L’image de l’origine à travers science et littérature (2/2): du XVIIIe siècle à aujourd’hui

Suite du billet L’image de l’origine à travers science et littérature (1/2): de Homère à Milton

Première grande rupture entre science et religion, le XVIIIe siècle, qui marque le début du mécanisme et du rationalisme scientifiques. L’emprise judéo-chrétienne faiblit, mais la science des origines est encore trop balbutiante pour proposer autre chose qu’une date de création du monde conforme aux écritures : 4004 avant Jésus-Christ. Un écrivain et un savant seront les premiers à remettre sérieusement en question le dogme. Benoît de Maillet, consul de France aux Indes et écrivain, auteur de Telliamed (anagramme de son patronyme), affirme dès 1720 l’immense durée du temps de la Terre : plusieurs millions d’années. Le savant Buffon n’ose reculer aussi loin, mais dans la Théorie de la Terre (1749) il fournit des preuves expérimentales: en mesurant le temps de refroidissement de boulets ferreux portés au rouge, il en déduit que notre globe terrestre doit dater de 72 832 ans (il était encore loin du compte, puisque l’âge de la Terre est estimé aujourd’hui à 4,56 milliards d’années).

La formation de la Terre et l’origine de l’Homme.
L’écrivain et diplomate Benoist de Maillet fit preuve, dans cet ouvrage d’abord paru clandestinement, d’une profonde originalité en prenant le parti de l’évolutionnisme contre le fixisme, imaginant notamment l’origine de la vie dans la mer.
Benoist de Maillet, Telliamed, ou Entretien d’un Philosophe Indien, Amsterdam, 1748

La théorie de l’attraction newtonienne s’impose au XVIIIe siècle. Toutefois, des glissements se produisent quant à la question des origines. Le cadre de pensée newtonien est un espace illimité dans un temps éternel. Le problème de la genèse hante les esprits qui ne se contentent plus des Écritures, et cet univers incréé (sinon par l’action divine) que leur offre Newton ne peut les satisfaire. Non contents de revoir à la hausse l’âge de l’univers, ils entrevoient des mécanismes de formation; avec la perte du géocentrisme, la terre, qui n’est plus ni centre ni sommet de la création, n’a plus de raison de naître avant toute chose. Les savants commencent à établir une nouvelle chronologie de la création : l’univers d’abord, puis le Soleil, puis la Terre.

Buffon, par exemple, ne se contente pas de refaire la chronologie, il propose des mécanismes de naissance. Pour le système solaire, il attribue l’impulsion première au choc d’une comète qui, arrachant au soleil des lambeaux en fusion, aurait projeté au loin les futures planètes, retenues enchaînées par l’attraction. Cette cosmogonie sera reprise au début du XXe siècle par l’Anglais James Jeans, mais sans succès. Notons que l’antagonisme de deux Forces – l’attractive et la centrifuge – remet en honneur un très vieux mythe remontant à Héraclite (et largement présent dans les Védas), celui de la Grande Pulsation. L’équilibre s’altère tour à tour au profit de chacune d’elles jusqu’à son triomphe total, suivi d’un renversement qui donnera l’avantage à sa rivale.

La formation des planètes selon Buffon.
La célèbre « Histoire naturelle » comprend une “Preuve de la théorie de la Terre”, dans laquelle le naturaliste examine le problème de la formation des planètes. Buffon récapitule les théories précédemment proposées par les Anglais Whiston, Burnet et Woodward, et propose ensuite sa propre hypothèse. Suite à ses expériences effectuées sur des boulets, il propose un tableau récapitulatif donnant le “commencement, la fin et la durée de l’existence de la nature organisée dans chaque planète”. Bien que Buffon ait été déclaré impie par l’Eglise, cette gravure illustrant son ouvrage, due à l’artiste londonien N. Blakey, représente Dieu le Père créant les cercles des planètes au milieu de nuées.

Vers le milieu du XVIIIe siècle, la conception d’un fluide élémentaire universel se généralise. Le philosophe Emmanuel Kant a le premier la vision grandiose d’un état premier de la matière emplissant l’espace infini, et d’où naîtront les mondes. Plongée dans l’ombre et le silence, cette matière diffuse est déjà grosse de tous les futurs.

Relisons Diderot, dans sa Lettre sur les Aveugles (1749) :

« Combien de mondes estropiés, manqués, se sont dissipés, se reforment et se dissipent peut-être à chaque instant, dans des espaces éloignés… où le mouvement continue et continuera de combiner des amas de matière, jusqu’à ce qu’ils aient obtenu quelque arrangement dans lequel ils puissent persévérer. »

Ce n’est pas de Kant que Laplace tient la première idée de sa « nébuleuse primitive », mais des observations de l’astronome William Herschel. Son grand télescope l’a convaincu que certaines nébuleuses sont des nuées de matière diffuse, et que les étoiles doivent se former par condensation au sein de ces nuées. Ces observations, publiées en 1811, Laplace les reproduit au chapitre VI de son Système du Monde (édition de 1824). Lui qui, par ailleurs, ne cesse de répéter à l’instar de son maître Newton « Je ne forge pas d’hypothèses », lance la plus sensationnelle hypothèse du siècle : une première nébulosité presque imperceptible où se forme un noyau à peine brillant, des anneaux de vapeurs successivement abandonnés, tournant comme des cerceaux, puis se rompant en masses qui s’arrondissent à leur tour et où brillent d’autres petits soleils dans leur cocon brumeux… Le système solaire est né ! Les actuels modèles de formation du système solaire n’en diffèrent pas énormément.

Dessin original de William Herschel montrant divers objets nébuleux observés à travers son grand télescope.

Si la cosmogonie exposée par le grand mathématicien est une tentative d’explication rationnelle du sens imprimé au mouvement des planètes, elle va néanmoins féconder l’imagination des poètes. Ceux pour qui la Genèse était explosive sont remplacés par ceux qui chantent la nébuleuse primitive. Pas d’émission brutale ni de parturition déchirante ; leur imagination s’attarde à une gestation lente des planètes-sœurs. Chez les savants du XIXe siècle, l’hypothèse de la nébuleuse primitive est consolidée par les découvertes de l’analyse spectrale. Dans son Astronomie populaire, Flammarion salue en termes poétiques les nébuleuses gazeuses, voyant en ces lueurs les berceaux et les tombes de la création. Il use – le premier, semble-t-il – de l’expression « Nébuleuse-mère ». Jules Laforgue s’en saisit aussitôt dans ses poèmes cosmiques écrits la même année (1880). Écoutons aussi Jean Lahor, dans un extrait d’un texte intitulé La Gloire du Néant :

« Il fut donc un moment où tout dormait en germe dans l’œuf d’or du Soleil, ma vie, celle de tous les êtres, fils de la Terre, le monde organique et l’inorganique, les océans, les continents, les forêts, le bien et le mal, le ciel et l’enfer d’ici-bas, et la Lune et les autres Êtres, filles du Soleil, avec leur évolution vitale, leur longue histoire, splendide ou sombre. Or de naissance en naissance ne pourrions-nous remonter jusqu’à Dieu, et à une heure première, où les Voies Lactées et les énormes Nébuleuses, l’Univers immense, reposaient aussi, comme des rêves près d’éclore, en la nuit muette de son cerveau ? »

Par ses nombreux ouvrages grand public, dont la célèbre Astronomie Populaire (1880), Camille Flammarion a influencé toute une génération d’écrivains et de poètes.

