L’image de l’origine à travers science et littérature (1/2): de Homère à Milton

On trouve chez tous les peuples, dans le fonds le plus ancien de leurs traditions, des récits relatifs à l’origine de la terre et du ciel, c’est-à-dire des récits de cosmogonie. La plupart de ces traditions recherchent un Principe créateur à la source de toute chose : Dieu(x), Idée ou Élément. Comment la perfection première a-t-elle produit le continuum spatio-temporel, comment le parfait, l’éternel et l’incorruptible ont-t-il engendré l’imparfait, le changeant, le corruptible ? Aucun sujet n’a plus agité l’imagination humaine. L’origine de toutes choses est le mystère des mystères, et toute civilisation a tenté de trouver une explication.

En Europe, plus exactement dans le bassin méditerranéen, les premières sources littéraires grecques placent l’origine dans l’Eau. Ainsi Homère, dans l’Iliade, affirme que l’Océan est le père de tout. La Théogonie d’Hésiode (VIIIe siècle) est déjà plus complexe, car elle fait une première synthèse de traditions plus anciennes. Son récit de procréation sexuelle entre les forces cosmiques et des batailles entre géants fut extrêmement populaire. Hésiode use de son intuition poétique et de son expérience intérieure pour « inventer » l’Origine du Monde à partir du Vide:

« Donc, avant tout, fut le Vide ; puis Terre aux larges flancs, assise sûre à jamais offerte à tous les vivants, et Amour, le plus beau parmi les dieux immortels, celui qui rompt les membres et qui, dans la poitrine de tout dieu comme de tout homme, dompte le cœur et le sage vouloir. Du Vide naquirent Erèbe et la noire Nuit. Et de Nuit, à son tour, sortirent Éther et Lumière du Jour. Terre, elle, d’abord enfanta un être égal à elle-même; capable de la couvrir tout entière, Ciel Étoilé, qui devait offrir aux dieux bienheureux une assise sûre à jamais. »

La Théogonie d’Hésiode (poème en 1 022 hexamètres grecs, VIIIe-VIIe s. av. J.-C.) est une généalogie des dieux qui débute avec Gaïa, la Terre, élément primordial d’où naquirent les races divines. Elle enfanta seule le Ciel et l’Océan, Ouranos et Pontos, puis, unie à ces fils, donna naissance à d’innombrables divinités parmi lesquelles les Titans, les Titanides, les Cyclopes, les Géants, Cronos et Zeus. Le récit s’attache ensuite à la conquête de l’univers par Zeus, après les batailles décisives contre les Titans et le monstre Typhée.
Ce récit de la Création du monde à travers la bataille entre les forces de l’ordre (cosmos) et les puissances du désordre (chaos), a fortement influencé la pensée cosmogonique grecque.
Dans cette édition d’art illustrée par Georges Braque, l’artiste a représenté le poète grec recevant de Moïse le flambeau de la tradition hébraïque.
Hésiode, Théogonie, Paris, Maeght, 1955.

Il est intéressant de noter que trois mille ans plus tard, la cosmologie quantique, qui est la forme actuellement la plus élaborée de la cosmogonie scientifique, fondée sur les théories de la relativité générale et de la physique quantique, met en équations le surgissement spontané de l’univers à partir des fluctuations du Vide.

L’inflation chaotique.
En 1988, le physicien russe Andrey Linde a émis l’hypothèse que les conditions initiales de l’Univers sont chaotiques, c’est-à-dire que le vide quantique est très inhomogène. Dans un tel scénario, des fluctuations différentes engendrent une multitude d’univers distincts, parallèles ou enchâssés les uns dans les autres, sans communication possible entre eux, possédant chacun leurs lois physiques propres. Dans des simulations sur ordinateur, les univers dont le développement initial a connu une phase d’expansion très rapide (inflation) sont les plus probables, et occupent donc les pics de ce diagramme. Ceux en expansion modérée – tel le nôtre – sont beaucoup moins probables, et gisent au fond des vallées.
Simulation d’ordinateur, A. Linde, Stanford University

