Stephen Hawking (1942-2018) : ses travaux

Complément au billet précédent Stephen Hawking (1942-2018) : Souvenirs personnels

Les travaux de Stephen Hawking tournent essentiellement autour d’une interrogation aussi vieille que l’humanité : l’éternité du temps. Pour tenter d’y répondre de façon pertinente, le physicien britannique  a utilisé l’arsenal de la physique contemporaine : la relativité générale (théorie de la gravitation), la mécanique quantique (théorie des particules élémentaires et de leurs interactions) et le problématique mariage des deux (la gravitation quantique), concentrant sa stratégie sur deux domaines clés de la recherche théorique : les trous noirs et la cosmologie.

La relativité générale prédit que les étoiles très massives s’effondrent sur elles-mêmes sans limite. Leur champ gravitationnel devient alors si grand qu’il emprisonne la matière et la lumière à l’intérieur d’un « trou noir », zone de non-retour délimitée par une surface appelée horizon des événements. À la fin des années 1960, Hawking et son mentor Roger Penrose ont démontré qu’au-delà de l’horizon, l’effondrement gravitationnel doit inévitablement se poursuivre pour atteindre un stade « singulier » où la densité devient infinie. A la question « le temps a-t-il une fin ? », la réponse est donc oui dans le cadre de la relativité générale classique : le futur s’arrête aux singularités cachées au fond des trous noirs.

On doit à Roger Penrose (né en 1931) de nombreuses contributions à la physique des trous noirs, à la cosmologie et aux mathématiques.

Hawking s’est ensuite attaché, en collaboration avec d’autres chercheurs, à la mise en place d’une « thermodynamique des trous noirs » calquée sur les lois de la thermodynamique usuelle, autrement dit à les modéliser comme des systèmes physiques capables d’interagir avec le milieu extérieur et d’évoluer au cours du temps. Hawking a notamment démontré la loi de croissance irréversible de l’aire d’un trou noir, qui peut être mise en parallèle avec la loi de croissance de l’entropie. En outre, la gravité de surface d’un trou noir doit jouer le rôle d’une température. Un paradoxe, pointé par Jacob Bekenstein de l’Université de Princeton, surgit alors : si le trou noir possède réellement une température et une entropie, il doit être capable de rayonner de l’énergie, ce qui entre en conflit avec sa définition classique.

En 1970, Stephen Hawking et le physicien grec Demetrios Christodolou ont démontré qu’au cours de son évolution, un trou noir ne peut qu’accroître sa surface. Si deux trous noirs entrent en collision, ils forment un seul trou noir dont la surface A3 est plus grande que la somme des surfaces A1 et A2 des trous noirs parents.

Le dilemme a été résolu en 1974 par Hawking (un peu par hasard a-t-il plus tard reconnu), lorsqu’il a entrepris d’étudier l’interaction d’un trou noir avec le vide quantique. Dans la conception classique du trou noir, rien ne peut sortir de l’horizon. En mécanique quantique, au contraire, en raison du principe d’incertitude, une particule a toujours une probabilité non nulle de franchir une barrière de potentiel par effet tunnel. Appliqué à la théorie des trous noirs microscopiques, le principe d’incertitude crée des sortes de « tunnels quantiques » à travers l’horizon gravitationnellement infranchissable, permettant à des particules de s’en échapper et au trou noir de s’évaporer. Cette évaporation quantique du trou noir se manifeste sous forme d’un rayonnement dont la température est bien fixée par la gravité régnant à la surface du trou noir.

Une explication de l’évaporation d’un micro trou noir par polarisation du vide quantique.

L’évaporation quantique est totalement négligeable pour les trous noirs astrophysiques de masse stellaire ou galactique, lesquels s’accroissent au cours du temps, mais Hawking a montré qu’elle deviendrait dominante pour les « mini-trous noirs » de la taille d’un proton et moins massifs qu’un milliard de tonnes, leur temps d’évaporation devenant plus court que l’âge de l’univers (quatorze milliards d’années). De tels objets auraient pu se former au cours du Big Bang, lorsque la densité d’énergie ambiante était si élevée que la moindre fluctuation aurait pu se condenser en trou noir microscopique.

Cette découverte théorique du rayonnement quantique des trous noirs – appelé depuis « rayonnement Hawking » – a permis de comprendre que les trous noirs, outre leur intérêt astrophysique, jouent le rôle d’une pierre de Rosette dans le déchiffrage des liens énigmatiques entre gravité, quantas et thermodynamique. C’est à ce titre qu’elle restera la contribution la plus importante de Hawking à la physique théorique moderne.

Stephen a toujours travaillé aux frontières les plus spéculatives de la physique théorique, généralement hors de portée des vérifications expérimentales liées aux technologies d’aujourd’hui. Aux côtés de quelques autres esprits brillants de la discipline comme Roger Penrose, Edward Witten ou Andrei Linde, voilà qui le marginalise du courant principal des physiciens « pragmatiques » qui estiment qu’une théorie, aussi belle soit-elle, n’a de vraie valeur que si elle supporte la confrontation avec l’observation. Et ceux-là seuls sont éligibles pour le prix Nobel de physique… Hawking n’avait par conséquent aucune chance d’en être lauréat ! Certes, il a émis au moins une fois une prédiction théorique qui aurait pu être testée par l’observation astronomique : l’évaporation des mini-trous primordiaux, qui devrait se traduire par des bouffées caractéristiques de rayonnement gamma parfaitement détectables par les instruments actuels. Mais aucun indice n’a pu confirmer l’hypothèse : ou bien les mini-trous noirs primordiaux n’existent pas ou bien, s’ils existent, soit ils ne s’évaporent pas, soit ils sont extrêmement rares…

Les liens entre la relativité générale et la physique quantique sont également mis à l’épreuve en cosmologie, science de l’Univers considéré comme un tout. L’expansion de l’espace suggère que, dans un passé lointain d’environ quatorze milliards d’années, l’Univers a dû être petit, dense et très chaud. Elle pose donc la question d’un « début du temps », tout au moins d’un début de l’expansion cosmique : c’est le fameux big bang, toujours si mal compris du public qui y voit une identification au « fiat lux » de la genèse, mais qui pour les physiciens pose plus pragmatiquement le problème des « conditions initiales ».

Dans la cosmologie standard, les galaxies de notre univers observable ont toutes pour origine un point infinitésimal, situé à un moment fini dans le passé : la singularité du big bang. La notion de temps classique perd toute signification à cet instant.

Les premiers travaux cosmologiques de Hawking, publiés entre 1966 et 1970, ont consisté à démontrer (avec Roger Penrose) que, moyennant certaines hypothèses assez plausibles, l’existence d’un « début du temps », à savoir un état initial de densité infinie dans le passé de l’univers, découle inéluctablement de la théorie de la relativité générale (une première démonstration, due à Georges Lemaître, remontait à 1933, mais elle était restée inaperçue). Pour cela, ils ont remarqué que l’expansion de l’Univers à partir d’un point singulier initial est l’inverse temporel de l’effondrement de la matière au centre des trous noirs.

