans ambages deux mots : Objectif Hasard.

    Garo

  10. Bonjour à vous,
    Éblouie par tant de culture, m. Pierre Falardeau, cinéaste québécois décédé en 2009, m’est venu à l’esprit. Grivois, sans être choquant dans son langage, dus à sa générosité et son franc-parler disons presque français, il savait par l’image, tout comme un poète, décrire l’âme humaine, fut-elle géniale ou sans éclat. La poésie se dit, s’entend immédiatement, elle est sans détour et dépeint l’homme d’un trait.

  11. Bonsoir à tous

    Ce matin, il était bientôt midi et je m’apprêtais à sortir de la médiathèque de B…Mais avant d’appuyer sur le bouton de l’ascenseur, j’ai vu, tout près, un livre parmi d’autres sur une table.
    « Connaissance, ignorance, mystère » d’Edgar Morin.
    Je l’ouvre et le hasard me fait tomber sur la page 54 où je lis:
    « Le hasard est enfant du chaos demeuré dans le cosmos.
    Le hasard n’est peut-être pas le hasard. Il est présent partout, mais l’univers ne relève pas du seul hasard. »
    Et si Albatros en cavale rencontrait un professeur de rhétorique, se raconteraient-ils des histoires de hasard?

    Jacques

  12. Bonsoir !

    En ce jour d’Annonciation, nous arrive quelque chose de sensationnel.
    Monsieur Guillaume Bardou se fait archange ou Hermès.
    On aimerait s’asseoir aux « Tables » de Michel Serres.
    Demain ou un autre jour, peut-être, une main tendue pour sortir du tunnel…
    N’est-ce pas quelque part, se faire du cinéma ?
    Je reviens à l’étoile du matin que le hasard a posé sur la page photocopiée d’un livre, le 17 février dernier.
    Cette page était destinée à quelqu’un qui fêtait, ce jour-là, ses quatre-vingt-six ans
    Quarante-trois ans plus tôt, le 17 février 1976, élu depuis quelques mois, Premier magistrat d’une ville de France, cet enseignant de profession, le jour de ses quarante-trois ans, était invité par un baron de l’industrie locale, chez Lasserre, grand restaurant parisien, à deux pas du Grand Palais.
    Dans un livre, il raconte une anecdote lue dans un ouvrage de Pierre Moinot, consacré à André Malraux. J’ai lu, en effet cette anecdote mais dans l’ouvrage d’Alain Malraux, intitulé « Malraux raconté par ses proches » où elle est contée par Jean Lescure qui est venu sous mon arbre, avec son épouse, un jour de mars mil neuf cent quatre-vingt-dix-sept.
    Avant de porter à la connaissance de mon interlocuteur, la page 85 du livre dont il devait trouver l’auteur, mon correspondant avait avancé sans certitude le nom de Pierre Moinot, qui succéda à René Clair, à l’Académie française.
    Quèsaco? Un tableau haut en couleur au musée de l’imaginaire dont le peintre se nomme hasard ? Peut-être…
    Hasard, un mot qui paraît bizarre mais qui tisse dans l’espace et le temps des synchronicités étonnantes qui ont peut-être leur place dans une physique du sens…Allez savoir !

    Bonne nuit

    Garo

  13. Bonjour Garo,

    J’ai bien reçu votre courrier,

    Plusieurs feuilles, des papiers collés, comme un rébus, deux énigmes à résoudre sous le signe d’une double étoile.

    C’est votre pensée qui met en correspondance une chose avec une autre, et c’est déjà le principe de l’astérisque, si j’ose vous conduire à ce rapprochement. Sauf qu’ensuite la petite étoile ne se fixe pas et renvoie à une autre, car vous aimez les cachotteries.

    Concernant votre première énigme, vous avez découvert une anomalie dans un document qui semble arrêter votre pensée comme une étoile rayonnante dans tout le ciel et ne renvoyant à rien d’autre qu’elle-même, et vous me demandez mon opinion.

    Je vous cite dans un de vos commentaires ci-dessus :
    « Que venait faire là, cette petite étoile, qui n’existe pas à la page 86 du livre mais qui devint visible au sortir de la photocopieuse? »

    Pour cette énigme, si l’on y regarde de près, il faudrait avoir la connaissance de la mécanique de la photocopieuse, du logiciel, de votre mentalité, etc. ce qui permettrait de donner peut-être une explication. Hors je n’ai pas cette connaissance, et je ne puis donc ni donner ni refuser une explication, exceptée, celle-là même, qui me semble empêcher une petite étoile indélogeable d’absorber toutes mes pensées, tout en restant une belle et aimable séduisante petite étoile.

    Ceci dit, si elle est vraiment belle, elle a plus d’une vertu, et il est possible aussi que par elle la pensée trouve enfin moins d’agitation.

    Loin de moi l’idée de limiter les puissances extraordinaires contenues dans tous les univers, mais l’extraordinaire me semble une probabilité infime qui se manifeste.

    Concernant la deuxième énigme, l’étoile de Montfort l’Amaury qui m’aurait permis de découvrir votre identité et de me guider sous votre arbre, le mystère reste aussi entier que celui de l’étoile de la photocopieuse…

  14. Bonjour!

    Je comprends parfaitement les questions lapidaires de Roxane et de Jacques. On peut essayer d’y répondre.
    Concernant l’anecdote rapportée par le destinataire de la page étoilée dans sa « Chronique », on peut lire, page 22 :
    « Mardi 17 février 1976
    André Malraux chez Lasserre
    X …(Je ne donne pas l’identité de la personne nommée , à la page), baron de l’industrie en ce nord du département, chaleureux avec ses amis, exigeant avec ses partenaires, cherche à connaître le nouveau maire de X …(Je ne donne pas le nom de la ville, également) et profite d’un voyage à Paris pour l’inviter chez Lasserre, grand restaurant, avenue Franklin-Roosevelt à deux pas du Grand Palais.
    Dans le salon feutré aux tentures cramoisies, nous prenons une petite table ronde, quand nos regards croisent la silhouette puis découvrent le visage d’André Malraux déjeunant tout à côté, près de la fenêtre. Nous respectons bien sûr la solitude hautaine du pensionnaire et feignons de l’ignorer. le maître d’hôtel nous tend la carte. Après lecture faite, nous nous faisons un léger clin d’œil, X… et moi, en commandant de concert un « pigeon Malraux » indiqué sur la carte.
    Il me vient alors à l’esprit une anecdote lue dans un ouvrage de Pierre Moinot, académicien né à Fressines dans les Deux-Sèvres, ouvrage consacré à André Malraux au jour le jour.
    « Vous voilà célèbre lui disait-il, ils ont donné votre nom à un plat ». Hum, répondit André Malraux, pas si sûr, regardez Chateaubriand, ils y ont mis un t ». Le repas fut délicieux, nous avons parlé littérature, économie, bref, nous avons passé un excellent moment. » (Fin de citation)
    A la médiathèque Pierre-Moinot, de Niort, on vient de me confirmer que cet ouvrage sur André Malraux écrit par l’académicien deux-sèvrien, selon le narrateur de l’anecdote, n’existe pas.

    Voici maintenant la même anecdote ou presque contée par Jean Lescure, ami de Gaston Bachelard, haut fonctionnaire qui est venu à la maison, un jour, où il a partagé mon brouet sans pigeon Malraux sur la table de la cuisine :
    « J’ai bien rigolé avec lui! Jusqu’au bout. Je me souviens par exemple de notre dernier déjeuner chez Lasserre, peu avant sa mort. Je n’y étais pas venu depuis quelque temps. J’ouvre le menu, et qu’est-ce que je vois : spécialité de la maison, le « pigeon Malraux »! je me mets à rire et lui dit :ça y est, mon menu est fait : hors d’œuvre, pigeon Malraux, plat de résistance, pigeon Malraux, dessert, pigeon Malraux. Je ne bouffe plus que du pigeon Malraux! » Alors il se penche en avant et me dit :
    « Vous avez raison. Petit pigeon, très froid, désossé, farci servi avec des girolles…Très bon, très bon. Prenez. » Avant de conclure « Chateaubriand, ils lui ont mis un »t », c’est tout. »
    (Jean Lescure, au chapitre « Les cons, on les a tous en commun », du livre d’Alain Malraux, intitulé « Malraux raconté par ses proches » préfacé par André Brincourt)

    Trêve de plaisanteries sans pourtant en finir avec la plaisanterie kundérienne qui nous invite à mettre les pieds dans le plat, palsambleu!

    Et maintenant pour répondre à Jacques, je ne vais pas refermer le livre de mon correspondant, maintenant maire honoraire, qui présente ses nombreuses qualités : Licencié en psychologie et certifié ès lettres, professeur honoraire, sociétaire de Poètes français, président de ceci, président de cela et chevalier de moult ordres. La liste est longue. Cet artiste, retraité de l’enseignement, qui en a les moyens, a aussi fait le tour du monde en quatre-vint-cinq jours sur un bateau.

    Cette personne des écoles a voulu mettre la culture au premier plan dans la cité et dans un milieu enraciné dans ses traditions et ses croyances… D’où les appartenances, les oppositions et peut-être aussi une rare résistance.Tout reste à faire…

    Je rouvre le livre dédié à son épouse, où l’on peut lire en exergue deux belles citations qui donnent le la à l’ouvrage.

    L’une, très exacte, est de Boileau, « Art poétique » vers 39 et 40 :

    « La plupart emportés d’une fougue insensée

    Toujours loin du droit sens, vont chercher leur pensée ».