En cette fin de XIXe siècle, nombreux sont les écrivains qui évoquent en la nébuleuse les images de fécondité, de gestation : germes, semences, embryons, laitance. Les astronomes munis de bons télescopes ont repéré dans le ciel les nébulosités qui entourent le groupe des Pléiades, étoiles jeunes encore enveloppées des nébulosités gazeuses qui ont présidé à leur naissance. Ainsi, en 1864, Flammarion compare les points de condensation du brouillard cosmique à

 « des petits nids soyeux d’insectes au flanc des branches. »

Paul Claudel, dans son Ode intitulée La Maison Fermée, écrit :

 « Comme on voit les petites araignées ou de certaines larves d’insectes comme des pierres précieuses bien cachées dans leur bourse d’ouate et de satin, C’est ainsi que l’on m’a montré toute une nichée de soleils encore embarrassés aux froids plis de la nébuleuse. »

Jules Laforgue, quant à lui, déclame:

« l’Espace, dans un Va-et-vient giratoire, y détrame les toiles
D’azur pleines de cocons à fœtus d’Étoiles. »

Les Pléiades. Cet amas d’étoiles, dans la constellation du Taureau, a toujours suscité l’intérêt. Il s’agit, à environ 400 années-lumière, d’un amas d’étoiles jeunes – environ 60 millions d’années – dont les six principales sont bien visibles à l’œil nu.
Les nébulosités entourant ces « astres-enfants » sont le reste du nuage de gaz initial à partir duquel ils se sont formées. Les premières photographies des Pléiades datant des années 1870 étaient bien moins précises que cette image moderne, mais elles ont frappé l’imaginaire poétique de Jules Laforgue et Paul Claudel.

Le poème de Laforgue s’appelle toutefois Le Sanglot Universel, car pour Laforgue, atteint d’un pessimisme fin de siècle, les mondes nouveaux sont nécessairement synonymes de souffrances nouvelles.

La décennie 1880-1890 est particulièrement riche en textes placés sous l’influence de la genèse laplacienne : Les Origines, du Suisse Warnery, La Genèse Universelle, de Strada, le Dire du Mieux du Belge René Ghil.

Sur le plan de l’imagination, la cosmogonie laplacienne se rattache à un ensemble de vieux mythes qui placent, à l’origine, les Eaux. Ces Eaux où plane l’Esprit dans les premiers versets de la Genèse, substance première tant de fois adorée, conçue comme un liquide amorphe, passif, cédant avec douceur à ce qui plonge, engloutissant dans ses abîmes les poids trop lourds, mais portant, en une flottaison berceuse, ce qui se confie et s’abandonne. Ce fluide, c’est l’élément prénatal dans le sein de la Mère, c’est le plasma où baigne l’embryon. L’Eau se retrouve au berceau de maintes cosmogonies, et ses Fils se plaisent à imaginer la création terrestre sortie ruisselante de l’Océan primordial. Jean Richepin a chanté la Gloire de l’Eau dans son long poème La Mer (1886). Le poète ne nous dépeint plus la grandiose naissance de la Terre, mais celle de la vie; guidé par les découvertes darwiniennes sur l’évolution des espèces, il rêve sur le Bathybius, cette larve informe d’où jailliront nos ancêtres :

« Comment dans cette vase aux clapotements mous
Où les derniers volcans soulevaient des remous,
Comment sous l’action et les forces amies
Du soleil, des foyers souterrains, des chimies,
Du temps, comment a pu s’opérer en un point
Cette genèse, c’est ce que l’on ne sait point.
(…)
Un être existe là, que la science nomme
Bathybius, un être informe, sans couleur,
Une larve plutôt qu’un être, une pâleur
Encor plus qu’une larve, une ombre clandestine,
Semblable à du blanc d’œuf, à de la gélatine,
Quelque chose de vague et d’indéterminé. »

Dans les premiers vers on croirait lire la description des expériences effectuées dans les années 1950 par les américains Urey et Miller pour recréer en laboratoire les conditions physico-chimiques favorables à l’éclosion de la vie.

Deux images, ancienne et moderne, de Bathybius. En 1868, le biologiste Thomas Huxley étudia un échantillon de vieille boue du fond marin, prélevé en 1857 dans l’océan Atlantique. Quand il l’examina pour la première fois, il n’y trouva que des cellules de protozoaires et le plaça dans un bocal d’alcool pour le conserver. Il remarqua alors que l’échantillon contenait une substance albumineuse entrecroisée de veines.
Huxley pensa qu’il avait découvert une nouvelle substance organique et la nomma Bathybius haeckelii, en l’honneur du philosophe allemand Ernst Haeckel. Ce dernier avait théorisé sur le «limon originel», un protoplasme dont toute vie serait issue. Huxley pensa que le Bathybius pouvait être ce protoplasme, un chaînon manquant entre la matière inorganique et la vie organique. Il admit plus tard s’être trompé, mais entre temps l’idée avait son chemin dans le public cultivé de l’époque, comme Jean Richepin.

C’est seulement au XXe siècle que la cosmogonie est devenue une discipline scientifique à part entière, d’une part grâce à l’astrophysique qui a permis de comprendre comment les étoiles et les planètes se formaient, grâce ensuite à la relativité générale et la cosmologie qui a permis à deux hommes de génie injustement méconnus, le russe Alexandre Friedmann et le belge Georges Lemaître, d’expliquer comment l’univers dans son ensemble, en tant qu’entité espace-temps-matière, a surgi du Big Bang. Désormais, la quasi-totalité des cosmologistes professionnels travaille dans ce nouveau cadre conceptuel, celui d’un Univers sans cesse en expansion et en évolution à partir d’une configuration initiale petite, chaude et dense. L’Univers serait ainsi né d’une fluctuation d’énergie dans un océan de vide il y a environ 14 milliards d’années. De cette fluctuation, faussement assimilée par certains à une « explosion » et survenue à une température inouïe, seraient issus, en 3 minutes, les atomes primordiaux de notre univers : hydrogène et hélium. Puis, au cours des milliards d’années suivants, sont apparus les galaxies, les étoiles (qui ont formé les autres atomes par des réactions nucléaires), le soleil et les planètes. Grâce aux progrès des techniques d’observation, de très nombreuses preuves viennent étayer le modèle.

Deux manuscrits de Georges Lemaître. Après avoir découvert, indépendamment de Friedmann, les solutions cosmologiques non statiques de la relativité générale, Lemaître a proposé en 1931 son modèle de « l’atome primitif », dans lequel l’espace et le temps prennent naissance dans une singularité initiale. Cette solution, à peine modifiée, sert de référence aux actuels modèles de big bang.
A gauche, graphique de la main de Lemaître en 1927, pour illustrer l’évolution de l’Univers en fonction de la densité de l’Univers. A droite, manuscrit de son article sur l’atome primitif.
Université de Louvain, Archives Lemaître

Pour autant, le mystère est loin d’être levé. Si les scientifiques ont réussi à recréer, en laboratoire, les conditions du Big Bang un dix milliardième de seconde après son apparition, ils ne parviendront jamais à recréer « l’instant zéro » car celui-ci défie l’entendement : aucune des lois de la physique actuelle ne peut l’expliquer.

D’ailleurs, à en croire le terme « Big Bang », l’univers serait né d’une explosion primordiale, le Grand Boum. Mais attention aux images, elles peuvent être trompeuses… L’inventeur de l’expression « Big Bang », l’astrophysicien anglais Fred Hoyle, était le plus farouche opposant de ce modèle cosmologique émis par le génial physicien belge Georges Lemaître, en 1932. Pour des raisons métaphysiques, et non scientifiques, Hoyle refusait en effet catégoriquement l’idée que l’univers ait pu être « créé », car selon lui cela se rapprochait trop du Fiat lux (« Que la lumière soit ») de la Bible. Pour lui, le monde devait avoir toujours existé dans une sorte d’état stationnaire. Voilà pourquoi il s’est moqué de cette idée nouvelle, née de la théorie de la relativité générale d’Einstein, sans se douter du succès qu’allait remporter son expression. Cependant, l’idée d’une explosion est ironique.

Fred Hoyle et Georges Lemaître à l’Académie Pontificale, 1958.

