Douze vignettes astropoétiques (1-6)

1- Exoplanètes

Une exoplanète, dite aussi planète extrasolaire, est une planète en orbite autour d’un étoile autre que le Soleil. Depuis Kepler et Galilée, qui au début du XVIIe siècle avaient compris que les étoiles devaient être d’autres systèmes solaires, les astronomes savaient qu’elles pouvaient exister, mais aucune technique d’observation ne permettait de le prouver. Les distances immenses qui les séparent de nous, ainsi que l’infime luminosité de ces corps célestes si petits en comparaison des étoiles autour desquelles ils gravitent, rendaient leur détection impossible. Ce n’est qu’en 1995 que les premières exoplanètes ont été observées, d’abord de manière indirecte, puis à partir de 2008 de manière directe.

La plupart gravitent autour d’étoiles situées dans la banlieue proche du Soleil. A ce jour, plus de 2000 exoplanètes ont été confirmées, et des centaines supplémentaires sont en attente de confirmation. En réalité, il existerait au moins 100 milliards de planètes rien que dans notre galaxie, dont 17 milliards de « taille terrestre ».

On a d’abord détecté majoritairement des planètes assez particulières comparées à celles présentes dans le Système solaire, en l’occurrence des planètes gazeuses très massives et très proches de leur étoile hôte, des « Jupiters chauds » qui ont forcé les astronomes à revoir les modèles de formation des systèmes planétaires qu’ils avaient élaborés en se basant sur notre seul Système solaire alors connu.

Depuis que les méthodes de détection se sont affinées, les astronomes visent à mettre en évidence des planètes ressemblant à la Terre, des « exoterres », en particulier celles qui orbitent dans la zone potentiellement habitable de leur étoile, et peuvent donc héberger des formes de vie comparables (ou pas) à celles connues ici-bas.

Les astres sont de grands animaux
les planètes naissent des soleils
écume dégorgée
ce sont les amours du fer et de l’aimant
(J.-P. Luminet, Itinéraire Céleste, 2004))

2- L’expansion de l’univers

Dans les années 1920, les astronomes ont découvert que les galaxies s’éloignaient de nous, animée d’une « vitesse de fuite », et qu’elles fuyaient d’autant plus vite qu’elles étaient plus lointaines. « Vives les nébuleuses se trissaient en formant un espace au nez creux », écrivit plus tard Raymond Queneau dans sa Petite cosmogonie portative. Oui, mais comment des objets aussi massifs que les galaxies pouvaient-ils avoir réellement des vitesses de 5 000, 10 000 ou 50 000 km/s ? Ce fut une énigme jusqu’à ce que le génial savant belge Georges Lemaître, en 1927, comprenne que ce ne sont pas les galaxies qui s’éloignent réellement de nous, mais c’est l’espace qui nous en sépare qui est en expansion. Le contenant se dilate, donnant l’illusion que les galaxies lointaines – le contenu – s’éloignent les unes des autres. Il s’agit en fait d’une conséquence incontournable de la théorie d’Einstein, la relativité générale. Mais Einstein lui-même était passé à côté !

La différence entre vraie vitesse des galaxies et dilatation de l’espace est fondamentale. D’une part, l’univers est en expansion en chacun de ses points et pas seulement autour de nous, de sorte qu’il n’y a pas de centre d’expansion particulier. D’autre part, il peut se dilater à une vitesse arbitrairement grande et emporter les galaxies à des vitesses apparentes supérieures à la vitesse de la lumière, sans contrevenir aux lois de la relativité.

« L’espace était permanent. Il n’était pas invariant. Même il variait constamment. Pendant longtemps il fut en augmentation », a écrit Henri Michaux. On se demande aujourd’hui si « l’augmentation » de l’espace se poursuivra à jamais, ou bien si un jour l’univers se recontractera pour s’effondrer dans un « Big Crunch ». Aux dernières nouvelles, non seulement l’espace est en expansion perpétuelle, mais il accélère sa vitesse d’expansion. Ce faisant, il refroidit. Irons-nous jusqu’au zéro absolu ?

3- Les galaxies  

Au XVIIIe siècle, à mesure que les astronomes ont scruté le ciel avec des télescopes de plus en plus puissants, ils se sont aperçus que les étoiles n’étaient pas les seuls objets brillants du ciel, mais qu’il y avait aussi de faibles taches de lumière ressemblant à des nuages, qu’ils nommèrent des nébuleuses. Ils ont remarqué que beaucoup de nébuleuses avaient l’aspect de minuscules tourbillons constitués de spirales lumineuses. Certains ont alors fait l’hypothèse que l’espace, tel un vaste océan, était rempli d’une multitude « d’îles » semblables à notre propre Voie lactée, chaque île regroupant de grandes quantités d’étoiles, séparée des autres îles par de vastes zones vides.