    Et l’autre est de Platon, « La République » Livre IV :

    « N’est-ce pas à la raison qu’il appartient de commander; puisqu’elle est sage et qu’elle est pour l’âme une providence supérieure ».
    Là, il nous faut bien constater une reproduction infidèle de la citation de Platon dans le livre de mon correspondant; citation que l’on trouve ainsi formulée en question, dans le livre IV de « La République » 441e :

    « Dès lors, n’appartient-il pas à la raison de commander, puisqu’elle est sage et a charge de prévoyance pour l’âme tout entière, et à la colère d’obéir et de seconder la raison? »
    Dans les traductions de Victor Cousin et d’Émile Chambly, il n’est nullement question de providence supérieure.
    Voyons ce qu’en dit l’encyclopédie en ligne utilisée par Monsieur Luminet :

    Platon (428-348 av. J.-C.)

    Dans les textes platoniciens le mot grec « pronoia » est très rare: on ne le trouve qu’en trois dialogues, le Phèdre, le Timée et les Lois, et normalement (c’est le cas, en particulier, du livre IX des Lois) dans le sens juridique de « préméditation »: il n’y a, en effet, que deux passage du Timée (30c1, 44c7) où ce mot signifie proprement « providence ». Mais cela n’implique pas que la notion de providence divine soit, dans la philosophie de Platon, un élément marginal. En fait, la providence est pleinement à l’œuvre dans le livre X des Lois, sans que le mot pronoia soit jamais mentionné. La notion de providence divine (ainsi que d’intelligence divine) occupe dans la philosophie de Platon une place tout à fait centrale, dans la mesure où ce n’est qu’en ayant recours à cette notion que Platon peut convenablement résoudre le problème des causes de la génération et de la corruption posé dans les dernières pages du Phédon : la théorie de la providence ébauchée dans leTimée et dans les Lois est ainsi le nécessaire complément d’un parcours qui, dans le Phédon, était resté essentiellement inachevé

    Saint Thomas d’Aquin rapporte d’aux dires de Grégoire de Nysse, Platon a distingué une triple providence : la première, celle du Dieu souverain qui a pour objet premier et principal les essences, c’est-à-dire tous les êtres spirituels et intelligibles, et qui par conséquent s’étend au monde entier par les genres et les espèces et ces causes universelles que sont les corps célestes. La deuxième qui pourvoit à chacun des animaux et des plantes et des autres êtres, soumis à la génération et à la corruption, sous cet aspect même de la génération, de la corruption et des autres changements. Platon attribue cette Providence « aux dieux qui parcourent le ciel ». La troisième providence a comme champ ce qui se rapporte à la vie humaine. Il l’attribue « à quelques démons (daimôn) résidant sur terre » qui d’après lui sont « les gardiens des actions humaines ». Néanmoins, pour Platon, la seconde et la troisième de ces providences dépendent de la première, « le Dieu souverain ayant lui-même établi ces pourvoyeurs du second et troisième degré » (Fin de citation)

    Hasard ou providence? Je n’ai pas la réponse et je ne puis que renvoyer à des sources de connaissance qui sont là.
    Pour celles qui sont « hors » là, je me permets de vous orienter vers « Atlas » de Michel Serres, un beau livre que l’auteur m’avait offert, un jour.
    Les météores et les anges y sont à la page.

    *

    Vous avez raison, Monsieur Bardou, il est souhaitable d’essayer de voir les choses telles qu’elles sont, sans nous faire un film sur leur façon d’être parfois déroutante…
    Puisque c’est le temps de la pyramide, là-bas, à Paris, comment ne pas penser à :

    « Jean-François Champollion, conservateur du département d’égyptologie au musée du Louvre »

    et de constater avec Messieurs Klein et Perry-Salkow qu’avec les soixante-quinze lettres de cette phrase entre guillemets on peut écrire la phrase suivante :

    « A la lueur fauve d’un gros lampion dépoli, et gouvernant mon émoi, je décrypte des cartouches »

    Alors faut-il y voir un sens caché ou tout simplement reconnaître en tel agencement la marque du hasard, rien que le hasard et c’est tout?
    Je ne joue pas avec les équations et ne plonge dans les abysses de l’invisible pour écrire un traité sur le fond des choses.
    Je ne suis qu’un bouvier sans bagages au milieu de ses vaches grasses et maigres dans la vallée où rien ne l’empêche de se donner le droit de rêver, palsambleu!
    Et vous avez mille fois raison, il y a danger en ce domaine de prendre des vessies pour des lanternes et de se retrouver Gros-Jean comme devant quand le réel pur et dur daigne montrer son vrai visage…Mais il n’est pas interdit de dévoiler sans dévoiler et de retourner le tableau pour vivre l’intuition vraie, sans pour autant vouloir amuser la galerie au ras des pâquerettes et coupée des choses de l’économie.
    Peut-être chose infime ou détail pour certains…Pour d’autres, peut-être, cela veut dire beaucoup et c’est tout simplement leur liberté d’y croire.
    Le détail d’une chose, disait Gaston Bachelard, peut être le signe d’un monde nouveau, d’un monde qui comme tous les mondes, contient les attributs de la grandeur.
    (« La poétique de l’espace », page 146)
    Vous avez encore raison Guillaume, j’ai dû sans doute mal m’exprimer à propos de l’étoile liée à votre ville. Ce n’était qu’un mot dans une chanson et une chanson, un autre a dit dans sa folle espérance que c’est une émotion plus une équation. Et si dans un refrain ce mot est boussole, alors plaise au ciel que rien ne l’arrête dans ce monde aventureux, une aventure qui pense, une pensée qui s’aventure!
    Et ce n’est pas faire des cachotteries que de dissimuler en toute candeur la manière bleue où l’on habite… La formule dira le lieu.
    J’espère avoir répondu à vous trois dans ce commentaire un peu long qui ne sera lu, peut-être, que par une ou deux personnes…
    Bien à vous et bonne et belle journée.
    Pour ma part,ce sera dans un petit restaurant près d’une rivière où nous parlerons, entre amis, de notre belle langue et de la 29 ème édition d’une petite fête dans les halliers du vocabulaire, harpe éolienne suspendue aux saules.
    Et peut-être la présence discrète d’une mystérieuse et inaccessible étoile…
    Qui sait?

    Garo

  15. Errata

    Avec toutes mes excuses pour une relecture trop rapide qui a laissé plusieurs fautes.
    Il faut lire :
    Le maître d’hôtel
    sociétaire des Poètes français
    quatre-vingt-cinq jours

    Garo

  16. Bonsoir!

    On a compris votre position qui n’explique ni peu ni prou un fait qui relève pour vous du hasard…Mais hasard mystérieux quand même! Vous ne bottez pas en touche mais vous laissez aux gens qui ont des titres et des connaissances, dont le savoir est reconnu dans les institutions d’utilité publique, le soin d’y trouver un sens, si sens il y a.
    Fin de la discussion.
    Cependant, force est de constater en telle belle affaire une histoire peu commune de rats de bibliothèque.
    Si rat des champs invite de manière fort subtile, sire rat des villes à quelques verres de syrah de bon croisement, sur un tapis de grange à foin, c’est bien pour honorer un pari gagné par l’honoraire édile, certes, mais pas seulement…
    Reste posée la question sur la poésie et comment pourrait-on comprendre que l’un d’eux, citadin ou rustique, détalât sans faire sa part?
    Nous voici derechef avec « Le parasite » de Michel Serres qui utilise la fable de Jean de La Fontaine pour repenser et construire bien des choses.
    Sous l’arbre de Garo, une suite nous sera donnée…
    Bonne nuit

    Roxane

  17. Bonjour!

    Je veux bien mais quelle suite, bonne dame?
    Suite mathématique? Suite musicale?
    Je ne suis ni Monsieur Bardou ni Monsieur Luminet.
    Si la vie est un roman, on le dira désordonné
    Et dans une symphonie d’instants parfaits, on classera l’affaire sans suite…ou inachevée.
    Sous mon arbre, c’est peut-être la meilleure façon de l’enchanter…la suite.
    Et de vous quitter pour aller au pré et ensuite faire quelques courses à la ville .

    Garo

  18. C’est un roman désordonné

    et celui qui dit la réalité ou le rêve pur et dur risque sa peau au minimum

    j’oserai ça au chapitre trois, mais « the time » please

    et chacun se reconnaitra en bonnes et dues phrases communicables

  19. Il a sa place au musée…de l’imaginaire.
    Il y a quarante-cinq ans, jour pour jour, s’en allait Georges Pompidou…
    Dans la préface qu’il va lui consacrer bientôt, l’actuel Président de la république française, dira-t-il en bonne et due phrase communicable, ce que le paysan du Cantal ne pouvait révéler, à la fin de son Nœud gordien?
    Dans quelques heures, à Paris, un ami parlera de rouille de l’esprit et de force de l’imaginaire.
    Quelqu’un sera-t-il là?
    Bonne nuit

    Jacques

  20. Quelqu’un est-il là ? J’aimerai lire des commentaires…

    Quelqu’un a-t-il vu l’émotion qui a inspiré mon précédent commentaire ?

    Ce n’était pas très liant, c’était un peu de guerre…

    Quelqu’un a-t-il ressenti ce petit quelque chose de froid en dehors de la compréhension intellectuelle ?

    Ou dedans ?