Cependant, la démonstration de l’occurrence inévitable des singularités en relativité générale n’implique nullement qu’elles existent bel et bien dans l’univers réel ! Les singularités traduisent en effet des limites absolues à la description de l’Univers, puisque les lois de la physique n’y sont plus valables. C’est la raison pour laquelle les physiciens cherchent plutôt à éliminer les singularités, estimant à juste titre que la théorie de la relativité classique devient invalide dans des conditions aussi extrêmes que l’instant zéro de l’univers et le centre de trous noirs. Les travaux ultérieurs de Hawking ont donc consisté à incorporer la mécanique quantique dans la cosmologie relativiste de façon à éliminer les singularités et, par là-même, redéfinir les conditions initiales de l’Univers.

Plusieurs dizaines de théoriciens ont travaillé dans ce domaine dit de la cosmologie quantique, dont les équations de base avaient été mises au point dans les années 1970 par les américains John Wheeler et Bryce De Witt. Avec Jim Hartle, de l’Université de Santa Barbara, Hawking a proposé en 1983 une solution possible dans laquelle l’espace et le temps ne sont pas infinis mais n’ont ni frontière ni bord – de même que la surface d’une sphère, mais avec deux dimensions supplémentaires. De même qu’il est possible de voyager tout autour de la surface de la Terre sans jamais rencontrer de bord, le Big Bang ne serait pas plus le début de l’espace-temps que le pôle Nord représenterait le début de la surface de la Terre. Dans ce modèle particulier et très simplifié par rapport aux équations générales de Wheeler-De Witt, l’Univers n’a pas eu de commencement. L’éternité du temps y retrouve sa place, au prix cependant de l’introduction d’un « temps imaginaire » (au sens des nombres imaginaires en mathématiques, où i2 = -1).

Modèle d’univers sans bord et à temps imaginaire

A mon humble avis, l’extraordinaire créativité scientifique de Stephen Hawking a radicalement baissé au début des années 1990, qui coïncident d’ailleurs avec la publication de son premier best-seller « Une brève histoire du temps » et sa subite transformation en icône médiatique. Depuis lors, il n’a plus apporté de contribution majeure à la physique théorique, tout en prenant des prises de position sur certains de ses développements faits par ses pairs, souvent péremptoires mais très écoutées de la communauté.

Dans l’un de ses ouvrages de vulgarisation publié en 1993 et intitulé « Trous noirs et bébé-univers », il soutient par exemple que son hypothèse du « temps imaginaire » représente « un bond intellectuel du même ordre que de croire à la rondeur de la Terre », qu’elle « a des implications profondes quant au rôle de Dieu dans les affaires de l’Univers », et que « tous ceux qui sont dubitatifs ne l’ont techniquement pas comprise ». Il harangue aussi les historiens des sciences et autres épistémologues – selon lui, des physiciens ratés – qui se permettent de critiquer sa vision métaphysique de la création !

Au milieu des années 1990 Stephen Hawking s’est enthousiasmé pour la théorie M, une extension complètement hypothétique de la théorie des cordes proposée par le physicien de Princeton Edward Witten, censée être une « Théorie de Tout ». Y croyant ferme, Hawking prédit alors que la physique était pratiquement arrivée à son terme, déclarant que dans quelques décennies l’homme « connaîtrait la pensée de Dieu ». Avait-il oublié qu’à la fin du XIXe siècle le grand savant anglais Kelvin avait dit à peu près la même chose, sans se douter que quelques années après la relativité et la mécanique quantique allaient bouleverser toute la physique connue de lui ? Certainement pas, car Hawking avait une bonne culture historique. Je suppute plutôt que la pression médiatique sans cesse croissante le poussait à faire des déclarations de plus en plus fracassantes, au risque de se contredire à maintes reprises. C’est ainsi qu’à propos de son hypothèse du temps imaginaire, il avait précédemment déclaré que c’était la seule manière d’entrevoir le commencement de l’univers d’une manière totalement déterminée par les seules lois de la science sans faire appel à l’idée d’un Dieu créateur. Et à propos de la Théorie de Tout – dont l’échec est devenu patent au début du XXIe siècle, Hawking a fini par admettre dans un ouvrage publié en 2010 qu’il doutait désormais de l’existence d’une telle théorie : « Il se pourrait que les attentes classiques du physicien d’une théorie unifiée de la nature soient intenables, et qu’il n’existe aucune explication unique. » Là encore il n’était pas le premier à remettre en cause ce qui constitue aujourd’hui le courant principal des recherches en gravitation quantique, et c’est tout à son honneur d’avoir été capable de changer d’avis : après tout, seuls les esprits obtus (parmi lesquels certains physiciens réputés) ne changent jamais d’avis !

Ce diagramme en étoile résume les dualités entre les 5 théories des cordes en dimension 10, la théorie des branes en dimension 11 et la très hypothétique théorie-mère (M-theory) censée les toutes les englober.

Un autre sujet important sur lequel Hawking a tenu des propos contradictoires est le « paradoxe de l’information » posé par les trous noirs, qui voit s’opposer les règles de la relativité générale et celles de la physique quantique. La question consiste à savoir ce que devient l’information avalée par un trou noir. Les travaux passés de Hawking sur l’évaporation quantique des trous noirs impliquaient qu’une partie de l’information tombée dans un trou noir était irrémédiablement perdue. Mais comme l’on fait remarquer des physiciens spécialisés dans la théorie des champs, ceci contredit fermement l’un des postulats de la physique quantique appelé « unitarité », en vertu duquel il ne peut y avoir ni création ni destruction d’information. Hawking s’est donc penché comme beaucoup d’autres sur cette question épineuse. Au début il maintenait fermement sa position initiale. Puis, l’accumulation des travaux de ses pairs allant à l’encontre de son énoncé, il a changé de fusil d’épaule et annoncé avoir résolu le paradoxe en août 2015, lors d’un très médiatique exposé donné à Stockholm. Il a proposé que l’information avalée par le trou noir était d’abord stockée sous forme d’hologramme sur la surface de ce dernier, puis qu’elle serait libérée progressivement et entièrement restituée lors de l’évaporation du trou noir. En l’absence de publication scientifique et de fondations plus solides, cette hypothèse – avancée auparavant par d’autres chercheurs moins médiatisés – n’a pas convaincu la communauté scientifique, et le paradoxe de l’information n’est toujours pas levé (le lecteur intéressé trouvera des explications plus complètes dans ma série de billets sur le principe holographique et le paradoxe de l’information).

L’information contenue dans le journal intime du personnage sera-t-elle entièrement restituée lors de l’évaporation quantique du trou noir? Selon la relativité générale classique, non. Selon la mécanique quantique, oui.

Me cantonnant ici à une brève description des contributions les plus significatives de Stephen Hawking à la physique fondamentale (omettant donc certains travaux moins convaincants sur l’inflation ou les trous de ver), je ne commenterai pas les nombreux autres thèmes sur lesquels il s’est récemment exprimé. Soumis à une pression médiatique sans cesse croissante, consacré nouvel oracle de l’humanité censé répondre intelligemment à n’importe quelle question posée même en dehors de son champ d’expertise, l’astrophysicien britannique n’a pas hésité à donner des avis tranchés sur l’avenir de l’humanité, les dangers représentés par les robots et l’intelligence artificielle ou la nécessité d’émigrer sur la planète Mars.