Dans le Timée, Platon présente une déité – « Grand Architecte de toutes choses » – donnant une extension physique à une Idée :

« Lorsque Dieu entreprit d’ordonner le tout, au début, le feu, l’eau, la terre et l’air portaient des traces de leur propre nature, mais ils étaient tout à fait dans l’état où tout se trouve naturellement en l’absence de Dieu. C’est dans cet état qu’il les prit, et il commença par leur donner une configuration distincte au moyen des idées et des nombres. Qu’il les ait tirés de leur désordre pour les assembler de la manière la plus belle et la meilleure possible, c’est là le principe qui doit nous guider constamment dans toute notre exposition. »

Le monde créé étant ordonné, il est logique de décrire l’état du monde antérieur à la création par un terme synonyme de désordre et confusion. C’est le Chaos (ou Tohu-Bohu dans la tradition hébraïque), invoqué pendant deux millénaires de littérature cosmogonique. Les célèbres Métamorphoses d’Ovide, poème latin en quinze livres et quatorze mille vers, regroupent divers récits de la mythologie grecque et consacrent leur Livre Premier aux Origines du monde, sorti du chaos :

« Avant la mer, la terre et le ciel qui couvre tout, la nature, dans l’univers entier, offraient un seul et même aspect ; on l’a appelé le chaos ; ce n’était qu’une masse informe et confuse, un bloc inerte, un entassement d’éléments mal unis et discordants. »

Les Métamorphoses d’Ovide, gravure de Hendrick Goltzius. Les Métamorphoses ont été composées au début de l’ère chrétienne par Ovide (43 av. J.-C.-17 apr. J.-C.), avant son renvoi de Rome par Auguste. En quinze livres d’hexamètres dactyliques, il rassemble, selon une progression chronologique allant du Chaos et de la Création au règne d’Auguste, des récits de la mythologie grecque relatifs à la transformation de dieux ou de héros en bêtes, plantes ou rochers. Le premier chant est consacré à la description du Chaos et à sa “ métamorphose ” en la Création par l’intervention d’un dieu qui sépare les éléments. Cosmogonie épique et projet d’histoire universelle mythologique, Les Métamorphoses appartiennent à une tradition commencée avec la Théogonie d’Hésiode.
Du texte d’Ovide, Goltzius retient l’idée d’un chaos originel, confus, violent et désordonné, semblable au tohu-bohu des Hébreux qui, par la main du Créateur, cède la place, par métamorphoses successives, à un monde harmonieux, paisible et ordonné.

En Occident, le témoignage suprême sur la création réside dans les Écritures de la tradition judéo-chrétienne.

« Dieu a créé toutes choses selon le Nombre le Poids et la Mesure »,

est-il écrit dans le Livre de la Sagesse de Salomon.

La Genèse découpe la création en sept jours. Le premier jour, Dieu crée la matière et la lumière à partir du Chaos ; le deuxième jour, il crée l’espace par séparation du ciel et des eaux ; le troisième jour, il sépare la terre et les eaux ; le quatrième jour, il crée les luminaires célestes, le cinquième les poissons et les oiseaux, le sixième les animaux terriens et l’homme ; enfin, au septième jour, Dieu se repose et contemple son œuvre.

D’une incroyable puissance d’envoûtement, la Genèse va longtemps façonner l’imagination des penseurs : philosophes, savants, artistes, écrivains et poètes occidentaux. Au Moyen-Âge, la littérature cosmogonique ne s’écarte pas d’un iota des Évangiles. Les Bibles et autres encyclopédies médiévales magnifiquement enluminées racontent de façon saisissante l’ordre de la création biblique. Citons par exemple Le Missel et Heures à l’usage des frères mineurs (XIVe siècle), le Livre des Sept Ages du Monde, manuscrit exécuté à Mons vers 1460, et le célèbre Livre de la Propriété des Choses de Barthélemy L’Anglais, où l’on voit Dieu créer les étoiles muni d’un compas.

