Pourquoi s’intéresser aux étoiles ? (2/2)

Suite du billet précédent

Un des mobiles les plus puissants qui poussent vers l’art et la science est le désir de s’évader de l’existence terre-à-terre avec son âpreté douloureuse et son vide désespérant, d’échapper aux chaînes des désirs individuels éternellement changeants. Il pousse les êtres aux cordes sensibles hors de l’existence personnelle, vers le monde de la contemplation et de la connaissance objective.
Albert Einstein

La connaissance pour la connaissance ?

Si notre connaissance du monde, des hommes et de leurs œuvres avait ce caractère définitif qui ne se rencontre que dans l’oubli ou la mort, c’en serait fait de notre capacité à questionner, à chercher, à connaître et à créer. L’art sait renaître sans cesse de lui-même, il sait nous protéger de l’oubli et nous parler de l’étrangeté du monde tout comme de sa beauté, il sait nous mener vers les ailleurs, les autrement et les avenirs ; il ne laisse pas de place à une éventuelle constitution définitive qui figerait sa matière.

Le « définitivement constitué » est tout autant étranger à la science. Celle-ci suit –différemment, certes – des chemins voisins de ceux de l’art et accentue encore cette réalité du caractère toujours provisoire qu’ont les acquis de la recherche. En s’accumulant, ceux-ci augmentent assurément notre connaissance du monde, mais, le plus souvent, ils entrouvrent des lucarnes sur les champs nouveaux à explorer, champs tellement vastes qu’il est permis de se demander si, finalement, notre activité de recherche nous rapproche d’une éventuelle connaissance ultime du « Grand Tout » ou si, au contraire, elle nous en éloigne.

Prenons pour exemple les mesures de la vitesse des étoiles dans les galaxies, données numériques qui augmentent utilement notre connaissance de l’Univers lointain. Voilà que, de cette liste de valeurs, surgit un fait insolite : pour chaque étoile, cette vitesse ne correspond pas du tout à celle que font prévoir les lois de la gravitation, en fonction de la distance donnée de l’étoile au centre de sa galaxie et de la quantité de matière visible dans cette galaxie : elle est beaucoup plus élevée. D’une accumulation intéressante mais routinière de mesures découle infiniment plus que la simple connaissance de celles-ci : s’ouvre en fait une passionnante page blanche dans le livre de la Nature. Ou bien il faut modifier les lois de la gravitation s’agissant d’étoiles éloignées du centre de leur galaxie ; ou bien – hypothèse plus plausible que la première, car le même type d’anomalies se découvre également à l’échelle de galaxies tout entières gravitant dans leurs amas – on doit admettre qu’il existe une quantité considérable de matière (95 % environ de la masse de l’Univers) qui, n’émettant pas de rayonnement, ne nous est pas directement connue, mais qui se manifeste cependant en ajoutant son action à celle de la matière visible : c’est la matière dite « sombre ».

Plus étonnant encore, nous croyons savoir depuis le début des années 2000 que le constituant principal de la partie sombre de notre Univers est largement dominé par une forme étrange d’énergie appelée « énergie noire ». Alors que des calculs théoriques simplifiés prédisaient un ralentissement de l’expansion de l’Univers sous l’effet de la matière gravitante (visible ou sombre), les observations indiquent que c’est l’inverse qui se produit : on constate une accélération. Passé l’effet de surprise, il a fallu trouver une explication : une énergie noire « répulsive », qui n’est ni astre invisible ni particule élémentaire, mais énergie « pure », diffuse dans tout l’espace, remplirait actuellement l’Univers aux deux-tiers et gouvernerait son évolution. Reste à savoir quelle est la vraie nature de cette énergie : énergie du vide quantique ? champs encore inconnus ? Le mystère reste entier et mobilise l’imagination fertile de quelques centaines de théoriciens. Il pourrait déboucher sur une nouvelle vision fondamentale des mécanismes de l’Univers.

J’insiste sur le fait que la quête de la connaissance « pure » justifie à elle seule la recherche scientifique, même lorsque aucune application pratique ne se profile à l’horizon de quelques générations humaines (au-delà, on ne peut jamais préjuger). Cela dit, la majorité des applications pratiques a pour origine des réponses à des questions qui n’avaient a priori rien à voir avec le but atteint. La découverte des rayons X n’a pas résulté d’un programme de détection des fractures osseuses, l’invention des ordinateurs n’est pas issue d’un projet d’amélioration des règles à calculer et l’invention de la radio et du téléphone n’est pas venue d’une tentative de perfectionnement des techniques des pigeons voyageurs. Qui sait si la compréhension, puis la maîtrise de l’énergie noire ne changeront pas le sort futur de l’humanité ?

Retour sur Terre…

Depuis deux générations, nous observons nettement des transformations dans notre vie quotidienne, issues des activités de recherche scientifiques et techniques. Tous les secteurs de l’activité humaine sont concernés : la santé, l’alimentation, la mobilité, l’habitat et la communication ont connu de fortes mutations, qui caractérisent nos sociétés développées. La raison en est simple : l’industrie et l’économie ne peuvent pas se développer sans une recherche active. Une bonne articulation entre recherche fondamentale et recherche appliquée, puis entre recherche appliquée et réalisation industrielle est évidemment nécessaire (moyennant certains contrôles nécessaires pour garantir un minimum d’éthique). Si une seule de ces étapes est négligée, la chaîne s’interrompt.

