Douze vignettes astropoétiques (7-12)

Suite du billet Douze vignettes astropoétiques (1-6)

7- La lumière 

Quel être vivant, doué de sens, qui n’aime plus que tout les merveilleux phénomènes de l’espace répandu autour de lui, la lumière qui réjouit tout – avec ses couleurs, ses rayons, et ses ondes.
Novalis 

Et voici que mes yeux s’ouvrirent, je vis une immense mer de lumière où soleils et planètes étaient dispersés, comme de simples îles rocheuses; et j’étais dans la mer, non point à sa surface; nulle part ne m’apparaissait un fond, nulle part une rive. Tous les espaces d’une Voie Lactée à l’autre étaient remplis de lumière, et il semblait que l’on vît passer des mers retentissantes sous les mers et sur les mers; on entendait un roulement comme celui de la marée, puis un chant de flûte comme celui des cygnes qui passent; mais ces deux bruits ne se mêlaient pas. La lumière et les sons s’emparaient délicieusement du cœur; j’étais empli de sentiments joyeux, sans savoir d’où ils venaient à moi, c’était comme une joie d’être et d’éternité; un ineffable amour, sans que je susse pourquoi, me pénétrait lorsque, autour de moi, je contemplais ce nouvel univers de lumière.
Jean Paul Richter

Ces clartés que sur nous leurs disques éclatants
Versent incessamment dans l’étendue immense,
Remplissent l’univers qu’anime leur présence.
Sans corps, sans pesanteur, et pourtant colorés,
Élancés de leur source, et non pas attirés,
Ces filets déliés d’impalpable lumière,
Prodige de vitesse à l’homme révélé
Que son œil ne peut suivre, et qu’il a calculé,
Viennent du fond du ciel frapper notre paupière.
Ils tracent dans leur route un sillon radieux;
L’éclair est moins rapide; et, tandis qu’à nos yeux
Le balancier du temps mesure une seconde
Vingt fois ils franchiraient l’axe de notre monde.
Pierre Daru 

Bien avant que la Terre fût même une nébuleuse, des astres brillaient depuis une sorte d’éternité, mais, hélas! si éloignés, si éloignés d’elle, que leur radieuse lueur, en parcourant près de cent mille lieues par seconde, n’est arrivée que récemment à la place occupée par la Terre dans le Ciel. Et il se trouve que plusieurs de ces astres se sont éteints depuis longtemps, avant qu’il ait été possible à leurs mortels de distinguer cette Terre. Cependant le rayon sorti de ces astres refroidis devait leur survivre. Il continua sa marche irrévocable dans l’étendue. C’est ainsi qu’aujourd’hui le rayon de quelques-uns de ces foyers en cendres est parvenu jusqu’à nous. De sorte que l’homme qui contemple le Ciel y admire souvent des soleils qui n’existent plus et qu’il y aperçoit quand même, grâce à ce rayon fantôme, dans l’Illusion de l’univers.
Villiers de l’Isle Adam

Chaque homme dans sa nuit s’en va vers sa lumière
Victor Hugo

8- Nébuleuses

Entre les étoiles semble régner le noir absolu. Mais au XIXe siècle, les astronomes possesseurs de télescopes ont commencé à distinguer entre les étoiles des sources de lumière d’aspect diffus. Il s’agissait de petites taches floues, de formes et dimensions variées. Evoquant à première vue des nuages, elles ont été nommées nébuleuses. Les astronomes ont ensuite entrepris de classer tous ces objets, et avec le perfectionnement constant des instruments, leur nature a fini par être comprise. Le terme « nébuleuse » est désormais réservé aux objets formés de gaz et de poussières situés dans notre propre galaxie, comprenant de grands nuages moléculaires où se forment les étoiles, et des vestiges de l’évolution stellaire comme les nébuleuses planétaires et les restes de supernovas. D’autres « nébuleuses », de forme spirale ou elliptique, se sont quant à elle révélées être des galaxies à part entière et ne sont plus nommées ainsi.

Il fut un moment où tout dormait en germe dans l’œuf d’or du soleil, ma vie, celle de tous les êtres, fils de la terre, le monde organique et l’inorganique, les océans, les continents, les forêts, le bien et le mal, le ciel et l’enfer d’ici-bas, et la lune et les autres êtres, filles du soleil, avec leur évolution vitale, leur longue histoire, splendide ou sombre. Or, de naissance en naissance, ne pourrions-nous remonter jusqu’à une heure première, où les voies lactées et les énormes nébuleuses, l’univers immense, reposaient aussi, comme des rêves près d’éclore, en la nuit muette de mon cerveau ?
Jean Lahor, La Gloire du Néant

9- La musique des étoiles, ou Kepler

Les globes voltent sous mes doigts,
traçant les courbes musicales de ce poème.
André Suarès, Le Musicien des Sphères (1901)

Pour les Pythagoriciens, l’univers devait nécessairement se manifester par des proportions justes, par des rythmes, par des nombres : le monde chantait et vibrait harmonieusement. Dès le VIe siècle avant notre ère, ils avaient remarqué que les intervalles musicaux tels que l’octave, la quinte, la tierce, etc., s’obtiennent en faisant vibrer des cordes dont les longueurs obéissent à des fractions entières comme 1/2, 2/3, 3/4, etc. Considérant le cosmos dans son ensemble comme un système harmonieux, ils en avaient déduit que les 7 notes naturelles de la gamme étaient en correspondance avec les sept corps célestes connus (le Soleil, la Lune et les cinq planètes visibles), auxquels s’ajoutaient trois sphères supplémentaires pour atteindre le nombre dix, parfait entre tous.

Un peu plus tard, Platon décrivit avec lyrisme cette harmonie céleste, en déclarant que les astres exécutaient « le plus magnifique de tous les chœurs ». Cicéron, en 55 avant notre ère, évoqua dans Le Songe de Scipion ce son intense et agréable qui remplit les oreilles de son héros lorsqu’il quitte la Terre pour s’élever dans le cosmos.

Cette tradition, assimilant le cosmos à un instrument de musique, s’est perpétuée pendant le Moyen Âge et jusqu’à la renaissance scientifique. Au XVIIe siècle, le jésuite encyclopédiste Athanasius Kircher invoqua un orgue cosmique dont les dix registres (les dix sphères célestes pythagoriciennes) traduisent l’harmonie de la Création, tandis que le médecin londonien Robert Fludd décrivit l’Univers comme un luth monocorde, reliant les harmonies les plus élevées de la création, en haut, au silence des pierres et de la Terre, en bas.

Le musicologue et philosophe Marin Mersenne estimait que tout ce qui s’exprime par des proportions pouvait être traité en termes d’harmonie et donc, en particulier, la disposition des orbes célestes. Son contemporain, le génial Johann Kepler, reprit l’idée qu’un astre émet un son d’autant plus aigu que son mouvement est rapide, et l’adapta à sa découverte fondamentale de la nature elliptique des orbites planétaires : des intervalles musicaux bien définis étaient ainsi associés aux planètes. Par cet enrichissement de la symphonie céleste, Kepler y vit la confirmation de sa découverte ; la beauté harmonique du monde, qui selon lui émanait d’une volonté divine explicite, s’adressait directement à notre âme.

Qu’en est-il aujourd’hui de cette harmonie des sphères quelque peu rêvée, au regard de l’astrophysique moderne ? Elle n’est certes plus ce qu’elle était. Le ciel, empli de bruit et de fureur, crie : les grands nuages moléculaires se fissurent pour se condenser en nouvelles étoiles, les vieilles étoiles explosent en supernova, les pulsars craquent, tremblent et cliquètent en tournoyant. Tout ceci est bien sûr métaphorique. Les ondes acoustiques ne se propagent pas dans le quasi-vide interstellaire. Mais les ondes électromagnétiques – lumière visible et invisible- qui nous parviennent des astres lointains jouent le rôle du son. Le cri du ciel est un cri de lumière, et les compositeurs de musique contemporaine qui tentent de transcrire ce cri nous livrent des partitions à l’image de l’univers: peu confortables. Mais c’est notre univers, c’est notre musique. Il faut reconnaître et contempler. Chercher à comprendre aussi où se niche la sensibilité. Une nouvelle harmonie est là, dans ce glorieux éparpillement vers quelque chose de toujours renaissant, cette fécondation permanente des étoiles par les étoiles, des sons par les sons.

10- Supernova

Un tremblement d’éther. Une fissure
d’où gicle un faisceau d’ions et de flammes
noués par la racine et la rosace.
Salves – scories de bruits et de couleurs
énucléées – collisions d’aurores.
Grappe de foudre. Et l’onde concentrique
des vibrations sur la vitre d’un rêve.
Caillots d’échos coagulant un quartz,
et la nuit fond d’un bloc. Et sa banquise
forme un bourbier d’étoiles sous la pluie
chaude-chantante : une pluie-en-la-chair,
un suintement sans fin de soleil mort,
une agonie de bouche où l’or bouillonne.
Charles Dobzynski, L’Opéra de l’Espace (1963)

A leur maximum d’éclat, les supernovas brillent fugitivement comme dix milliards de soleils.