Au-delà de ces petites incartades, il était réjouissant de voir combien Stephen s’en acquittait avec humour, voire une certaine ironie envers lui-même. Il n’hésitait pas à reconnaître que son succès public était en grande partie due à l’exploitation médiatique de son image digne d’un roman de Philip K. Dick : celle d’un savant cloué sur sa chaise, ne pouvant remuer qu’un doigt pour faire défiler sur un écran d’ordinateur des mots impossibles à prononcer, mais capable, par la seule force de son mental, de déchiffrer les mystères les plus ardus de la création.

Temps, éternité, naissance, mort sont des termes prégnants qui dépassent le cadre de la stricte rationalité. Hawking était mieux placé que quiconque pour juger de la précarité de la condition humaine face à l’écrasante immensité du cosmos. La prodigieuse force intellectuelle qui l’a toujours animé illustre puissamment qu’il y a dans la connaissance le signe d’une « revendication » de l’être humain face au cosmos. Au-delà de ses faiblesses, c’est ce qui en fait toute la grandeur et, selon moi, ce qu’il y a d’essentiel à retenir de la vie et l’œuvre de Stephen Hawking.

 

28 réflexions sur “ Stephen Hawking (1942-2018) : ses travaux ”

  1. Je suis un peu troublé par votre article. Vous dites que vous omettez « certains travaux moins convaincants sur l’inflation ou les trous de ver », alors que déjà ici vous semblez assez dubitatif sur tout : l’évaporation das trous noirs a l’air d’un phénomène négligeable, si tant est qu’il existe ; le temps imaginaire a l’air d’une boursouflure dans un modèle trivial, et ses réflexions récentes sur la conservation de l’information ont l’air peu convaincantes et même pas originales.
    Mais il reste quoi de sérieux et de prouvé alors?

    1. Bonjour et merci de m’avoir lu. C’est le propre du physicien que de garder un œil vigilant et critique face aux hypothèses théoriques non prouvées, fussent-elles avancées par un esprit aussi brillant que celui de Hawking. L’évaporation des trous noirs est un phénomène totalement négligeable pour les trous noirs astrophysiques, mais présente un intérêt théorique considérable – il me semble bien l’avoir écrit- en fournissant des éléments clés de réflexion sur les rapports entre gravitation et physique quantique. Même si elle ne sera peut-être jamais vérifiée expérimentalement, elle restera une étape marquante dans la longue et difficile élaboration d’une théorie de la gravité quantique (si tant est qu’on en trouve une). Il est vrai aussi que, au-delà de l’adulation mondiale pour ses travaux que seuls les spécialistes peuvent apprécier à leur juste valeur, force est de reconnaître que ses contributions réelles à la physique sont pour l’instant faibles; aucune de ses hypothèses n’a été fondamentale (au sens d’un changement de paradigme) ni n’a conduit à une découverte concrète. Mais après tout l’important n’est-il pas ailleurs? Par exemple d’avoir malgré tout, par ses questions et ses réponses parfois abstruses, aiguisé la curiosité de tant d’esprits – scientifiques professionnels ou pas – devant les mystères de l’univers?

  2. Bonjour m. Luminet..
    Que dire devant tant d’éloges… de vérités surtout… concernant un de vos pairs… sinon toute l’histoire de l’humanité y transparaît elle-même dans ce corps de physicien rongé par la maladie, mais transcendé vis-à-vis l’Infini. N’est-ce pas un début déjà… à ces réponses que vous cherchez… La lumière… de qui nous sommes redevables de l’existence dans la matière. Grâce à votre facilité à rendre clair l’obscur… nous ne pouvons que vous dire merci!

  3. Bonjour ou plutôt bonsoir !
    Cerise sur le gâteau ! Cette citation m’arrive à point nommé comme pour illuminer de nouveau le billet des souvenirs personnels de M.Luminet.
    Je vous l’offre bien volontiers en exergue de ce petit commentaire.
    “Le souvenir est poésie, et la poésie n’est autre que souvenir.”de Giovanni Pascoli
    J’aime la mise au point tranquille de l’intéressé dans sa réponse interrogative à la question pertinente de Monsieur Fleury.
    Peut-être, pourrait-on en appeler à « l’union des travailleurs de la preuve »…
    Pour rassurer Roxane, je précise que l’expression à voix au chapitre III du livre « Le rationalisme appliqué » de notre cher Gaston Bachelard.
    A propos de l’adulation à l’endroit de Monsieur Hawking, je pense au « mythe Einstein » analysé en quatre pages par M.Lévy-Leblond dans son « Esprit de sel ».
    Monsieur Luminet connaît ce chapitre. Mais a-t-il lu l’article de Monsieur François de Closets, intitulé « Einstein : célèbre par malentendu » publié dans le n° 3 de la revue « Médium » dirigée par Régis Debray (deuxième trimestre de l’année deux mille cinq) ? Si tel est le cas, notre savant des étoiles pourrait peut-être répondre à la question finale du journaliste scientifique :
    « Quelle était donc cette conscience mondiale prémédiatique qui portait en elle le besoin de ce mythe et la capacité de le créer ? »
    Certains commentateurs nommés du billet de J-P Luminet ont l’âme musicienne. En les lisant, je n’ai pu m’empêcher de penser au beau livre de Fernande Ruckert « Concerto pour plume et Archet – Essais sur la musique aux lueurs de Gaston Bachelard – »
    Il y a un très beau mot à la fin du billet complémentaire de Monsieur Luminet.
    C’est le mot revendication. Or, il existe bien un ouvrage de revendication.
    Il porte un titre formidable « Le droit de rêver » La pensée bachelardienne n’est-elle pas, Mesdames et Messieurs, une réclamation d’une liberté retrouvée ou à retrouver ?
    Autant sur cette petite page chanter son nom en restant dans son trou…
    Ballade tout simplement pour gens heureux sur notre vieille terre, qui liront les quelques lignes de ce quatrième commentaire.

    Bonne nuit étoilée.

    GARO

    1. Cher Garo, merci de me lire toujours aussi attentivement et de prendre longuement votre temps et plume (ou clavier) pour commenter (bachelardesquement) mes modestes billets. Vous devriez ouvrir votre propre blog pour nous conter vos souvenirs, palsambleu!
      Tiens, puisque vous parlez de Cavaillon, vous m’incitez à préparer un futur billet sur mes souvenirs d’enfance liés à cette cité cavare qui me vit naître! Sans parler du Lubéron où j’ai fait tant de ballades.
      PS : Le Dominique Lambert qui commente parfois aimablement mes billets est un homonyme de mon collègue co-récipiendaire du prix Lemaître. C’est un fort aimable voisin marseillais…
      Bonnes premières soirées de printemps sous l’arbre.