La responsabilité scientifique relève précisément de sa capacité à répondre aux besoins de la société. En retour de l’investissement dans la recherche publique et privée, les avancées scientifiques livrent des clés pour comprendre et transformer le monde. Il est vrai que certaines applications des sciences ou des technologies nouvelles suscitent la peur, la contestation ou le refus, notamment lorsqu’elles touchent au vivant et menacent potentiellement l’identité et l’intégrité de l’homme.

La recherche et ses applications peuvent enrichir notre vision du monde et nous conduire à porter un autre regard sur l’amélioration de la condition humaine. Prenons par exemple le développement de l’astronautique dans les années 1960. L’horizon s’est transformé : en s’éloignant, il est devenu courbe, puis la planète dans sa globalité s’est offerte aux caméras des satellites. Les vues de la Terre dans l’espace constituent l’une des principales retombées du programme Apollo. Dès lors, notre planète a cessé d’être assimilée à un monde infini, mais plutôt à un immense vaisseau spatial qu’il convient de protéger tant il semble fragile dans l’immensité du cosmos.

L’astronautique a dès lors accompagné, sinon accéléré, la « conscience écologique » de l’humanité. Les revendications écologistes se sont en effet développées consécutivement à l’ère spatiale. Plusieurs indices permettent de penser que l’émergence d’une certaine volonté politique pour sauvegarder la planète a été engendrée par l’essor de ce nouveau système technique. En particulier, le caractère unique de la Terre dans le système solaire a été mis en exergue par l’exploration des autres planètes. En effet, il y a à peine cinquante ans, d’aucuns estimaient encore possible de découvrir des formes de vie sur Mars, et Vénus était souvent imaginée comme une sorte de « paradis tropical » à la végétation luxuriante. Las, l’étoile du Berger, qui est la première planète visée par les sondes en raison de sa proximité, a immédiatement montré ses caractéristiques infernales, engendrées par un effet de serre catastrophique. Loin d’être hospitalière, Vénus est seulement réservée aux robots tant la température (environ 450 °C) et la pression (100 atmosphères) y sont élevées en surface. À côté de Vénus, la Terre paraît particulièrement froide. Mais c’est Mars qui bat les records de froid pour une planète tellurique ; les conditions de surface y sont presque aussi inhospitalières que sur la Lune. À la vérité, l’observation de Vénus et de Mars a renforcé la prise de conscience de la nécessité de préserver notre planète pour que l’humanité puisse continuer à y vivre.

La poursuite de l’exploration du système solaire (planètes gazeuses géantes et leurs nombreux satellites) a aussi contribué à améliorer la connaissance des corps célestes pour mieux situer la Terre et prévoir les dangers qui pourraient la menacer. La « planétologie comparée » est devenue fondamentale pour comprendre l’évolution de notre planète. À plus long terme, des systèmes spatiaux pourront peut-être modifier artificiellement le climat. En cas de succès, ils seraient les précurseurs d’une éco-ingénierie planétaire qui pourrait être appliquée à d’autres mondes (Mars, Vénus) pour les rendre moins inhospitaliers.

Les sciences de l’Univers permettent ainsi de mieux formuler les grands débats écologiques concernant notre planète : réchauffement climatique, montée des océans, désertification, déforestation, épuisement des ressources naturelles, énergies nouvelles, etc. Une meilleure gestion de ces problèmes, éclairée « d’en haut » par les avancées scientifiques et non pas « d’en bas » par le catastrophisme des médias ou la récupération à des fins politiques, a de toute évidence des retombées économiques et industrielles majeures.

La valeur des réalisations humaines

Comme le faisait remarquer le philosophe et mathématicien Bertrand Russell, il existe deux façons très différentes d’évaluer les réalisations humaines : d’après ce que l’on considère comme leur excellence intrinsèque ; ou bien en fonction de leur efficacité en tant que facteurs d’une transformation de la vie et des institutions humaines. L’un de ces procédés d’évaluation n’est pas nécessairement préférable à l’autre, mais ils donnent des échelles de valeurs très différentes.

Si Homère et Eschyle n’avaient pas existé, si Dante et Shakespeare n’avaient pas écrit un seul vers, si Bach et Beethoven étaient restés silencieux, la vie quotidienne « pratique » de la plupart de nos contemporains serait à peu près ce qu’elle est (je ne parle évidemment pas de la vie intérieure et de l’indispensable élévation de l’âme). Mais si Pythagore, Galilée ou Carnot n’avaient pas existé, la vie quotidienne « pratique » de tous serait profondément différente. Or, ces transformations ne font que commencer. Elles affecteront certainement encore plus l’avenir qu’elles n’affectent le présent (pensons à l’intelligence artificielle et à ses éventuelles dérives idéologiques comme le transhumanisme).

Actuellement, la technique scientifique semble progresser à la façon d’une vague de chars d’assaut qui auraient perdu leurs conducteurs : aveuglément, impitoyablement, sans idée ni objectif autre que le profit pour les plus favorisés. Elle met entre les mains des gouvernements une puissance sans précédent, dont ils peuvent user sans nécessairement se soucier de questions éthiques. Si les hommes d’État qui détiennent cette puissance n’ont pas au moins une notion élémentaire de sa nature, il n’est guère probable qu’ils sauront l’utiliser avec sagesse. Une certaine formation scientifique est donc indispensable, aussi bien pour les dirigeants que pour le grand public. Faire acquérir cette formation au plus grand nombre n’est pas chose facile.

Ceux qui savent effectivement servir de trait d’union entre le savoir scientifique spécialisé et le public accomplissent une tâche qui est nécessaire, non seulement pour le bien-être de l’humanité, mais tout simplement pour sa survie…

17 réflexions sur “ Pourquoi s’intéresser aux étoiles ? (2/2) ”

  1. Bonjour!

    Belle leçon, en effet, qui nous incite encore et encore à réfléchir, à nous poser des questions en essayant de trouver un sens à cette poussée de curiosité qui nous anime.

