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Les arpenteurs du ciel, des terrasses de Mésopotamie au télescope Gaia

Entretien (inédit)

1) Les Mésopotamiens n’ont-ils pas été les premiers à tenter de dresser des listes d’étoiles ? Et il semble qu’Hipparque s’appuie sur leurs outils (comme le calcul sexagésimal) pour faire ses propres observations…

Il y a trois mille ans, les Mésopotamiens consignaient en écriture cunéiforme leurs observations astronomiques sur des tablettes d’argile, par exemple la constellation de la Charrue (Mul Apin).

Les Mésopotamiens ont en effet dressé des listes d’étoiles, notamment dans le traité babylonien MUL.APIN, compilé autour du début du Ier millénaire av. J.-C. et conservé dans des copies plus tardives. MUL.APIN énumère des étoiles et constellations, les répartit selon trois grandes zones du ciel et donne des informations pratiques comme les levers héliaques, les culminations, les constellations sur le chemin de la Lune, etc

 

 

L’astronome grec Hipparque (IIe siècle avant l’ère commune) s’est très probablement appuyé sur des outils et données babyloniens, notamment le calcul sexagésimal, les périodes astronomiques et certaines observations anciennes. Mais son catalogue stellaire n’est pas une simple copie d’un catalogue mésopotamien : il transforme cet héritage dans le cadre grec de la géométrie céleste, de la mesure angulaire et de la théorie des mouvements.

2) On a longtemps soupçonné Ptolémée d’avoir plagié le travail d’Hipparque. Pourquoi cette suspicion ? Et en quoi la récente découverte de fragments du catalogue d’Hipparque vient-elle le réhabiliter ? 

Dans l’Almageste, Ptolémée donne un catalogue d’environ 1022 étoiles, organisé en constellations, avec des coordonnées écliptiques. Il écrit au IIᵉ siècle apr. J.-C., alors qu’Hipparque avait travaillé environ trois siècles plus tôt.

Le soupçon ancien repose surtout sur le fait que les longitudes stellaires de Ptolémée présentent un décalage systématique. Certains historiens ont cru que Ptolémée avait repris les positions d’Hipparque et leur avait simplement ajouté une correction de précession. Soupçon renforcé par le fait que Ptolémée cite Hipparque à plusieurs reprises, et que le catalogue d’Hipparque était perdu. On pouvait donc imaginer que l’Almageste conservait en réalité, sous le nom de Ptolémée, un catalogue d’Hipparque corrigé.

Ptolémée, savant grec du IIe siècle, est ici représenté mesurant la distance Terre-Lune en utilisant un quadrant. A droite, traduction latine d’un extrait de son catalogue d’étoiles publié dans l’Almageste

En 2022, des fragments du catalogue d’Hipparque ont été retrouvés. Ils montrent que les données d’Hipparque ne coïncident pas simplement avec celles de Ptolémée. Autrement dit, le catalogue de Ptolémée n’est pas une copie mécanique du catalogue d’Hipparque. Les fragments montrent ensuite que le catalogue d’Hipparque était probablement très précis, à environ un degré près.

L’imagerie par fluorescence sur le palimpseste du “Codex climaci rescriptus” a permis de récupérer des textes effacés, notamment des fragments du catalogue d’étoiles d’Hipparque rédigé au IIe siècle av. J.-C.

La découverte affaiblit fortement l’accusation contre Ptolémée en tant que « voleur » d’Hipparque. Ptolémée a vraisemblablement utilisé plusieurs sources : Hipparque, peut-être d’autres catalogues intermédiaires, et probablement certaines observations propres. D’autre part, elle confirme qu’Hipparque n’était pas seulement un précurseur, mais bien l’auteur d’un véritable projet de catalogue stellaire quantifié, avec coordonnées, d’un niveau de précision remarquable pour le IIᵉ siècle av. J.-C. Continuer la lecture de Les arpenteurs du ciel, des terrasses de Mésopotamie au télescope Gaia

Des étoiles aux quasars : le programme de Gaïa

Cet article reprend une interview que j’ai donnée pour la revue “Une saison en Guyane”, agrémentée de quelques images…

On parle d’un milliard d’étoiles cartographié par Gaïa, cela ne représente que 1% du nombre d’étoiles de la Voie lactée ? Ça paraît peu…

C’est la question qui vient lorsqu’on pense qu’il y a au moins 100 milliards d’étoiles dans la Voie lactée ! Mais 1 milliard c’est énorme pour nous. On a un échantillon extrêmement significatif tout simplement parce qu’on a une assez bonne idée de la structure de notre galaxie, donc l’échantillon est homogène. J’aime bien comparer la Voie lactée à une forêt pour décrire le travail de Gaïa, au lieu d’avoir des arbres vous avez des étoiles. Un botaniste qui rentre dans une forêt qu’il ne connaît pas trop  va observer les arbres à différents stades de leur évolution, des jeunes pousses, des arbres en pleine maturité, des arbres qui commencent à vieillir et des arbres morts. A partir de là il va reconstituer l’histoire individuelle des arbres, puis l’histoire de l’ensemble de la forêt grâce à cet échantillon significatif des arbres à tous les degrés de leurs existences.  Hé bien c’est un peu ça que va faire Gaïa avec ce milliard d’étoiles, en étudiant le spectre et les couleurs, les luminosités de ces étoiles, en déterminant quelles sont les étoiles adultes, quelles sont les vieilles étoiles, où et quand elles se sont formées. On va reconstituer  l’histoire entière de la Voie lactée.

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Télescope Gaia J+3 : impressions personnelles

Le lancement du télescope Gaia, qui s’est déroulé le 19 décembre depuis le Centre Spatial Guyanais de Kourou, a été une totale réussite. Je ne reviendrai pas dessus, l’événement ayant été amplement décrit et commenté dans la presse, voir par exemple les billets de Futura-Sciences ici et ici. Je me contenterai de livrer quelques impressions personnelles. Voir aussi mon post précédent sur le sujet.

Bien que n’étant aucunement impliqué dans le programme scientifique de Gaia, j’ai eu la chance d’être l’invité « VIP » de la direction d’Arianespace, et j’ai donc assisté pour la première fois à un lancement  de fusée (une Soyuz en l’occurrence ;  le télescope Gaia pesant à peine plus de 2 tonnes ne nécessitait pas une mise en orbite par une puissante Ariane 5).

Une centaine de passagers  dans l'avion spécialement affrété par Arianespace : personnel des agences spatiales, ingénieurs,  scientifiques, politiques, journalistes.
Une centaine de passagers dans l’avion spécialement affrété par Arianespace : personnel des agences spatiales, ingénieurs, scientifiques, politiques, journalistes.

Le programme n’était cependant pas de tout repos. Départ le 18 décembre matin de l’aéroport Charles de Gaulle à bord d’un Boeing spécialement affrété par Arianespace, en compagnie  d’une cinquantaine d’invités.

Après 10 heures de vol, nous arrivons au-dessus de la Guyane. Depuis le hublot, au lueurs du soleil couchant, les plus beaux paysages nuageux que j’aie jamais vu, voir ma galerie d’images formations nuageuses.

Arrivée à l’aéroport de Cayenne à 18 h heure locale (22h à Paris).

maquette grandeur nature au Centre Spatial de Kourou
Maquette grandeur nature d’Ariane5 à l’entrée du Centre Spatial Guyanais

Température agréable, autour de 28°C. Le Centre Spatial Guyanais (CSG) se trouve à Kourou, à une soixantaine de km de l’aéroport. Une petite heure de bus nous y amène.

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