  4. Bonjour Monsieur,

    Le revue futura sciences révèle la confirmation de la présence de milliers de trous noirs stellaires dans la région du trou noir hyper massif de notre Voie Lactée.
    Cette accumulation de forces gravitationnelles au centre des galaxies invalide t’elle ou non l’hypothèse de la matière noire responsable de la cohésion des galaxies ?

    JL Peyre

    1. Pas du tout. Ce ne sont pas quelques milliers de trous noirs de masse stellaire proches du centre galactique qui peuvent modifier le potentiel gravitationnel au point d’invalider l’hypothèse de matière noire. Notons au passage que cette annonce présentée comme un « scoop » n’en est pas un du tout et rentre complètement dans ce qui est théoriquement attendu : en moyenne une étoile sur 10000 est suffisamment massive (>40 masses solaires) pour former un trou noir stellaire à la fin de son évolution. Comme la densité d’étoiles est plus grande dans le régions proches du centre de galactique, le nombre de trous noirs suit automatiquement… Merci de lire mon blog.

  5. Bonjour, vous dites :
    « Une partie de l’information tombée dans un trou noir était irrémédiablement perdue. Mais comme l’ont fait remarquer des physiciens spécialisés dans la théorie des champs, ceci contredit fermement l’un des postulats de la physique quantique appelé « unitarité », en vertu duquel il ne peut y avoir ni création ni destruction d’information. »

    C’est pourquoi il y a des espaces dit « blancs » (nébuleuses/pouponnière d’étoiles) comme dans le baudrier d’Orion ! l’autre versant des trous noirs… Les trous noirs qui nettoient l’univers (récupèrent l’information, énergie, matière) et les espaces dits « blancs »((nébuleuses/pouponnière d’étoiles) qui réassemblent ces pertes ! par des créations d’étoiles et de matières et donc d’informations !!!! les deux sont liés et ce jusqu’à quel point ? ;-))))) (trous de vers?)
    Or aucune matière ne peut sortir de nulle part ! donc celles du Baudrier d’Orion proviennent bien de celles accumulées par un ou des trous noirs ! rééquilibrage des énergies et des informations…
    Magnifique non ? mais peut-être ne suis-je qu’un poète… ;-))) ça c’est sûr…!

    1. Bonsoir!

      Sous mon arbre, il fait un peu frais, alors autant rentrer à la maison comme dans la fable, pour rédiger bien au chaud ce neuvième commentaire, suite aux dernières nouvelles des étoiles apportées par deux chevaliers du ciel bien informés, Messieurs Peyre et Minier, sous le regard sage et bienveillant de notre provençale Uranie nationale.

      Une chose est sûre : il est poète, celui qui nous parle d’espaces dits « blancs ». J’ajouterai un poète cosmographe.

      Et nous voilà, cristi, sur les erres de Kenneth White au cœur de ce champ blanc où le vide surgit au delà des identités, au delà des définitions, au delà des mensurations voyageant d’île en île pour trouver, peut-être, la pointure de vair…

      Wight is Wight…Autant chanter ou prendre ses jambes à son cou…S’évader quoi!

      Brisons là.

      Revenons à nous, sur notre étoile où Monsieur Luminet utilise un adverbe peu utilisé, du moins par la gent villageoise qui me croise et qui n’a oncques sorti tel vocable de sa bouche, palsambleu!

      Bachelardesquement…Eh bien, il n’y va pas avec le dos de sa cuiller d’argent notre gentilhomme des étoiles, en matière de vocabulaire! Pour ne rien vous celer, je n’ai lu ce mot qu’une seule fois dans un article que vous connaissez sans doute intitulé « Balises pour le XXI ème siècle ». Voici un petit passage avec le chapeau reproduit sur fantomatique :

      « Et j’aimerais que chacun se laisse rêvasser bachelardesquement (…) pour entrevoir, entendre, sentir et toucher la présence rhizomique et fantômatique du corpus robe-grilletal à l’étal des librairies d’aujourd’hui »

      Il a bien raison, « le secret de la liberté, c’est la librairie », disait Bernard Werber. Seulement chez Bachelard, on ne rêvasse point, on rêve! Voyez plutôt, ce qu’il écrit, page 5, dans son Introduction à son livre « La poétique de la rêverie » :

      « Une conscience qui diminue, une conscience qui s’endort, une conscience qui rêvasse n’est déjà plus une conscience. La rêverie nous met sur la mauvaise pente, sur la pente qui descend. Un adjectif va tout sauver et nous permettre de passer outre aux objections d’une psychologie de premier examen. La rêverie que nous voulons étudier est la rêverie poétique, une rêverie que la poésie met sur la bonne pente, celle que peut suivre une conscience qui croît. Cette rêverie est une rêverie qui s’écrit, ou qui, du moins, se promet d’écrire » Fin de citation

      Pour l’adjectif, disons avec un autre (qui est enseignant) que « l’éveil est résolument bachelardesque ».

      Merci de votre suggestion pour l’ouverture d’un blogue. Mais, mon bon Monsieur, c’est déjà fait et cela depuis quelques années. Seulement voilà, il est resté blanc, ce blogue au titre céruléen. Tout simplement un espace blanc, vide de mots. Le gynécée des souvenances (encore une belle expression tirée de l’introduction susmentionnée) peut-il, Monsieur le professeur, se limiter à un cadre virtuel?

      En tout cas, je me ferai, on se fera un vif et réel plaisir de lire, d’ouïr votre ballade promise, dans votre billet aprilin qui ne devrait pas tarder à prendre son envol.On pense au souvenir qui a des ailes de Rilke, cité dans « L’air et les songes » à la fin de la page 42. « Un souvenir d’une si grande douceur ! Un souvenir aux formes endormies mais où demeure, si indestructible, une certitude de bonheur », ajoute Gaston Bachelard, page 43.

      « La jeunesse de la légèreté » qui vous habite est bien capable de nous proposer une belle balade, fût-elle avec un seul l, juste pour nous faire quitter cet ici-bas, le temps fabuleux d’une lecture d’enfance.

      En parlant de lecture, comment pourrait-on passer sous silence le nouveau livre de Monsieur Jean Staune « Explorateurs de l’invisible », achevé sous son chêne centenaire de Gironde?

      Une référence livresque à Jean-Pierre Luminet termine le chapitre II de la première section, intitulée « L’univers », page 68.

      Un bel ouvrage écrit par un aventurier, un esprit libre, curieux et intrépide, qui interroge…

      Un essai…Aux lectrices et aux lecteurs de le transformer! Loin, très loin, à des parsecs des disputes courroucées, envenimées qui constituent souvent un débat plus que stérile, son lectorat a autre chose à faire… Les fleurs d’exactitude sont aussi appréciées des bons centurions qui travaillent ou qui ont travaillé dans des laboratoires d’utilité publique.

      Autant s’en réjouir avec les gens lucides et de bonne volonté!

      Bonne nuit à tous.