Donc, si l’on imagine qu’une sorte d’œuf primordial – « l’atome primitif » comme l’appelait Lemaître, qui n’avait pas encore à sa disposition les théories nucléaires – a soudain explosé dans un espace qui existait depuis toujours en envoyant des débris partout, on se trompe… Pour une raison simple à expliquer mais plus difficile à comprendre : l’Univers n’est pas né « dans » quelque chose puisque, à sa création, il est à la fois l’espace et le temps. Autrement dit, lors du Big Bang, c’est l’espace et le temps eux-mêmes qui ont fait leur apparition. Il est donc faux de penser qu’un concentré de matière très petit, très dense et très chaud et qui contenait en germe toutes les potentialités de l’univers futur, a explosé « quelque part » à un instant zéro.

Pour mieux comprendre ce qui s’est passé, il faut faire un effort d’imagination. Éliminer de notre esprit toute idée d’espace et de temps, puisqu’ils n’existent pas encore. Ensuite, ne pas se placer en observateur extérieur de la création du monde – comme si l’on assistait de loin à un spectacle – mais « à l’intérieur », car l’Univers nous englobe. Enfin, essayer d’imaginer une sorte d’océan d’énergie, sans particules ni matière – puisque l’énergie n’est pas une matière –, qui fluctuerait en permanence. Un grand bouillonnement en quelque sorte, que les cosmologistes appellent « l’écume de l’espace-temps ». Dans ce bouillonnement, on « voit » se former parfois d’énormes vagues au gré des fluctuations de l’énergie. De temps en temps, des « bulles » se déta­chent de ces vagues. C’est de l’une de ces bulles que serait né notre Univers il y a quatorze milliards d’années et dont seraient issus, par jalons et réactions nucléaires successives, tous les éléments qui ont peu à peu constitué notre monde.

Une vue d’artiste de « l’écume de l’espace-temps ».

Dans ce modèle particulier, nous vivrions donc dans une « bulle » parmi tant d’autres. D’autres bulles seraient nées bien avant, d’autres en train de naître et d’autres naîtraient dans le futur, chacune engendrant un univers à part entière. La plupart répondraient à des lois de la nature différentes et ne produiraient, par exemple, ni galaxies ni étoiles – et a fortiori pas d’être vivants ou pensants. Tous ces autres univers seraient déconnectés du nôtre, de sorte que n’aurions jamais la preuve de leur existence. Ainsi, dans le domaine effroyablement complexe de la cosmologie moderne, nous manions des théories qui, pour la plupart, ne pourront jamais être vérifiées par l’expérience. Ce qui ne leur enlève aucune crédibilité pour autant.

L’idée que notre Univers est né d’un océan d’énergie est issue de la physique quantique, c’est-à-dire de la physique des atomes, surajoutée à la théorie gravitationnelle d’Einstein. Nous savons qu’il existe des « vides » quantiques qui ne contiennent aucune matière mais où l’énergie fluctue. La transposition de cette observation dans le domaine de la cos­mologie nous donne cette théorie extrêmement séduisante de l’océan d’énergie. Elle résout l’éternelle question de savoir ce qu’il y avait « avant » le Big Bang. Beaucoup de physiciens y travaillent actuellement.

On en sait forcément beaucoup plus sur ce qui s’est passé après le Big Bang, et l’on en reconstitue les étapes. En laboratoire, dans nos accélérateurs de particules, nous sommes parvenus à recréer de façon fugitive les conditions qui avaient cours un dix milliardième de seconde après le Big Bang. À cet instant, la température de l’Univers atteignait un million de milliards de degrés (1015) et nous connaissons les phénomènes qui se sont produits dans cette « soupe » primitive. Les quarks, les constituants fondamentaux de la matière, se sont formés. Une millionième de seconde plus tard, alors que la température baissait, ils se sont liés entre eux pour former les noyaux, atomiques. Trois minutes plus tard, la nucléosynthèse a eu lieu : les noyaux se sont assemblés pour former les premiers atomes légers (hydrogène, hélium). Il faudra ensuite attendre 400 000 ans pour que se produise l’apparition de la lumière ! Les particules de lumière, les photons, qui sont de pures ondes d’énergie et qui étaient jusqu’alors prisonnières de la matière, ont été libérées et ont pu circuler librement dans l’espace. Nous recevons maintenant cette lumière « fossile » sous la forme d’un rayonnement diffus dans le domaine des micro-ondes.

Les germes des premières galaxies. Émis il y a 13,8 milliards d’années à une température initiale de 3 000 degrés, le rayonnement cosmologique nous parvient aujourd’hui à une température mille fois plus basse, car entre le moment où il a été émis et le moment où il est reçu l’Univers s’est dilaté d’un facteur 1 000. Le rayonnement fossile nous parvient donc dans la gamme des micro-ondes, sous forme d’un rayonnement de corps noir à la température de 2,7 K au-dessus du zéro absolu ( -273 °C).
La “ carte COBE ” acquise en 1992 est sans doute l’une des images les plus émouvantes de toute l’astronomie. Elle représente l’état de l’Univers jeune de 380 000 ans, à l’époque où il n’était empli que d’une soupe extraordinairement lisse et homogène – mélange à l’équilibre de particules élémentaires et de rayonnement. Aucune structure astronomique de type étoile, galaxie, planète, n’existait. Seuls de très légers frissonnements agitaient la soupe primordiale. La carte COBE (dont on ne voit ici qu’un détail) exhibe de minuscules inhomogénéités de température (codées par des couleurs). L’écart entre la région la plus chaude et la région la plus froide n’est que d’un cent millième de degré. Ces variations sont liées à des variations de densité : les régions les plus froides sont aussi les moins denses. On voit donc là l’origine de toutes les structures astronomiques, en quelque sorte les fœtus de galaxies. Des cartes du rayonnement fossile de bien meilleure résolution ont été par la suite acquises par les télescopes WMAP en 2003 et Planck Surveyor en 2015.

Puis la gravitation a joué son rôle : elle a favorisé la formation d’amas de matière à diverses échelles : étoiles de première génération, galaxies – dont sans doute la nôtre, la Voie lactée –, amas et superamas de galaxies. Au sein des galaxies, plusieurs générations d’étoiles se sont succédé. Notre étoile particulière, le Soleil, s’est condensé une dizaine de milliards d’années plus tard, soit, en reprenant le chronomètre à partir du présent, il y a presque 5 milliards d’années. Assez rapidement les planètes se sont agglomérées, les datations les plus précises sur l’âge du système solaire (donc de la Terre) indiquant 4,56 milliards d’années. La vie aquatique – non pas sous la forme du « Bathybius » de Richepin, mais des stromatolites et des procaryotes – est apparue très vite, il y a 3,8 milliards d’années. L’émergence d’Homo Sapiens est incroyablement récente : 200 000 ans. C’est le nouvel Heptaméron de la cosmologie moderne, véritable chronologie de la création très bien établie..

Stromatolithes et microfossiles. Ces colonies de bactéries en bâtonnets ont été isolées dans des roches datant de 3,465 milliards d’années dans le Nord-Ouest australien. De tels assemblages de cellules procaryotes démontrent que des micro-organismes étaient déjà largement répandus sur Terre à l’époque archéenne, et que les bactéries autotrophes, productrices d’oxygène, ont pu ensuite évoluer à partir de ces organismes primitifs.

Au passage, il peut paraître surprenant de parler d’événements se déroulant au milliardième de seconde près au sein d’un fil long de plus de milliards d’années. Mais quand on vit à très haute énergie, c’est-à-dire à haute température comme au début de l’Univers, il se passe autant d’événements en un milliardième de seconde qu’en un milliard d’années à basse énergie, comme dans l’Univers d’aujourd’hui ! Des générations entières de particules naissent spontanément et transforment complètement le paysage cosmique.