Comme elles sont rares, les télescopes modernes les détectent essentiellement dans les galaxies extérieures. Mais jadis, les astronomes ont pu en observer en train d’exploser : une bonne dizaine ont été observées à l’œil nu. La plus célèbre a été repérée en Chine en l’an 1054. A son maximum d’éclat, elle brillait même en plein jour. Ses débris forment aujourd’hui la Nébuleuse du Crabe, une bombe thermonucléaire géante qui continue d’exploser dans l’espace mille ans plus tard.

Ce sont les supernovas qui forgent les atomes présents dans nos corps. Nous sommes faits de leurs cendres.

11- Pulsars

Les pulsars sont les résidus stellaires des explosions de supernovas. Ce sont donc des cœurs d’étoiles mortes ultra denses, et de très petites dimensions : leur rayon est d’à peine quinze kilomètres pour une masse aussi grande que celle du Soleil. Ils sont constitués de matière tellement entassée que leurs atomes sont écrasés pour former une masse solide de neutrons. Un dé à coudre de pulsar pèserait sur Terre un milliard de tonnes, soit la masse d’une montagne. La gravité qui règne à la surface est si grande que la plus haute « montagne » ne peut pas dépasser un millimètre…

Les pulsars sont de gigantesques toupies aimantées. Certains pivotent sur eux-mêmes plusieurs dizaines de fois par seconde, et leur champ magnétique est mille milliards de fois plus grand que celui de la Terre. Les lignes de force magnétique du pulsar canalisent les particules électrisées de l’espace interstellaire le long de son axe magnétique, ce qui permet l’émission d’un faisceau de lumière tournant en même temps que l’étoile, à la façon d’un phare cosmique. A chaque tour, le faisceau balaye la ligne de visée de la Terre et les astronomes enregistrent une pulsation lumineuse. Dans cette tornade électromagnétique délivrée par un pulsar, le rayonnement radio ne représente qu’un chuchotement, mais c’est lui qui est capté à l’aide de grands radiotélescopes. En frappant le miroir de l’instrument, les ondes radio sont converties en signaux électriques de faible intensité, régulièrement espacées dans le temps à la manière d’un métronome cosmique. Il suffit de placer un amplificateur à la sortie du radiotélescope et de brancher des haut-parleurs pour transformer l’appareil en un magnétophone cosmique géant, qui retranscrit les phénomènes lumineux en phénomènes sonores. L’oreille humaine peut alors entendre le cliquètement des pulsars.

Dans son œuvre Le Noir de l’Etoile (1991), écrite pour 6 percussionnistes et signaux astronomiques de pulsars et à l’élaboration de laquelle j’ai participé, Gérard Grisey nous a délivré une partition à l’image des pulsars : tour à tour rythmique, violente, lancinante, haletante, resserrée, étirée. Elle fait entendre le grain du son, l’écume de l’espace et du temps incessamment recommencée.

12- Les dimensions cachées de l’espace

La théorie des cordes est une tentative d’unification des forces fondamentales de la nature, fondée sur les modes vibratoires d’objets infinitésimaux, des « cordes ». Pour que sa description mathématique soit cohérente, les trois dimensions d’espace habituelles ne suffisent pas. Il faut admettre l’existence de dimensions supplémentaires – en l’occurrence sept. Cela soulève d’innombrables questions non résolues : où sont ces dimensions cachées, sont-elles de taille finie ou infinie, détectables ou pas, etc., mais aussi des perspectives fascinantes, comme le « multivers ». Certains « adeptes » de la théorie (ils en viennent en effet à former une secte au sein de la communauté des physiciens) croient que chaque solution mathématique des cordes correspond à une réalisation effective d’un univers. Le nôtre ne serait qu’une réalisation particulière, et extrêmement improbable, parmi l’ensemble de toutes les réalisations possibles. Or il y a à peu près 10500 réalisations possibles – un nombre faramineux, beaucoup plus grand que le nombre de particules élémentaires dans l’Univers, qui n’est « que » de 1080 –, chaque réalisation correspondant à un modèle d’Univers complètement différent. C’est le multivers. Il semble toutefois impossible d’être capable de faire le tri entre ces innombrables solutions pour déterminer laquelle correspondrait à notre univers, le seul où l’on puisse faire des expériences. La théorie des cordes ne serait ainsi ni prouvable ni réfutable, et n’obéirait pas aux critères habituels de ce que doit être une bonne théorie scientifique. Qu’importe, si elle ouvre des perspectives aussi profondes que poétiques. Les dimensions cachées de l’espace forment ce que l’on appelle les espaces de Calabi-Yau. Justement, nul ne les a mieux décrits que mon ami poète Jacques Réda, dans sa Physique amusante (2009) :

Ah qu’il fait froid dans les espaces de Calabi-Yau,
Bien plus que dans les mers où l’on pêche le cabillaud.
C’est pourquoi les dimensions s’y sont pelotonnées,
Les onze ensemble (avec le Temps), chacune en son boyau.

36 réflexions sur “ Douze vignettes astropoétiques (7-12) ”

  1. A l’heure ou Paris s’éveille, autant quitter son arbre et retourner à la maison pour écrire quelques mots sur

    cette seconde et belle demi-douzaine de vignettes dans le panier du billettiste des étoiles.

    D’une citation des « Hymnes à la nuit » extraite de son ouvrage « Les poètes et l’univers » à l’autre

    qui se termine en queue de poisson, prise dans le vivier de l’amusante physique de son ami, l’auteur nous

    balade avec des mots d’aèdes peu connus et pour tout dire complètement ignorés du lecteur lambda.

    C’est un régal qui mérite de mettre le turbo sans oublier la cerise sur le chaud far, palsambleu!

    A notre table d’existence ou de non-existence pour caresser notre néant, comme disait quelqu’un qui voulait écrire un chapitre-fin dont le titre serait « Mes songes phéniciens » et comme sous-titre « Le clair-obscur et la vie cendrée.

    Inutile de le nommer, vous l’aurez reconnu dans ses fragments.
    Rien ne va plus dit le croupier qui a constaté l’échec de la théorie des cordes dans le domaine si cher à Monsieur Luminet. Et là, à cette table de casino, observant la roulette, le badaud peut retenir la leçon du collège de France ou de l’Institut Perimeter de Toronto. Pas de déjeuner gratuit, céans, et la boule se promène sur sa lancée stochastique, laissant à leur faim les commensaux de la tablée scientifique.
    Le badaud qui n’est pas arrivé comme un cheveu sur la soupe, loin de là, quitte la salle sans pour autant détaler, comme firent naguère certains rats d’une fable édifiante. Pourquoi, diantre, ne pas aller au café du coin, à défaut d’un palace étoilé, deviser tranquillement avec un maître queux de la cuisine quantique qui a plus d’une corde à son arc et qui en connaît un rayon sur toutes ces choses?
    Mais pour parler de qui, de quoi au juste, bonnes gens? De secte par exemple qui, paraît-il, s’est formée dans la communauté d’utilité publique, avec les adeptes de la théorie du « Multivers ».
    Je lui dirai sans doute que j’ai reçu, un jour, un petit livre offert par un Nobel de Physique intitulé « Petit point » où l’auteur croque ses pairs sans ménagement et avec beaucoup de subtilité. Je lui parlerai sur telle lancée, à notre musicien des étoiles, de ces échanges entre Maître Francis Szpiner, Avocat à la cour, défendant son client, le chef d’orchestre, Michel Tabachnik – et Régis Debray, Président de l’Institut européen des sciences des religions; échanges publiés dans une revue sérieuse entre un héritage « structuro-marxiste », de François Maspero et un Einstein: célèbre par malentendu, par François de Closets. Faut dire que le directeur de la revue se dit humblement « apprenti médiologue » et qu’il est aussi l’auteur d’un livret où le musicien susmentionné est de la partie.
    Et à notre tour de s’en aller sans oublier de laisser sur la table quelques ducatons pour payer nos verres de diabolo-menthe, et chacun de retourner à ses affaires.
    Pour changer qui? Pour changer quoi?
    Telles sont sans doute les questions lancinantes que se posera le croquant sous son arbre retrouvé.
    Difficile d’imaginer qu’il ne pensât point aux tribulations des classes laborieuses qui tirent, en leur néant social, le diable par la queue dans notre civilisation industrielle et technicienne, des millions de pauvres sans lesquels la gent bien endentée et fortement diplômée n’aurait pas grand-chose à se mettre sous la dent.
    Pire encore, peut-être : être le premier en ce vaste univers à poster ce présent commentaire du billet de fin d’été de Monsieur Jean-Pierre Luminet.
    Aussi, est-il tout naturellement enclin à dire que ce monde perd la boule et que décidément « Rien ne va plus!
    Bonne chance quand même, à vous lecteur ou lectrice de cette petite réaction écrite sous une faible pluie revenue.