      Garo

      1. Seigneur moi-même, Garo, la rêverie qui s’écrit se distingue quand même si peu de celle qui rêvasse… celle qui s’écrit s’alourdit d’avoir vu quelque chose et devient pesante et inconsciente et mortelle comme celle qui rêvasse… mais le reflet sur la courbure d’un objet spirituel a quand même été incarné en telles ou telles occurrences actives, et c’est ce qui vaut la peine d’être. Le très grand et multiple observable semble la liberté de l’esprit de se mettre à distance.

  6. Bonsoir Monsieur Luminet,
    Après une relecture attentive de vos différents billets qui sont très appréciables, je relève, selon ma modeste appréciation, que l’ordre auquel la normalisation cosmologique avance est d’autant plus fiable qu’elle s’applique, ne s’élève que (uniquement) lorsqu’un génie s’éveille..? Y a t’il une qualité, un sens/concept réaliste vis-à -vis de l’infini à estimer un ordonnancement, un calendrier aux futures découvertes fondamentales? Ou resterons-nous dans l’abstrait de notre condition humaine longtemps, pour toujours? Aujourd’hui avec tout le substrat de ces découvertes/propositions passées + ou – récentes comment savoir si nos contemporains pourront approcher un brin quelque chose qui se tient? En bref n’y a t’il aucune une formule magique?
    Merci

    1. Bonjour, merci de lire mes billets. Je ne pense pas qu’il y ait quelque formule « magique » capable de prévoir un calendrier des futures découvertes fondamentales. Outre que la plupart de nos contemporains ont plutôt tendance à s’éloigner de quelque chose qui se tient plutôt que s’en approcher. C’est en tout cas mon constat.

  7. Bonjour!

    J’ai en fait trois questions à poser aux acteurs de ce blog.

    La première s’adresse à Garo, l’autre à Guillaume Bardou et la dernière à Jean-Pierre Luminet.

    1 – Monsieur Garo, dans un courrier d’appréciation envoyé à l’auteur et à son éditeur, vous écrivez à propos du livre de Jean Staune « Explorateurs de l’invisible », ce qui suit :

    « Si je devais « noter » ce livre, comme on dit souvent, je lui donnerai sans aucune hésitation 19 et demi sur 20.

    Le demi-point manquant est le mystère du lecteur et peut-être le bon heur de l’auteur. »

    Pourriez-vous nous dévoiler sous votre arbre de mai la « nature » de ce demi-point manquant?

    2- Je vous renvoie, cher Monsieur Bardou, à l’analyse de Vendula Sochorcová sur le spleen baudelairien où la distance n’apparaît pas comme l’âme du beau :  » Le poète entretient avec le passé un rapport qui n’est pas seulement de nostalgie mais aussi de désir (…) le souvenir baudelairien n’arrive jamais à masquer l’abîme temporel. L’objet aimé se trouve trop loin. Voilà pourquoi sa mélancolie est plutôt la douleur d’une distance que d’une absence.  »

    Peut-on regarder de nos yeux humains cet objet spirituel dans l’inconcevable univers, autre objet secret et conjectural vu par JL Borges?

    3 – Monsieur Luminet, le commentaire très perspicace de Monsieur Bardou parlant de la courbure d’un objet spirituel m’incite à vous poser cette terrible question.

    Dans votre milieu scientifique on dit que « la courbure de l’espace-temps » est « superbe spectacle de l’amour ».

    L’anagramme est en effet surprenante mais elle existe et l’on peut par ses vingt-quatre lettres la vérifier sur-le-champ, palsambleu!

    Dans ce monde du spectacle où tout paraît superbe, qu’en est-il de ce vieux mot nommé Amour?

    Ce mot dont le philosophe d’Amsterdam dans le premier dialogue de son Court Traité en fait un personnage allégorique qui, aspirant à un objet capable de le contenter pleinement, demande à la raison et à l’entendement de lui faire connaître cet objet.

    Bonne journée à tous.

    Jacques Trayssière

    1. Les anagrammes peuvent être en effet très renversantes tant par leur expression poétique que par la tentante profondeur qui s’en dégage, qui donnent beaucoup à penser. Je ne connaissais pas celle que vous mentionnez, mais je l’approuve absolument! Dans d’autres textes j’ai écrit en effet que pour moi l’espace(-temps) était comme une métaphore du corps féminin, ce qui nous amène tout près de l’amour (tel que je le conçois). D’ailleurs le poète Jules Laforgue n’a-t-il pas écrit « Ô douce espace, où sont les steppes de tes seins, que j’y rêvasse? ». A part cela, où voyez-vous de la superbe dans le présent monde du spectacle, où je ne constate au contraire que mauvais goût et vulgaire pacotille ? Sans doute parce que justement lui manque l’amour – au sens du philosophe d’Amsterdam, pas l’insipide succédané que notre société démente prétend lui substituer.
      Pour le reste je laisse le soin à Garo et Bardou de vous répondre.

    2. Cher monsieur Trayssière, du renvoi à l’analyse que vous me citez, je ne sais que dire, du reste ce n’est pas là votre question. Mais quand même, dans quel contexte, par quel mouvement de pensée avez-vous cité ces phrases d’un tiers ? Dans l’univers psychophysique, ce qui est observable (ici par moi) n’est pas innocent de la façon dont vous-même vous l’observez, vous le fixez, vous le produisez.
      Votre véritable question fait sens en moi. La réponse est oui, si l’image communiquée par les yeux se fait profonde et confiante et non pas plate, alors l’être est dans le vrai, et ce n’est qu’une perception spirituelle parmi les myriades de qualia de l’intérieur et extérieur, qui sont accessibles à un être qui n’est pas retenu en arrière par une connaissance partielle ou une ignorance complète. Les étonnements appartiennent à l’enfance, ou se retrouvent après une succession de choix volontaires, qui sont exigeants, mais jamais violents.
      Un être qui n’aurait que son mental pour agir ne serait pas un être mental en augmentation, et pour se maintenir dans ses pensées il construirait un ego mental où il rêvasserait son droit d’être dépendant d’irréalités. C’est ce que nous faisons pour la plupart, quoique je ne dise pas que ce soit une erreur, mais plutôt une insignifiance. La stagnation ou la diminution sont là pour être vues dans le miroir de l’objet spirituel, c’est ce que nous y mettons après l’étonnement. C’est une courbure bien réfléchissante et bien glissante aussi.

  8. Merci Monsieur Luminet de votre réponse. Vous avez dit l’essentiel et je n’ai rien à ajouter.

    Au sujet de votre question sur « la superbe en ce monde présent du spectacle », je botte en touche biblique, puisque je vous renvoie au prophète Esaïe 16, 6 et au Psaume 94, 2.

    J’attends les réponses de Monsieur Bardou et de Garo.