Le scénario du Big Bang repose aujourd’hui sur plusieurs preuves observationnelles. Prenons les éléments légers primitifs (hydrogène, hélium et leurs isotopes). Nous avons pu, par spectroscopie, mesurer dans quelles proportions ils sont actuellement présents dans l’Univers. Or ils sont en proportion trop importante pour avoir été fabriqués uniquement par les étoiles. C’est donc bien que ces éléments existaient avant l’apparition des étoiles et qu’ils ont été créés juste après le Big Bang. D’autre part, nous savons que l’univers est en expansion, c’est-à-dire que les galaxies s’éloignent les unes des autres. De fait, si l’on remonte le film de l’expansion à l’envers, on comprend en toute logique que la matière devait être « concentrée » à l’origine. Enfin, il reste, sous forme de rayonnements, des traces fossiles de la formidable chaleur dégagée lors du Big Bang. Ce rayonnement fossile, déjà mentionné, nous parvient très refroidi (-270°C) et forme le « bruit de fond » de l’univers. Il a été possible de le mesurer avec une grande précision. On y a même détecté les germes des futures galaxies.

Mais tout n’est pas résolu, loin de là. Il y a d’abord le problème de l’inaccessibilité du temps zéro, que les théologiens du Moyen-Âge avaient déjà commenté, et qui se retrouve aujourd’hui dans la cosmologie quantique. En effet, si l’on sait reconstituer l’univers à partir de son premier dix-mil­liardième de seconde, pourquoi ne pas remonter jusqu’à « l’instant zéro », source de toute chose : espace, temps, matière ? En fait, dans la physique connue aujourd’hui, nous ne pourrons jamais remonter au-delà du temps de Planck (l0-43 seconde), – du nom du physicien allemand qui a établi ces limites. En effet, quand on se rapproche du début de l’expansion de l’Univers, l’énergie tend vers l’infini, au point qu’aucune des lois de la physique ne peut décrire ce qui s’est passé. Pour comprendre, il faudrait bâtir une « super-théorie » cohérente qui tiendrait à la fois de la relativité générale et de la physique quantique, alors que ces deux domaines – qui décrivent respectivement l’infiniment grand et l’infiniment petit – sont totalement déconnectés. Nous ne savons pas associer les deux de façon claire. Beaucoup de pistes aux dénominations énigmatiques (supercordes, gravité quantique à boucles, géométrie non-commutative) sont explorées, mais ces directions de recherche s’éloignent totalement de l’entendement du béotien…

Scénario du Grand Rebond. La théorie de la gravité quantique à boucles prédit que lorsque l’univers s’effondre, au lieu de créer une singularité mathématique, l’effondrement s’inverse et rebondit. On peut donc envisager un « avant Big Bang » ayant précédé notre phase actuelle d’expansion, de sorte que le Big Bang ne marque plus, comme en relativité générale, le début du temps et de l’espace.

Ce n’est pas une question de technologie et de performance instrumentale, c’est d’abord une question théorique. Même dans deux ou trois siècles, on ne disposera pas des accélérateurs de particules nécessaires car il faudrait autre chose que des accélérateurs. Ne pas pouvoir remonter à la source est frustrant et exaltant à la fois.

Heureusement la science ne dit pas tout, et dans L’Art Romantique, Baudelaire déclarait déjà : « La certitude astronomique n’est pas, aujourd’hui même, si grande que la rêverie ne puisse se loger dans les vastes lacunes non encore explorées par la science moderne. »

Pour conclure, examinons brièvement comment les nouvelles données de la science moderne ont influé sur l’imaginaire littéraire relatif aux origines. Les rapports entre Science et Littérature ne sont plus nécessairement aussi littéraux que chez Delille ou Richepin. À cet égard, le cas de Queneau est exemplaire. Cet écrivain et poète à la personnalité complexe, féru de mathématiques et passionné de sciences naturelles, a fait une communication à l’Académie des Sciences (j’admets que ce n’est pas un gage de sérieux suffisant) et a parrainé le groupe de recherches de l’Oulipo fondé par le mathématicien François Le Lionnais. Sa Petite Cosmogonie Portative (1950) est un récit du monde depuis ses origines jusqu’à nos jours présents qui s’inspire, dans sa forme poétique, du De rerum natura de Lucrèce, et met en vers une somme encyclopédique des connaissances en vigueur dans les sciences de la nature à l’époque de sa rédaction. C’est probablement le premier écrit poétique faisant allusion à la théorie de l’atome primitif que Georges Lemaître a proposée en 1931, dans laquelle, en se fondant sur les équations de la relativité d’Einstein, il décrit scientifiquement la naissance quantique de l’univers, voir plus haut.

« hyper leur quatre trucs éclatement burlesque
atome insuffisant atome gigantesque
rien à rien suffisant tout au tout romanesque
le monde était moins vieux que les supputations
et la terre moins grû que quelque pute à Sion
la terre était bien vierge et bien bouillonnaveuse
quelque constellation se penche un peu baveuse
sur des destins humains et des destins d’homards
tandis que le miel coule en la fesse argentée
des coquilles bleuies d’âge en âge hantées
par un diogène ermite à des noms raccordés
bernard de tout succinct crabe de tout refus
tandis que le salpêtre au frontière s’éloigne
des sources de soleil très indistinct témoign-
age que des brouillons plus précis étalés
jeunesse oh jeunesse oh jeunesse nébuleuse »

Ce petit bijou peut paraître obscur en première lecture, mais mérite d’être décrypté mot à mot (Queneau donne d’ailleurs lui-même quelques repères, et de prestigieux exégètes comme Italo Calvino et Jean Rostand s’y sont attelés). Par exemple « hyper leur quatre trucs éclatement burlesque » est une évocation prémonitoire de ce que les physiciens appellent le découplage d’une « superforce » en quatre interactions fondamentales (gravitation, électromagnétisme, interactions nucléaire forte et faible) qui gouvernent l’ensemble des processus physiques connus … De fait, en s’appuyant sur les théories cosmogoniques les plus récentes, sur les découvertes de la biologie contemporaine et sur l’histoire des inventions techniques, Queneau parvient à retracer toute l’histoire de l’univers, de l’atome primitif aux ordinateurs, en passant par l’évolution des formes de la matière et des organismes vivants !

J’ai déjà consacré sur ce blog une série de quatre billets à l’analyse plus détaillée de la Petite Cosmogonie Portative.

Le découplage de « l’hyperforce » originelle en quatre interactions fondamentales selon le modèle du big bang (à droite), dont Raymond Queneau eut l’étonnante intuition poétique (à gauche).

Plus récemment, Jacques Réda (né en 1929) a offert, dans sa Physique amusante (Gallimard, 2009), des textes sur le big bang, les trous noirs, les neutrinos, l’anti-matière, les gravitons, le chat de Schrödinger, la théorie des cordes, tout cela en vers rimés et rythmés (alexandrins, décasyllabes et octosyllabes). Le poète renoue ainsi avec la plus pure et ancienne tradition didactique, mais avec une bonne dose de perplexité teintée d’humour. J’ai également consacré un billet à ce poète original.

Curiosité, perplexité et humour me semblent trois ingrédients indispensables de la pensée cosmogonique. Ce début de troisième millénaire est justement placé sous le signe d’un questionnement accru sur les origines (inéluctablement lié à celui portant sur une éventuelle apocalypse). Les colloques, débats et publications sur la question se multiplient, aussi bien scientifiques que philosophiques. Les grands programmes scientifiques eux-mêmes se focalisent sur ces thèmes ; dans le domaine de l’astronomie je citerai la recherche de traces de vie bactérienne fossile sur Mars, l’exploration de noyaux cométaires pour y trouver les acides aminés et autres molécules prébiotiques, la traque d’exoplanètes de type terrestre susceptibles de développer la vie, les observations de plus en plus détaillées du rayonnement de fond cosmologique, fossile refroidi de la première lumière émise par l’univers primitif il y a quatorze milliards d’années.