Les aspects théologiques de la cosmologie médiévale dérivent en grande partie des traités de l’Hexaméron. Ces commentaires de la Genèse constituent un genre continu de littérature théologique remontant aux Pères de l’Église. Une autre partie importante de la tradition se trouve dans les quatre tomes des Sentences de Pierre Lombard (vers 1150) qui serviront de texte de base en théologie pendant cinq siècles. Dans le second livre, les Sentences exposent aux étudiants en théologie les problèmes de la création tels qu’ils sont décrits dans la Genèse.

Certaines questions, encore aujourd’hui posées aux conférenciers qui parlent de la création de l’univers dans le cadre de la théorie du Big Bang, ont reçu au Moyen-Âge, des réponses encore valables aujourd’hui, bien que dans un contexte différent. Je pense notamment aux questions : « dans quoi l’univers se dilate-t-il ? » , ou bien « qu’est qu’il y avait avant le Big Bang ? ».

Lisons la réponse d’Amboise de Milan (Hexaméron) :

« C’est au commencement du temps que Dieu a créé le Ciel et la Terre. Car le temps existe depuis qu’existe ce Monde, il n’existait pas avant le Monde »

Mieux, celle de Guillaume d’Auvergne (De Universo) :

« De même que le Monde n’a pas de dehors, n’a pas d’au-delà, puisqu’il contient et embrasse toute chose, de même le temps, qui a commencé à la création du Monde, n’a pas d’auparavant ni de précédemment, puisqu’il contient en lui tous les temps qui sont ses parties.
Celui qui pose cette question : Avant le commencement du temps, y a-t-il eu quelque chose ? alors que le mot avant implique l’idée de temps, fait exactement comme s’il demandait : dans le temps qui a précédé le commencement du temps, quelque chose a-t-il existé ? »

Deux traités de l’Hexaméron.
Saint Ambroise (v. 330-394), qui fut évêque de Milan, est rattaché au courant du “ christianisme platonisant ”. Avec Origène et saint Basile, c’est un des premiers Pères de l’Église ayant donné des sermons sur les six jours de la Création, réunis en traité. Plus qu’une exégèse, Ambroise délivre une encyclopédie annonçant celles du Moyen Âge : son troisième livre est consacré aux plantes, le cinquième aux oiseaux et aux poissons, la seconde partie du sixième livre aux merveilles anatomiques du corps humain.
Dans son traité de cosmologie chrétienne « De Universo », le philosophe et théologien Guillaume d’Auvergne (début du XIIIe siècle) traite avec une grande pertinence les questions de l’origine du temps et des frontières de l’espace.
Ambroise de Milan, Hexaméron, Ms. Latin 1720, fin XIe siècle.
Guillaume d’Auvergne, De Universo, Ms. Latin 14310, début du XVe siècle.

Le terme même de création du monde est discuté avec une pertinence dont feraient bien de se souvenir nombre de cosmologistes ou de commentateurs d’aujourd’hui:

« Le commencement du Monde par création n’est pas physique et ne peut être prouvé au niveau de la physique »
Albert le Grand (Physica)

« La question de savoir si le Monde est éternel ou créé ne saurait être résolue par une démonstration décisive, et c’est un point où l’intelligence s’arrête. »
Maimonide (Le guide des égarés)

Et enfin :

« Que le Monde ait commencé est donc objet de foi, mais cela n’est pas démontrable, ni objet de science. »
Saint Thomas d’Aquin (Summa Theologica)

J’arrête ici les citations. La transition entre Moyen-Âge et Renaissance est symbolisée dans la Chronique de Nuremberg, conçue par Hartmann Schedel à Nuremberg en 1493. Il s’agit d’une vaste encyclopédie cosmographique décrivant les âges du monde, depuis sa création jusqu’au Jugement dernier, tous les détails de l’hexaméron étant représentés jour après jour dans une remarquable série de bois gravés exécutés dans l’atelier de gravure où Albrecht Dürer était apprenti.