  21. Eh bien, cher Guillaume, quand on parle de risquer sa peau, comprenez que l’on puisse ressentir comme un froid dans le dos!
    En tout cas, en ce début d’aprilée, m’étant sans doute découverte d’un fil, j’en suis pour l’heure tout enchifrenée.
    Me reste à attendre la grâce de « saint Quelqu’un » pour apporter un peu de baume à mon être tout entier, palsambleu!
    Bonne fin de journée

    Roxane

  22. Seigneur! Vous avez pris froid et vous voilà avec ce vilain rhume que bien du monde attrape en ce moment.

    Souffrez que je vous souffle du chaud, chère Roxane.

    « Méfie-toi du non-être » disait Parménide.

    Tenez, à chaque fois que j’expirerai un tas de particules de pensées, je me forcerai à les filtrer en votre honneur.

    L’être émotif se sent volontiers manichéen, n’est-ce pas ? L’on nomme « irrationalité » ce qui parfois fait penser des choses « qui pourraient se produire et dont on ne veut pas ».

    C’est cette bataille anticipée qui me semble le non-être (fort du collectif), et me semble plus forte que l’être (faible de l’individuel).

    A l’heure du corps défaillant où pour vous les pensées et les émotions retournent au magma, fixez le vide chère Roxane, comme je le fais chaque nuit.

    Bon rétablissement.

  23. Bonsoir!

    Je viens de lire et relire les échanges entre Roxane et Guillaume.
    Courtoisie, honnêteté intellectuelle, politesse de la langue, autant d’atouts qui caractérisent le blogue de Monsieur Jean-Pierre Luminet, billets et commentaires réunis.
    Mais au delà de cette façade vertueuse se profile pourtant quelque chose d’autre qui n’est pas facilement exprimable ou qui se donne à lire en filigrane…Comment dire ce quelque chose tel qu’il est? D’ailleurs peut-on le dire?
    Parler d’un rhume dans ce blogue et taire, le même jour, l’image d’un trou noir qui fait la une des magazines, est-ce bien raisonnable?
    Quid de la notion d’émotion et du qualificatif d’émotif?
    Pour le physicien, un brillant esprit, selon, M.Luminet, il faudrait des vocables – que notre langue n’offre pas – pour évoquer positivement l’idée qu’ils désignent.
    On pense à la fable du passant et du satyre. L’un souffle le chaud et le froid et l’autre lui dit: « va-t-en, reprends ton chemin! »
    Les remarques mêlées de L.Wittgenstein et la question du moderne physicien sur le contenu plein du vide, peuvent en effet nous instruire, sans pour autant nous éclairer illico sur les rêves nocturnes des commentateurs qui ont décidé de faire le vide… Quid de l’image d’une matière étrangère capable de nous contenter pleinement? Sur une autre planète, quelqu’un peut-être, un jour, nous révélera ces « secrets d’alcôve » …
    Entre princesse et berger, science et inconscient, passe quelque chose… Devons-nous pour toujours tout ignorer de leurs amoureux rapports?
    Dans quel musée, aujourd’hui, trouver le tableau d’un ange qui passe, résistant à la folie des hommes?

    Bonne nuit

    Jacques

    1. Rien, il n’y a rien à voir que rien et attendre un frisson, et attendre tout sensible
      Et vient le sommeil.
      Nous pouvons parfois faire des rêves étranges de voyages extraordinaires,
      Dans des contrées de sensations où l’existence est pleine
      Et l’ange sort du tableau quand la parole revient
      Et on oublie tout très vite
      Le Jour observe la Nuit, c’est le Jour.
      La Nuit observe le Jour, on ne sait pas ce qu’est la Nuit.

  24. Il n’est point de rapports amoureux sans vit d’ange, que je sache!
    Et nous savons qu’en la matière, les discussions vont bon train…
    Au musée, à quelques lieues de chez moi, ce jour, le conférencier présentait sa collection de médailles.
    Et tout à fait inattendue, présence invisible qui laisse des traces…

    Bon somme à tous.

    GARO

    1. He oui, la procréation des livres ou des enfants, c’est de l’enfantement (dixit le « grand »)
      Mais c’est la puissance d’univers qui fascine vers laquelle ces désirs tendent
      (si j’ose dire)

  25. Au cœur de la nuit, je refais surface…
    Ah, Guillaume, vous me faites trop d’honneur et je me sens tout chose face à tant de si bonnes intentions!
    Se lever à quatre heures du matin pour relire quelques citations trouvées dans « Les Présocratiques » de Parménide, tout un chacun reconnu « normal » dira de cette attitude qu’elle est irraisonnable. Mais bon , voyons ce qu’en dit ce délire ou plutôt l’argument du penseur :
    « On ne peut connaître ce qui n’est pas, ni même l’énoncer, car ce qui peut être pensé et ce qui peut exister sont une seule et même chose. »
    Aussi, le vide ou le néant pour lui était assimilé à de l’impensable…Mais reste la question de savoir comment il a pu y penser, réplique le physicien.
    Penser « le rien » n’est jamais penser « à rien »
    Bon, on ne va quand même pas passer la nuit à parler du néant avec le philosophe d’Élée ou le « Ptyx » de S.Mallarmé…
    Alors que faire?
    Là est toute la question.
    Autant aller compter les moutons sur je ne sais quelle paroi allégorique et, peut-être, voir se dessiner pour de vrai les troupeaux de l’aurore…
    Merci de votre écoute.

    Roxane

  26. Parménide était même beaucoup plus véhément qu’une simple invitation à la méfiance « détourne-toi du non-être, ne va jamais par là », et en substance « c’est dangereux ».

    Je pense que la reconnaissance de cette chose se nomma par la suite « ubris » dans la culture grecque, ou en tout cas certains ont pensé comme moi à l’époque. Ce serait tellement naturel. Il ne s’agit pas de se demander si penser le non-être est logique ou non, il y a un sentiment de panique causant souffrance et même morts d’hommes, il faut lui donner un nom, on le fait obscurément ou lumineusement, en refusant ou non de le voir et de le comprendre, et on peut voir et comprendre un précipice sans penser sauter dedans.

    (d’ailleurs le non-être donne envie de dire toute la vérité, mais par des formes ou pour des raisons qui font qu’il n’est pas ce que l’être attend)

    Préscience ou prescience ? Aurobindo, a écrit « de la Grèce à l’Inde » établissant des connexions entre les concepts philosophiques et l’activité des yogis dans le Veda.

    Et dans les derniers chapitres d' »A la recherche du réel », une réflexion sur la réalité de parenté évidente avec l’Être qui annonce quelque chose

  27. Bonsoir!

    Je ne sais que dire en relisant les commentaires de ce billet.
    S’asseoir sous mon arbre et prendre l’air à la tombée du soir sans disserter à l’envi sur l’ère du vide en attendant de faire causette et de rencontrer Monsieur Boson, un « Monsieur de… », autrement dit portant la particule, qui en connaît un rayon en matière de musée, palsambleu!
    A ces mots, voici le passant, jetant un regard sur le monde actuel et me demandant ce que j’attends de notre Apollon qui, bientôt, ce n’est plus qu’une question d’heures, doit solennellement nous dire quelque chose…
    _ Eh bien, pour ne point nous retrouver à la rue, nous, les petites gens ou gens de peu, on voudrait bien qu’il nous donne un peu plus d’argent pour vivre un peu mieux sans faire des folies!
    _ Vous étiez à la manif, hier?
    _ Nenni. Il faut des sous pour aller si loin et ce n’est pas tout le monde rural qui peut faire le déplacement, même s’il est concerné, à plus d’un titre. Vous avez-vu, hier soir, au JT du 20 H, ce Monsieur bien sympathique qui était dans les rues pour dire sa colère : « Je suis retraité chercheur, je gagne 4000 euros par mois et je n’y arrive pas…Cela ne peut plus continuer! »a t’il répondu au journaliste de la télévision.
    Ce brave homme, estampillé « chercheur » qui a sans doute, j’imagine, trouvé plein de choses durant sa vie active, sait-il que la plupart des gens de mon espèce sociale touchent une retraite cinq fois moins importante?
    Et Monsieur Boson de continuer sa route en maugréant contre le système qui crée tant d’injustices et d’inégalités.
    Puisse Apollon, du haut de son Elysée, nous apporter la manne capable de nous nourrir « corps et âme »!
    Compter et raconter en chevauchant la licorne, un vicomte bien vivant de la République des âmes mortes, en serait fort aise, fût-il retraité d’institutions ou laboratoires reconnus d’utilité publique.
    Il y a les choses qui comptent, bien sûr, sonnantes et trébuchantes…Plus d’un en sait quelque chose!
    Il y a aussi et peut-être surtout le désir de boire ce quelque chose qui tombe du ciel, capable de sauver notre enfance.
    Mais cela nous ne le savons pas encore…

    Garo

  28. # Garo

    Si vous êtes vraiment dans la détresse, Garo, contactez-moi, je ferai ce que je peux d’une façon ou d’une autre. Bien sincèrement et de tout coeur.

    PS : « présence invisible qui laisse des traces… » est-elle une anagramme ?

    #Jean-Pierre

    Félicitation pour la réalité modélisée par vos calculs. Sous cet aspect ca ressemble un peu à la découverte de Neptune par Le Verrier. Vous goûtez bien votre plaisir à Samarcande ?