Une fois la question de l’origine mieux cernée, reste le problème de l’émergence des formes, sur lequel notre science bute toujours. Comment est-on passé de l’homogène au discontinu, de l’unité à la diversité ? C’est l’un des secrets les mieux gardés de la création. On sait au moins, on voit que la Nature est toujours à l’œuvre. Les télescopes à infrarouge nous montrent des accouchements d’étoiles au sein de nuages d’hydrogène interstellaire, des parturitions de planètes dans des disques de poussières. C’est une belle leçon. La naissance de l’astre peut être vue comme le symbole d’une naissance spirituelle. Dans un cosmos où la genèse est toujours en cours, la nébuleuse est partout présente, et les hommes sont des astres-enfants auxquels il ne manque que de révéler leur lumière.

Quelques références :

Gaston Bachelard, L’eau et les rêves, José Corti, 1941; L’air et les Songes, José Corti, 1943

Jean-Pierre Luminet, Les Poètes et l’univers, Le Cherche midi, 1996

Jean-Pierre Luminet, Illuminations, Odile Jacob, 2012

Hélène Tuzet, Cosmos et Imagination, José Corti, 1988

13 réflexions sur “ L’image de l’origine à travers science et littérature (2/2): du XVIIIe siècle à aujourd’hui ”

  1. Bonjour !

    A chacun ses « Nocturnes », palsambleu ! Et si ce n’était qu’un luxe, ce petit commentaire envoyé dans la nuit noire d’un fond de campagne, une petite folie douce pour exorciser une nature insomniaque qui a oublié de prendre sa dose de passiflore, après le JT du 20 h ? Ou peut-être tout simplement un sourire intersidéral entre gens de bonne volonté dans l’etherciel ouvert pour un déploiement d’ailes…

    Allons savoir ou ça-voir, si vous êtes d’accord !

    On aimerait commencer par des mots qui lui vont à merveille, les mots d’une chanson de Bernard Sauvat : « Le professeur est un rêveur, il ne faut pas nous le changer… » Vous connaissez la suite !

    En effet, notre professeur, Monsieur Jean-Pierre Luminet, a ce talent, ce don de faire passer avec brio un fil de connaissance auquel nous pouvons nous rattacher pour suivre un chemin qui n’est pas de tout repos. Que l’homme de laboratoire en soit remercié et puisse le rêveur en telle reconnaissance y trouver son compte !

    Prélude un peu facile, certes, mais nécessaire pour entrer en matière ou dans le vif du sujet.

    Il faut dire que la biographie universelle de mes aïeux n’est pas trop gentille avec ce cher Consul, Benoît de Maillet qui fit les honneurs de son livre à l’illustre Cyrano de Bergerac.

    Dans son livre « La formation de l’esprit scientifique » page 224, Gaston Bachelard, nous fait part de la remarque d’icelui à propos de la peau humaine qui apparaît au microscope recouverte de « petites écailles » y trouvant, ainsi, une confirmation de sa thèse de l’origine marine de l’homme.

    Page 45 du même ouvrage, G.Bachelard cite Buffon : « L’essentiel est de leur meubler la tête d’idées et de faits, de les empêcher, s’il est possible, d’en titrer trop de raisonnements et de rapports » (Œuvres complètes, An VII, Premier discours, tome I, page 4) Et G.Bachelard de préciser : « Mais Buffon vise surtout un déficit d’information, il ne voit pas la déformation quasi immédiate que reçoit une connaissance objective interprétée par l’inconscient, agglomérée autour de noyaux d’inconscience. »

    Et toujours dans « La formation de l’esprit scientifique » que M.Luminet connaît très bien, Gaston Bachelard nous parle , page 225 « des leçons fréquentes d’humilité que nous donnent les auteurs préscientifiques et les vulgarisateurs de nos jours montrent assez nettement une résistance à quitter l’ordre de grandeur habituel »au chapitre des obstacles de la connaissance quantitative (Édition originale du livre parue chez Vrin,en 1938)

    On ne peut s’empêcher de citer la conclusion édifiante de cet ouvrage, page 252 :

    « Dans l’œuvre de la science seulement on peut aimer ce qu’on détruit, on peut continuer le passé en le niant, on peut vénérer son maître en le contredisant. Alors oui, l’École continue tout le long d’une vie. Une culture bloquée sur un temps scolaire est la négation même de la culture scientifique. Il n’y a de science que par une École permanente. C’est cette école que la science doit fonder . Alors les intérêts sociaux seront définitivement inversés : la société sera faite pour l’École et non l’École pour la société »

    Oui dà très bien, facile à dire, mais mon cher Gaston on n’est pas arrivé !

    Et le poète alors dans cette histoire ? Eh bien, il marche dans la boue, mon bon seigneur !

    « Mon âme est pétrie de boue, de tendresse et de mélancolie » (Raymond Queneau, cité en exergue de la première partie du chapitre V de « La terre et les rêveries de la volonté », page 105.)

    Toute la question est de savoir, bonnes gens, si le poète qui marche dedans, l’âme en peine, peut issir des boues noires de l’occultisme et des dérives des marchands du temple qui étalent leur bouillon de culture à la sauce quantique ? Comment embellir le temps qui court, la tête dans les étoiles et les pieds bien sur terre et, pour certains, parfois dans la boue ?

    En citant à qui mieux mieux, un savant poète et épistémologue, tel votre serviteur atteint de psittacisme qui joue la perruche de salon ? Sûrement pas.

    Roxane et Monsieur Bardou disent vrai : c’est trop, une avalanche de mots, logorrhée à n’en plus finir, telle un pierre qui roule et n’amasse pas mousse.

    Mettre un point hâtif et décent pour finir, mais ce ne sera jamais un point final, écrit merveilleusement M. Guillaume Bardou, dans un beau texte sur son amplitude sensorielle.

    M.Bardou est un écrivain, dit Roxane, et il sait ce dont il parle.

    De bons et compendieux commentaires qui en disent long ! Trop c’est trop et parfois pas assez…

    Les carnets de Ludwig Wittgenstein ne nous en diront pas plus, que diantre !

    Un jour, c’était au printemps de l’an mil neuf cent quatre-vingt-dix-sept, un ami de Gaston Bachelard, Jean Lescure pour ne point le nommer, est venu à la maison. ..sous mon arbre. Je l’ai laissé avec le journaliste et suis allé avec sa compagne…voir les vaches.

    Cet ami-là était, est et sera poète.J’entends déjà la critique : un poète, certes, celui d’Un été avec Bachelard, de la poésie possible et d’une introduction à la poétique de Bachelard, reste un poète, pas un homme de science.

    Mais bon, sait-on jamais, un beau jour, aux premières jonquilles d’une nouvelle année, quelqu’un « psychophysicien » et « psychochimiste » des rêves, fin connaisseur de l’auteur de « L’eau et les rêves » (livre publié chez Corti en 1942 mais vérifiez quand même, Monsieur Luminet, c’est peut-être vous, qui avez vu juste sur la date) viendra peut-être tirer la chevillette de ma porte et partager mon brouet…avec toute la mesure qui s’impose, bien sûr ! Il a dit que le rêve a de la suite dans les idées…Il, c’est-à-dire, lui, Gaston Bachelard, qui savait si bien parler aux oiseaux, aux arbres, aux ruisseaux et aux forêts.