    En exergue du billet, un aperçu de la manière dont Albert Einstein voit le monde, lui qui soutenait vigoureusement que la religion cosmique est le mobile le plus puissant et le plus généreux de la recherche scientifique.

    Et M.Luminet de poser d’emblée la question : « La connaissance pour la connaissance? » J’imagine que tous les chemineaux d’une antenne de radio nationale connaissent la réponse..

    J’ai sous les yeux une peinture de Raffaele illustrant une couverture d’un livre qui traite de la Connaissance de la Connaissance.

    Et l’auteur de l’ouvrage de poser quelque part ou plutôt du fond de l’abîme, la question :

    « Y a-t-il un impensable dans la pensée, un incompréhensible dans la compréhension, un inconnaissable dans la connaissance? »

    Dans son livre « Essai sur la connaissance approchée » (1927), Gaston Bachelard cite lui aussi Bertrand Russel pour qui la rigueur ne peut provenir que d’une correction radicale de l’intuition et notre maître d’enchaîner sur Eschyle pour dire que son inexistence n’aurait pas changé grand-chose à notre vie de tous les jours, palsambleu!! Dans ses « Fragments d’une poétique du feu » G.Bachelard nous écrit que ce poète était allé encore plus loin dans la valorisation culturelle de Prométhée, héros rationnel, inventeur de la science. Et de rendre hommage à sa profonde aspiration à la justice (Moïra) qu’il fait trôner au-dessus les dieux et les hommes.

    Éduquer l’intuition pour aller de ce pas faire la cour à la reine ignorée (Énergie noire) au royaume de Saba des étoiles, est-ce bien sérieux quand Épicure reste au Jardin et Mars au Forum? Faut-il faire une prière à Vénus, notre amie, pour rendre possible un savoir objectif du politique? Auteur d’un chapitre sur une « physique de l’orthodoxie », un ami, un jour de vigile d’Assomption, sous mon arbre, assis, m’a semblé dubitatif, au sujet de son ouvrage. Un hôte qui savait qu’on ne peut dessiner une fleur, en restant taciturne.

    Prométhée dé-chaîné, pourrait-il mieux dire?

    Garo

  2. Bonjour!

    Dans la nuit noire, ce petit commentaire…

    A vrai dire, j’attendais de Roxane et de Guillaume, une réponse au commentaire de Garo.

    Ne voyant rien venir, je vais essayer, risquer cette petite suite.

    Ce premier commentaire – où Mars est à la page – du billet de M.Luminet a été publié le jour même où la sonde Insight s’est posée sur Mars, d’après les images de télévision, transmises en direct du Centre de Pasadena, en Californie.

    Dans un blogue scientifique très sérieux, les commentaires vont bon train au sujet de cet atterrissage en douceur et en sept minutes de terreur.

    Une expression revient dans ces commentaires : « ON S’EN FOUT! »

    On le sait bien, il y a des fonctionnaires dans les Ministères défendus par leurs syndicats, qui gagnent des fortunes à ne pas faire grand-chose!

    Et des pauvres gens qui sont au bout du rouleau, familles ruinées par les maisons de retraite ou par une consommation effrénée qui les jette dans une misère sans nom.Des milliards pour aller là-haut, alors qu’ici bas, on crève la faim avec des fins de mois de plus en plus difficiles.

    On comprend ce langage et M.Luminet a tenu sur ce point d’importance à dire son mot.

    Bien sûr, nous avons besoin de nous évader de la noirceur du quotidien et des contingences mortifères de ce monde sans âme!

    Et citer Albert Einstein est un chose…Autre chose est de penser et de vivre avec la science ou plutôt la réconciliation entre la culture littéraire et la culture scientifique, comme disait Michel Serres en Pantopie. Opérer sur une singularité concrète n’est pas chose facile et c’est bien moins fatigant d’aller chercher Marcel Proust pour encenser la lecture comme miracle fécond d’une communication au sein de la solitude, palsambleu!

    J’ouvre mon livre d’écolier et je trouve sur la couverture intérieure, ces mot écrits au crayon de bois :

    « Youri Gagarine, premier homme de l’espace,12 avril 1961 ». Souvenirs, souvenirs…quand vous nous tenez!

    Mais le savant qui a fait une belle et lucrative carrière, qui aimait la bonne chère, l’alcool, les cigares et le poker, a-t-il réussi sa fuite aventureuse?

    Quid de la révolution majeure et non locale de ses épigones, au coin de la rue?

    Bonne fin de mois de novembre

    Jacques

  3. Bonjour, Pensez-vous sérieusement que notre planète ne se transformera pas? Peu viable pour l’être humain que nous connaissons, il faudra vivre sûrement sous l’eau dans des bulles de verre puisque l’eau prendra de plus de place dans notre monde et l’atmosphère moins viable.L’intelligence ne progressera pas en pourcentage, mais sera secondée par la robotique dans le milieu scientifique…. La bonne chair (plutôt)… un véritable savant est plus souvent dans ses pensées que dans son corps… en quelques occasions, il l’habite… mon point de vue.

  4. « Opérer sur une singularité concrète n’est pas chose facile »

    Oh que oui !

    Tout ce monde n’apparaît-il pas, dans une formulation simpliste mais pertinente, comme constitué de choses « choquées », qui prennent chez l’être matériel un mouvement et chez l’être vivant un mouvement et éventuellement de la pensée ?