La création du monde selon la Chronique de Nuremberg.
Somme des connaissances historiques et géographiques à la veille de la Renaissance et plus grand incunable illustré, la célèbre Chronique de Nuremberg est l’œuvre de l’humaniste et érudit Hartmann Schedel (1440-1514), médecin à Nuremberg. Avec l’aide du médecin Hieronymus Münzer (mort en 1506) et du poète Konrad Celtis (1459-1508), il puisa dans son importante bibliothèque les sources de cet immense travail. Encyclopédie cosmographique ornée de 1 089 gravures décrivant les âges du monde depuis la Création, l’ouvrage s’ouvre sur le récit de l’heptaméron biblique. Pour les illustrations, il fit appel à deux peintres de la ville, Wilhelm Pleydenwurff (1434-1519) et Michael Wohlgemut (mort en 1494), le maître de Dürer.
• Premier jour: “ Au commencement, Dieu créa le ciel et la terre. ” La main de Dieu jaillit du ciel pour séparer la lumière et les ténèbres. C’est la première différenciation du vide, ne mettant encore en jeu aucune substance matérielle.
• Deuxième jour : La main de Dieu sépare le firmament des eaux inférieures, différenciant les composantes substantielles du vide.
• Troisième jour: La main de Dieu réunit les eaux sous le firmament en un lieu, de sorte que la terre sèche peut apparaître, le monde étant dès lors divisé entre la terre et les mers. Jusqu’ici, la terre, l’eau et les autres éléments étant encore mêlés en un chaos, le nombre de sphères figurées dans les diagrammes est indéterminé – deux, cinq ou quatre selon la fantaisie de l’illustrateur, dont la tâche consiste à montrer l’invisible.
• Quatrième jour : Le quatrième jour, le temps entre en jeu, et de nouveaux modes de perception sont requis. Les corps célestes entament leur course circulaire dans le ciel et commencent à marquer le passage du temps. Le monde est partagé en régions identifiables. On reconnaît le diagramme familier de l’univers géocentrique de Ptolémée. Au milieu se tient la Terre, la tête en bas. Puis viennent trois sphères non nommées pour les trois éléments eau, air, feu. Ensuite viennent les sept sphères des planètes – en commençant par la Lune, puis Mercure et Vénus, ensuite le Soleil, enfin les sphères de Mars, Jupiter et Saturne. Le français planète est dérivé du grec planêtes (asteres), qui signifie “ astre errant ”, par opposition aux étoiles fixes qui maintiennent leurs positions relatives nuit après nuit. Puisque les étoiles fixes doivent aussi entrer dans ce schéma, est dessinée, en dehors de la sphère planétaire, la sphère qui contient les constellations, décorée d’étoiles équidistantes entre elles. Toutes les étoiles sont à égale distance de la Terre. Il y a enfin une sphère représentant le Premier Moteur, la cause sans cause antécédente dite Cause Première, qui marque la frontière entre l’univers, fini, et l’empyrée, infini, et qui assure aux sphères inférieures un mouvement circulaire uniforme.
• Cinquième jour: Les créatures de la terre, de la mer et de l’air, que Dieu a créées le cinquième jour, peuplent la Terre.
• Sixième jour : Acte de création d’Adam, point culminant de l’heptaméron. Jusqu’ici, le Démiurge avait été représenté par une main sans visage, simple instrument. Maintenant, Il est représenté en entier, faisant surgir avec sa main gauche le premier homme à partir d’une poignée de glaise, tandis que sa main droite le bénit. Dieu et la créature façonnée à son image se font face dans une attitude de caritas, tandis que les bêtes de l’Éden musardent dans une nature paisible qui s’étend sans perturbation jusqu’à l’horizon.
•Septième jour : Ayant accompli sa tâche, Dieu se repose dans toute sa gloire et contemple son œuvre. C’est le septième jour. Le tableau de l’univers est devenu “ complet ” dans l’espace et dans le temps. Sous les pieds de Dieu tourbillonne le cosmos qu’il a mis en mouvement le quatrième jour. De part et d’autre de son trône, et protégeant l’œuf cosmique, sont les neuf ordres des anges, énumérés à gauche. Des quatre coins du monde soufflent les vents cardinaux.
Hartmann Schedel, Das Buch der Croniken, Nuremberg, Ed. Anton Koburger, 1493.