    Concernant les choses à découvrir, il peut arriver, sur votre site, qu’un commentaire soit posté dans un billet antérieur, ou bien ailleurs qu’à la fin du billet actuel. dans ce cas, en tant qu’administrateur de votre site WordPress, vous en êtes informé mais pas nous. (A part Garo qui remonte scrupuleusement le fil de la discussion, s’attache à la faire vivre, et dont, grâce à lui, j’ai été informé d’une réponse que vous m’avez faite)

    J’ai trouvé un plugin remédiant à cela :

    « Subscribe to Comments Reloaded »

    il donne la possibilité à un contributeur ou un simple visiteur d’être informé des nouveaux commentaires d’un billet en cochant une case dans le fil de discussion.

    je l’ai d’ailleurs personnalisé et testé sur mon site (même si personne n’y laisse de commentaires, mais ça ne me manque absolument pas).

    Puisque chez vous le délicieux noir de la nuit a trouvé l’heur de se condenser en étincelles de présence, il vaut mieux augmenter les possibilités de capter les signaux

    CETI pas vrai ?

  29. Bonsoir!

    On pourrait en écrire encore et encore des commentaires sur cette réalité que l’on voudrait accessible, de plein droit, à notre savoir…Je crains que tous ces louables efforts ne soient que choses dites et redites sans véritable originalité.
    Avant de conclure son ouvrage « A la recherche du réel » ,Bernard d’Espagnat insiste sur le fait que la physique a beaucoup à dire au sujet de la notion d’Être, comme le prouvent les précédents chapitres.Ce savant, tient comme « hasardeuse » mais non absurde, l’hypothèse de la possibilité, pour chaque être humain, d’établir quelque pont vers l’être.
    Or, cette relation ineffable entre chaque homme particulier et l’être, se traduirait, selon lui, par l’expression « un appel de l’être » qui comme tout ce qui a trait à ce qu’il nomme la réalité indépendante – ou être – une telle relation devrait transcender le temps, à certains égards tout au moins. (Relire les pages 165 et 166 de cet essai merveilleux, édition 1979)
    Un appel n’est pas une annonce et je me souviens qu’en ces temps-là, l’auteur, de son laboratoire d’Orsay, m’avait recommandé de relire certains chapitres de son livre pour trouver une réponse à une question, que tout citoyen ordinaire et pour le moins curieux, aurait pu lui poser.
    En d’autres temps, en début juillet deux mille douze, je me trouvai en Dordogne, au sein d’une communauté religieuse, où Monsieur Jean Staune donnait conférence.
    Dans son livre « Notre existence a-t-elle un sens? » Garo est à la page des remerciements et Bernard d’Espagnat apporte son importante contribution. J’entrai dans la salle de la conférence , regardé de la tête aux pieds, comme si j’étais un drôle de paroissien…J’avais oublié, en effet, de me déchausser.
    L’orateur, habile conférencier, citait justement « A la recherche du réel », devant un public de futurs guérisseurs à la sauce quantique, qui prenaient fièrement des notes et d’autres, bercés sans doute par la voix du tribun , piquaient un somme.
    Les mots coulaient de source… quantique, cela va sans dire!
    On eût dit qu’un petit lutin facétieux jouait avec les mots et la sonorisation pour perturber la conférence de l’intervenant…
    Foin de ces petits détails techniques!
    Au sortir de la conférence, je me souviens d’avoir lancé à la cantonade, vers une jeune et sympathique enseignante de la région parisienne, venue là pour se ressourcer : « Faites attention, Mademoiselle, soyez prudente! »
    A côté, une mère et son enfant émotif qui n’en pouvait plus du système éducatif…Et plus loin, un astrophysicien de renommée mondiale qui posa comme une ballerine pour le clic de votre serviteur!
    Un autre visiteur, rationaliste, au verbe haut et fort, apportait à ceux qui voulaient l’entendre, un autre son de cloches…
    Une jeune femme, pas loin, dans un autre groupe la jouait écolo avec la guitare des « libérés » de mai soixante-huit….
    Je repartis dans la voiture, gagné par un ennui indescriptible…
    Un proche et son amie devisaient encore avec Françoise et Claude Saliceti, auteur avec Bernard d’Espagnat de « Candide et le physicien »…
    Et ce même jour, nous nous dirigeâmes, vers le sud du département voisin pour rencontrer à l’improviste un homme des bois, correspondant lucide dont, par hasard, la cabane est, dans la forêt, toute proche de la maison natale de Monsieur Jean Staune. J’ai laissé quelques choses devant la porte et nous sommes repartis non sans prendre quelques photos…
    A chacun sa promenade, ses muses et son musée!
    Demain peut-être ou un autre jour, le discours annoncé viendra…Parlera-t-il au soleil, aux arbres, aux ruisseaux et à la forêt? Celui qui personnifie une collectivité et qui cristallise ses aspirations profondes, comme tu dis, cher Michel, à la fin de ton dernier livre, saura-t-il toucher du doigt l’entièreté du Réel?
    Ultime convocation des ombres du dedans…
    Parler dans le vide…Pour quoi faire?
    Que sera sera…

    Jacques

  30. Cher Guillaume, votre générosité vous honore et j’accepte volontiers votre aide dans la desserte des sciences.
    Vous savez pertinemment, comme le précise B.d’Espagnat, qu’une certaine croyance littéraire, de nos jours encore, garde droit à l’existence; cela parce que les résultats de la recherche scientifique se trouvent être de nature à lui laisser les profondeurs. Prenez le mot « desserte », comme vous l’entendrez…Est-ce par hasard si c’est l’anagramme du mot détresse?
    Seti pas vrai, dites-vous! Oui, il a bien raison le bon Carl qui en fait partie de déclarer ex cathedra que des affirmations doivent être accompagnées de preuves pour être prises au sérieux. Et dans ce domaine , on peut compter sur des extras pour nous servir les reliefs d’esprit de rêve qui peut ne point manquer de sel, palsambleu! Alors commensaux, aux relais du silence, rue Jean-Tardieu, entre lumières dans la nuit et obscurité du jour?Ou maîtres queux mettant le turbot?
    Devinez!
    Quant à la page où je suis dans le livre de Monsieur Staune, sachez, Frère Jacques, que je n’en suis pour rien en cette aimable mention. Un lecteur soucieux d’exactitude qui en fait remarque à l’auteur, avec preuves à l’appui, cela se voit encore et n’a rien d’exceptionnel…
    Urbain-Jean-Joseph Le Verrier est au chapitre de la diversité des corpuscules dans « L’activité rationaliste de la physique contemporaine » et dans celui de l’approximation newtonienne dans « La valeur inductive de la relativité »
    « L’unique cliché interprété d’Anderson est peut-être plus important que la découverte de Neptune … »écrivait Gaston Bachelard.
    On a beau dire que seule, la science s’inscrit dans le marbre de l’éternité, à l’instar de l’astronome de Samarcande, la statue qui sourit au promeneur calculateur dans la cour de l’observatoire ne fait pas de miracles et nombreux, malgré les dunes qui s’effondrent et les brumes se dissipant, sont les gens dans la misère. Peut-être, cher Guillaume, faites-vous un autre constat, là-bas, chez vous où le Prince remportait la palme avec soixante-seize pour cent des voix…
    A votre question en post-scriptum, la réponse est sans doute dans le silence de Ferdinand Saussure qui aurait pu dire :
    « J’adorai la dimension à part » Avec ces mêmes vingt-trois lettres, on peut écrire la disparition d’un physicien de génie: « La disparition de… » Je vous laisse combler, Guillaume, ces points de suspension par son nom. Un nom que Monsieur Etienne Klein a vu, un jour, sur le panneau de la rue qui menait du bâtiment du CERN dans lequel il travaillait à l’un des réfectoires. Un nom dont il n’avait oncques entendu parler…
    Bien des années plus tard, il apprit que cette rue n’existait pas et n’avait jamais existé…Disparue.
    La disparition…Quelle lettre! Quel roman!
    Je m’en retourne à mon ru.

    Garo

  31. # Garo
    Ettore Majorana

    Aujourd’hui j’ai bu chez un hôte du rhum de Guyane contenant des paillettes d’or. Je fus étonné, et étonné qu’aucun des sept autres n’en ait bu.

    # Garo + Jacques

    Vos deux derniers commentaires m’étonnent encore ce soir, surtout le vôtre, Jacques. On dirait que des choses se précisent enfin.

    Voyez ci-dessous l’hommage que je rends à Bernard d’Espagnat, et que j’ai rédigé ce matin :

    http://guillaumebardou.com/?page_id=364

    ****

    Après partir d’ici pour arriver là-bas
    Nous serons ce que nous auront aimé
    Pour le meilleur et pour le pire

    ****

  32. Eh bien, cher Soldat Louis, je dirai que vos sept amis de tablée joyeuse, sont gens heureux; ils boivent avec modération et ne se laissent pas séduire par les appas rances de l’alcool. Qu’ils soient remerciés pour leur exemple!
    Je suis désolée, vraiment désolée car c’eût été un grand plaisir de lire votre hommage à Bernard d’Espagnat.
    Je ne suis pas la seule dans le même cas, impossible de lire votre lien comme d’ailleurs aller sur votre site.
    « 500 Internal Server Error » Telle est la seule réponse apparue sur l’écran.
    Vous serait-il possible de le mettre en commentaire…Monsieur Jean-Pierre… ne vous le refusera pas, quand même!
    Peut-être faites-vous référence à la contrée où regarde le physicien…Peut-être nous parlez-vous de ces contours et de ses rivages…On aimerait tant savoir!
    Je voudrais vous demander, cher Guillaume, votre avis sur la petite polémique entre enseignants-chercheurs que l’on peut lire sur Internet sans la moindre difficulté.
    Je pense à cette critique profonde de Vincent Debierre des livres de la jeune vedette universitaire, Aurélien Barrau.
    Il va même jusqu’à lui reprocher ses fautes d’orthographe…C’est vrai qu’écrire « clynamen » au lieu de clinamen, est une faute que ne devrait pas faire, ce professeur adoré au milieu de ses équations. Mais bon, son contradicteur n’est pas exempt non plus de quelques fautes de trait d’union dans sa critique très argumentée des livres de Monsieur Barrau. Au fait, la force de l’imaginaire serait-elle contre les bien-pensants – celles et ceux qui ne peuvent pas sentir le nœud papillon et les chaussettes carmin de Michel Maffesoli, par exemple?
    Au bon heur de vous relire, s’il vous plaît!