    Bonne nuit

    Jacques Trayssière

  9. Cher Monsieur Trayssière, bonjour!

    Vous me voyez marri de ce retard à vous répondre mais bon, il faisait beau et le guéret en bonne trempe, aussi j’en ai profité pour mettre « Charlotte » et « Rose » en terre, quelque quatre cents pommes de terre bien enrobées et plutôt bien germées, au point d’oublier d’aller faire chère lie au banquet de Monsieur Luminet. On dit, chez certains anciens des campagnes et aussi chez certains intellectuels de la ville que ce n’est pas raisonnable de planter et semer avant les saints de glace. Peut-être…On verra bien! Ce ne sera pas la première fois qu’après une pluie battante continuelle, il faudra tout recommencer avec ou sans la bénédiction ou malédiction de Mamert, Pancrace et Servais, palsambleu!

    Entrée en matière peu commune, il est vrai, et digressive peut-être, pour en arriver enfin à votre question si légitime sur ce demi-point fictif manquant à la note personnelle d’appréciation du nouveau livre de Monsieur Staune « Explorateurs de l’invisible ».

    Voici ma réponse : Pourquoi pas? Et ne même temps pour quoi faire?

    (Dans la revue « Alliage », Monsieur Jean-Marc Lévy-Leblond, un pratiquant sérieux de la science jardinière, entouré de muses, a écrit un très bel article intitulé « La culture, scientifique, pourquoi faire? » Cette personne digne, honnête et généreuse plaide volontairement coupable, car c’est en toute connaissance de cause qu’elle a écrit « pourquoi » en un seul mot, souhaitant déplacer la question de l’utilité  » pour quoi faire?  » vers la finalité (à quelles fins?) tout en acceptant le risque que cette nuance implicite passe pour une faute…Que Pomone l’entende, mes bons seigneurs!)

    Et de vous répondre : Pour faire une fleur à l’auteur, tout simplement! Une jolie fleur, bien sûr, attachante, comme il se doit.

    Sous l’arbre de mai ou à songes, où naguère, Mme Catherine Clément aimait rêver chacun pour l’autre…en voyant du paradis dans le sens agricole de la culture, on peut peut-être essayer de faire germer un brin de quelque chose dans le terreau du concret des êtres et des choses…

    On verra bien!

    J’aime votre réponse à Monsieur Luminet…Elle me fait penser à la femme de Lot fascinée par l’ancien au chapitre du premier message personnel du beau et bon livre de Jean-Claude Guillebaud « Le goût de l’avenir ».

    Elle me rappelle aussi un souvenir personnel sous les chênes d’un site d’une université parisienne où une gente hamadryade tenait colloque…

    Rassurez-vous, je suis bien vite revenu auprès de mon arbre que je vais de ce pas quitter pour aller faire des courses à la ville…

    Dame, ça ne tombe pas tout cuit du haut des branches et puis faut bien acheter le sel, palsambleu, ne serait-ce que pour en conserver l’esprit!

    A tous, une excellent journée.

    GARO

  10. Au réveil, je tombe sur la réponse de Garo…
    Pour accéder à l’excellentissime, peut-être faut-il mettre l’adjectif de la journée au féminin…
    Excellant dans l’art de jouer avec les mots, Garo, vous me direz que c’est là un beau lapsus, non!
    Quid du lieu et la formule?Telle est la question….épineuse.
    Histoire de sentir cette jolie fleur, fût-elle dans une peau de vache!
    >
    > Bonne journée
    >
    > Roxane

  11. Bonjour!

    Ah! la satanée voyelle…déplacée, absente. Je plaide coupable et m’en vais illico me réfugier à défaut d’y rêvasser, entre les seins de la douce commère l’espace, au féminin dans la complainte du temps, citée avec justesse par Monsieur Luminet.

    Une retraite idéale pour méditer la réponse de Monsieur Bardou et travailler à sa manière l’image poétique, si chère à Gaston Bachelard.

    Un rat retiré du monde, insensible sous son ermitage, aux malheurs d’ici-bas?

    La question ne se pose point car aucun député du peuple rat ne vient jusque-là ouvrir ma boîte à fromage, bonnes gens!

    . Donc, libre à votre serviteur de rouvrir « L’air et les songes » pour se plonger dans le cosmos de Jules Laforgue, au chapitre IX précisément, où ce dragueur de chantiers d’étoiles nous engage à redevenir plasma.

    Au fait, Isidore Ducasse n’était-il pas le contemporain de Jules Laforgue? Tous deux natifs de Montevideo et tous deux attachés à la ville de Tarbes. (Dans « Lautréamont », page 100, Gaston Bachelard nous parle d’un livre de Gervasio et Alvaro Guilloz Munoz sur Lautréamont et Laforgue, qu’il n’a pu se procurer.)

    Comme on peut comprendre, Monsieur Luminet, quand il s’insurge d’une colère sainte contre ce monde de mauvais goût et de vulgaire pacotille!

    La jeune et rayonnante chanteuse de The Voice fait la couverture de « La Vie », et Régis Debray nous dit qu’elle n’aurait oncques eu sa place dans un film de Bergman des années mil neuf cent cinquante. Quant à courir dans le pré avec les caméras de la téléréalité pour y attraper le bonheur …et autres parades de cet acabit, laissons les gens à leur foi exubérante, puisque chacun est libre d’appuyer ou non sur le bouton de sa télécommande. Pourtant, dans la boîte à images, de belles émissions ont donné et peut-être donnent encore à certains réceptifs, l’envie d’acheter des livres, de les lire et d’affirmer leur volonté d’intellectualité. Ne jugeons pas trop vite et acceptons aussi le fait que de cette légèreté peut parfois sourdre un peu de profondeur!

    En relisant le dernier commentaire de Monsieur Bardou, quelque chose en nous adhère…Ses « myriades de qualia » viennent jusqu’ici dans cette chambre comme aimantées par la « série de qualias » au chapitre de la conscience existant à l’état pur, selon Jean Staune, page 208 de son dernier livre « Explorateurs de l’invisible ». Quant à la logique du tiers inclus, aux pages 115 et 123 de l’ouvrage susmentionné de Monsieur Staune, quelques-uns trouveront peut-être une réponse à leur question…

    Enfin, pour clore cette ballade, j’aime à reproduire cette question renversante posée par Étienne et Jacques et qui plaira, sans nulle conteste à notre homme des sciences, buveur d’étoiles et à ses camarades de « La Recherche »(mars 2018) :

    « Qu’est-ce que la Terre devant ces vallées supérieures de pétillement d’étoiles? »

    Et le physicien et le pianiste de répondre en chœur par cette anagramme :

    « Le vide quantique est et reste la source réelle de l’espace-temps et de l’univers. »

    Soixante-cinq lettres soumises à votre entendement, à votre étonnement peut-être, pour vous aider à composer une autre ballade, un épithalame, une autre épître qui chantera les noces de l’espace et du temps, là où Michel Serres, à l’apex de l’abstraction, termine sa « Visite » avant d’entonner son hymne à la « Joie » dans sa philosophie des corps mêlés.

    Tout simplement « la ballade des gens heureux »!

    Si je suis invité aux agapes, j’irai bien y faire un tour… Enfin, si j’ai le temps…et si ce n’est pas au diable vauvert, palsambleu!

    Mais bon, faut pas rêver, c’est bien connu!