Ce n’est qu’en 1924 que les astronomes ont prouvé définitivement que les nébuleuses spirales étaient bien des galaxies indépendantes de la nôtre. Dès lors, notre propre Voie Lactée est devenue une galaxie parmi d’autres. On en connaît à présent des dizaines de millions, et l’Univers observable en contient probablement mille milliards, chacune comprenant des étoiles -cent milliards en moyenne-, du gaz et des poussières interstellaires.

Mais toutes les galaxies n’ont pas la forme de spirale. Il y en a des elliptiques, des lenticulaires, des spirales barrées, des irrégulières et des « particulières ». Comment se sont-elles formées dans l’histoire de l’univers ? Comme le dit le poète :

Pour scintiller au large
les galaxies prennent souffle de lumière
dans le magma silencieux des origines.
(Maurice Couquiaud)

4- La relativité quantique

L’équation du feu n’est pas linéaire
un mot un seul mot suffit
à perturber l’espace
Il annule d’une saison
le cercle de la lumière 

Il emmène ses bagages
vers l’infra-rouge probable
étire son miroir
jusqu’aux limites extrêmes
où fleurit la genèse 

Tout devient si jeune et si vaste
les jeux de mots et des jets d’eau
les pierres fondues dans la rivière
comme des bêtes familières
venues d’un autre monde

(Jean-Marc Debenedetti)

Ces « bêtes familières venues d’un autre monde », qui est celui de notre intellect tentant de déchiffrer l’énigme du monde, portent le nom de « théorie des cordes » et de « gravité quantique à boucles »… Mais il faut bien admettre qu’elles ne sont guère familières. Elles cherchent à unifier les quatre interactions fondamentales que nous connaissons, à savoir la gravitation d’une part, décrite par la relativité générale d’Einstein, l’électromagnétisme et les interactions nucléaires forte et faible d’autre part, décrites par la mécanique quantique. La théorie des cordes part d’une idée très élégante qui consiste à représenter les constituants fondamentaux de la matière non pas comme des particules ponctuelles, mais par des segments d’espace unidimensionnels de très petite taille, qui vibreraient à la façon d’une corde. Dans ce schéma, toute particule, quelle que soit sa nature – photon, électron, proton, neutrino, etc. – est représentée par le même objet géométrique, et ce sont les modes vibratoires de la corde qui nous la font paraître sous tel ou aspect particulaire. Il s’agit là d’un beau pas conceptuel vers l’unification de la physique, puisque les centaines de particules élémentaires apparemment distinctes les unes des autres se regrouperaient en seulement deux familles, les cordes ouvertes et les cordes fermées.

Une autre piste vers la relativité quantique est la gravitation quantique à boucles. Ce terme un peu barbare cache une idée somme toute naturelle : la quantification de l’espace-temps lui-même. On sait qu’en physique quantique, il existe des quantités irréductibles de certaines grandeurs, des « quantas ». Or, en relativité générale, la gravitation est modélisée comme une propriété géométrique de l’espace-temps. Si l’on veut quantifier la gravitation, il faut donc supposer l’existence d’unités élémentaires d’espace et de temps.

Cela change du tout au tout la description de la réalité à très petite échelle, dans la mesure où il faut abandonner la notion de fond continu (comme c’est encore le cas en théorie des cordes), au profit d’un réseau discontinu d’ « atomes d’espace », interagissant et évoluant par petits sauts temporels correspondant à des « atomes de temps ». Les mathématiques qui en résultent, dites « réseaux de spins », sont de même nature que celles qui tentent de décrire le fonctionnement de notre cerveau. Les atomes d’espace sont l’équivalent des neurones, et les interactions fondamentales qui les relient sont comme les axones… C’est la raison pour laquelle j’ai un faible pour cette théorie, qui mêle science et conscience…

5- L’énergie noire

Selon Héraclite, profond philosophe du Ve siècle avant notre ère, « Nature aime se cacher / L’harmonie invisible plus belle que la visible. » Plus près de nous, Maurice Maeterlinck renchérit : « Tout ce qui compte se passe dans l’invisible. »

Aujourd’hui, les cosmologistes, dont je suis, n’hésitent pas à dire que l’histoire et le destin de l’univers sont réellement gouvernés par l’invisible. Non point le monde des ectoplasmes, des esprits insaisissables et autres fantasmagories, mais une forme très particulière d’énergie, baptisée énergie noire, qui ne serait autre que l’énergie du vide. De quoi s’agit-il ?