    Roxane

  33. Eh bien, idem pour votre serviteur!
    Je n’arrive pas à lire sur l’écran, votre lien, Guillaume…
    On rêve de divines agapes entre enseignés qui trouvent, tous unis vers Cythère…
    Et pour celle ou celui qui associe la bouteille à l’ancre, il ou elle peut ne pas cracher sur le kummel et même préférer le xérès au cherry, ledit breuvage dût-il amplifier les effets du tangage, comme disait « Tintin au pays de…l’orthographe. »
    N’est-ce pas, mon capitaine?
    D’autres peuvent se contenter d’un simple sirop, à base de plantes de nos campagnes et de rêver de faire un beau voyage.
    Pourquoi pas?
    Ou entre deux publicités invitant à donner de l’argent pour la recherche, s’évader sur sa chaise ou son canapé, ce soir même, dans le monde de Jamy avec un célèbre spationaute.

    Alors belle et bonne journée!

    Garo

  34. Bonjour!

    Matines sonnées, je vous écris ce petit mot à la hâte…
    Il y a tellement de choses à faire à l’abbaye!
    Vous avez raison :
    Un peu de fraîche boisson, une pinte de poésie et un brin d’humour, palsambleu, on ne peut demander mieux! »
    Genius loci ne dira pas le contraire…
    Bien à vous tous en cette mi-aprilée et premier jour de semaine sainte, au soleil.

    Jacques

  35. Merci Monsieur Bardou d’avoir bien voulu nous faire partager votre travail littéraire condidérable, extrait de « L’ étreinte du monde » en soixante-deux pages. Le premier des auteurs présenté, étudié, est Bernard d’Espagnat. Vous le citez, page 2, en ces termes;

    « S’il en est ainsi, alors il existe certaines hypothèses que le physicien, même s’il les considère – selon
    ses critères propres – comme hasardeuses, ne peut pas tenir pour absurdes. L’une d’elles est que
    chaque être humain ait la possibilité d’établir quelques ponts vers l’Être. »
    Il n’est absolument pas question, ici, dans ce commentaire, de montrer du doigt telle petite erreur infime, visant à diminuer la portée du sens d’une citation très opportune faite pour éclairer le lecteur. Il s’agit de tout autre chose …Montrer ou monstrer une exactitude qui recèle une signifiance particulière.
    A la page 166 de « A la recherche du réel » au chapitre « Regards », l’auteur conserve l’adjectif indéfini « quelque » au singulier « (…) établir quelque pont vers l’être » et non au pluriel, comme dans la citation judicieusement choisie de Guillaume.
    « Quelque pont » ne veut pas dire plusieurs ponts, mais un seul, dont on n’a pas encore déterminé la nature exacte.
    Notre relation à l’être est bien dans l’exactitude que l’on peut vérifier. Dans l’idée du « tout est sensible », quand on a quelque chose à dire ou à faire passer et quand on est en plus, comme votre serviteur, profane en science – ce qui ne veut pas dire profanateur – il faut être d’une extrême prudence dans le discours et agir finement.
    On peut se reporter à nouveau au bel ouvrage susmentionné, page 119 où Monsieur d’Espagnat nous invite à une prudence très spéciale à propos de ces phénomènes liés à « l’idée » du tout est sensible, qui ne peut être considéré, précise l’auteur comme une théorie scientifique ayant aucun fondement solide. Cette nécessaire vigilance ne remet pas en cause l’existence réelle de ces phénomènes, considérée comme indubitable par un certain nombre de personnes au jugement sérieux.
    Brisons là.
    Le dernier de votre liste, Benjamin Constant, me rappelle son expression dans « La faute à Rousseau » de Jacques Julliard :
    « au peuple tout entier l’holocauste du peuple en détail »
    Faut pas pendre les enfants du bon dieu pour des canards sauvages et quelqu’un sortant du troupeau est bien libre d’aller se promener vers une haute rêverie « à la Rousseau »(L’expression entre guillemets est de B. d’Espagnat dans son livre consacré à une déesse et aux feux du savoir)
    A chacun sa sortie de crise…intellectuelle!

    Bonne fin de nuit à vous
    Et un bon réveil au petit matin.

    Garo

  36. # Garo

    Merci de me corriger, je viens de corriger ma faute de transcription.

    Content que le serveur du site réponde à nouveau.

    « Notre relation à l’être est bien dans l’exactitude que l’on peut vérifier »

    Oui, mais après un étrange intervalle hors du temps, pas avant. et l’exactitude est permise à tout niveau de connaissance.

    le langage de mots n’a pas le même domaine d’application que celui des chiffres. L’exactitude est de ne pas vouloir utiliser l’un pour l’autre.

    Figurez-vous que je comprends être très peu savant en sciences, que l’effet est d’en être malheureux, mais que le sacrifice de la connaissance, s’il est un lâcher prise difficile, est l’intelligence de tout le reste qui se manifeste après.

    # Roxane

    Je n’ai pas trouvé la polémique. La seule chose que je puisse dire, c’est qu’il me semble qu’il ne sert à rien d’expliquer quelque chose à quelqu’un qui ne peut pas comprendre.
    C’est pourquoi vous avez le droit de me gronder, chère Roxane, si je vous parais un peu trop souvent être un « donneur de leçons ».

    (Qui sont ceux qui ne peuvent pas comprendre, en train d’expliquer à d’autres qu’ils s’imaginent ne pas pouvoir comprendre)

    Je pardonne de loin, c’est humain.

    # Jacques

    SCI Genius Loci n’a jamais rien acquis, si les paillettes d’or sont dans ma boisson, elles sont loin d’être dans mes poches

  37. Pâques deux mille dix-neuf, aux aurores.

    Revenons au musée et, comme dirait l’autre, suivons le guide!
    Un guide des sciences que ne saurait désavouer, cela va sans dire, notre promeneur de Singapour.
    Un beau jour, par estime, il m’a envoyé un oracle utopique.
    Aussi, pour notre plaisir, je vous livre deux petits extraits d’un courriel qui parleront sans doute à plus d’un bâtisseur :

    « À : PYTHIE@oracle_delphes.com
    De : MUSÉE.SCIENCES@science_en_culture.edu
    Objet: Muse de la science ?
    Sombre Pythie,
    Désirant que la science soit pour les humains une source de sagesse et d’illumination, nous souhaitons lui consacrer un édifice où elle pourra être vénérée et fêtée.
    Mais ce mouseion, à laquelle des neufs Muses devons-nous le dédier ? (…)
    Quatre brefs siècles seulement se sont écoulés depuis que les humains ont donné un plein essor à leur connaissance du monde. Ce court laps de temps a suffi à exalter
    leur hubris au point que, outrepassant Prométhée même, ils croient pouvoir rivaliser avec Zeus et devenir maîtres de la foudre cosmique comme du souffle de la vie.
    Sauriez-vous, Muses, en ce temple nouveau, susciter les prudences comme les enthousiasmes qui permettraient aux mortels de cultiver leurs sciences pour la vie et non pour la mort, pour la joie et non pour la douleur, pour la paix et non pour la guerre ?
    Que chacune d’entre vous apporte ici ses dons. »
    (Fin de citation)