    Il est minuit quinze et pour terminer vraiment, autant citer, une nouvelle fois, Jules Laforgue :

    « Minuit un quart; quels bords te voient passer, aux nuits anonymes, ô Nébuleuse-Mère… « ( Préludes autobiographiques)

    Citation mise en exergue au chapitre IX de « L’air et les songes », page 225.

    Bonne nuit à tous.

    Garo

  12. Quel plaisir toujours de vous lire !
    De manière générale, un physicien qui a une vraie sensibilité littéraire et artistique, une vraie plume, une très fine attention au langage, c’est plutôt (très) rare. Et cela rend la lecture de vos textes toujours passionnante !
    Ce billet est très juste, vraiment, vous y joignez une vraie attention, et une justesse précisément, qui ne cède pas à l’hagiographie.
    Je vous signale (pardon ) une coquille : « grève » pour « brève ».
    … Et j’attends avec grande impatience le 2/2 du billet « Le Voyage cosmique dans la littérature et la poésie » !!!
    (De manière générale, c’est un peu hors de propos mais bon, je rêverais d’un tome 2 de l’anthologie « Les poètes et l’univers », sur le contemporain… Les pages de Peter Handke sur Orion par exemple, etc. etc., ou dans Volodine, etc., mais bref, c’est encore autre chose 🙂 )

    1. Coquille corrigée, merci!
      PS : Moi aussi je voudrais bien concocter une suite plus contemporaine aux « Poètes et l’Univers », mais en raison des droits de reproduction sur des textes qui ne sont pas dans le domaine public, les éditeurs rechignent…

  13. Oui, vous avez raison ! Je le sais bien pourtant, à quel point c’est compliqué, et le droit de citation est bien court, et d’ailleurs je ne sais pas s’il s’applique pour les anthologies, où il ne s’agit pas, par définition, de citation, mais de mettre en avant l’oeuvre elle-même… Bon, je l’avais oublié pour le coup, face à mon désir de voir une suite à cette si belle anthologie, qui est dans ma bibliothèque, en plus très bon état, à force d’avoir été lue et relue :-D…..
    J’avais participé moi-même à cela, ayant réalisé l’une des éditions d’Alcools dès lors, il y a peu de temps, que l’oeuvre d’Apollinaire était passée dans le domaine public…. Si j’évoque Apollinaire c’est, bien sûr, qu’il est l’auteur, vous le savez, évidement, de l’une des strophes les plus fascinantes pour celles et ceux qui s’intéressent à l’astronomie. Si mystérieuse, si belle : « Voie Lactée soeur lumineuse », etc. etc. Quelle merveille !! À une époque doublement différente de la nôtre : d’abord parce que l’expérience de la Voie Lactée est alors évidente pour tous, tandis qu’elle s’est dissipée aujourd’hui à cause de la pollution lumineuse (c’est la fameuse anecdote du black out à New-York en 2003, où les gens appelaient les pompiers, paniqués parce qu’il y avait une grande trace de fumée dans le ciel, ils pensaient qu’il s’agissait d’un attentat :-D), et ensuite parce que lorsqu’Apollinaire parle de « nébuleuses », il ne sait pas de quoi il s’agit, le terme étant vague à l’époque puisqu’on ne savait pas encore, simplement, qu’il existait d’autres galaxies (même si Kant et d’autres en avaient posé l’hypothèse bien plus tôt, mais sans preuve expérimentale), les « nébuleuses » étant alors tout ce qui apparaissait vague au télescope….
    Réflexion faite je me dis que nous devrions constituer un groupe fermé par mail qui mettrait au point cette anthologie pour les oeuvres sous droit, à l’abri des éditeurs, qui serait diffusée juste auprès des « happy few » :-D……

  14. Bonjour !

    Vous avez tellement raison, Monsieur LZ…Quel délice de savourer les fruits délicieux au jardin merveilleux de Monsieur Luminet !
    La nébuleuse brille dans « L’air et les songes » au chapitre IX sous le grand arbre de l’univers, qui déploie sa feuillée au fil des pages. Et si Guillaume Apollinaire ne s’y repose point, nous le trouvons cependant dans la terre et les rêveries du repos et celles de la volonté.
    Le premier avec Picasso qui s’est habitué à l’immense lumière des profondeurs et l’autre avec les insondables violets vus par « Les fenêtres ».
    L’édition ? J’ai été invité, l’autre jour, à visiter une imprimerie locale et le responsable m’a dit qu’il avait besoin de trois cents arbres par an pour faire tourner sa boutique.
    Et dans la foulée, un correspondant parisien qui dirige l’entreprise « Conseils et Actions » de me répondre en ces termes :
    « Merci pour ce retour d’information j’espère que votre visite fût enrichissante pour vous, au delà de l’anecdote de arbres abattus.
    Sans rentrer dans un débat au combien actuel, mon point de vue sur le sujet : sans papier, pas de livre, sans livre il n’y aurais pas eu de diffusion de masse de la connaissance, sans connaissance pas d’éducation, sans éducation pas de prise de conscience de l’intérêt d’une démarche respectueuse de l’environnement »
    Une autre visite, celle d’un ami au printemps 2015, venu m’offrir son livre préfacé par Jacques Attali.
    Mon hôte vient de garer sa Pontiac dans la cour de la ferme. Il descend, un tournevis à la main et ouvre grand le coffre de la voiture, laissant découvrir une motocyclette achetée pour le tournage d’un film avec de belles amazones légèrement vêtues. Un but esthétique…Pourquoi pas?
    J’ai sur-le-champ pensé au chapitre des « Regrets en bref » de Bernard d’Espagnat où l’on peut lire ces lignes édifiantes :
    « Le professionnalisme est un atout majeur. Mais hélas il pousse à la production. « Publier ou périr », la maxime est connue (…) D’où une parenté trouble – fondée sur toute l’opacité de l’inconscient – entre « l’intellectuel » et le motard ! L’un comme l’autre, même sans s’en douter, visent un peu, en premier lieu, à faire « vroum, vroum ».
    En tout cas ça roule ! Quant à amasser mousse, avec la machine…
    Pas la peine d’un terrible engin pour aller de ce pas sur la grève « découvrir çà et là quelques coquillages brillants devant un océan inexploré et mystérieux »…Il suffit peut être d’un peu d’imagination ! (Monsieur d’Espagnat écrit « ça et là », faisant de l’adverbe de lieu un pronom démonstratif au chapitre « Regards », page 163, de son bel essai « A la recherche du réel – Le regard d’un physicien – » où l’on trouve, ce morceau de phrase choisi.
    Quant à écrire « ce qui est écrit »,- fût-ce l’avenir qui n’est écrit nulle part – peut-être un autre support serait-il de circonstance…Un nouveau livre qui raconte des comptes de faits pour une autre enfance.
    Pour l’heure, autant se laisser bercer dans la voie lactée, chantée par une voix nationale qui a gardé l’accent du côté de Marseille, palsambleu !
    Bon mois de juin à tous avec des cerises bien mûres pour le plaisir du palais ou en guise de boucles d’oreilles si vous allez au bois.où les lauriers ne sont, paraît-il, pas encore coupés.
    Bref, c’est à voir ou à ça-voir !
    Courte histoire d’un temps qui porte ses fruits, temps fabuleux des enfants rêveurs.