    Bonne journée à tous

    GARO

  2. Bonjour !

    Mais je ne vous fais aucun reproche, Garo, de citer Bachelard, c’était juste une observation.
    Je ne suis pas étonnée outre mesure par votre nouveau commentaire qui reste dans la même coulée, le même style qui semble dévoiler sans dévoiler.
    Vous ne répondez pas à la question de G.Bardou, c’est votre droit et les citations que vous faites sous votre arbre de la fable de la Fontaine me semblent quand même assez éloignées de l’entendement des béotiens.
    Je ne sais dans quel monde vous vivez, peut-être dans un monastère ou un prieuré quelque part à l’abri des vicissitudes du siècle. Vous connaissez beaucoup de gens qui se lèvent la nuit pour ouvrir un livre de Gaston Bachelard, en votre milieu?Vos commentaires ne sont pas inintéressants mais ils dissimulent quelque chose ou plutot vous vous cachez derrière votre plume.
    Rien ne vous en empêche et c’est votre liberté – un point, c’est tout !
    J’espère qu’il ne soit point final et dans une suite enchantée, il n’est peut-être pas absurde de rêver
    d’un finale en contrepoint…
    A bon entendeur !

    Roxane

  3. Bonsoir !

    Oui, je veux bien essayer de vous répondre avec les éléments à ma disposition.

    D’abord, je ne suis qu’un simple bouvier et à ce titre, il me plaît de revenir sur ces béotiens dont il est question dans le billet de M.Luminet et dans la réaction brève de Roxane.

    L’hégémonie de la culture urbaine ne date pas d’hier. Comment des gens possédant une culture remarquable peuvent-ils avec autant de légèreté diminuer les béotiens et les faire passer pour des sous-développés intellectuels qui n’entendent rien à rien ? Qu’ils aillent de ce pas faire un tour du côté de chez Henri Van Effenterre, par exemple!Un savant universitaire, archéologue qui s’est chargé de réhabiliter, « ces habitants de la Grèce profonde » qui eurent la malchance d’avoir de « trop brillants voisins » .Il est de coutume pour un homme cultivé de préférer les Athéniens aux béotiens dont le nom est synonyme de « rustre » et de « borné ». Nos intellectuels du jour qui ont le pouvoir ou du moins l’appui des gens de pouvoir auraient-ils oublié que La Béotie fut la terre de légendes immortelles, de grands auteurs comme Hésiode et Pindare et le pays par excellence de l’art de la flûte ?

    La solution fédérale face à la domination centralisatrice…Renseignez-vous sur l’originalité de « La cité grecque » et vous verrez que les béotiens, comme vous dites, n’étaient pas nés de la dernière pluie….Et qu’ils nous parlent encore ! Brisons là.

    Dans l’un de ses livres qui servent de références à son billet de février, Monsieur J-P Luminet, cite en exergue la première phrase de « Phèdre » (ou De la beauté) XXVII.

    Il y est question d’un espace qui s’étend au-dessus du ciel qui n’a pas été encore chanté par aucun des poètes d’ici-bas. En d’autres termes de l’espace intérieur, de l’essentiel. Quid de cette expérience ? Des livres, encore des livres nous répondent. Mais peuvent-ils vraiment tout dire et épancher notre soif inextinguible de connaissance de ce qui est réellement ?

    On se rappelle la maxime de Wittgenstein « Sur ce dont je ne peux parler j’ai l’obligation de me taire ! »

    Telle attitude a voix au chapitre du réel voilé et le physicien de préciser que ladite attitude est cependant moins inattaquable qu’on ne pense.Bernard d’Espagnat adopte au bout du compte une autre attitude, celle qui consiste essentiellement à vouloir ne rien négliger.

    Vous m’objecterez que c’est là chercher la petite bête et que tous ces mots alignés ne sont que peine perdue. Peut-être…

    Un lecteur lambda comme votre serviteur peut aimer les mots d’un auteur quand le « destin » s’affiche en titre de ses publications. Un mot qui se lit autant qu’il se lie dans la conclusion de

    « L’Activité rationaliste de la physique contemporaine », page 223 et aussi dans une autre conclusion, celle d’un projet écrit pour le peuple où l’auteur, au sommet de l’État français, répond à son nom. Et dans l’abstraction prophétique, il attend…

    A la Fondation des Treilles, les raisins seraient-il trop verts et bons pour les goujats ?

    Autant se faire la courte échelle, puisqu’il faut bien considérer la fin en toutes choses !

    Une fin sans l’être pour rats de bibliothèques qui ont décidé de se retirer de ce monde mais assez charitables pour en travailler le renouveau.

    Bonne nuit

    GARO

  4. Garo : « Des livres, encore des livres nous répondent. Mais peuvent-ils vraiment tout dire et épancher notre soif inextinguible de connaissance de ce qui est réellement  »

    « psittacisme » a l’honneur d’être un de vos doutes, mais cette soif de connaître ce qui est réellement est la vôtre, d’où le langage occulte travaillant tout seul, et c’est bien. Mais vous savez-bien que c’est dangereux parfois…

    Jean-Pierre : « les hommes sont des astres-enfants auxquels il ne manque que de révéler leur lumière »

    Très belle formule, du lien d’esprit avec ce qui nous dépasse, que nous ne comprenons pas et qui nous fait du mal et du bien et nous donne cet élan « vers l’ombre ou vers la lumière » (vous vous souvenez ?) mais cet élan est grandiose de toute façon, et occultement préféré à l’inexistence. J’ai connu un jeune SDF dont je me suis affectionné et occupé qui m’avait dit, après que je lui eu montré un documentaire sur les tailles des étoiles :  » Ce sont des grands esprits ». Preuve que la formule est dans l’inconscient, et qu’elle n’a pas besoin de superstition culturelle superflue pour naître spontanément.

    Roxane : « un point, c’est tout ! J’espère qu’il ne soit point final et dans une suite enchantée, il n’est peut-être pas absurde de rêver d’un finale en contrepoint… »

    Peut-être faut-il trouver le chef d’orchestre en apprenant d’abord la musique qui lui plaît ?… peut-être sommes-nous instrumentalisés par des êtres observateurs et inobservables (pour nous), un peu comme mon cerveau qui pense et ma main qui tapote le clavier sont des instruments pour mon être conscient.

  5. Bonjour !

    Votre commentaire, Monsieur Bardou, nous invite au plongeon…

    A chacun sa piscine…de Siloé !

    Étreindre le monde en vous citant :

    « Les choses de l’obscurité sont purement mentales, et purement mental signifie que nous n’avons pas l’expérience d’autre chose. Cette vie intérieure est liée à la réalité extérieure, qui n’est pas imposée et statique, mais variable et dynamique, et qui accepte tous les jeux d’ombres et de lumière ».

    Et dans un épilogue pour « sauver l’obscur », d’un livre en quatre leçons, un penseur français, cite Ptolémée qui confirme :

    «Je le sais, je suis mortel et ne dure qu’un jour mais quand j’accompagne les astres dans leur course circulaire, mes pieds ne touchent plus terre, je vais auprès de Zeus lui-même me rassasier d’ambroisie comme les dieux. »

    Cet auteur « moderne »en appelle à la nuit : « Il s’agit bien de transférer à l’humanité une responsabilité nouvelle, mais cette paradoxale responsabilité post-prométhéenne consiste à remettre l’humanité au pouvoir de la nuit. Et la nostalgie qui transparaît dans cette revendication n’est pas le mal du pays, c’est le mal de l’ailleurs, le deuil du dehors et de l’être sans l’homme ». Et le penseur de citer Dieu, dans Le Porche du mystère de la deuxième vertu de Péguy. Ainsi résonne dans nos têtes, l’hymne à la nuit de l’enseignant qui a signé un beau petit livre en collaboration avec le rédacteur en chef de la revue Médium, intitulé : « Internet, l’inquiétante extase » aux éditions Mille et une nuits.