    J’entends votre aimable critique me suppliant de redescendre sur terre pour y voir les choses telles qu’elles sont et sans en faire tout un cinéma, palsambleu!
    Alors laissons sur le parvis, la voix de l’enfant des cathédrales
    se confondre à celle de la belle gitane pour le meilleur sans le pire…
    Hier, je suis tombé sur un livre, dans une maison vide, dont le titre en trois verbes :
    « Savoir – Penser – Rêver » est écrit par douze apôtres des sciences. Il en est un que vous connaissez, sans doute :
    Étienne Klein. Douze auteurs, douze leçons comme il est écrit sur la couverture.
    Ce donneur de leçon de vie, au sens noble de l’expression, inaugure à sa manière… Devant son tableau des équations, il ne se sent plus de joie…intellectuelle. Dans sa situation qu’il sait très privilégiée, il exulte…Et là où il est, dans une forme d’ailleurs, nous sommes tout ouï. Il nous entretient de choses qui nous parlent même si nous sommes à des parasanges de son laboratoire où il exerce sa profession : L’imaginaire , la sérendipité ou le hasard qui fait sens pour celui qui cherche, sans oublier la référence à un livre d’E.Lévinas et à celle de « La formation de l’esprit scientifique ».
    Vous me direz que ce ne sont que des mots publiés aux éditions Flammarion et la maison est toujours vide.
    Rêvons un peu après avoir pensé à ce que l’on sait…
    En descendant de la montagne, une rencontre avec icelui…quelque part, je ne sais où, un petit bourg de Suisse, peut-être!
    Assis à la même table, au café du village, parlerions-nous d’ondes gravitationnelles, du boson de Higgs et même d’anagrammes? Non, cent fois non. Même pas de notre cher Gaston Bachelard? Pas sûr…De la vie tout court? En se disant que ce n’est peut-être pas par hasard si, en exergue d’un chapitre consacré aux caprices, non de Marianne mais de l’atome ou à l’épreuve du saut, « Le voyage de P.Périot » est à la page, cité.
    Peut-être sortirais-je de ma poche une petite carte postale brisée, envoyée, un jour, par quelqu’un en villégiature dans les Alpes. Dans son « Romantisme absolu », cette personne disait quelque chose sur la vérité, quelque chose bien difficile à comprendre…
    Pour celui qui fait l’éloge de l’imaginaire ou plutôt de sa force, la Vérité n’est plus réductible à l’exactitude. Les vérités sont des énigmes qu’il faut vivre en tant que telles. C’est un professeur qui parle, qui le dit et l’écrit.
    Et qu’en dirait Monsieur Klein, sur le banc de cette auberge?
    En cet ailleurs, quel mot écrirait-il sur le tableau noir de la vie, ce professeur rêveur qui fut marqué par son livre de chevet, l’ouvrage de Bernard d’Espagnat « A la recherche du réel »?
    Un tel chemin est ici possible, grâce justement à ce médium mis à notre disposition. Un chemin entre…
    Entre la rigueur de la mathesis antique et l’effervescence de l’extase contemplative, pour rependre les justes mots d’un fidèle ami professeur émérite, fin connaisseur de Rousseau.
    Monsieur Étienne Klein se dit « être entre… » dans sa leçon particulière.
    Hors là, puisse-t-il nous donner le la, en ce jour de printemps, et à sa manière bleue enchanter la vie!
    Autrement dit, faire pleuvoir, sur les lecteurs du blogue de Monsieur Luminet, « quelque chose qui ressemble à un chant grégorien », comme l’écrivait, un jour, un aviateur à un général sans nom.
    L’aviateur se trouvait à mille milles de toute région habitée, précisent Étienne et Jacques, chercheurs du sens caché du monde et avec les vingt et une lettres de ses prénom et nom vous pourrez écrire :  » doux sire y était en panne » (Anagrammes renversantes, page 67)
    Au plaisir de goûter la manne du physicien, un rai de lumière dans nos noirs climats.
    Garo

  38. L’idéal rosicrucien (NC Fabri de Peiresc dont on trouve un portrait au Musée Paul-Arbaud, à Aix-en-Provence, en connaissait un rayon) propose ses « boissons » aux chercheurs de lumière.
    Sous le ciel étoilé, une luciole sur la sente peut guider le vagabond qui sait modérer sa soif de connaissance.
    N’est-ce pas, Guillaume?

    Jacques

  39. # Jacques

    He bien, j’ai écrit une phrase ce matin : « La sensation d’ignorance fait voir ce que la connaissance occulte »

    et je la reformule à votre invite : « La luciole sur la sente fait voir ce que la connaissance occulte »

    Bonne nuit, je vais chercher la lumière, essayer de me taire et d’exister dans une contemplation, une sensation, l’effort de se taire, même si c’est une erreur !

  40. Votre attitude, cher Guillaume, est tout à fait concevable et en tout cas recevable.
    De grâce, rouvrez incontinent »A la recherche du réel », page 90 et vous y lirez outre la citation connue de L. Wittgenstein, sur la nécessité de se taire à propos de ce dont on ne peut parler,
    une maxime qui en suggère une autre, manifestement pernicieuse, à savoir :
    « Ce dont je ne peux pas parler n’existe pas »
    Le physicien du réel voilé propose d’adopter une autre attitude.
    Brisons là.
    Voyez , si vous le pouvez, la peinture « Occhi » sur la couverture du tome 3 de La Méthode – La connaissance de la connaissance –
    Dans la nuit noire, peut-on voir avec ces yeux-là?
    Avons-nous d’autres choix, ici et maintenant, que celui de glisser nos mains dans les cheveux d’Esméralda, fût-elle gitane de Notre-Dame ou folle du logis?
    La force de l’imaginaire doit trouver les mots de son geste.
    Celui qui rêve n’a-t-il pas employé, lui aussi, le mot rédemption?
    Bonne soirée à vous tous, lecteurs rares de ce commentaire.

    Roxane

  41. Bonjour!

    Roxane a raison quelque part avec son commentaire questionnant.
    S’il vous plaît, Monsieur Bardou, donnez-nous la réponse de la nuit.
    Avant que tombe la manne d’un ciel élyséen…
    Merci et au bon « heur » de lire vos mots.

    Garo sous son chêne, rêvant de « métamorphose »

  42. # Roxane et Garo

    C’est bizarre, je suis obligé de me taire sur Wittgenstein, selon ses propres principes mal compris par moi.

    Concernant ces yeux-là, je suppose, Roxane, que c’est comme pour le précédent : peut-être que vous pensez voir deux épouvantails et que vous testez ma résistance à la rupture ?

    Mais attention à la rupture, c’est aussi la rupture en soi.

    Or, j’explore des terrains nouveaux, dont le « lâché-prise » est la clef de voute psychologique et le mouvement rectiligne, peut être… l’aspect physique ?

    Contrairement aux penseurs qui sont en rotations ?

    Mais pour vous, chers amis, point d’éloignement irrémédiable, car il y a plaisir-volonté pour moi à être ici et là, dans le langage inspiré.

  43. Bonjour Guillaume!
    Bonjour les amis lecteurs du blogue de Monsieur Jean-Pierre Luminet!
    Il faut mettre de l’esprit dans les choses. C’est la leçon retenue de la grande discussion lue dans un espace médiologique sur les ruptures techniques et la continuité culturelle, du côté des empêcheurs de penser en rond.
    Cependant, si l’on mettait sur orbite la phénoménologie du rond, si chère à Gaston Bachelard, au chapitre X de « La poétique de l’espace », l’arbre de Rilke n’aurait pas fini de tourner en des orbes de verdure, pour le plaisir de nos yeux de pauvres terriens, palsambleu!
    Quant à rompre le pain en quelque lieu et là des yeux s’ouvrir, ça reste à voir!
    J’attendais un hymne à la nuit où l’on eût aimé rêver le savoir, suite à l’apparition sur l’écran de notre Jupiter parlant…
    Mais nous préférons nous taire…Est-ce bien raisonnable, braves gens, chez les enfants des Lumières?
    Pour l’heure , je me prépare pour aller à la ville me faire enlever une poutre cristalline et placer une petite lentille.
    A une autre fois, peut-être, pour une meilleure vision des êtres et des choses.
    Votre servante en arrêt de travail qui, sous la tonnelle, fait des ronds dans l’eau.

    Roxane

  44. Bonjour Roxane! Bonjour chers amis inconnus!

    Je vous connais un peu, chère Roxane, par nos rencontres au monastère et au prieuré. Aussi, les lecteurs ne seront pas surpris par le ton familier teinté de quelque pointe d’humour, que je me permets à votre égard.
    J’aime bien votre chute et votre façon de vous déguiser en idiote de village, alors que votre jupon frôle la tonnelle d’un régiment de caporaux du savoir.
    En vous relisant, vous me faites penser à « Niagara » et à la chute de sa chanson sur « La fin des étoiles ».
    Sans nommer Novalis – et je vous reconnais bien là – vous nous inciter à relire ses fragments. Est-ce par hasard, si nous les trouvons en exergue d’un chapitre de Gaston Bachelard consacré à l’effet photoélectrique?
    Quant à la manne élyséenne, laissons à l’hamadryade du blogue, le soin de nous en faire voir de toutes les couleurs, palsambleu!
    Bonne préparation pour votre opération chirurgicale imminente et à bientôt avec des yeux de Lyncée.

    Jacques

  45. Bonsoir!
    Hamadryade ou pas, je veux bien dire quelque chose de la performance médiatique du tribun de l’autre soir, si ce commentaire en « Macronie » est autorisé par le responsable du blogue qui a utilisé ce terme.
    Le peuple attaché à sa langue qui a ouï devant son poste de télévision des expressions telles que « projet enraciné », réconciliation de la métropole avec le rural, enfants des lumières, l’ordalie de la république, trahison des clercs, image saint-simonienne, boule au ventre, invariants du pays et surtout l’art d’être français, a-t-il son mot à dire? Dessine-moi une cognée, dit l’enfant qui se souvient d’Ésope, Rabelais et de La Fontaine, à celui qui a lu Le Prince.
    Peut-on comprendre une telle image aussi naïve sans se rappeler, il y a déjà dix ans, d’un cri de la cour des grands, s’offusquant des 1967 euros mensuels versés à un jeune de la filière scientifique voulant observer ou étudier les objets célestes?
    Aujourd’hui, que dirait le Couillatris des laboratoires en apprenant les bonnes nouvelles tombées d’un ciel élyséen?
    Celle par exemple des mille euros mensuels promis aux retraités de la gent travailleuse sans laquelle les bâtisseurs du ciel, fussent-ils quelque peu désintéressés sur le plan matériel, n’auraient pas de quoi se mettre sous la dent, mes bons seigneurs!
    Et aujourd’hui, en regardant sur la même chaîne de télévision, le JT du 13 H (TF1), on voit les pleurs des gens sur le plancher des vaches, leur détresse inimaginable et la mort qui s’étend, alors que dans les bureaux des laboratoires, on reste impuissant face au carnage et aux navettes des camions d’équarrissage.
    Que dire? Qu’imaginer? Que faire?
    Peut-on redonner vie à ces champs de ruine?
    Esprit des universités es-tu las?
    Répondez, penseurs et panseurs, si vous savez et pouvez faire quelque chose…

    Donné, ce soir, en cette chambre, le vingt-sept de l’aprilée deux mille dix-neuf.