    Garo

  2. Bonsoir!

    Visiblement, c’est difficile, voire impossible de fermer les guillemets quand « la dimension cachée » des universitaires

    n’aide pas vraiment aux retrouvailles du lecteur avec lui-même, dans la vallée des livres.

    Bonne nuit

    Jacques

  3. J’ai bien entendu le son de votre magnificat, frère Jacques et votre « dimension cachée », fût-elle celle de la culture explicitée par un professeur d’anthropologie à la North-western University, enjolivée par un dessin de Folon, me laisse sur ma faim quotidienne.

    « Habiter en poète » est une expression lue et relue, facile à écrire ou à citer et à réciter en quelque hutte ou résidence secondaire, conférences, amphithéâtres, colloques et plateaux de télévision. C’est autre chose que de la vivre, cachée…heureusement.

    Notre maître qui êtes au zénith des célébrités de l’astrophysique et qui citez dans vos « Nébuleuses » un extrait de « La Gloire du néant » de l’Hindou du Parnasse contemporain, donnez-nous, s’il vous plaît, notre manne de connaissance! Glorifier ce néant, ce désert, ce vide est une chose, nous donner des preuves irréfutables de la présence des forces de l’existence d’un « je » est une autre histoire.

    De grâce, ne nous laissez pas succomber à la tentation des citations et anagrammes faciles et, peut-être, au delà du tableau de celle de saint Antoine, à la page des figures du temps de Kepler à Thom, au milieu de vos livres, pourriez-vous nous apporter quelque chose qui régénère et sauve dans cette vallée de larmes!

    Aujourd’hui, à l’automne revenu, dans votre abri vous préservant de l’inclémence du temps, comme disait sans doute Nicolàs Gomez Dàvila,

    il suffirait peut-être d’ouvrir votre porte pour ramasser à l’appel quelque feuille vivante de nature à changer les couleurs du temps.

    Alors, illuminez-nous, Seigneur ou lointain camarade de recherche!

    Ainsi soit-il!

    Roxane

  4. Un lointain camarade de recherche fait de son mieux en ce moment et dès qu’il aura trouvé qu’il ne peut pas mieux dire il partagera.

    Mais :

    « L’important, c’est d’être à soi-même sa propre lumière,
    son propre maître et son propre disciple. »
    (Jiddu Krishnamurti)

    Ce qui réclame des efforts dans une plus ou moins grande obscurité, quiconque ayant eu sincèrement l’occasion de s’en plaindre aura pu aussi le constater. (Ce qui n’est pas loin de devenir agréable et lumineux). Sinon, Chère Roxane, si je mets entre guillemets quelques phrases sans citer mes sources, c’est parce que ce sont mes mots. Mais vous avez raison, je n’avais pas pensé aux risques de confusion.

  5. Vous avez raison sur toute la ligne, cher correspondant lointain.

    Le faiseur de livres que vous citez a toujours combattu son image de messie…

    L’a-t-il fait suffisamment?

    Un jour, quelqu’un m’en a parlé dans une petite lettre envoyée du diable vauvert : Clément Rosset, l’homme de « La force majeure » et de « L’objet singulier » que Michel Polac dans son émission hebdomadaire des années quatre-vingt, a fait connaître au grand public.

    Je l’ai retrouvé ensuite sur les erres de Kenneth White, un écossais vivant en France.

    Bien sûr, sauver l’obscur!Et vous connaissez les leçons magistrales d’un autre faiseur de livres…

    Peut-on vraiment vivre sans livres, sans lecture, sans écriture, sans dieu ni maître, cher correspondant des billets composés par le maestro

    « de la poussière d’orchestre » anagramme renversante de « la théorie des supercordes »?

    Écrire, comme le fait souvent votre serviteur, un commentaire garonesque (Le Garon est un affluent du Rhône, une petite rivière à caractère torrentiel) sous un arbre fabuleux, à quoi ça sert finalement? A quoi ça rime? Pour aller où, vers quel pays si ce n’est celui de l’enfance en retrouvant les paroles du « Torrent » de Gloria Lasso, qui n’a peut-être oncques parlé à la rivière, « au ruisseau qui nous apprend l’euphorie par l’euphuisme, l’énergie par le poème et nous redit, à chaque instant, quelque beau mot tout rond qui roule sur des pierres »?

    En mil neuf cent cinquante-six, la célèbre chanteuse, lisait-elle ces derniers mots de « L’eau et les rêves » écrits quinze ans plus tôt?

    Et le petit garçon de cinq ans en faisant des ronds dans l’eau de la Durance, aimanté par quelque secrète mélodie, rêvait peut-être, déjà, de grands voyages et d’une autre rivière, celle de sa ville, là-bas aux Caraïbes…

    Qui saura?

    Garo

    1. ça alors, vous devez être l’une des très rares personnes à savoir que le nom de mon village natal vauclusien est aussi celui d’une petite rivière en Haïti ! Cela m’avait en effet fait un peu rêver quand je l’avais découvert, en une lointaine époque…

  6. « Peut-on vraiment vivre sans livres, sans lecture, sans écriture, sans dieu ni maître »

    Je réponds cosmiquement, je ne pense pas qu’aux êtres terrestres, l’univers est vaste :

    Les êtres au-dessous (que nous contenons, qui prennent pour nous des apparences) existent ainsi.
    Les êtres égaux ou au-dessus (qui nous contiennent, qui ne prennent pas pour nous des apparences) existent ainsi aussi, et comme nous sommes des contenus ils comprennent ce qu’est l’action mentale (et toutes les valeurs au-dessous) autrement que par le mental.

    Nous, nous ne comprenons pas notre mental, nous comprenons notre vital dans une rêverie qui nous possède, parce que nous regardons le contenu. Il s’agit d’actions en diminution pour l’observateur, susceptibles d’être quantifiées.

    Quand nous disons quelque chose, comme moi en ce moment, nous voulons exister, mais le mieux est de le faire impersonnellement, en cherchant des « relations d’ubiquité » avec les êtres conteneurs, ce qui suppose de réintroduire le sacrifice parmi les actions (attention : le sacrifice est pour nous entièrement psychologique. il ne s’agit aucunement de souffrance, et si cela l’a été, c’est à cause des ubiquités avec les contenus dans quelque chose d’incompris).

    Bon. Tout ceci pourra paraître un peu fou. Vous me direz ce qui ce sera produit ou pas sous votre arbre.

  7. Bonjour!

    Sous mon arbre? Oui, c’est un peu ça car sans son écorce, son bois, je ne serais pas là en train de vous écrire dans cette chambre réchauffée par un poêle prodiguant une douce chaleur, en ce dimanche sec et froid de septembre.

    Vous écrivez :

    Quand nous disons quelque chose, comme moi en ce moment, nous voulons exister, mais le mieux est de le faire impersonnellement, en cherchant des « relations d’ubiquité » avec les êtres conteneurs (…)

    Bien. Cher Monsieur Bardou, irez-vous, de ce pas, quérir la réponse dans cette chanson très belle d’un chanteur de variétés ? – :

    Il était un soir
    Il était une fois
    Quelque chose et moi
    Quelque chose et moi

    Il était un soir
    Il était une fois
    Quelque chose et moi
    Quelque chose et moi

    Un signe un espoir
    Une image une voix
    Quelque chose et moi
    Quelque chose et moi

    Et je n’étais plus seul au monde
    Et je n’avais plus peur ni froid
    Et je vivais chaque seconde
    Et j’étais partout à la fois
    Et une araignée de légende
    Tisse le ciel de ma nuit
    Comme je suis heureux dans ma chambre
    Je ne sais pourquoi ni pour qui

    Je vais et je viens
    Mal et bien sous mon toit

    Quelque chose et moi
    Quelque chose et moi

    Et je n’attends rien
    Ni des dieux ni des rois
    Quelque chose et moi
    Quelque chose et moi

    Comme un prisonnier s’émerveille
    A regarder vivre une fourmi
    J’ai reçu de bonnes nouvelles
    Il paraît que ça va bien la vie

    J’ai envie d’ouvrir la fenêtre
    Pour me voir passer dans la rue
    Savoir si j’ai changé de tête
    Revoir ce que je ne suis plus

    la la la la….