    Une nuit propice à une forme de reconnaissance sur les erres de Kenneth White qui nous rappelle l’imagination picturale de W.Reich voyant dans un grand champ érotico-océanique, une énergie en bleu ou en gris-bleu, avec des lignes blanchâtres, sous la forme d’un ciel brouillé, d’un brouillard, ou d’aurores boréales. Et sur la piste des étoiles, une citation de Jules Laforgue mentionné par M.Luminet dans son billet, que l’on retrouve en exergie du chapitre IX de « L’air et les songes » de Gaston Bachelard, intitulé « La Nébuleuse » page 225 :

    « Minuit un quart ; quels bords te voient passer, aux nuits anonymes, ô Nébuleuse-Mère… (JULES LAFORGUE, Préludes autobiographiques. Œuvres complètes, II, p. 64.) »

    Le ciel est pour J. Laforgue « son rêvoir » Mais revenons sur terre, chers amis, et voyons ce que nous disent finalement des choses du ciel un philosophe et un scientifique sous leur moderne gattilier, à l’ombre des lumières après «Impostures intellectuelles :

    _ Mais si ceux qu’on appelle les intellectuels encourageaient les idées claires, dénonçaient les mythes et mettaient les sentiments à leur juste place, ils justifieraient peut-être mieux qu’ils ne le font d’habitude l’immense et rare privilège dont ils bénéficient.

    _ Chacun regagnera sa galaxie. Avec moins de présomption, espérons-le. Et donc, recevez, cher JB, une interdisidérale poignée de main.

    _Tout en vous souhaitant, cher RD, ni Dieu ni maître.

    L’un d’eux, attiré par les étoiles et les comètes, de sa fine écriture manuscrite me parlait un jour des grands esprits sans me dire qu’il était là parmi eux – les grands esprits – entre Erwin Chargaff et Carlos Fuentes dans « Le livre des savoirs – Conversations avec les grands esprits de notre temps – » de Constantin von Barloewen.

    Les SDF ou sachants difficilement formés , pauvres ou riches, qui citent Gaston Bachelard dans leurs ouvrages habitent aussi en poète les jardins du ciel, chacun à leur manière.

    Et de leurs potagers célestes, peut-être seraient-ils bien inspirés d’exhorter les gens sans domicile fixe d’ici-bas à se donner un coup de main verte pour récolter en d’autres jardins ce qui réchauffe le corps et l’âme !De sa belle montagne, il avait raison le chanteur de dire à qui voulait bien l’entendre qu’une civilisation qui envoie, à grands frais, tourner ses hommes dans l’espace et dont les filles ne savent même pas cuisiner est un grand malheur.

    A quand une éthique qui tombe des cieux, une manne pour pauvres terriens « hagards » ?

    Avec ou sans bruissement d’ailes, plus d’un sous nos tristes tropiques serait ravi d’ouïr ces mots :

    « Par ici la bonne soupe ! »Une manière bleue qui a peut-être un goût d’avenir par-delà la nature et la culture, comme dirait un autre !

    Pour l’heure, celle de s’enivrer, sans doute, autant proposer comme sonnerie de clairon, des sonorités écrites, une unité métamusicale qui a un sens d’offrande dans un Concerto pour plume et archet, écrit avec une plume qui chante : celle de Gaston Bachelard, illuminant l’essai de l’agrégée outre-Quiévraine. Au pays des idées qui tissaient en se combinant son élégante métrique, une autre gente et généreuse personne qui connaît les tic-tac et les tactiques du temps s’en est allée pour retrouver l’habitant qui pensait en musique, vivait en musique et voyait ses rêveries en musique. Et toujours avec une même plume, celle qui chante…

    Un regard, un sourire en tel paradis ou contrée merveilleuse, Monsieur Bardou, serait-il si dangereux ou périlleux si l’on retient l’adjectif du physicien?Une citation du poète allemand Hölderlin ne changerait pas grand-chose à l’affaire, palsambleu!

    Laisser l’écho fondre les sons dans le silence, n’est-ce pas tout simplement avoir votre parole ?

    Bon dimanche à tous et au prochain billet si notre lu minet de Cheshire sur son arbre perché au pays des merveilles, guide nos pas…

    GARO

    P.-S. :A l’instant, je vois et j’entends à la télévision, M.Thierry Janssen qui parle d’écouter le silence

  6. Bonjour Garo !

    J’ai lu votre dernier commentaire avec attention.
    Je n’ai pas grand-chose à dire sur sa teneur qui semble dévoiler sans dévoiler une incertaine réalité.
    J’ai juste un tout petit détail, enfin détail pour moi, à vous soumettre.
    Vous en ferez ce que bon vous semble.
    Vous utilisez le mot « exergie » pour mettre en avant une citation de G.Bachelard dans un chapitre du livre que vous mentionnez avec précision.
    Cette fonction ou plutôt cette grandeur qui fut très étudiée par Louis-Georges Gouÿ, est-elle là par hasard ou donnez-vous à sa présence un sens heuristique bien défini ?
    Si tel est le cas, quèsaco ?
    Merci de votre compréhension et bon dimanche aussi à tous.

    Roxane

  7. Bonjour !

    Vous avez raison, Roxane, d’insister sur le détail et je vous en remercie.
    Ainsi vous chassez le diable, puisque, dit-on, il est dans son mépris…
    Rassurez-vous aucun dieu ne vous le rendra! Brisons là.
    Je ne puis m’empêcher de penser à une autre citation mise en exergue par ce même Gaston Bachelard dans « le droit de rêver », au chapitre intitulé « Rimbaud l’enfant », page 150.
    Voici cette citation :
    « Voyelles, voyelles, en avez-vous fait des histoires ! » (Tristan Tzara, L’antitête, p.141)
    Vous attendez une réponse à votre question et c’est normal.
    Je vous demande de bien vouloir aller, de ce pas, la quérir ou la découvrir dans un autre chapitre, celui du chapitre XVII d’un livre de G.Bachelard dont l’édition originale date de mil neuf cent vingt-sept. Lisez attentivement ce chapitre « Rectification et réalité » dans ce livre intitulé « Essai sur la connaissance approchée ».
    Page 288, vous y verrez le nom du physicien français que vous mentionnez.
    .Bonne lecture à vous et à celles et ceux pour lesquels le détail contient les attributs de la grandeur…
    Du moins dans une poétique de l’espace.
    Bonne fin de journée.

    GARO

    1. page 280, je lis : « Donner la vie à la Réalité entière, c’est faire de la représentation la représentation d’une entité qui n’a plus son centre dans mon esprit, mais qui puise tout de même sa force dans un esprit. »
      Comme quoi, Gaston, y a le téléphone qui son, mais cette fois y a quelqu’un qui y répond, car je vais donner un formalisme mathématique à l’ubiquité.

  8. Bonsoir Monsieur Luminet
    Vous êtes admirable, cela se lit bien. Je tiens vraiment à vous en faire part, c’est au delà de l’étincelle, Pour le coup je n’ai pas de citations ni de références, Garo saura sûrement dire de quoi il s’agit. Merci à cette personne aussi, tout bien pesé vous êtes formidables, oui il faut le dire, c’est grand plaisir de vous lire et Garo aussi, très apaisant, en passant.

  9. Bonjour !

    Il est minuit passé, je descends vite l’escalier en faisant attention de ne pas perdre une charentaise palsambleu, pour venir avec vous faire chère lie, la tête dans les étoiles et les pieds sous la table!

    Merci à vous, Monsieur Bardou, pour avoir pris la peine ou le plaisir de lire ce chapitre de Gaston Bachelard. Vous avez donc ouvert l’essai et, à la page 292, vous avez lu cette belle citation, reproduite fidèlement par vos soins. Aussi, vous me donnez l’occasion de citer à mon tour, les deux dernières phrases de la page 291 qui devraient intéresser Monsieur Luminet :

    « Le caractère dynamique et même organique de la Réalité est difficile à méconnaître.L’homme, à tous les moments de sa culture, en a toujours été frappé. Aussi une « révolution copernicienne » a fini par transporter l’ordre du monde dans l’esprit ».