    Garo

  15. Bonjour !

    Je suis bien d’accord avec vous Monsieur Garo et même sans vérifier les citations, je ne mets pas en doute l’exactitude de vos références.
    Cependant – car il y a un cependant – quelque chose me chiffonne un peu.
    La voie lactée dans l’univers des variétés télévisées me laisse pantois. Quèsaco, cher commentateur assidu ?
    J’ai du mal à imaginer notre astrophysicien préféré pousser la chansonnette à La Bonne Franquette de Cavaillon, entre un bon-chrétien et la mimolette pour éduquer ses commensaux sur ce que devrait être la place du poète dans cette vallée de larmes.
    Réclamer à cor et à cri une nouvelle anthologie, je veux bien, mais pour quoi faire ?
    Donner du plaisir à quelques heureux intéressées par le travail de P.Handke ou le post-exotisme d’A.Volodine ? Soyons raisonnable, cher Monsieur, vous connaissez beaucoup de pèlerins dans votre cour de ferme qui vont se jeter dessus pour l’acheter ?
    Je veux bien que ça roule, ça marche, comme ils disent, mais où sont celles et ceux qui marchent avec Thoreau ? Des gens capables de résister aux médias et de travailler leur écart, grands dieux, où sont-ils ?
    Certainement pas sur les gradins des stades ou devant leur écran pour regarder des entraînés qui courent derrière un ballon !
    Et continue la misère ici-bas avec ses cortèges d’injustices, d’inégalités et de violences.
    On envoie un petit jeune tout beau, tout mignon, pisser dans un bocal là-haut dans l’espace, à bord de son spatial vaisseau, à coups de milliards d’euros…et en bas on crève de faim.
    Quid de la conquête de notre espace intérieur, de notre capacité à revendiquer une véritable justice qui change la vie ordinaire des pauvres gens en ce monde qui perd la boule ?
    Et dire que toute la sainte journée, on nous demande de faire des dons au profit de la recherche censée nous délivrer de nos maux… Illich réveille-toi, ils nous rendent malades !
    Nous n’irons plus au bois, nous dit Michel Serres qui connaît la chanson, à la page de la lueur NCG 1036 qui se détache du langage comme les formules qu’on discute à son propos…(Les cinq sens, page 378) Avec vous, Monsieur Garo, dans votre promenade entre bois et lauriers, le pronom relatif souffre le point d’arrêt, comme l’aura sans doute remarqué l’œil de lynx de Monsieur L Z.
    Puisse la seconde partie du voyage cosmique de M Jean-Pierre Luminet nous réchauffer le corps et le battement d’ailes de son billet doux en luminesciences, nous faire toucher du doigt ce qui nous dépasse…
    Par saint Thomas, quelle histoire !

  16. Vous avez dit « happy few » ?
    Heureux qui, comme Ulysse, a fait un beau voyage…
    Je pense à un livre qui date de mil neuf cent quatre-vingt-quatre.
    (L’auteur fut président de la république française)
    Il commence par une citation de Guillaume Apollinaire parlant du Phénix et se termine par ces mots :
    « J’ai écrit intentionnellement « heureux ». Ce mot est absent des grands débats conceptuels. Et peut-être est-il celui qui exprime l’appel le plus lancinant, le cri timide qui monte aux lèvres de ceux qui cherchent à dire simplement ce qu’ils attendent de la vie quotidienne et des responsabilités confiées à leurs lointains dirigeants : ce qu’ils attendent et craignent de ne jamais recevoir.
    Deux français sur trois acceptant de parler, dans le soir devenu paisible, du sort commun de leur pays. »(Fin de citation)
    Un député-maire de la ville d’André Breton qui fut le collaborateur personnel de l’auteur ci-dessus mentionné, dans un bel essai en mil neuf cent soixante-dix-huit, écrivait à son propos :
    « Le chef d’État a élevé ses regards ( …) Parler à la planète, ce globe enfin visible et qui peut à tout instant entendre tout message, est un devoir d’État. Un homme seul, dans l’État, a le pouvoir de ce devoir. » (Fin de citation)
     En mil neuf cent quatre-vingt-deux, un autre auteur, Madame Catherine Clément, commençait son livre « rêver chacun pour l’autre » par cette petite phrase :
    « La question du bonheur est posée. »
    Une anthologie d’un petit groupe de baladins peut-elle répondre à la question posée et rendre enfin les gens heureux ?

    Roxane

  17. Bonjour !

    Chère Madame, cher Monsieur, vous avez raison de vous interroger et d’interroger.
    Sur une relative vérité dans le monde des variétés, que vous dire ?
    Continuez de vous interroger et d’interroger et, peut-être, trouverez-vous une personne qui pourra vous répondre entre les signes de Françoise Hardy ou de quelqu’un d’autre !
    Pour la rupture de phrase, que vous dire ?
    Un lapsus qui voudrait dire une antécédence ? Auquel cas, mieux vaudrait se plonger en quelque thèse qui traite savamment du sujet.
    Autant regarder de nouveau l’image mise en exergue dans le billet de mai de Monsieur Luminet et méditer sur le chapitre des métaphores de la dureté où Gaston Bachelard fait parler l’arbre et le songeur.(La terre et les rêveries de la volonté)
    Sur de telles choses, nous ne sommes que des commentateurs…Laissons à l’intelligence critique de notre rédacteur en chef le soin de donner suite à cette force de la nature : le rêve.

    Garo

  18. Bonjour,
    Je viens de lire votre article sur Stephen Hawking. En tant que mathématicien, Stephen Hawking, s’est essayé sur les thèmes de son temps et par exemple utiliser les nombres imaginaires pour coller à la mécanique quantique et se débarrasser de la singularité Big Bang. Je pense que Einstein fonctionnait pareil, avec une maladie invalidante = épée de Damoclès en moins. L’erreur est humaine et c’est ce qui nous fait avancé. Bien cordialement, / Christophe

  19. Merci mille et une fois Monsieur Dupin

    Votre nom me rappelle un préfet célèbre de mon département et, bien sûr, Edgar Poe, Jacques Lacan et les autres…

    Au fait, le trouveur de la lettre « volée » n’était-il pas bon mathématicien?

    Le professeur de mathématiques spéciales nous instruit : Le nombre a dévoré les mathématiques.

    Et d’argumenter élégamment sur l’essence divine de notre pensée.

    La lecture, sous cette constante invitation au voyage, devient en effet une aventure, comme l’écrivait Gaston Bachelard (une référence qui fera plaisir à Garo, palsambleu!) dans le « Droit de rêver », il me semble!

    Quant à la religion cosmique, cher Monsieur Dupin, voyez la réponse à ce titre qui a la valeur d’une interrogation indirecte :

    « Comment je vois le monde » (Albert Einstein)

    Puisque la langue tire la science, on dira qu’elle nous fait avancer…

    Bien cordialement

    Jacques

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