    Et je n’étais plus seul au monde
    Et je n’ai plus peur ni froid
    La nuit ne sera plus très longue
    Oui, je sais que tu existeras

    Oui, une chanson : une émotion plus une équation, disait Guy Béart. Mais je ne suis pas certain que cet air-là, fût-il accompagné de songes métaphysiques puisse vous satisfaire pleinement. En tel billet lucrécien pétillant de commentaires, il vous faudra sans doute d’autres arguments, palsambleu! Je serais tenté de vous projeter en mil neuf cent vingt-sept (l’année de la parution de « L’être et temps »), à l’Institut Solvay, à Bruxelles, où le don d’ubiquité des atomes et le principe d’indétermination étaient au centre des débats. Il y avait là Werner Heisenberg. Icelui s’en est allé en mil neuf cent soixante-seize, comme d’ailleurs Martin Heidegger, quelques semaines avant la parution d’un projet écrit en France par le chef de l’État pour Gavroche et Marianne, suivi d’une préface inédite, un an plus tard.Et dans ce projet de cet observateur élyséen, hors du commun, il était finalement question de l’affranchissement de l’être et du tracé du destin de l’espèce.Vous imaginez sans peine, les cogitations et les ruminations au fin fond du pays dans les chaumières de France et de Navarre, sur cette vision prophétique de Monsieur Valéry Giscard d’Estaing…

    Wolfgang Pauli, là-bas, interrompit la discussion et s’était levé pour déclarer tout de go :

    « Une aube se lève sur des temps nouveaux »

    Un demi-siècle plus tard, le collaborateur personnel de l’auteur susmentionné, écrivait :

    «  »Le chef de l’État a élevé ses regards. Il a vu le monde qui roulait dans un ordre voulu par ce qui est supérieur à tous les chefs de tous les États. Et de haut, à son apogée, à l’image du satellite photographiant l’ensemble, il voit l’état des choses et de l’État, l’homme et l’homme français, et son pays accolé aux autres sur la planète dans sa révolution. (…) Parler à la planète, ce globe enfin visible et qui peut à tout instant entendre tout message, est un devoir d’État. Un homme seul, dans l’État, a le pouvoir de ce devoir. (Fin de citation)

    Et vous parlez de relations…Il y a celles d’incertitude qui ont fait l’objet d’un roman, que M.Jean-Pierre Luminet a trouvé « réellement surprenant »

    Mais quid de la vie ou du roman de la reine ignorée ou de sa noire énergie?

    Dans « La Dialectique de la nature », que me citait, un jour, longuement, le collaborateur, député-maire de la ville où naquit André Breton, mentionné plus haut, F. Engels parle de cette dimension à part où se trouvent les esprits.

    Alors là, Monsieur Bardou, nous sommes dans de beaux draps et pour nous débarrasser de tous ces fantômes, il nous faudra des relations, sinon bonjour les dégâts dans nos intérieurs châteaux!

    On imagine, bien sûr, Gavroche et Marianne s’en allant côte à côte chercher à trouver connaissance à défaut de la faire, par exemple du côté d’un nouveau pouvoir qui leur donne son autorisation on ne peut plus officielle. Mille millions de mille sabords de je ne sais où, les traces érudites du Prince au prénom divin, on été détruites, vouées à tout jamais aux gémonies par les puissances des universités.

    Adieu donc, Machiavel, son stato et la clarté politique…Et le pauvre citoyen sans lettres Gros-Jean comme devant!

    Restent la mémoire et la maîtrise d’un homme de la rue, celle qui portait le nom d’Ettore Majorana. Cet homme qui connaît la musique, un beau jour, a vu ce nom, en lettres blanches sur fond bleu, inscrit sur le panneau de la rue qui menait du bâtiment dans lequel il travaillait à l’un des réfectoires. Il a appris plus tard que cette rue n’avait oncques existé.

    On a tous un banc, un arbre et une rue…A Jean-Pierre, Étienne et les autres de nous aider à réaliser ce rêve d’enfance omniprésent.

    N’est-ce pas Roxane, Guillaume?

    Miracle : Pour une fois, je n’ai pas cité notre cher Gaston Bachelard!

    Bien à vous.

    Garo

  8. N’est-ce pas, Roxane?

    Je ne sais quoi vous dire…Je vous suis dans votre chasse aux fantômes et je comprends bien là votre distance – ô combien vitale et nécessaire –

    pour ne pas se laisser engluer et finalement mourir dans les boues noires de l’occultisme.

    Cependant, il y a quelque chose de vrai ou ressenti comme tel mais indéfinissable – fût-il quantifiable – dans le propos de votre correspondant lointain. Je veux dire aussi qu’il faut faire attention à ne pas jeter le bébé avec l’eau du bain…

    Puisque vous parlez de rêve – qui ne serait pas d’accord ?- en nommant finalement Bachelard, permettez-moi de vous dire que votre auteur de préférence et de référence mentionne quand même le nom de Stanislas de Guaita dans son livre « Le droit de rêver ». Voulez-vous des preuves?

    A ma connaissance, ce poète et occultiste français a écrit « La clef de la magie noire ». Je n’invente rien et c’est vérifiable.

    Petit constat pour dire quoi au juste? Qu’il y a du mystère dans le relationnel et qu’il appartient aux scientifiques que nous ne sommes pas, de faire quelque chose pour nous éclairer un peu en cette difficile « moelle substantifique ».

    Quelque chose pour l’homme de la rue qui ne s’appelle pas Étienne Klein et qui ne vit pas dans les salons dorés de la République, ça veut dire quoi au juste?

    Peut-être juste un peu d’âme qui aurait du corps, un petit vin singulier aux couleurs nuancées pour nous donner des forces et nous permettre

    d’exister…tout simplement.

    Alors, à votre lume et à votre plume, Monsieur Luminet….S’il vous plaît!

    Roxane

  9. J’aimerai bien lire la préface inédite dont vous parlez, Garo. J’ai cherché un peu sur la toile mais je n’ai rien trouvé. Si vous pouvez m’aider n’hésitez pas. Quand j’étais petit, je me souviens avoir dit quelque fois « 1976, c’est mon année préférée ! » Certains enfants aiment bien montrer des choses qu’ils préfèrent, le bleu ou le vert, un tyrannosaure ou un tricératops, etc.
    Merci pour vos longs commentaires, Garo, j’y apprends toujours quelque chose, noms ou mots nouveaux, même si souvent le sens des phrases y prend des dimensions doubles ou triples que je ne suis pas toujours.

    Voilà que l’enfant d’un bel optimisme et un brin égocentrique revient et recherche à nouveau la préférence. Trouveriez-vous, Roxane et Garo, combien de fois le verbe « être » paraît dans son commentaire ?

  10. Je reviens au mot rivière en citant derechef G.Bachelard, page 252 de « L’eau et les rêves » :

    « Il y a des mots qui sont en pleine fleur, en pleine vie, des mots que le passé n’avait pas achevés, que les anciens n’ont pas connus aussi beaux, des mots qui sont les bijoux mystérieux d’une langue. Tel est le mot rivière. C’est un phénomène incommunicable aux autres langues. Qu’on songe phonétiquement à la brutalité sonore, du mot river en anglais. On comprendra que le mot rivière est le plus français de tous les mots. C’est un mot qui est fait avec l’image visuelle de la rive immobile et qui cependant n’en finit pas de couler… »

    La rivière de Cavaillon…Vaucluse et Caraïbes. Cavaillon et Cavaillon…Deux villes dont le jumelage est dans le rapport officiel (Haïti et la France) d’un ami, transmis à Dominique de Villepin, alors ministre des Affaires étrangères. Au chapitre des propositions, la quatorzième parle de coopération décentralisée et du jumelage Cavaillon/Cavaillon…Et ce n’est que pour une journée de synthèse.

    C’était, il y quatorze ans.

    A bientôt, près d’un feu de cheminée…

    Garo

  11. Bonjour!

    Le mot légende dans la chanson de Gérard Lenormand que vous citez, Garo, me fait penser à une autre citation de Victor-Emile Michelet, mise en exergue au chapitre qui lui est consacré dans « Le droit de rêver » de Gaston Bachelard :

    « Une légende, c’est une quintessence de vérité possible » et dans ce même chapitre une autre citation de V-E Michelet :

    « La jeune vie de Stanislas de Guaita se passait la nuit entre une lampe et des livres admirables »

    Gaston Bachelard a travaillé les 4 éléments et l’art de la Chrysopée a voix au chapitre de la magie des transmutations du livre à clef que vous mentionnez.

    Élémentaire, mon cher Garo!

    Mais pour mettre le doigt sur la chose, il faudrait peut-être aller voir du côté de chez Saint-Martin où la noire énergie

    pourrait nous apprendre quelque chose…Sait-on jamais!

    Bien à vous tous

    Jacques

  12. Bonjour !

    Je veux bien, cher Monsieur Bardou, vous informer un peu et comme je peux sur cette préface inédite mais je dois vous préciser qu’elle ne date pas de votre année de préférence.

    Elle a été écrite en décembre mil neuf cent soixante-dix-sept à Authon, dans le Loir-et-Cher. (Cette année-là, en décembre, le Président de la République française actuel voyait le jour, et en mai la France remportait le grand prix de l’Eurovision).

    Est-ce bien de cette préface dont vous parlez?