    C’est l’existence sous un voile d’illusions

    Tout être qui ne serait que là, à un endroit, comme nous, mais sensible, peut échouer ou réussir à comprendre n’importe quel problème, que ce soit des équations de signes ou des équations de volontés (les plus énigmatiques, in fine !), à condition que ce soit la chose qu’il aime, pour laquelle il est disposé à se mettre en servitude volontaire et non pas en servitude forcée.

    Pas une culture d’étalage de supermarché, mais une culture de potager.

    Toujours des conditions : n’importe quel visage d’un mystère élucidé est celui de l’univers qui se découvre lui-même.

    Je me sens triste de paraître moralisateur et en déphasage avec les préoccupations ambiantes, (je supporte pas mal de chocs aussi) comme si je donnais à boire perfidement un anesthésiant à des gens qui veulent se battre.

    Il est tellement mystérieux de s’intéresser aux étoiles pour les voir se refléter dans un plus bel humain

  5. Bonjour!

    Monsieur Gabbro, votre intéressant commentaire m’incite à préciser deux ou trois petites choses de votre message, qui semble nous projeter dans un futur amphibie.

    J’ai conservé la graphie « bonne chère », fidèle à ma référence. La voici :

    « Il a fait une belle et lucrative carrière mathématico-militaire, inventant notamment les multiplicateurs de Lagrange généralisés, fort utiles, paraît-il, dans les wargames. Amateur de bonne chère, d’alcool, de cigares de poker, il meurt en 1982 d’une crise cardiaque. »

    Ce savant qui fut dégoûté de la physique, s’appelle Hugh Everett.

    Bonne chair, dites-vous! La chair du monde nous habite, si vous voulez bien accepter ce petit signe merleau-pontien et dans la Cité des étoiles, M.Luminet vous dira sans doute qu’il y manque « la chaire du génie » anagramme en quinze lettres de « Claudie Haigneré », signataire entre autres ministres d’une « Lettre à tous ceux qui aiment l’école ».

    Pour répondre à votre question, nous irons de ce pas quérir quelques éléments dans la phrase d’un père fondateur, Friedrich Engels, auteur de « La Dialectique de la nature » :

    « Mais quelle que soit la fréquence et quelle que soit l’inexorable rigueur avec lesquelles ce cycle s’accomplit dans le Temps et dans l’Espace, quel que soit le nombre des millions de soleils et de terres qui naissent et périssent; si longtemps qu’il faille pour que, dans un système solaire, les conditions de la vie organique s’établissent, ne fût-ce que sur une seule planète; si innombrables que soient les êtres organiques qui doivent d’abord apparaître et périr avant qu’ils sortent de leur sein des animaux avec un cerveau capable de penser et qu’ils trouvent pour un court laps de temps des conditions propres à leur vie, – nous avons la certitude que, dans toutes ces transformations, la matière reste éternellement la même, qu’aucun de ses attributs ne peut jamais se perdre et que, par conséquent, si elle doit sur Terre exterminer un jour, avec une nécessité d’airain, sa floraison suprême, l’esprit pensant, il faut avec la même nécessité que quelque part ailleurs et à une autre heure elle le reproduise. » (Fin de citation)

    Phrase – longue, mais belle – tirée du « Yi-King » du camarade de Karl Marx.

    Brisons là.

    Il est fort bien inspiré, Monsieur Bardou, de nous parler de la culture de potager qui demande un soin journalier et beaucoup d’attention pour terminer sur une table où, loin des grands discours des légumes officielles, nous pouvons, entre amis, faire chère lie, autour d’une bonne soupe fumante tout empreinte des fragrances des légumes frais du jardin.

    Une soupe qui ne manquera pas d’esprit de sel, si nous y ajoutons, cher Guillaume, le piment de la science jardinière de Monsieur Jean-Marc Lévy-Leblond, arrivant à point nommé, comme un cheveu de Muse sur la soupe, palsambleu!

    Parler de  » la courbure de l’espace-temps » est une chose et vibrer au « superbe spectacle de l’amour » en est une autre, mes bons seigneurs!

    Vous me direz, à juste raison : Mais quel rapport?

    Rapport amoureux, certes, mais si mystérieux de cette anagramme renversante en vingt-quatre lettres, extraite du cellier d’un physicien et d’un pianiste.

    Je vous souhaite une bonne nuit avec cette citation en guise de finale, que je n’ai pas prise au supermarché du coin :

     » Il n’est pas difficile de nourrir des pensées admirables lorsque les étoiles sont présentes. Il est plus difficile de les garder intactes dans la petitesse des journées ; il est plus difficile d’être devant les autres ce que nous sommes devant Dieu.  »
    Marguerite Yourcenar ; Alexis ou Le traité du vain combat (1929)

    Roxane

  6. « il est plus difficile d’être devant les autres ce que nous sommes devant Dieu »

    Il est un visage de Dieu réel ou de la science la plus fervente, dont la qualité est d’exister en multiples exemplaires, qui passe en moi comme un flux, qui se fait paix ou colère, et bien d’autres choses que je crois tirer de moi mais qui ne sont pas faites en moi. Un flux de ce qui existe en plus grand nombre par rapport à la place que j’occupe en l’Être, et qui me possède. Ce sont des ubiquités. Il est facile de chuter à cause des êtres qui tombent sans cesse. Si je suspends le déterminisme d’une ubiquité de la diminution, et surtout s’il s’agit de colère, je sens des ressacs de cette onde, et je prends la puissance de la Formule Divine. De cette force non conditionnée par l’action personnelle, qui est posée plus haut que la performance intellectuelle ou physique, découlent pourtant toutes sortes d’actions performantes. Je ne chute pas, je m’élève dans l’être, ce sont des ubiquités en augmentation. Ainsi est la formule que le Bien et le Mal par et dans la peau ensemencent dans l’Être, chaque fois que le mouvement d’esprit ou de corps ne suffit pas à satisfaire depuis quelque part son appétit d’existence.