    Garo

  46. Rien ne se perd dans l’infini intérieur.

    Si l’extérieur est si grand, c’est pour oublier dedans.

    C’est aux adieux et aux rencontres que l’espace ressemble

    Alors vient la possibilité des îles, donc pas partout

    Un jour et une nuit planeront dessus et nous voudrons encore

  47. D’abord, je présente mes excuses au responsable du blogue.
    J’aurais dû, en effet, écrire dans mon précédent message « incitez » au lieu de « inciter ».
    Même avec son petit voile dans les yeux, Roxane, j’en suis sûr, aura vu la faute. Pardonnez-moi ce caprice!
    Je reviens d’une petite exposition dans un tout petit village de France, entre l’église et la mairie. Un lieu comme tant d’autres qui a connu ses guerres de religion entre français. Des tableaux exposés, des couleurs, des nuances, enfin, tout un travail d’artistes qui veulent exprimer quelque chose!
    Je pensais aux tableaux de la promenade artistique de l’astrophysicien, à Singapour.
    J’ai retrouvé ce jour, ce cloître de campagne, où quarante-cinq ans plus tôt, une visite impromptue m’a fait écosser des petits pois avec les contemplatives, en leur parlant de « La religieuse » de Diderot. Je n’étais pas chez moi et elles ne sont plus là.
    Je reviens ce jour, sur les lieux, comme pour brosser un tableau d’un non-lieu.
    Quelle symphonie d’instants parfaits saura composer la « suite enchantée »? Dans quelle galerie verra-t-on s’exposer, ce merveilleux « final » qui se distance du mensonge romantique et s’accorde à la vérité romanesque?
    Vers quelle galère court celle ou celui marqué à vie par la quête impossible de l’inaccessible étoile ?
    Il y a tant d’obstacles à surmonter sur la voie de la connaissance…
    Et pierre qui roule n’amasse pas mousse!
    Qu’en pense le généreux visiteur d’un musée lointain à l’esprit scientifique bien formé?

    Bonne soirée

    Amicalement

    Jacques

  48. Il y a ce lien de cette année-là :

    « Mireille Mathieu La voie lactée (1976) – YouTube »

    Du côté d’Hercule, il ne messied peut-être pas de fredonner la chanson…
    Quel nouveau Watteau saura peindre cette île incertaine?

    Roxane

  49. Bonjour!

    Nouvelle sensibilité avec l’art initiateur?
    Et de nouveau, bonjour H.Marcuse et M.Merleau-Ponty… Et pour la balade aux îles, sur les erres de Kenneth White, une géographie mentale ou la tranquille apocalypse.
    Mais ne nous leurrons pas, c’est à l’intérieur des terres que se déploie l’immensité…A la base dans la conjonction phénoménale et nouménale. Faut avoir de bons yeux pour y découvrir la fourmi qui chante, bonnes gens!
    Point d’adieux mais nouveaux points de rencontre.
    Bon premier mai à tous et puisse un brin de muguet imaginaire, par sa senteur, vous donner l’heur de tourner la page, transportés d’allégresse.

    Jacques R.G

  50. Quelle page?

    Page 166, celle du livre de Monsieur d’Espagnat « A la recherche du réel » dont il fut question précédemment?
    Ce livre que Monsieur Klein a lu, un jour, lors de son séjour à l’hôpital.
    Chambre 166 où j’étais en début de semaine, à l’hôpital, point de livre sur ma table de chevet.
    Un œil droit opéré, le gauche dans quelques jours.
    Quant à l’autre, vers quelle chambre à la page, saura-t-il me guider?
    Il faut bien nourrir l’imaginaire, n’est-ce pas?
    Bonne nuit

    Roxane

  51. #Jacques

    « Je reviens ce jour, sur les lieux, comme pour brosser un tableau d’un non-lieu »

    ***
    Il y a un trou dans le corps de l’être mental, on y voit un paysage cosmique, mais tout autour c’est de la chair. Et elle ne cicatrise pas pour tout le monde. C’est un appel incessant à contempler ce qui pourrait être, et ce que l’on ne fera jamais dans le temps de son existence individuelle.

    C’est un non-lieu, c’est le mien et c’est le nôtre, le vôtre peut-être.

    C’est un non-lieu et ça fait mal. On n’en parle pas, on se leurre, on plaisante. On se cache, et en fait on a peur. car si on construit notre équilibre mental sur les refus de tout accomplir, on ne sait pas la raison de la raison.

    Le vertige physique en est la conséquence la plus anodine.

    Toutes les créatures font des biotopes en même temps qu’elles se construisent, et elles ne sont bonnes à vivre que dedans. Hors de son biotope, l’homme mental souffre et n’est pas lui-même, et il n’y a rien qu’on puisse exiger de lui.

    Ses œuvres ne sont plus que mémoire, il juge qu’elles n’ont été que rêvées. L’homme qui compte les heures est un nuage évanescent.

    La plaie dans l’habitat mental, cependant, l’appelle. La créature ne peut pas voir son reflet dans un miroir de l’imaginaire sans tomber dedans.

    Le mental se fait ennemi, par toutes les apparences de la volonté juste, et par la réalité de la volonté non accomplie, par les coups reçus et donnés, l’homme souffre et fait tout souffrir autour du dieu en lui.

    Ce qui est dans sa plaie, c’est son chemin impitoyable. Vers une mémoire autre que mentale. Ce n’est pas le langage ni les souvenirs qui peuvent permettre à l’être de regarder au centre de la plaie vers l’être.

    C’est un démenti permanent, et toutes les facettes de ce qu’un homme est, tous les contextes dans lesquels il fut si différent, tous les habitats des animaux et des psychiques qu’il porte en lui, tout cela ne redevient sensible qu’en étant vécu une seule fois d’une seule façon.

    Et la première image qu’il puisse voir sans tomber dans la plaie de son existence grandissante, c’est celle-ci : ne souffre pas par tes volontés, mais sacrifie-les pour réaliser un vrai désir.

    La volonté sensible est faite pour discerner et accomplir ce qui conserve l’existence, elle n’est pas l’imagination du but à atteindre. Le but est fait de regards indirects dans une sensation de plaisir.

    La volonté qui s’observe doit être la vision de la porte en l’être, ouverte ou fermée, cicatrisée ou saignante. Elle voit tout et ne nie rien.

    Si l’être individuel n’est pas capable de voir sa volonté, s’il n’en a même aucune sensation, il forcera un autre à le voir et se voir.

    Si la plus sincère prière de l’homme à son Dieu lui semble comparable à une laideur d’ici outrageant une beauté d’ici, c’est qu’il cherche vraiment comment être bon avec lui-même et tous les autres êtres.

    Quand il est là, l’être ne doit pas faire de mal aux autres êtres, mais en recevoir du bien. Et s’il donne du mal, s’il n’en reçoit pas de bien, il s’éloignera en créant plus loin l’espace qui contient tout et son habitation.

    La toute-puissance sait joindre ainsi en elle-même la toute faiblesse.

  52. Merci de cet éclairage. Vous ne courez pas le risque d’être contredit, plutôt celui d’être incompris, Monsieur Bardou.
    Je n’en jurerai pas chrême et baptême mais vos lecteurs, nos lecteurs, sans doute, ne dépassent en nombre les doigts d’une seule main. C’est ainsi.
    Les hommes en chaire, en revanche, ne manquent pas pour nous parler ex cathedra de la chair du monde et Monsieur Sichère sous la hutte de l’auteur de « L’être et le temps » attend toujours son dieu.
    Mais quel dieu, braves gens?
    « Et l’homme créa son Dieu »
    C’est le titre d’un livre paru en mil neuf cent quatre-vingt-quatre, de Manuel de Diéguez.
    Dans sa conclusion, l’auteur cite Gaston Bachelard :
    « Un être privé de la fonction de l’irréel est un névrosé aussi bien que l’être privé de la fonction du réel. »
    Et M.de Diéguez de préciser :
    « On se gardera bien de se demander comment s’opère le passage du réel muet à l’irréel parlant. Le « salut » du savoir est à ce prix. »
    Souvent, nous dit Bernard d’Espagnat, l’intention, la visée claire, transfigure l’apport des plaisirs : ou, mieux, elle leur en donne qu’ils ne pouvaient sans elle avoir.
    Aussi, recommande – t-il de chercher l’Être dans la vague qui danse avec nous et dans la joie qu’elle nous apporte…Une certaine manière de distancer par là le gros des philosophes.
    Alors parlons du lieu, celui de la rencontre instructive, édifiante entre enseigneurs…Le lieu où, me semble-t-il, vous pourrez à loisir panser les plaies et apporter la « raiponce » de nature à soulager les maux.
    Je vous donne un endroit, une date avec les coordonnées de l’association animée par celui qui fut remercié par Etienne Klein pour lui avoir donné la possibilité d’échanger avec le physicien susmentionné.