    Garo

  13. Si tel est le cas, sachez qu’elle a été publiée en Livre de poche (Fayard) et signée de décembre 1977 et qu’elle fait 12 pages.

    Voici quelques brefs extraits de cette préface inédite à « Démocratie française » qui pourraient, peut-être, vous intéresser :

    « Une civilisation n’apparaît pas à la sollicitation, moins encore pour répondre à la nécessité tactique, ou au besoin d’un « choc psychologique ».

    Elle vient de la rencontre de l’esprit et de la sève de l’espèce humaine. Elle s’exprime par la vision prophétique. » (pages 23 et 24)

    « Quel est le rôle de la France? (…) : être une nouvelle Grèce.

    Puis aider à germer les idées qui conduiront la survie politique du monde et celle ce notre espèce. Le laboratoire où elles se cherchent ne peut pas être localisé. Je souhaite qu’il soit proche de nous. Mais le jour où la lumière d’une nouvelle idée civilisatrice s’allumera quelque part, j’assure que nous serons les premiers à la reconnaître ». (page 24)

    Il y a t-il beaucoup de citoyens qui sont allés quérir des réponses éclairantes dans les laboratoires de recherche d’utilité publique?

    Je ne sais.

    Monsieur Jean-Pierre Luminet qui a écrit de nombreux ouvrages sur la question de notre devenir, pourrait peut-être nous apporter quelque lumière sur ce quelque part futur, ce lever de soleil que des millions et millions de pauvres en ce pays, au ras des pâquerettes – et ce n’est pas du cinéma – attendent toujours…désespérément.

    J’espère avoir répondu à votre demande, si honnête.

    Garo

    1. Vous avez répondu, vous avez donné de ce texte de M. Giscard d’Estaing un aperçu synthétique par les lignes que vous avez transcrites, qui donne déjà une idée de l’ensemble du texte qui ne doit pas différer beaucoup de la réalité, et naturellement j’aimerai tout lire, pour savoir si je me trompe, mais si je n’ai pas le temps, j’y trouve déjà une vraie utilité comme ça.

  14. Bonjour!

    Juste une petite précision.
    La transcription d’un extrait de la préface inédite à « Démocratie française », à une lettre près, n’est pas exacte.
    Ce n’est pas : « la survie politique du monde et celle ce notre espèce » mais : « la survie politique du monde et celle de notre espèce »
    Une erreur de lettre ou le « d » manquant.
    Pur hasard évidemment, cher Garo!
    N’est-ce pas Guillaume?
    Roxane

  15. Bonsoir!

    Ah, ça alors! Eh bien oui, j’ai fait une faute, Roxane… Acceptez, de grâce, ce confiteor, palsambleu!

    Décidément, jamais un coup de dés n’abolira le hasard…

    Savez-vous – mais vous ne devez point l’ignorer, puisque vous avez le livre entre les mains – qu’à la page 191

    de « Démocratie française » (Livre de poche, Fayard), il est écrit :

     » l’affranchissement ëe l’être et le tracé du destin de l’espèce »?

    Encore un d qui s’envole pour faire place à une voyelle exhaussée d’un tréma.

    Quelle ondine férue du nombre pourrait nous dire si tout ça relève ou non de la stochastique? Sur mon pauvre chêne, point de savante hamadryade munie d’une calculette pour faire descendre une certaine vérité. Alors j’attends!

    Monsieur Bardou, vous trouverez dans ce lien, des passages de la préface inédite du livre qui vous intéresse avec les commentaires d’un intellectuel indépendant :

    Publié par yuntao
    Le consensus philosophique est-il possible ? « Démocratie française » de Valéry Giscard d’Estaing

    Sachez aussi que l’auteur du livre, l’autre dimanche, lors d’un salon littéraire, à Meslay, a dit des choses particulièrement fortes et justes, des choses que n’auraient certainement pas désavouées Madame M L P et Monsieur J-L M…Au delà du médiatique et du politique, quelque chose d’incertain sans doute…

    Est-ce par hasard, si dans ce blogue, nous avons croisé son regard?

    Une réponse viendra peut-être des étoiles.

    Bonne nuit

    Garo

  16. Le contemplateur n’a pas besoin de penser
    Celui qui est charmé est à la place de ce qu’il contemple
    (encore faut-il pouvoir en faire l’expérience)
    ***
    Peut-on alors sous forme impersonnelle justifier la notion de hasard, autrement que comme jeu de joueurs qui décident eux-même de lancer les dés du hasard ? est-ce si étrange comme façon d’exister, est-ce perché si haut dans les étoiles projetées sur les plateaux de jeu des regards s’éveillant à la contemplation ?

  17. Oui, ce sont là de très bonnes questions, en effet !
    Mais ce serait plutôt à Monsieur Luminet de répondre…Il a fait des études et c’est un spécialiste en la matière.
    Quant à l’idée de contemplation en sciences dures, je demande à voir où sont les références.
    Bonne soirée
    Roxane

    1. Je ne sais pas à quoi me référer, ce sont mes expériences et mes pensées. Je sais qu’elles sont partagées par d’autres êtres, mais voyez-vous, c’est comme la musique. Les instruments sont partagés, et les sons possibles sont partagés, et pourtant chacun peut créer une mélodie originale.
      Je suis toujours un franc petit garçon qui n’a pas besoin de paraître autrement qu’il est et qui est bien embêté par ce qu’on lui a raconté. Si j’avais emprunté la musique ou les paroles d’un autre, j’aurais fait un effort de mémoire, et j’aurai prolongé l’effort jusqu’à citer mes sources. Pour moi le déguisement n’est estimable qu’au théâtre. Vous me direz alors que je parle par une mémoire inconsciente. C’est possible, mais ça ne remet pas en cause le choix de la franchise.
      D’autre part, je ne me sens nullement obligé de trouver des références pour rendre plus crédible ma pensée, mais je sais que citer des références peut prouver le sens d’un être libre autant que l’insignifiance d’un être asservi.
      Ce serait d’ailleurs dommage que quelqu’un qui trouve quelque chose ne soit pas crédible parce qu’il ne peut pas ou ne veux pas citer de références.
      ****

      Il m’a fallu une heure pour écrire ce petit commentaire. et juste avant, j’avais l’impression en travaillant mes très modestes constructions mathématiques, d’être l’instrument d’un programme externe à mon corps qui me replaçait devant chaque erreur interne pour la corriger : j’avais l’impression de trouver une aiguille dans une botte de foin, quelque chose me la mettait en face des yeux. Ça peut s’expliquer par une recherche puissante et continuelle dans la botte de paille, mais quand vous croyez que tout est juste et qu’il n’y a pas d’aiguille à trouver, à ce moment là une absence de hasard vous plonge dans la botte de paille les yeux en face de l’aiguille . Il est très possible que je m’illusionne en ce moment, mais ça vaut la peine d’être exploré.

      ***
      Comment vous débrouillez-vous avec la croyance, chers lecteurs, êtres explorateurs et explorés de ce blog qui lisez ces lignes, et que nous ne connaissons malheureusement pas encore ?

  18. Bonjour!

    Mais si, mais si, la contemplation est bien à la page, comme chez Jean-Pierre Changeux qui habille son homme neuronal d’une dernière touche spinozienne pour en faire un modèle que nous puissions contempler. Et dans l’alpha et l’oméga d’Ivar Ekeland, l’homme est perdu dans sa contemplation et partout le ciel est bleu…Saint Antoine au Prado oblige!

    Elle est aussi chez Jacques Réda qui cite Jean Follain dans ses conférences, à la ville.

    Jean Follain écrivait dans « Chef-lieu » cité dans par G.Bachelard, page 94 de son livre « La poétique de la rêverie »:

    « Il y avait de ces matins où pleurait la substance… Déjà ce sentiment d’éternité que porte en elle la petite enfance avait disparu ».

    J’aime cette surenfance quand on prend le droit de rêver.

    Je me souviens d’un jour d’été, pas si lointain, où une amie parisienne était venue avec ses proches saluer le croquant sous son arbre.

    Sur la sente agreste, portant au cou sa petite fille qui pleurait de chaudes larmes, visiblement peu intéressée par le spectacle de la nature et probablement fatiguée par le voyage – sa maman sans doute, sans microphone et sans caméra se posait des questions.

    Il en est une non exprimée que j’ai cru entendre : « La campagne est-elle de mise dans une réflexion sur le bonheur? »; bonheur qui n’est plus dans le pré, comme l’écrivait, l’un de ses collègues qui en a vu des villages et des maires!

    Contemplation, certes, mais point sans volonté d’intellectualité. Je me souviens de ce correspondant nonagénaire et spécialiste reconnu des sciences de l’éducation, me parlant des dieux de l’Olympe – et surtout du nouvel esprit scientifique pour changer la donne dans l’enseignement.