 

À la Renaissance, l’idée d’un syncrétisme entre les traditions religieuses et mythiques voit le jour. La Bible, Platon, Hésiode, Ovide, chacun de ces comptes-rendus de la création est amalgamé aux autres pour produire un récit unique les embrassant tous. Le terme Heptaméron (de hepta, sept, et de hêmera, jour) n’est autre que la version grecque du mot Sepmaine, issu du latin. Il apparaît pour la première fois en 1559 dans un récit de Marguerite de Navarre. La Sepmaine (1578) de Guillaume Salluste Du Bartas est une adaptation épique de la Genèse. Dans le Premier Jour, Du Bartas décrit le chaos par des termes antinomiques et des onomatopées :

Ce premier monde était une forme sans forme,
Une pile confuse, un mélange difforme,
D’abîmes un abîme, un corps mal compassé,
Un Chaos de Chaos, un tas mal entassé…

La Sepmaine de Du Bartas.
Publiée en 1578, rééditée, traduite et commentée de nombreuses fois au cours du XVIIe siècle, La Sepmaine de Guillaume Du Bartas (1544-1590) est une interprétation poétique de la Genèse. La Création du monde et de l’homme y est évoquée en sept jours calqués sur l’ordre de la Bible. Poésie scientifique, La Sepmaine passe en revue les connaissances humaines de l’époque. Du Bartas y multiplie les références et les métaphores. Une gravure sur bois illustrant les différents jours de la Création est imprimée au début de chaque chapitre. Ici, le premier jour.

L’Heptaplus de Pic de la Mirandole est aussi un exercice de ce type. Pic met en avant les platoniciens, péripatéticiens et les stoïciens en même temps que les Évangélistes et les Pères de l’Église et les cabalistes, et même Avicenne et Averroès. À la Renaissance, la création est en fait une métaphore du temps, une tentative pour rendre le paradoxe du temps intelligible à l’esprit des mortels.

Le génie littéraire de Milton nous offre dans son Paradis Perdu (1667) de sublimes aperçus sur le Chaos. Les Ténèbres sont la matière première qui se façonne en créations, quelque chose comme les ténèbres transformées en bêtes:

Le ciel ouvrit, dans toute leur largeur,
Ses portes éternelles tournant sur leurs gonds d’or
Avec un son harmonieux, pour laisser passer
Le Roi de gloire dans son puissant Verbe et dans son Esprit,
Qui venaient créer de nouveaux mondes.
Plein de la gloire paternelle, il entra
Dans le chaos et dans le monde qui n’était pas né.
Alors il arrête les roues ardentes, et prend dans sa main
Le compas d’or pour tracer la circonférence
De cet univers et de toutes les choses créées.
Une pointe de ce compas il appuie au centre, et tourne
L’autre dans la vaste et obscure profondeur,
Et il dit: —Jusque-là étends-toi, jusque-là vont tes limites;
Que ceci soit ton exacte circonférence, ô monde !

John Milton, Paradise Lost, a poem in twelve books, Londres, J. et R. Tonson et S. Draper, 1749.

 

La seconde partie se trouve ici

6 réflexions sur “ L’image de l’origine à travers science et littérature (1/2): de Homère à Milton ”

  1. Construire un avion, faire un poème, réussir un plongeon …
    Toutes ces choses sont de la peur et de la violence transformées
    Et basculent d’une apparence à l’autre dans le hasard du vide
    Quand mon esprit n’est pas encore levé au-dessus de la montagne
    Et qu’un cri s’y est perdu, effrayant les chamois bondissants

    La façon de voir en nouveauté est le quale de la Suspension
    Se tend la corde vibrante vers un ciel de basse fréquence
    Et la musique de l’action sous un plafond léger et ensoleillé
    Enchante d’accomplissements l’observateur qui saisit
    Et ressaisit, et boit… son pouvoir de ralentir les apparences