  7. Bonsoir!

    Sous mon chêne de la fable où je suis bien obligé de repenser à la chute des corps, qu’ils soient pomme, gland ou citrouille, le dernier commentaire de Monsieur Bardou tombe à pic.

    Un universitaire chevronné a pu comparer le « Splash » des variétés télévisées où Bachelor fait le grand plongeon avec la chute aérienne et poétique de « L’air et les songes » où un autre Bachelard se sent pousser des ailes…Effondrement d’un côté et sublimation de l’autre!

    Un récit imaginé n’est pas un conte imaginaire. Qui dira l’autonomie de l’imagination entre épistémologie et herméneutique, Mesdames et Messieurs?

    Guillaume est un plongeur et par bonheur il est avec nous. Une attitude qui n’est pas celle du procureur…Plutôt celle de l’explorateur, une marche au dessus (Eh bien oui, cher Jean Staune, Monsieur d’Espagnat sait faire la distinction dans les effets de la science!)

    Notre plongeur dans ses ubiquités a-t-il rencontré l’ondine savante au justaucorps flamboyant dans le ruisseau du Quercy où la belle, un soir, s’est exprimée par un « ploutch! » sonore et une onde circulaire de belle ampleur? Je me suis plu à rêver, un instant, avec cette question au tréfonds de mon être, laissant l’eau et les rêves dormir en quelque grenier.

    En ces temps qui courent de bruit et de fureur, si tant est qu’un instant androgyne fût de mise, imaginons la vue dessillée, près d’une autre piscine, une fontaine, peut-être, fontaine de jouvence et de guérison : la fontaine de Siloé.

    Pour l’heure – celle de s’enivrer ou non – « la chute des corps » dont la véritable loi nous met, comme ils disent, en quinze lettres, « hors du spectacle » nous laisse sur notre faim et les difficiles fins de mois et du monde. Autrement dit, nous sommes tombés bien bas dans… « les trous noirs » dont une autre renversante anagramme déclare ex cathedra qu’ils « sont irrésolus ».

    Veni creator, cher Monsieur Luminet

    Garo

  8. Bonjour!

    Puisqu’il est question de Siloé, celle de Monsieur Gaston Roupnel, écrite « Siloë », a la fin du chapitre sur l’idée de progrès et l’intuition du temps, dans le beau petit livre de Gaston Bachelard : « L’intuition de l’instant », je pense par ces temps de dureté et de désespérance, à cette page et au signe en latin qui termine non sans humour, le commentaire de Garo sous son arbre.

    Dans quelques heures peut-être, le « rédempteur » apparaîtra sans doute sur les écrans et la cité sera tout ouïe.

    Une stratégie machiavélienne et une connaissance parfaite du stato dans l’homme d’État incarnées, peuvent-elles, Monsieur Luminet, dans la force et la nature lucrècienne des choses, donner au peuple jaune, la manne si ardemment désirée dans son désert rural ?

    Du haut de mon petit donjon perdu dans la campagne, je ne vois rien venir…

    Poussière d’étoile ou celle d’une chevauchée salvatrice d’un dragon et d’un mousquetaire, là-bas à l’horizon?

    Monsieur Luminet, à votre poste d’observation bien gardé, dites-nous!

    Roxane

  9. Bonjour!

    Mercure a en effet parlé, bonnes gens, et bientôt Jupiter prendra la parole…

    Le bûcheron a-t-il pour autant retrouvé sa cognée?

    Ésope, Rabelais et Monsieur de La Fontaine à la rescousse sur notre pauvre terre pour éclairer nos âmes de boquillons et criards. Et en même temps, tout là-haut, vers Bennu, à grands coups de milliards, Osiris-REX s’en va ramasser quelques grammes de poussière.

    Regards sur le monde actuel, certes, avec Emmanuel ou « Dieu avec nous », si l’on en croit l’évangéliste, collecteur d’impôts.

    Toucher d’un divin rédempteur, a écrit, en effet, Monsieur Bachelard avant de conclure « L’intuition de l’instant »

    Combien d’étoiles à accrocher à son gilet, Monsieur l’astrophysicien, pour voir en face le visage de la science dans toute sa ferveur?

    Jacques

  10. Ciel mon mardi!
    J’ai regardé, hier soir, avant de lire votre commentaire, Jacques, l’émission sur la France fracturée où Guillaume Garot a donné de la voix en quelques recoins de cette gare fercéine, loin de l’hémicycle bourbonien.
    Paroles paroles…
    Les cloches sonnent, sonnent et en la nuit étoilée, sous les lumières de la rampe , point de cognée en vue, autrement dit la décence réclamée par plus d’un bûcheron.
    Et point de général étoilé pour répondre à la question du réel au fond des choses.
    Village au fond de la vallée…Vous connaissez la suite!
    « Il faudra bien pourtant que le destin se fasse » (Jean Libis; « Les fleurs jaunes », dernière phrase)

    Roxane

  11. « Notre plongeur dans ses ubiquités a-t-il rencontré l’ondine savante au justaucorps flamboyant dans le ruisseau du Quercy où la belle, un soir, s’est exprimée par un « ploutch! » sonore et une onde circulaire de belle ampleur »

    Je suppose que c’est dans le livre « à la recherche du réel » de Bernard D’ Espagnat ?