    Il s’agit d’un colloque international sur les origines du christianisme avec la participation de savants concernés.
    « Rencontre exceptionnelle susceptible de révolutionner la conception que nous pouvons avoir de nos connaissances sur le Christ et des fondements de la religion qui a formaté notre civilisation » (Fin de citation)
    Samedi 18 mai 14 h 15 a 19 h 15
    Dimanche 19 Mai 14 h 15 a 19 h 15
    Crypte de l’Église Saint Pierre du Gros Caillou
    ​(L’entrée de la crypte se situe au fond de la rue Pierre Villey)
    92 rue Saint Dominique 75007
    Pour plus amples informations , contactez :
    uipbureau@uip.edu

    Je ne serai pas là-bas mais je vais essayer néanmoins d’apporter ma toute petite et faible part.
    Bonne soirée

    Garo

  53. A quand la nouvelle balade dans une autre galerie pour nous guider par la beauté sur nos chemins de liberté?
    On vous suit, Monsieur le Professeur Luminet!

    G J R

  54. Bonjour Michel, alias Garo, « le paysan le plus érudit de France ».

    Les horaires du colloque étaient écrits de façon équivoque sur le billet électronique. Je suis arrivé à 19h, un quart d’heure avant la fin. Et ce fut très bien ainsi. J’en ai profité pour ranger les chaises et lever une partie du mystère Garo auprès de M. Staune, lui-même avec des chaises sous les bras.

    Comme je peux difficilement rester passif quand le temps passe, obéissant trop souvent à de frustrantes imaginations, mais que d’autre part la providence ou l’existence ont fini par m’éclaircir un peu l’intelligence, je reconnais qu’il est très bien que les choses se soient passées ainsi.

    En effet, j’aurai été capable de créer un malaise. Par exemple en lisant votre lettre devant tous ces gens, qui n’auraient peut-être pas compris mon intention, laquelle se veut bonne. Mais se croire bon ne signifie pas grand-chose quand l’intention est celle d’un acte rêvé ne tenant pas compte des circonstances.

    J’en aurai donc été responsable, de ce malaise, car je vois que je n’aurai pas eu l’innocence nécessaire pour lire votre lettre… mais il est possible que je l’eusse fait quand même.

    Quand je croyais que tout dépendait de ma volonté il n’y avait pas d’anges dans le paysage, mais, Dieu ! J’étais quand même dans le paysage… nous ne sommes pas seul, n’est-ce pas, à vouloir fracturer à coup de marteau la cloche de verre pensant qui nous isole. Violents que nous sommes.

    Ce dimanche matin j’ai plongé, et l’après-midi, comme je croyais que j’avais du temps libre devant moi, je suis allé en bonne compagnie encourager un ami qui prolongeait son entraînement par une compétition. Je n’ai vu là-bas que des choses fascinantes, que ce soient dans la réussite ou dans l’échec. Ces belles choses sont des messagers, on les reconnaît parce qu’elles disent beaucoup plus que ce que l’on peut comprendre.

    Comprenez que les sensations ne sont pas des constructions de l’imagination. L’univers, celui qui est de l’autre côté de la cloche de verre, ne peut que nous déborder, mais il nous parle sur différents modes, comme s’il avait des milliards de bouches. Le résultat donne l’impression qu’Il existe avec indifférence dans ce qui se produit.

    Je ne sais pas comment j’ose divaguer ainsi. Sans doute parce que l’univers est le champion du laissé-être sans que rien ne le menace en tous lieux, et que moi je suis l’univers en évolution capable de ne pas me reconnaître selon les circonstances, et qu’il a fait en sorte conjoncturellement que je puisse parler de lui.

    Je sais que j’ai envie d’aimer en lui, autant que je l’ai construit en moi en lui offrant des preuves. La question est autant de savoir où se trouve la réalité que de la ressentir. Avec un peu de style, avec un peu de tact, on reconnaîtra qu’une bonne idée prend toujours soin d’en prolonger une autre. Dans un monde sans chaleur l’abstraction est glaçante, dans un monde chaud elle est rafraichissante. Une bonne idée, comme une chose sensible, est le tintement esthétique d’un univers fait d’intentions, et l’imagination se limite à les discerner par les contours des expériences sensibles, elle ne peut pas les maîtriser toute seule.

    Pourquoi le chaud et le froid, pourquoi partout ces dichotomies redondantes dans les faits ? La peur panique, si elle est rationnelle, donc justifiée, est la peur d’un futur en impasse, celle d’une qualité du réel incommensurable dans une éclipse de la volonté. Dans ce cas il vaut mieux fuir la peur, en se déplaçant ailleurs si on le peut, et si on ne le peut pas, on doit choisir de se sauver ou de mourir en soi.

    La peur panique que l’on fait disparaître en soi implique simultanément qu’elle était irrationnelle, et que le futur est un accomplissement factuel, celui d’une qualité du réel sensible capable de prendre les commandes de la volonté personnelle, et qui est la chose réelle au contour dessiné par les mutabilités des actions. C’est alors toute autre chose, et le ciel sous lequel nous vivons apparaît lumineux.

    L’imagination est possédée par des intentions qui se font échos. Ce n’est pas elle qui fait les choses. Elle peut parler de rationnel et d’irrationnel, mais ce sont des mots vains sans l’expérience sensible.

    Plus je regarde ce monde, plus il me semble réglé dans l’intelligible, habité de causalité équivalentes à des intentions. On peut lui faire confiance pour le pire comme pour le meilleur, aucune de ses lois physiques ne varie arbitrairement car aucune n’est impossible à découvrir. Je veux dire que pour l’être qui regarde, jamais l’intention dans le miroir des faits ne se scinde en contraires.

    Dans ce monde je n’ai jamais observé deux résultats différents pour une régularité physique. Une voiture glissera toujours dans un virage si elle roule trop vite et que la route est mouillée.

    La science physique m’apparaît aussi comme quelque chose d’intermédiaire entre la régularité des manifestations sensibles et l’arbitraire de l’imagination de l’être pensant. La science est la création de l’esprit qui colle étroitement aux régularités du réel, et si elle est créative, elle est l’attitude la plus spirituelle qui se puisse concevoir.

    Des sensations spirituelles, non conditionnées, font alors entrevoir des domaines de l’être, des enthousiasmes, que pourtant cette même science, qui explique le psychique avec l’ambivalence de nos êtres émotifs et limités, peut détruire quand elle cesse d’être créative dans l’esprit débordant.

    Nous nous imitons les uns les autres, car ce que nous savons faire dépend de régularités qui sont entrées dans nos corps et qui fonctionnent et nous donne une permanence relative d’existence. C’est quand ça ne fonctionne plus que c’est intéressant, car la réponse de l’être déborde sa conscience.

    Quand la science fonctionne trop bien, elle n’est qu’imagination. Alors elle se répète, et l’autre monde est l’imitation d’un monde illusoire qu’elle ne connaît que trop bien. Alors elle explique ce qui est ressenti par quelque chose de fini, et, l’intention polarisée sur les apparences ambivalentes, un être en latence se ferme l’accès aux sensations, à ses étranges inflexions de pensées. C’est un danger aussi important que celui de la superstition.

    Mais le danger et la peur sont des sensations, et parce qu’elles dessinent les contours de nos intentions, elles nous donnent la possibilité de nous voir sans pour autant nous effacer du réel. C’est dans cette peur que l’on place à distance de soi des êtres contradictoires.

    Alors comment savoir et concevoir autrement qu’en imaginant, quand on a reconnu l’entrave physique que représente le fait d’imaginer des choses qui ne peuvent pas se produire, parce que, quand elles devraient être accomplies, on se rend compte qu’on ne peut pas les accomplir ? La réponse à cette question n’est pas faite de simples mots, elle ne peut être que surprenante par des manifestations sensibles de la réalité.

    Il doit exister des réponses plus englobantes données par le réel à l’être. Des régularités qui répondent aux dispositions psychologiques et qui rendent possible ce que la vie ne peut pas admettre quand elle imagine les réponses réelles à ses choix vitaux.

    Quand je me sens menacé, j’ai le choix entre laisser faire la menace ou l’arrêter. Mais l’intention a la racine de ces choix, quelle est sa nature ? Est-ce que par elle je reste limité dans le monde de la vie répondant à la vie, où est-ce que je provoque des réponses du réel à mon imagination désillusionnée qui les constate, et à mon être sensible qui les ressent ?

    Je parle nettement de causes immatérielles engendrant directement des effets physiques, sans intermédiaires matériels. Je pense, et je n’innove pas en pensant ainsi, qu’il existe des plans de conscience englobés dans une gradation des mondes de l’existence, qui font ces mondes différents. Est-ce que la réalité est capable de donner des réponses spécifiques dans un monde mental ou supramental ? Il ne faut pas seulement qu’elle le soit, parce que nous en aurions un grand besoin pour ne pas régresser du monde mental au monde vital, il faut aussi que nous puissions la comprendre, donc l’expérimenter, sinon ce sera faux.

    Le faux est aussi la régression dans l’échelle des mondes. Si nous arrivons à faire de l’imagination une chose capable de se contenir, alors les choix peuvent correspondre aux faits. Et si le réel répond de mieux en mieux, alors nous ne sommes pas condamnés à arrêter la menace ou à la fuir. Il existera autre chose, d’universel intelligible et surprenant.

    Dans des mondes supramentaux où la réalité se manifesterait ainsi, les êtres pourraient avoir plusieurs corps mentaux et autant de corps physiques. Si une telle réalité existe, les voyages et les visites ne ressemblent pas à ce que nous accomplissons dans nos mondes mentaux, où chacun de nous n’a qu’un corps.

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