  2. Bonjour !

    :Laisser un message : le mode est infinitif, il n’est pas impératif.
    En toute liberté, essayer de rédiger un commentaire, suite au billet de Monsieur Jean-Pierre Luminet du trente et un janvier dernier, intitulé « D’Homère à Milton » n’est certes point chose interdite mais est-ce bien raisonnable ? Le jeu, dira-t-on, en vaut la chandelle mais qu’il est difficile et si passionnant en même temps !
    Pas très raisonnable en effet, de se plonger avec plaisir dans les livres quand on voit dans nos proximités tant et tant de souffrances, de lamentations et de maux qui semblent s’accumuler et notamment chez les gens les plus faibles, signe de croît incontestable dans ce paysage de cortèges funèbres et de thrènes de misère. Noir c’est noir, n’y aurait-il donc plus d’espoir ?
    Mais si, me direz-vous, et c’est par la culture que l’on va changer ce triste monde ! Arrêtez, croquant, de pleurnicher et attelez-vous allègrement à la tâche !
    Et votre serviteur de vous répondre recta que vous me la baillez belle, palsambleu !
    Quel esprit ne bat la campagne ? Qui ne fait châteaux en Espagne ? Vous connaissez la fable et le sort de la pauvre Perrette toute marrie, bonnes gens, de voir son lait s’étaler sur son chemin qui mène à la ville.Autant, aller de ce pas, piquer un somme sans littérature et quincaillerie électronique sous mon arbre, en attendant des jours meilleurs.Et quand bien même, je prendrais cette sage décision, quelque chose viendrait me tomber dessus pour me rappeler à l’ordre, quelque chose en nous de je ne sais quoi qui nous donne envie d’écrire.Comment ne point penser à la conclusion de « L’activité rationaliste de la physique contemporaine » où Gaston Bachelard – encore lui, et ce n’est pas fini ! – nous dit « qu’il faut bien se rendre à l’évidence et reconnaître que l’homme a un destin de connaissance. » ?
    Cristi ! Voici le petit démon qui en moi sommeille, me titillant jusqu’à la pointe des pieds et, sous mon arbre à songes, de me répliquer tout de go :

    « T’es pas dans la coup bonhomme, aux oubliettes ton livre jauni du début des années cinquante !
    Avec Monsieur Wikipédia à la cour d’Internénette, on sait tout, tout, tout, tout sur toutes choses, même celle en repos entre le jambes du bel Adam, fresque picturale qui se trouve en haut de la chapelle du porte-lumière de l’astrophysique, je veux dire de son dernier billet qui a tant retenu ton attention. Ouah ! Plus question de travailler ! Au feu tes livres, cahiers et maîtres au milieu et vivent les start-uppers de la nouvelle politique ! »