    Je ne connaissais pas Bernard d’Espagnat jusqu’à ce que vous m’en parliez, Garo, et que je me fasse curieux. Je viens donc de visionner son interview avec Étienne Klein pour la réédition de son livre « A la recherche du réel » :

    https://www.youtube.com/watch?v=ypBDwXD6hqw

    Et si l’on regarde les titres des livres dans la bibliothèque derrière lui, on peut remarquer un livre intitulé « Quercy Roman ». Je suppose donc que l’anecdote de l’ondine est destinée à savoir si j’ai lu le livre ?

    Non, je ne l’ai pas lu, mais je vais le faire.

    Ma découverte de votre question, si je ne me trompe pas, est faite d’un faisceau d’indices, d’un faisceau d’idées, d’un faisceau de ??? ?

    Quant aux ubiquités, j’ai été présomptueux dans mon dernier commentaire, et je ne suis pas aussi fort que ça, à supposer que je ne sois pas simplement un fou prétentieux.

    À moins qu’une ubiquité de la sympathie, ait trouvé amusant d’organiser les choses de l’avenir avec des ??? ?

    Et en effet c’est amusant.

  12. Ô Monsieur Luminet, l’Oint du très-Haut sur votre astéroîde, voyez grand seigneur ce qui se passe ici-bas:

    L’un sous son arbre, l’autre sur son plongeoir, ils monopolisent le débat et me laissent faire tapisserie dans ma pauvre grotte nervalienne, seule dans mes abysses.profonds.

    Heureusement, ce matin tout tranquille et serein, quelqu’un m’a fait signe de Kiev…Il est l’auteur d’un livre intitulé « Le trésor caché »

    Je l’ai aperçu, un jour, en Sorbonne, et un autre jour, dans le département où l’on m’a construit une tour, près de la Mère.

    Il m’écrit ces mots que vous retrouverez au chapitre X, verset 16 du Qohéleth :

    « Vae tibi, terra, cujus rex puer est, et cujus principes mane comedunt »

    Roxane (pour la petite sirène)

  13. Bonsoir!

    Oh que nenni, Roxane! Votre petite sirène n’a pas à rester toute seule dans son coin. Qu’elle entre dans la danse ou dans la vague qui danse avec nous et dans la joie qu’elle nous apporte! Et en tes ébats, c’est la quête de l’Être qui nous anime, une intention qui transfigure l’apport des plaisirs, comme l’écrit quelque part le physicien mentionné avec élégance et finesse par Monsieur Bardou.

    De sa digue copenhaguoise jusqu’à nous, pourquoi pas? On ne sait jamais quand on met de la mesure en toutes choses, palsambleu!

    En tout cas, à des parasanges d’une grotte poétique, bonne pour l’envolée littéraire…

    Merci pour le signe en latin de l’Ecclésiaste…Et le verset suivant du même chapitre est à lire aussi!

    Vous avez dit « amusant »? J’ai déjà lu cet adjectif dans une partition du maestro, parlant du titre du livre de l’un de ses amis.

    Il n’y a de pensée que celle qui sait s’amuser, écrivait Michel Cazenave. Et ce n’est point par hasard, si « L’homme-jeu » a voix au chapitre d’une intercritique de la science et du mythe.

    Ubiquité de la sympathie, dites-vous, cher Guillaume! Vous m’incitez à rouvrir « La philosophie du non », page 134, à la fin du chapitre consacré à la logique non-aristotélicienne où je relis cette dernière phrase :

    « La vérité est fille de la discussion, non pas fille de la sympathie. »

    Eh bien, non, vous ne la trouverez l’ondine dans « A la recherche du réel » de Bernard d’Espagnat et vous le savez bien!

    Pas plus que dans les ouvrages de Georges Gaillard, de Jean Porcher et de Marguerite Vidal, en vitrine dans la bibliothèque de Monsieur d’Espagnat.

    L’infime ruisseau du Quercy où le physicien s’est plu à pérorer avec la fée, s’appelle la Dourmelle, un cours d’eau qui passe à Fourmagnac (Lot)

    Je suis hélas d’une nullité nonpareille en matière d’images à coller sur l’écran…Dommage, j’aurais pu vous montrer les lieux où votre serviteur a mis les pieds sur la berge dudit ruisseau, un jour de juin deux mille dix, où je revenais d’une abbaye tarnaise, tout heureux d’avoir rencontré là-bas un certain « Descartes » qui correspondait avec une soi-disant « Madame Ondine ». Heureux au point d’en écrire quelques vers pour l’enfant du village, cette nuit-là, dans une chambre d’hôtel de Figeac, loin de mes foins à faire! Le destinataire parisien a apprécié…

    Pour retrouver Ondine et les feux du savoir, une double libération et la légitimité d’une haute rêverie « à la Rousseau » plus les carnets de voyage de la belle sirène, il vous faudra, Guillaume, allez quérir la chose dans son berceau chez Stock où elle naquit en mil neuf cent quatre-vingt-dix-huit.

    « A la recherche du réel » est un livre fort intéressant qui m’a beaucoup marqué (l’auteur m’avait conseillé de relire précisément certains chapitres) Je l’ai vu pour la première fois présenté, le dernier jour de l’aprilée de l’année mil neuf cent quatre-vingt, à la télévision dans l’émission « La rage de lire  » de Georges Suffert, si j’ai bonne remembrance. Monsieur Klein ne le dit pas dans son entretien vidéo avec Monsieur d’Espagnat – et c’est son droit d’homme discret et réservé -, c’est un livre qu’il a reçu en cadeau, un jour où il était hospitalisé. Un livre grâce auquel on « peut » voir les choses autrement…

    Faisceau de…dites-vous, Monsieur Bardou, avec intelligence, bien sûr! Mais que savez-vous du sceau de la fée? Celle qui chante, ne parle pas et fait comme l’oiseau…

    Qu’en savons-nous? Dans « L’origine de l’univers », les mêmes lettres qui composent cette expression se retrouvent là où « un vide noir grésille ».