    Chemin faisant, nous devisions sur les animaux paissant, placides, et dans mon for intérieur je pensais à ce vieux dilemme : dionysiaque, apollinien…Il convient d’être l’un et l’autre, écrivait en « réalité » le physicien.

    Mon hôte, celle dont je vous parle, vous la verrez ce soir, 9 octobre, Monsieur Bardou, Monsieur Luminet et les autres s’ils sont là, dans la boîte à images sur la chaîne nationale France 2, à 23 H 10, en enfer où l’on peut lire E.Todd, I.Kadare et Voltaire en bombant le torse.

    Point de salutations paysannes en tel documentaire mais « salutations révolutionnaires » à l’ordre du jour, puisque tel est le titre de son récit, si bien écrit et si parlant.

    Alors à vos postes de télévision, ce soir!

    Mais de grâce, n’oubliez pas ce passage de Gaston Bachelard, page 141 de « La poétique de la rêverie  » ! Le voici :

    « Une ontologie à deux pôles unis répercute ses certitudes. Le rêveur serait trop seul si l’objet familier n’accueillait pas sa rêverie. Jean Follain écrit : « Dans la maison refermée il fixe un objet dans le soir et joue à ce jeu d’exister » En « ce jeu d’exister » comme le poète joue bien ! »

    Et pour peindre ce passage vespéral, je ne vois que cette citation qui m’arrive aux aurores et que je vous donne à méditer et à chanter pour le plaisir :

    Mardi 09 octobre 2018
    Citation du jour
    “Si le bonheur existe, C’est une épreuve d’artiste.”
    de France Gall
    Extrait de Cézanne peint

    GARO

    Ce commentaire a été écrit avant de lire le dernier commentaire si édifiant de Monsieur Bardou, que je découvre, à l’instant.
    Bonne journée à vous tous.

  19. Bonjour!

    Même si je suis des autres, je suis là.

    Je reprends la page 141 de « La poétique de la rêverie » que vous citez, Garo, et je continue la phrase que vous avez
    citée en partie : « Il désigne son existence à l’objet sur la table, à un détail infime qui donne l’existence à une chose :
    « La moindre fêlure d’une vitre ou d’un bol peut ramener la félicité d’un grand souvenir les objets nus montrent leur fine arête étincellent d’un coup au soleil mais perdus dans la nuit se gorgent aussi bien d’heures longues ou brèves » (Jean Follain, Territoires)
    Il y a plus loin page 146, ce passage de « La poétique de la rêverie » qui va intéresser, peut-être, les universitaires qui font des thèses et qui pensent que le lyrisme rédien est, de fait, celui d’un je qui occasionnellement cède la place au nous. Voici cet extrait :

    « Il faudrait, pour le moins, classer ces « je » en trois espèces : le « je » du sommeil — s’il existe ; le « je » de la narcose — s’il garde valeur d’individualité ; le « je » de la rêverie, maintenu dans une telle vigilance qu’il peut se donner le bonheur d’écrire. Qui fixera jamais le poids ontologique de tous les « je » imaginés ? Un poète écrit : Ce songe en nous, est-il le nôtre je vais seul et multiplié suis-je moi-même, suis-je un autre ne sommes-nous qu’imaginés . Y a-t-il un « je » qui assume ces multiples « je »?  »

    Garo, vous écrivez : « Il en est une non exprimée que j’ai cru entendre »

    Petit détail sans importance pour les gens peu enclins à la politesse de la langue mais le mépriser à votre endroit serait une faute.

    J’aurais écrit « cru » avec un e final car le participe passé, quand il est suivi d’un attribut du complément d’objet direct (en l’occurrence « entendre »), s’accorde avec ce complément (le relatif « que » mis pour une question) quand celui-ci précède le participe.

    Nous avons de la chance, Monsieur Luminet, notre rédacteur en chef, est très indulgent, palsambleu!

    Roxane

  20. Une bonne question, Guillaume, et un commentaire d’une heure, en effet bien édifiant!
    Je répondrai la croyance littéraire liée à la compréhension émotionnelle; une croyance qui doit se montrer fine mouche si elle ne veut pas se froisser les ailes au roc des choses établies par le savoir, comme l’a écrit dans ses intuitions raisonnées, quelqu’un (un physicien) qui vit et pense avec la science.
    Pour le reste, je n’ai pas de références particulières et surtout originales à vous proposer…Ne m’en voulez pas!
    Je ne suis pas couché dans le foin ni sous un arbre et, à trois coudées de mon alcôve, l’aiguille de la vieille comtoise me regarde.
    Alors, comme dirait l’autre, je botte en touche…et vais faire un petit somme.

    Jacques

  21. Bonjour!

    Merci Monsieur Bardou. Très sincère et très juste ce que vous écrivez.
    Vous me faites penser à Jean Guitton, de l’Académie française qui a écrit, il y a quelques années, ses remarques sur la « découverte » d’un trèfle à quatre feuilles par son amie Solange. Aussi a-t-il tenté de décrire un phénomène qui a les apparences d’un « appel » ou plus exactement d’une réponse rapide, irréfléchie, immédiate, à un appel. Solange dans la prairie, ne projette pas une image de trèfle à 4; elle ne balaie pas les possibilités, comme pourrait le faire un ordinateur. Tout se passe, dit Jean Guitton, comme si le trèfle à 4 percevait Solange avant qu’elle ne l’aperçoive. En quatre pages, Jean Guitton relate et questionne sans donner une réponse définitive à ce minuscule phénomène que d’aucuns pensent attribuer à une manière de cryptesthésie. (Revue métapsychique n° 23-24 Années 1976-1977, pages 11 à 14)
    Cette faculté bien existante peut-elle apporter quelque chose à notre vie sociale et répondre à la question incandescente politiquement posée : celle du bonheur?
    Hier, 9 octobre, peu de militants dans les rues pour défendre un certain pouvoir d’achat. Les retraités silencieux qui touchent une pension inférieure au seuil de pauvreté ne peuvent pas se payer le trajet pour aller à la » manif » (le prix du carburant étant si élevé).
    Nos tribuns et professeurs d’université qui n’ont pas de soucis à se faire pour leur retraite peuvent-il vraiment faire quelque chose?
    Du balayeur au président, ils sont paumés, les pauvres gens…On le sait bien et on connaît ce refrain!
    Alors où trouver le porte-bonheur, palsambleu?…Dans le pré, dans le chœur d’une église ou vers de lointains rivages?
    Plutôt laisser tomber et vivre dans son nulle part…
    En attendant Godot!
    Beau film, hier soir, à la télévision, sur Carlos et bravo Sophie! Un documentaire courageux, pudique et bien dosé.
    J’ai relu une lettre, non point celle du prisonnier de Poissy, mais celle de la mère d’un autre Carlos.
    Elle me parlait d’enfance et de poésie…Un rai de lumière dans la nuit.

    Garo

    1. « faire quelque chose… » ?

      Nous ne savons pas habiter les contrastes sans détruire la diversité. (Si un tel être ne sait même plus ce qu’est un sacrifice, mieux vaut qu’il ne donne rien à personne).

      Comme aux tournants des siècles précédents, le monde terrestre fait tout ce qu’il y a de plus difficile pour s’expulser des habitations ténébreuses, puisqu’il est capable d’habiter les contrastes sans détruire même son ventre – l’omphalos du pouvoir d’ubiquité – accouchant depuis partout, ensevelissant, toujours lui-même :

      « Nos grandes révolutions ont été des explosions populaires contre l’égoïsme du passé. Elles ont substitué la multitude au petit nombre et déchaîné toutes les convoitises. Elles n’ont pas introduit un nouveau principe de morale publique et de
      vertu privée. Cette règle d’action qu’on n’a point proclamée se nomme la loi du Sacrifice. On ne veut rien sacrifier ; on veut tout acquérir ou tout garder. Par cette absence du principe
      moral, nos sociétés vont droit à leur perte. »

      Extrait de la préface de Émile-Louis Burnouf à sa traduction de La Bhagavad-Gîtâ (1861)

      Ces paroles n’ont sauvé ni leur auteur ni son époque. Tout être est illusionné par le mouvement qui le localise : il peut prononcer des paroles vraies (l’arrêt psychologique est une force de la nature), tout en étant possédé par une volonté fausse (c’est souvent mon cas).

  22. « Il y a dans toute conquête un sacrifice » (Bachelard, Études, page 82)

    Quand des universitaires parlent de « sacrifice paysan », par exemple, on peut se poser la question : Pour quelle conquête?

    La citation de Monsieur Bardou et de son constat final nous invitent à réfléchir, autrement dit agir.

    Autrement dit trouver les mots justes au bon moment, comme l’écrivait Hannah Arendt.

    Demain soir, sous mon arbre, tenant conseil avec des gens de mon espèce sociale, nous ne pérorerons à l’infini sur les raisons qui font que les hommes déraisonnent dès lors qu’ils vivent en groupe…

    Pour ma part, je me limiterai à un compte-rendu.