    Piqué au vif, je me réveille en sursaut et l’animal, tel le parasite de Michel Serres, de me quitter en crissant, ce matin d’hiver.
    Me voici donc devant l’écran lisant et relisant le billet plein d’esprit de M.Luminet. Petite bulle mensuelle nourricière, dégrafant son corsage pour allaiter tous les gars du village.
    Le maestro stellaire donne le la et l’on suit sa musique…Et quelle musique !
    Entrons dans la danse avec celles et ceux qui font tapisserie depuis si longtemps…
    Sur la piste, deux vers d’Homère cités dans « La terre et les rêveries du repos » page 192, vantent l’antre travailleur. Le vieil Hésiode dans « L’eau et les rêves », page 185, enseigne une hygiène élémentaire qui n’a pourtant rien d’utilitaire et ce cher Monsieur Bachelard de s’exclamer, même page : « Il y a tant de manières de bien se porter! » Chantent les pipits des prés sans se soucier du soulagement naturel des hommes.
    Dans sa leçon magistrale sur l’image de l’origine à travers science et littérature, l’auteur nous invite au banquet des connaissances avec Platon, Guillaume d’Auvergne ou Guillaume de Paris, Guillaume de Salluste, seigneur du Bartas, saint Ambroise, archevêque de Milan (qui n’est pas le cardinal d’Amboise, Georges d’Amboise, qui fut ministre d’Etat sous Louis XII), Ovide et ses
    célèbres Métamorphoses, Maimonide et son fameux Guide des égarés, Hartmann Schedel et quelques autres encore, non moins instruits, sans oublier le verset 20 du chapitre XI du Livre de la sagesse.
    Et finalement Milton. Là nous quittons le souper de noces créatives pour nous retrouver tout simplement au théâtre, bonnes gens !Quésaco ?
    « Théâtre quantique » écrit par Alain Connes, Danye Chéreau et Jacques Dixmier.
    Un autre bal, une autre piste avec au chapitre 7, une valse à mille tours, vers de Milton.
    En exergue : « Le mugissement des gonds, pareil à celui du tonnerre, ébranla le plus profond de l’Erèbe. » (Le paradis perdu)
    Une fantaisie initiatique qui aborde de manière innovante le problème du temps, lit-on sur la quatrième page de couverture.
    « L’Erèbe un drôle de mot, profond et noir », page 88. Souvenir de lycéen entre « foot » et Bailly et toujours la même quête qui fait vivre les hommes et qui se termine, le rideau baissé, sur une demande de libération provisoire, à la Cour des litiges. Ainsi va le roman…Autrement va la vie qui peut ne pas manquer de romanesque !
    Dans une biographie universelle publiée sous Napoléon III, céans, sous mes yeux, je lis que « Le paradis perdu » a rapporté à son auteur trente pistoles et à ses héritiers cent mille écus. Choses terre à terre qui font aussi courir les hommes…Juste pour dire que ça ne date pas d’hier !
    Ah, Milton !Revenons encore à lui et à Gaston Bachelard qui a su parler du Satan de Milton dans ses « Fragments d’une poétique du feu », pages 121 et 155 et dans « L’air et les songes », page 48, il précise que « Milton suggère une sorte de sublimation végétale qui prépare, le long de la croissance, une suite de nourritures de plus en plus éthérées (…) Un temps peut venir où les hommes participeront à la nature des anges, où ils trouveront ni diète incommode ni nourriture trop légère. » Même ouvrage, page 41, citant Milton à propos de son ange à six ailes, il renchérit par cette phrase prudente :
    « Les grandes ailes, semble-t-il, ne suffiraient pas pour le vol imaginé ; il faut que l’ange du ciel ait lui aussi des ailes oniriques. »
    A la page 59 du livre de G.Bachelard « La formation de l’esprit scientifique » dont nous voyons la couverture dans le précédent billet de M.Luminet, un abbé, professeur de physique, cité, fait une relation entre la brillance du génie de Milton et l’équinoxe du printemps où l’électricité de l’air est plus abondante et plus continuelle.
    Mais nous parlons de l’image de l’origine et ces savantes citations de l’œuvre considérable et précieuse de Gaston Bachelard ne nous fait pas forcément avancer sur nos chemins de connaissance. Sur le sentier du désir, peut-être, sait-on jamais, quelques lucioles concordantes et merveilleuses pourraient-elles guider l’aventurier ébloui, qui a décidé de fuir ou plutôt mieux, de faire son pas de côté…
    Essayons, on verra bien !
    A propos d’origine, il me vient à l’esprit une autre citation, celle de Jean Giraudoux, extraite de « Siegfried et le Limousin ». La voici :
    « Le plagiat est la base de toutes les littératures, excepté de la première, qui d’ailleurs est inconnue. » 
    L’origine du monde. Monsieur Luminet, vous qui connaissez bien vos amis physicien et pianiste, auteurs d’un bel ouvrage sur de renversantes anagrammes, vous n’êtes pas sans savoir que « L’origine du monde » est l’anagramme de « Religion du démon » et « L’origine du monde, Gustave Courbet » est l’anagramme de « Ce vagin où goutte l’ombre d’un désir ». N’est-ce pas ?
    J’invite les lecteurs patients de ce long commentaire à ouvrir une excellente revue qui s’intitule « Médium ». Elle est dirigée avec maestria par un retraité parisien, Monsieur Régis Debray qui sait faire bon usage des catastrophes. Dans le n° double 52-53 de la fin de l’année dernière, une personne qui prépare une thèse de doctorat, agrégée de Lettres modernes et chargée de travaux dirigés dans L’U.F.R. de Littérature française comparée de l’université Paris-Sorbonne, Madame Floriane Daguisé, a écrit un article fort édifiant « Du bon usage de l’obstacle », pages 101 à 119.
    On pense, bien sûr, aux obstacles épistémologiques de G.Bachelard examinés et traités dans son livre « La formation de l’esprit scientifique », choisi en décembre 2017 par M.Luminet pour figurer dans son billet.
    G.Bachelard n’est pas à la page, certes, mais l’origine du monde y tient sa place.
    Un très bel article où l’auteur (sans e final) aime avec une grande finesse, jouer des ombres projetées par la lumière, les lumières rencontrant l’obstacle. Je ne résiste pas à l’envie de citer quelques extraits :
    « Cacher une œuvre, celer un livre, voiler un tableau, renforce son attrait, son mystère, et donc sa force. » (page 116)
    « Face à un idéal de transparence dont on ne peut que convenir de la noblesse, sachons accorder à l’obstacle une place et une valeur, lui qui interdit l’ennui et attise le désir. »(page 119)
    Lisez cet article. Je vous préviens que pour trouver ce n° 52-53, il faudra vous lever de bonne heure, mais avec un peu de chance ou de hasard – et de la ténacité, surtout – eh bien, vous tomberez peut-être dessus, on ne sait jamais !
    Le billet de janvier deux mille dix-huit de l’homme des sciences se termine par une citation du « Paradis perdu », de John Milton. Compas d’or, circonférence…Comment ne point aller se rassurer, page 172 du « Rationalisme appliqué », avec l’hamiltonien transformé en un groupement d’opérateurs ?
    Rassuré, le lecteur ? Pas vraiment !
    Si la langue tire la science au cœur de ce pays extraordinaire qu’est l’analyse, il doit bien y avoir quelqu’un à qui parler dans un fameux espace qui, paraît-il, fait le bonheur des travailleurs en laboratoire. Pour l’heure, je ne vois qu’un chat dans une herbe printanière – et c’est celui du physicien – aimant chasser entre contrafactualité, sentiment et réalité-derrière-les-choses.
    Dans la cité des travailleurs de la preuve, celui du Cheshire nous sourit…
    Dangereuse rencontre ? Qui saura ?
    J’arrête là, il se fait tard et je vais aller voir aux bêtes au pré, avant que tombe la nuit.
    Et je m’en retourne à la maison – comme lui, bien entendu…