    Renversante anagramme du physicien et du pianiste. Sauter le pas, peut-être…pour en tirer un rai de lumière.

    Garo

  14. « En tes ébats », écrivez-vous, cher Garo, à mon endroit. Rassurez-vous, ce tutoiement peu commun chez vous ne me blesse nullement et j’imagine sans peine qu’il y a là faute de frappe, involontaire de votre part.

    Mais faute quand même et si infime soit-elle, elle devient une cible de réflexion pointue qu’un certain Guillaume sachant piquer une tête et faire mouche n’aurait point ratée. En « tels » ébats avec sirène et compagnie dans l’eau de là, j’ai bien compris, on jubile, on exulte! Et de laisser diantrement au vestiaire les oh! d’exclamation, de mise quand il y a débat.

    Adieu, ici, les oripeaux de société! Petit oiseau et petit poisson s’aiment d’amour tendre, l’air et les songes et l’eau et les rêves mêlent leurs corps et tout ce petit monde nage dans le bonheur…Vive la vie!

    Allons-nous pour autant croquer la pomme sans nous poser la moindre question?

    Grâce à vous, Monsieur Bardou, et à la vidéo que vous avez bien voulu nous proposer de regarder, on aime à rouvrir le beau livre de Monsieur d’Espagnat « A la recherche du réel » et l’on se plaît à relire ces mots à la page où nous renvoie le physicien, la page 169, à la fin du chapitre intitulé « Regards ». Il écrit :

    « D’autre part il doit contempler la réalité indépendante (…) il doit y admirer la source des phénomènes (…) il doit aussi ne pas négliger d’accommoder (…) » Cependant, Monsieur d’Espagnat, lors de cette rencontre avec Monsieur Étienne Klein, aime à rectifier : »Maintenant, je dirai il peut et non il doit »

    Et votre servante de citer en telle belle circonstance et pour votre plaisir « La formation de l’esprit scientifique » (page 10) de votre cher Gaston Bachelard, Monsieur Garo :

    « D’ailleurs, l’expérience immédiate et usuelle garde toujours une sorte de caractère tautologique, elle se développe dans le règne des mots et des définitions; elle manque précisément de cette perspective d’erreurs rectifiées qui caractérise, à notre avis, la pensée scientifique. »(Fin de citation)

    Petite et amusante remarque en guise de signe à Guillaume, il y a à la ligne 12 de la même page 169 de l’excellent ouvrage susmentionné de Monsieur d’Espagnat, une faute d’orthographe dans l’expression « tels le mysticisme par exemple » A vous de rectifier!

    En relisant le dernier commentaire de Monsieur Bardou, comme on aimerait avoir sa vertu d’humilité et sur ses erres se faire tout petit et quitter définitivement la scène, loin de tous les bruits du monde, loin des choses qui brillent, loin des vanités et des méchancetés d’ici-bas.

    Loin aussi de tous ces commentaires où nous nous donnons en spectacle sur l’écran noir d’un blogue pour montrer que nous savons des choses.

    Puisque nous ne pouvons tout dire et qu’il reste toujours quelque chose, palsambleu, autant disparaître!

    Mais avant de partir par la cheminée, dans la nuit de décembre, un démon me pique au point de m’inciter à rouvrir derechef « A la recherche du réel », page 90 au chapitre du réel voilé.

    Il y est question d’une attitude, celle de Wittgenstein : »Sur ce dont je ne peux parler j’ai l’obligation de me taire. » Mais pour le physicien, cette attitude, pour être raisonnable, est cependant moins inattaquable qu’on ne pense. Et M.d’Espagnat d’argumenter, d’expliquer pour finalement condamner la maxime manifestement pernicieuse, à savoir « Ce dont je ne peux parler n’existe pas. »

    Livre refermé, je repense à la vidéo et à Erice (Sicile) où l’année de la disparition de Martin Heidegger et de la publication, en France, d’un projet écrit pour Gavroche et Marianne, Bernard d’Espagnat et son élève Alain Aspect sont là-bas…Bell y est aussi.

    Cher Monsieur Klein, Monsieur d’Espagnat a raison, icelui s’en est allé en mil neuf cent quatre-vingt-dix (le premier octobre, à Genève)

    Aujourd’hui, jour de tumulte où le petit peuple est invité à s’exprimer en quelques lieux publics pour y faire connaître ses doléances, est-ce bien sérieux de tourner le dos à tout ça et, de ce pas, aller à la pêche où dans la mare toute proche m’attendent peut-être, à défaut d’une belle Ondine, des solubles poissons?

    Bonne journée quand même!

    Roxane

  15. Bonsoir!

    Sur la route du retour, dans le camion du négociant en bestiaux, j’ai lu le dernier commentaire de ce jour.

    Chez Jeanne, à l’auberge où nous avons fait halte et chère lie, je me suis promis de vous répondre.

    Sur le gilet jaune citron posé sur le tableau de bord, un livre. Un livre de Michel Serres : « L’hermaphrodite »

    Je l’ouvre, page 63, et je lis cette question :

    « Avez-vous rencontré sur la route de Paris un parti de paysans montant sur la capitale pour élucider les usages de leurs administrateurs? »

    D’accord, je suis en train de noyer le poisson, Roxane, et j’oublie de faire amende honorable.