    A chacun son conte du lundi…

    Avec et sans littérature.

    Avec et sans l’éclair de l’épée.

    En tout cas avec plaisir.

    Garo

  23. Dieu a décroché son téléphone et le temps presse…disait, ce cher Arthur K…

    Le silence de Guillaume se fait pesant, médiumnique…

    A quand son menuet d’aurore?

    Avec Garo et quelques autres peut-être, nous n’avons que ce prélude de Frédéric Chopin :
    “Bach est un astronome qui découvre les plus merveilleuses étoiles. Beethoven se mesure à l’univers. Moi, je ne cherche qu’à exprimer l’âme et le coeur de l’Homme.”

    Roxane

  24. Intermezzo…Pourquoi pas?

    Mais avant toute chose, petit message personnel.
    Gare aux champignons, m’avez vous dit !Je suis bien allé voir l’apothicaire, ce matin.
    C’était un « cèpe fragrance », selon ses dictionnaires et ouvrages de mycologie.
    Comestible .Oui mais, cette après-midi, en le coupant en morceaux, le voici qu’il devient bleu, palsambleu!
    Et de le jeter illico sans demander mon reste…Bolet de Satan ou non!
    Pour votre livre en langue espagnole, l’amie du bout du monde est aux anges, elle le lira, c’est sûr!
    Quant à Facebook, je ne connais pas cet animal dont on parle tant, et oncques de ma vie, j’ai lorgné de son côté.
    Faut dire que sous mon bon petit coin d’arbre, je n’ai pas grand-chose à vendre, que diantre!
    Brisons là !

    Lectrice et lecteur de ce commentaire un peu à part, savez-vous que dans quelques heures, à l’intérieur d’une chapelle berrichonne, notre blogueur préféré donnera conférence, à quarante-huit lieues de mon vieil arbre?
    Il parlera avec tout son talent d’orateur, sa science et sa ferveur d’un musicien, d’un pianiste : Franz Liszt.
    Un compositeur dans les étoiles qui définissait la psychologie du virtuose en ces termes : « Il lui faut sentir qu’il ébranle, qu’il émeut ceux qui l’écoutent…qu’il les entraîne enfin à sa suite, dans sa migration vers l’infini, comme le chef des troupes ailées lorsqu’il donne le signal du départ est suivi par tous les siens vers de plus beaux rivages. »(F. Liszt)
    Monsieur Jean-Pierre Luminet aura probablement une pensée pour Gaston Bachelard – encore lui! – qui cite, page 177 de « La poétique de l’espace », ce musicien qui « fixe le temps dans l’espace » (Adorno, « Essai sur Wagner »). Des universitaires passionnés et passionnants se sont plu à nous parler de Bachelard musicien et la référence d’icelui à Liszt les a incité à faire cette remarque de précision et de bon aloi :
    G.Bachelard écrit Listz au lieu de Liszt. Je regarde, à cet instant, Le sommeil d’Endymion sur la couverture du livre de Roland Barthes, intitulé « S/Z »…A cette heure tardive, je n’ai pas sommeil.
    Ce musicien était une star, un musicien « humanitaire » d’après les journalistes de ce temps-là, il pensait au peuple, aux faibles, à ceux qui souffrent et tirent le diable par la queue pour s’en sortir. On l’a vu donner des billets de banque aux mendiants…Comme notre star : Johnny Hallyday.
    Un jour, dans l’un de ses livres, un ami parlait d’asymétrie dans l’espace d’une porte sur l’enfer…Il y avait là, à distance, Michel Serres et le chanteur.
    Dans les Banquets nocturnes du Parasite, le diable et l’amour ont voix au chapitre. Et, dans son pays, la vedette de la chanson, si j’ai bien entendu, parlera à son démiurge.
    J’imagine, ce jour, un brave auditeur un peu gonflé, poser la question au tribun billettiste : Le pays de Johnny et de Franz est-il celui qu’habitait Albert Einstein?
    Le devoir du conférencier, aujourd’hui, là-bas, est peut-être de nous « orienter » vers la contrée où regarde celle ou celui qui vit et pense avec la science…Qui saura?
    J’espère qu’il nous en touchera un mot dans son prochain billet.
    Et puisse les étoiles, en cet après-midi, danser la salsa sous la baguette du maestro célébrant le génie béni parmi tous les musiciens!

    Garo (23 / 24 octobre 2018)

  25. Bonjour!

    Oui, vous avez raison, il faut faire attention aux champignons!

    On n’est jamais trop prudent avec ces végétaux.

    Brisons là comme vous dites, au risque de n’en voir que du bleu!

    C’est un peu facile lorsque que l’on a l’argent à gogo de distribuer devant tout le monde des billets de cinquante euros aux SDF.

    Cet après-midi, je ne suis pas certaine que la gent travailleuse manuelle, paysans, commerçants et ouvriers remplira la salle de la chapelle des rédemptoristes, à Châteauroux, pour prêter l’oreille à la musique des étoiles du conférencier parlant du musicien hongrois…

    C’est toujours le même refrain et les pauvres – car il y en a – restent sur leur faim et leur fin.

    Et franchement, Garo, vous pensez que le prochain billet de l’auteur de « Cosmologia » va y changer quelque chose?

    Faut pas rêver!

    Je vous en donne mon billet qu’il n’apportera rien au mendiant.

    Cela s’appelle l’aurore.

    Roxane

  26. Ci-dessous, Roxane, quelque chose qui parle « de la faim et de la fin », et que je ferai figurer dans mon livre « L’Existence », pour atténuer l’hermétisme mathématique de votre « menuet d’aurore » (vous m’avez fait un drôle d’effet par ces deux mots !) :