    Garo

    Donné à la Chandeleur deux mille dix-huit

    1. Eh bien Garo, je me demande qui vous êtes…
      flORiane dAGuisé peut-être, puisque vous la citez et que vous aimez les anagrammes ? En tout cas une telle abondance de mots montre que vous êtes capable de vous retenir de les exprimer, à d’autres moments du temps

  3. On trouvera de précieux renseignements sur ce qu’est réellement et traditionnellement le mystère de la création dans : « Emmmanuel d’Hooghvorst, Le Fil de Pénélope » (Editions Beya). Je le recommande très vivement.

  4. Bonsoir !

    Dans la ronde des commentaires, permettez-moi d’apporter ma toute petite note et d’entrer dans la danse, si vous voulez bien lire ce court et modeste propos.
    Le commentaire de M. Guillaume Bardou me fait penser à Maurice Merleau-Ponty et celui de Monsieur le Professeur Stéphane Feye, à Paracelse.
    Et Garo dans le mitan cite Gaston Bachelard… Les deux premiers susmentionnés sont gens d’enseignement et font des livres. Quid de l’autre, sous son arbre du diable vauvert ?
    C’est bien beau tout ça mais ça change quoi ? Son Altesse, la science, aux faîtes de son billet se penche sur notre corps social mais ne le touche point du doigt.
    A quand le trait d’union entre Agar et l’échanson du ciel ?
    Pas besoin de disserter, juste voir pour le croire…
    Comme disait Thomas !

    Bonne nuit

    Roxane

  5. La quête des sourdes assonances et leur ciselage musical est semblable au vide quantique d’où surgissent tant d’univers chaotiques, Linde a dit.

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