    Mea culpa. Confiteor. Et v’lan pour ma pomme! J’imagine notre Guillaume Tell du blogue riant sous cape de mon étourderie.

    Page 130 du livre de B.d’Espagnat, autre faute d’accord : « (…) ceux qui – tels F.Alquié » (A la recherche du réel, Gauthier-Villars, 1979)

    Brisons là.

    Aujourd’hui, jour de violence,…Acte IV sur la scène parisienne. Violence de façade qui cache sans nulle conteste la violence réelle subie, vécue par des milliers de gens, à l’intérieur des terres, qui doivent vivre ou survivre avec moins de mille euros par mois.

    Aujourd’hui, jour de doléances, dans les lieux publics censés transmettre à qui de droit.

    Dans leurs permanences, l’une à Cavaillon et l’autre à Vitry-sur-Seine, Messieurs Bouchet et Carvounas, pour ne citer qu’eux au hasard, vont-ils dans leurs cahiers du jour, trouver la potion de rigueur capable de guérir ce mal qui répand la terreur?

    Il y a-t-il en ces contrées de France, des citoyens poètes en mesure de préparer tel sirop typhon, bonnes gens?

    Pour ma part de pauvre passager, pécheur sans prêche sur la grande scène de l’univers, je n’ai que cette pensée du jour à vous offrir :

    Samedi 08 décembre 2018
    Citation du jour
    “Aucune récompense éternelle ne viendra nous pardonner d’avoir gâché l’aube.”
    de Jim Morrison (Fin de citation)

    Demain, dès l’aube, sous mon arbre je resterai, présente sera la vie.

    Garo

  16. Bonjour!

    A l’heure des laudes, que dire pour ne point gâcher l’aube présente dans la dernière phrase de Garo?

    Garo, sédentaire et nomade qui sous son arbre, ce matin, se pose peut-être la question qui fait la couverture d’un livre

    paru chez Gallimard : « Quelle petite phrase bouleversante au cœur d’un être? »

    Et l’auteur de citer Proust, Freud et Spinoza.

    Une dernière phrase du commentateur qui n’est pas une dernière ligne droite; ces deux derniers mots entre guillemets au chapitre « Science et philosophie » dans le livre mentionné de Bernard d’Espagnat.

    Et l’aube en tout ça? Quelle réponse sur-le-champ à la question posée?

    Madame, Monsieur, quelle réponse peut donner A la recherche du temps perdu, L’Interprétation des rêves, L’Éthique, sur la pierre nue?

    Gerbe d’âmes et deux étoiles du poète, diront-elles une présence, un toucher, un sourire, la certitude d’un retour?

    Est-ce gâcher l’aube que de vouloir, ce matin tout tranquille et serein, un signe fût-il en latin, de la réalité de ce quelque chose qui passe sans houx vert et sans bruyère en fleur?

    Présence obombrante et voilée d’un réel…Mais où? Dans la Ballade des dames du temps jadis et ses neiges d’antan, où s’est plu à rêver, il y a quelques lustres, ce député du Val-de-Marne qui fut ministre de la recherche? Dans le regard des Conquérants regardant monter en un ciel ignoré, du fond de l’Océan des étoiles nouvelles où s’est miré, naguère, cet élu de l’hémicycle bourbonien du Vaucluse?

    Dans l’émission de la chaîne publique du Sénat « Livres&vous » où Mme Monique Canto-Sperber et un animateur de télévision et de radio, ce matin même, parlent d’Amandine, le bébé-éprouvette… et de la difficulté à contempler aujourd’hui la nature ontologique du bien? Bien loin de Platon, les jacqueries de ce temps et si près de nous la fable de La Fontaine avec ses animaux malades de la peste.

    Certes, les gens n’en peuvent plus! Certes, la vie est dure et la désespérance se lit sur les visages…La faim menace malgré la quincaillerie électronique entre toutes les mains. Quid de notre rapport à la terre, bonnes gens?

    Mais tout le monde dans la gent populaire ne demande pas la tête du chef, autrement dit la démission du Président de la République française élu démocratiquement en mai deux mille dix-sept.

    Votre savant de l’Institut universitaire de France, laudateur de l’enfant éternel, aime à citer d’Ukraine, un verset d’un livre sapiential. Pourquoi pas?

    La gent populaire dont une partie vit dans la pauvreté et l’autre dans l’indécence, n’a oncques vu un architecte de sa vie, ni jamais assisté à la moindre pièce de théâtre ou conférence à Paris ou ailleurs, sauf à la télévision quand le poste fonctionne. Et que demande le peuple coassant?

    Des sous, bien sûr, pour assurer au mieux les fins de mois…Et dans sa bouche une rose, celle de personne, celle de Paul Celan que les jaunes gilets n’ont accroché à leur boutonnière. Là réside l’amande, autrement dit le rien…le néant. Autrement dit quelqu’un dont on attend pour bientôt les paroles…

    Quelqu’un né il a quarante et un an, l’année de l’oiseau et l’enfant.

    On aimerait que le pianiste des étoiles composât le prélude de la fin d’un monde et vibrant pour la romancière « Aurore Dupin, baronne Dudevant, alias George Sand », comme le Paris huppé qu’il connaît bien, il « valsera d’abord au son du piano d’un génie étranger ».

    Lectrice, lecteur de ce commentaire, relisez bien ces deux derniers morceaux choisis de phrase, mis entre guillemets, chacun d’eux comporte quarante et une lettres et ce sont les mêmes lettres. Anagramme renversante pour entrer dans la danse au prochain billet du maestro.

    De grâce, ne tirez pas sur le pianiste!

    Jacques

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