    NOW

    Le formalisme mathématique consiste à décrire une idée qui serait plus imprécise ou plus longue à traduire avec les mots usuels du langage. Ce qui se cache derrière cette apparence nous échappe pourtant, et de même nous accomplissons souvent les bonnes choses sans en avoir ni la conscience ni le plaisir. On peut donc exister utilement dans l’action de l’être impersonnel tout en étant ignorant dans l’action de l’être personnel.
    Il y a une certaine liberté dans la mise en forme d’une idée, et plus généralement dans la production de tout acte. Dans des domaines d’activité aussi variés que les sciences, les arts, le sport, ce sont les expériences faites qui donnent la vérité d’un énoncé, d’un sentiment, d’un geste. Une vérité relative ressemble beaucoup à une vérité absolue, en elle il y a toujours un besoin de cohérence. Celui qui pense de façon personnelle ne fait que vouloir accorder son geste à sa volonté, et il s’attache à une satisfaction, à la logique, à tout ce qui semble pouvoir se terminer. En mathématique tout comme en science physique, ce sont les applications numériques des énoncés qui doivent correspondre à ce qui est observé, ce sont elles qui interroge l’honnêteté intellectuelle de devoir ou non modifier l’énoncé. Ici aussi, la conscience du processus n’est pas indispensable pour que le processus s’accomplisse. Dans tous les aspects des mouvements de tous les êtres de différents niveaux de complexité, il y a toujours cette confrontation plus ou moins consciente avec la vérité relative, qui est l’accord de l’action de l’être avec le mystère. En relativité les contrastes n’ont rien d’absolu ; ce qui est froid pour vous peut me paraître tiède. L’existence prend alors toute sa richesse de jeu de possibilité dans la conscience impersonnelle de la vérité et de l’erreur relatives.
    Partant de presque rien, l’homme mental dira qu’avec du temps et par l’effort de revenir sans cesse sur l’idée floue et petite de départ, celle-ci se clarifie et s’étend, et la connaissance et la conscience s’augmentent. Mais cette vérité relative a atteint sa limite, cette idée, et sa mise en forme en mot, est emblématique d’un filtre de l’existence omnipotent sur Terre qui est celui de l’homme mental, qui est maintenant au fond de l’impasse parce qu’il ne peut pas aller plus loin sans savoir pourquoi, et qu’il doit regarder autre part pour ne pas retourner en arrière.
    Il y a une certaine liberté dans la mise en forme d’une idée seulement si l’on est capable de la suspendre. Le travail de la pensée mène maintenant plus souvent que par le passé à un choc contre un mur, à une sensation de vide existentiel. Un geste réussi, quelle que soit sa forme, est mentalement suivi de commentaires et d’analyse, mais toute cette pensée secondaire est incapable à elle seule d’engendrer à nouveau le geste. Elle l’annihile même, le laissant localisé dans un coin des apparences de l’être seul au monde. Ce dernier est pourtant un héros, mais pas pour lui-même ; il lui faut un élément de mystère, l’engagement ou plutôt le réengagement du corps dans un élément de mystère. Certains ont déjà expliqué comment, en occident surtout, dans la Grèce antique, la séparation de la religion et de la philosophie ont rendu la première ignorante et grossière et la seconde sèche et impuissante. Nous avons hérité de cette ligne de développement civilisationnel la liberté technologique, mais nous payons encore son prix de souffrances. Maintenant, il est possible de revenir à l’être, le grand qui contient tout et le nôtre qui lui ressemble, et de façonner l’homme postmental dans la conscience d’un pouvoir impersonnel contenant son pouvoir personnel. La présence de l’être est la cause de tout, elle en est la conséquence aussi.
    L’ubiquité peut devenir le maître mot dans lequel l’existence individuelle puisse maintenant se projeter, avec comme mise en œuvre pratique la suspension de l’action secondaire et personnelle pour la réussite de l’action impersonnelle de l’être individuel en soi et en de nombreux soi. Les sensations d’attirances ubiques sont soi-même qui se découvre, et cette augmentation est faite par le don de soi à Soi (la majuscule est pour un des êtres qui nous contient), mais ce sont deux êtres qui ne sont pas au même endroit dans ce qui constitue les apparences de l’univers relatives. Les sensations de repoussement ubiques sont soi-même qui se cache, et cette diminution est faite par l’absence de don de soi à Soi, et il n’y a qu’un être à un seul endroit, dont la volonté personnelle est possédé par un impersonnel qui ne peut pas être découvert, et qui fait mal par cette impossibilité.
    On voit que la volonté impersonnelle qui agit dans ce réseau d’incarnation et de choses peut devenir consciente. Les premiers sacrifices avaient le sens de don sacré, parce qu’ils étaient la recherche de la sensation d’ubiquité, dans le don de la pensée trouant le vide du ciel, et ils étaient efficaces pour créer le lien dans l’être mental. Nous en avons hérité différents aspects de nos corps au moins autant que les applications du mental à la connaissance de la génétique et de la culture. Maintenant le sens du sacrifice s’est perdu, on ne voit plus, on ne cherche plus, on est égaré dans l’impasse de la pensée secondaire qui ne commande que le faux sacrifice, celui qui fait un bien et un mal qui reste piégé dans les contrastes.
    La localisation n’est qu’une des régions de l’être total. Pour Cela qui est pleinement ubique, la destinée individuelle d’un être sur le front duquel ne passent que les ombres d’une poignée d’autres êtres… cette destinée n’est signifiante que par le don de soi à Soi. Faut-il préciser que ce don n’est pas un modèle descriptible en termes mentaux ? Car là encore l’imagination le détruit, en refaisant passer l’existence en mode localisé. Quelqu’un qui offre un cadeau peut être capable de se sentir heureux à la place de celui qui le reçoit et en même temps à la sienne, c’est une approche le plus souvent inconsciente, dont la réussite en tout cas dépend de l’impersonnel et pas d’une imitation forcée. La connaissance de ce bonheur est suffisante pour la connaissance de ce qu’est la suspension, pour qu’elle ne se pervertisse pas en insignifiance et en impuissance. C’est au vide, et dans le vide, que nous offrons quand nous offrons à ce que nous comprenons ensuite comme divin, univers, système de relations ubiques, ou autres choses encore de ce que nous voulons, pouvons, ou ce qui nous arrive. Et plus loin aux yeux que nous empruntons, aux poitrines et aux bras, aux distances qui disparaissent, à la force, à une pluie de temporalité, aux nombres. Ce don de soi à Soi qui ne peut pas être contraint garantit l’existence, la survie d’une espèce qui a déjà su s’aimer en traversant le filtre divin, et qui pour cet amour tendre et dur devrait réussir à ne pas perdre ce qui a été fait.
    Le transfert en soi des ubiquités observées hors de soi est maintenant une science indispensable, et même si le contact avec la Terre est toujours évité car dangereux pour certains de ceux du ciel, je conclurai par un cliché un peu banal, mais c’est vrai, « nous sommes attendus »… par ceux qui maîtrisent leurs êtres et font leurs gestes avec les sources les plus pures de nos spontanéités, que nous leur donnons, et qui sont pourtant pour nous.

  27. Merci Guillaume.

    Faim et fin. Un exorde d’excellence qui m’incite à vous écrire cette citation aurorale où vous allez lire ou relire les derniers mots de

    « Electre » de Jean Giraudoux :

     » – La femme Narsès :

    Oui, explique! Je ne saisis jamais bien vite. Je sens évidemment qu’il se passe quelque chose, mais je me rends mal compte.

    Comment cela s’appelle-t-il, quand le jour se lève comme aujourd’hui et que tout est gâché, que tout est saccagé, et que l’air pourtant se respire, et que l’on a tout perdu, que le ville brûle que les innocents s’entre-tuent, mais que les coupables agonisent dans un coin du jour qui se lève?

    – Electre :

    Demande au mendiant. Il le sait.

    – Le mendiant:

    Cela a un très beau nom, femme Narsès. Cela s’appelle l’aurore.

    Fin de citation et fin de la pièce.

    Pour le reste, à ma table d’existence, je vais demander à Jacques, aux matines sonnantes, de

    bien vouloir nous apporter quelque chose…

    Puisse-t’il en être ainsi!

    Roxane

  28. Oh là là, quelle responsabilité, vous me donnez là, chère Roxane!

    Entre laudes et matines, je veux bien essayer librement de vous dire quelque chose ou plutôt de me risquer à donner une suite incertaine à défaut d’être enchantée, au dernier commentaire

    plein d’esprit de Monsieur Bardou, auteur d’une « existence » que j’aimerais tellement lire.

    En relisant ce commentaire généreux, je n’ai pu m’empêcher de penser à Michel Foucault et à son « Archéologie du savoir »

    où il traite justement de la « formation des modalités énonciatives » et finalement du discours qui n’est pas la vie.

    Il me vient à l’esprit une autre conclusion, celle du « Nouvel esprit scientifique » de Gaston Bachelard où le dernier chapitre est consacré à « L’épistémologie non-cartésienne ». Voici la dernière phrase :

    « Si l’on savait doubler la culture objective par une culture psychologique, en s’absorbant entièrement dans la recherche scientifique avec toutes les forces de la vie, on sentirait la soudaine animation que donnent à l’âme les synthèses créatrices de la Physique mathématique »

    Hier, chemin faisant, je pensais à un autre livre « La philosophie du non » de cet auteur, publié en 1940.

    Avec des amies, je flânais sur quelques sentes de la dolce France où dans la plaine d’à côté les machines labouraient, récoltaient…

    A la porte de l’église du village, un casque suspendu troué par l’artillerie allemande. C’était le vingt-deux juin mil neuf cent quarante et le jeune lieutenant défendait son clocher.

    Dans le soleil d’un chœur, peut-on trouver « la science promise » et la présence de celles et ceux « qui nous attendent »?

    Mécréant jusqu’au bout des ongles, je chercherai encore et encore à localiser, à identifier.

    Ma manière bleue, peut-être, à moi, d’exister.

    Jacques

  29. Bonjour, chers amis commentateurs et bonjour à vous, Monsieur le billettiste, si vous êtes là!

    En relisant les propos précédents sous mon arbre de campagne, je serai tenté de vous dire que toute cette culture étalée me laisse coi.

    Je regarde le passant dans le mail d’en face donnant l’impression de parler tout seul, comme s’il n’était pas vraiment au monde. Absent.

    Pionnier sans doute de la réalisation concrète d’une sorte de télépathie pour tous. Vive la puce W1 et les oreillettes de l’ubiquité, cher Guillaume!

    Revenons à nous, enfin! Prosaïques et les pieds bien sur terre. Plus d’un, sans doute, eût aimé aller écouter sans minuscule quincaillerie sectionnant les lobes de nos feuilles, la conférence de Monsieur Luminet parlant de Liszt dans les étoiles, en quelque belle cité indrienne.

    Mais rien de nouveau sous le soleil, on n’est pas tous logé à la même enseigne sociale, palsambleu! Pour aller là-bas, il m’aurait fallu dépenser 40 euros de carburant et 15 euros pour l’entrée. Par les temps qui courent, il faut faire des choix qui ne posent pas problème à certains actifs et retraités qui eux, n’ont pas de souci à se faire de ce côté-là.

    De cette conférence pour gens bien endentés, nous n’avons aucune vidéo disponible et nous ne savons rien du public qui s’est déplacé. Motus et bouche cousue, chez les organisateurs.

    Nihil novi sub sole

    Chers amis universitaires, cher artisan écrivain, cher musicien de la voûte étoilée, dites, je vous prie, au croquant qui vous écrit ces lignes, s’il a bien raison le médiologue de faire ce signe en latin, d’un air las, en ce matin d’octobre, jugeant la Singularité si improbable qu’on ne saurait l’envisager sérieusement.

    A chacun sa « consolation »!

    Garo

    1. Mais nous réussissons à danser ensemble sous le soleil et c’est déjà pas mal . Par exemple la modestie de Jacques qui est manifeste est une beauté sous le soleil .

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