    Ah, l’esprit ! Si vous êtes abonnés à la revue Philosophie Magazine, lisez, je vous prie, l’article de Mireille Delmas-Marty, intitulé « L’étincelle Bachelard »(N° 114 de novembre 2017). Il est fait mention succinctement d’un livre de G.Bachelard « Lautréamont ». Si vous avez ce bel ouvrage, de grâce, ouvrez-le à la page 21 et vous y lirez ces mots étonnants! -:

    « L’homme meurt aussi du mal d’être un homme, de réaliser trop tôt et trop sommairement son imagination, et d’oublier enfin qu’il pourrait être un esprit ».

    Oui, enfin, facile à dire ou à écrire, mais le faire, c’est une autre histoire !

    Rassurez-vous, Messires, je ne vais pas vous importuner davantage avec tout un sermon sur l’étincelle de l’âme d’un vénérable maître ou de celles du hasard qui brillent dans les essais d’un savant biologiste. Vous connaissez cela bien mieux que votre visiteur de la nuit et c’est très bien ainsi !

    Je rouvre quand même « La psychanalyse du feu » à la page 86 et je lis :

    « Mais commençons par montrer l’équation du germe et de l’étincelle et rendons-nous compte que, par un jeu de réciproques inextricables, le germe est une étincelle et l’étincelle un germe. L’un ne va pas sans l’autre ».

    Notre luminescient maestro de la voie lactée, n’aide-t-il point à germer certaines idées dans le monde dans lequel nous vivons ? Esprit brillant qui nous incite par je ne sais quel enchantement, à sortir la nuit…N’est-ce pas ?

    Monsieur Bardou, je vous dois une confidence de croquant, que je vais de ce pas vous narrer en toute sérénité, fût-elle quelque peu crispée :

    La semaine dernière, un économiste renommé, spécialiste de la prospective, qui parla de ma contrée, un soir, sur un plateau de télévision pour y vanter son dynamisme entrepreneurial (Pour l’heure le dynamisme(sic), que diantre, se limite à mettre au parfum l’Hôtel des impôts avec des tonnes de fumier répandues !) a essayé de me téléphoner moult fois sans pouvoir m’entendre au bout du bout du fil. Je l’avais averti, Garo est plus souvent dehors qu’à la maison. Et, par Internet, de prendre rendez-vous pour une plage horaire…Oui, mais je me suis tout bêtement endormi sous mon arbre et, de ce fait, je n’ai oncques entendu le téléphone sonner. Tout marri, je me suis empressé de l’appeler pour lui présenter, bien évidemment, mes excuses et nous avons finalement devisé sur deux ou trois choses et même de Bachelard facteur! Mais Bachelard musicien avec ses silences et ses timbres (pas de la Poste), ce sera sans doute, avec cette aimable personne, dans un autre pays… Allez savoir, mes bons seigneurs et gente dame !

    Alors, bien sûr, Monsieur Bardou, je vous mentirai, si la chanson de Nino Ferrer n’eût point fait, en telle occurrence, l’objet d’une amusante remarque dans nos échanges électroniques….

    Justement en parlant de téléphone, souvenez-vous du Cheval dans la locomotive d’Arthur Koestler !

    Il y a à la fin de cet ouvrage, page 315, des mots forts instructifs destinés « Au lecteur imaginaire » qui résonnent et raisonnent.

    Écoutez plutôt :

    « La nature nous laisse à nos propres forces, Dieu a décroché son téléphone, et le temps presse.

    Espérer que le salut va être synthétisé en laboratoire, voilà qui a l’air matérialiste, peut-être ou extravagant ou naïf ; à vrai dire, il y a dans cet espoir une nuance jungienne : on y retrouve le rêve de l’élixir vitae que pensaient concocter les vieux alchimistes. Mais de l’élixir nous n’attendons pas qu’il nous donne la vie éternelle, ni qu’il transforme en or un vil métal, nous voudrions qu’il change l’homo maniacus en homo sapiens. Quand l’homme décidera de prendre en mains sa destinée, cette possibilité sera à sa portée ». C’était il y a des décennies et Isabelle Aubret chantait La source pour l’Eurovision…

    Bon courage dans votre entreprise de formulation mathématique à l’ubiquité, Monsieur Bardou!

    Icelle a voix au chapitre de l’espace et euphémisme dans Les structures anthropologiques de l’imaginaire de Gilbert Durand, comme troisième caractère de l’image ;

    « Dans sa diversité, il faut penser la connaissance comme une » précise Jean-Marc Lévy-Leblond qui, un jour d’automne dernier, par estime, m’a envoyé sa théorie de muses…

    « La culture scientifique, pourquoi faire ? » Telle était la question, reproduite fidèlement, posée par le physicien susmentionné dans la revue « Alliage »N° 73.

    Ce pourquoi que la rose n’a pas, nous le trouvons dans un livre d’un enseignant qui veut sauver l’obscur. Il cite dans sa quatrième leçon, Martin Heidegger :

    « Le pourquoi ne laisse aucun repos, n’offre aucun lieu de halte, ne fournit aucun point d’appui.Le mot « pourquoi » recouvre un courant puissant qui nous engage dans un impitoyable et-ainsi-de-suite et qui – à supposer que la science consente seulement à accepter les yeux fermés toute peine et toute fatigue – l’entraîne si loin qu’elle coure le risque d’aller un jour trop loin. »

    Pour conjurer ce risque et desserrer l’étau du « pourquoi », poursuit Alain Finkielkraut, de sorte que « quelque chose comme du donné demeure »(Elizabeth de Fontenay), il faudrait…

    Vous connaissez la suite de ce verbe au conditionnel !

    Pour l’heure, au clair de sa lume, votre serviteur serait sans doute bien inspiré de se poser, de vous poser la question :

    Tous ces mots, pour quoi faire ?

    En espérant que cela se lira et se liera bien

    Bonne nuit.

    GARO

  10. Bonjour à tous !

    J’aime bien cette suite de commentaires et j’apprécie beaucoup la gentillesse de THIB.
    En relisant, ce matin, le dernier commentaire de Garo, je me suis surprise à sourire tant je m’imaginais dans le décor d’un château médiéval.. .
    Je ne sais si je suis à la page mais il y a des mots qui ne trompent pas !
    Je veux bien que l’astre de la nuit soit une chandelle (lume) pour le rêveur…
    Pourquoi pas ? Je n’écris pas « pour quoi » en deux mots, car ce serait ma fête !
    Tout cela est formidable, comme vous dites THIB
    Mais au fait, l’adjectif formidable, en son sens premier, n’inspire t’il pas une crainte, de l’effroi, peut-être… ?
    Bonne journée

    Roxane

  11. Bonjour!

    Eh bien, quelle Cène, bonnes gens!
    Une constellation de douze commentaires, Monsieur Luminet doit être aux anges pour réussir par les temps qui courent, à motiver des gens à l’intérieur des terres afin de répondre à son édifiant billet de février. Un banquet et des agapes qui ont un goût d’avenir avec un zeste d’enfance.
    Votre fête? N’est-ce pas la journée de la femme, ce jour, Roxane?
    Aussi, je vous invite à lire l’introduction merveilleuse de « La poétique de la rêverie » de G.Bachelard. La lecture de ces quelques pages très « féminines » saura vous ravir, et ce sera la fête!
    Aux premières jonquilles, peut-être, un nouveau billet à effeuiller, si notre chef d’orchestre, au jardin du ciel, le veut!
    Très bonne journée à tous

    Garo

  12. Oui, il faut qu’il continue à le vouloir, mais puisqu’il est vivant et qu’il a du cœur il y est obligé. Je vous invite à lire de lui, Garo, « Un trou énorme dans le ciel », éditions Bruno Doucey. Il faut en parler. Cela date déjà un peu. Vous verrez comme cette poésie d’un homme qui souffre est décousue, difficile à comprendre, mais vraie…

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