Dans la vie de tous les jours, le vide ne contient rien. On peut imaginer une boîte dont on enlève tous les objets, l’air, les microbes, les particules, le champ électrique, absolument tout, et l’on dira que cette boîte est vide, qu’elle ne contient plus rien. Or, en physique quantique, une boîte ne sera jamais vide. Même si on lui a enlevé toute particule et tout rayonnement, dans son état le plus vide elle contiendra encore un état d’énergie minimum, un état fondamental qui est aussi son état le plus stable possible. Donc le vide n’est pas vide. Il est « ce qui se fait de plus vide », mais il est bourré d’énergie résiduelle.

Hé bien l’énergie noire serait, transporté à l’échelle cosmique, cet état d’énergie minimum qui emplit tout l’espace. Car qu’est-ce que l’espace, sinon une grande boîte faite de petites boîtes? Une somme faramineuse de petites boîtes. Chaque petite boîte ne contient qu’une énergie microscopique, qu’à notre échelle nous pouvons continuellement négliger. Mais à la taille de l’univers tout entier, la somme de toutes les petites boîtes finit par dominer les autres formes d’énergie contenues dans la matière. Un peu comme la tortue finit par battre le lièvre dans la fable de La Fontaine. Le lièvre court vite, mais il se repose souvent. De même, la matière pèse lourd, mais elle est très localisée et n’occupe qu’une toute petite portion de l’univers. Le vide finit par la battre à l’usure. Ainsi, le destin global de l’univers est dicté non par les étoiles et les galaxies, mais par le vide qui les sépare.

6- L’étude des trous noirs

Il fonde dans l’abstraction une force soustrayante et fait du minimum un empire absolu.
Une force de frappe aspirante soudaine qui happe au passage goulue et qui avale comme une sorte d’insondable entonnoir des enfers froids.
Monstre qui broie bouffe digère et ne rend rien absolument rien
Ni la trace ni l’écho fussent-ils ceux de corps jadis glorieux.

C’est ce que dit du trou noir le poète, ici André Verdet. Que nous en disent le physicien et l’astronome ?

Le trou noir est une région de l’univers dans laquelle la gravité qui y règne est si forte que rien, pas même la lumière, ne peut s’en échapper. Seule la relativité générale d’Einstein permet de le décrire. La surface d’un trou noir n’est pas solide, ni même matérielle ; c’est une frontière géométrique délimitant une zone de non-retour. On l’appelle « horizon des événements », parce que tout événement susceptible de se produire au sein du trou noir est hors de vue de tout observateur extérieur.

En théorie, il peut exister des trous noirs de toutes tailles et de toute masses, allant des micro-trous noirs, aussi petits qu’une particule élémentaire avec la masse d’une montagne, aux trous noirs supermassifs aussi grands que le Système solaire et rassemblant l’équivalent de plusieurs milliards de soleils, en passant par les trous noirs « ordinaires » issus de l’évolution stellaire, dont les tailles sont de quelques kilomètres.

Il est très difficile de détecter directement les trous noirs, parce qu’ils sont invisibles et que leur taille est trop petite pour être accessible aux télescopes. Le défi posé aux astronomes est de déceler les trous noirs de façon indirecte, à travers le dernier cri de lumière émis par la matière qui y tombe. Ils y sont parvenus.

En attendant de les détecter directement, on peut les visualiser par le calcul. En 1978 j’ai réalisé les premières simulations d’ordinateur permettant de « voir » un trou noir entouré d’un disque de gaz brillant, comme si nous en étions tout proches, dans un vaisseau spatial. L’image « virtuelle » du trou noir ainsi obtenue figure aujourd’hui dans les manuels d’astronomie. Mais nulle légende ne saurait mieux lui convenir que ces deux strophes de Gérard de Nerval qui, dès 1854, décrivit la spirale tourbillonnante de matière, d’espace et de temps s’engouffrant à tout jamais au fond du néant :

En cherchant l’œil de Dieu, je n’ai vu qu’un orbite
Vaste, noir et sans fond, d’où la nuit qui l’habite
Rayonne sur le monde et s’épaissit toujours ;

 Un arc-en-ciel étrange entoure ce puits sombre,
Seuil de l’ancien chaos dont le néant est l’ombre,
Spirale engloutissant les Mondes et les Jours !

Cas d’école où l’intuition du poète a précédé celle du scientifique…

 

Suite à venir

10 réflexions sur “ Douze vignettes astropoétiques (1-6) ”

  1. Bonjour,
    Vous écrivez que les mathématiques utilisées pour étudier la gravitation quantique à boucles sont similaires à celles qui décrivent le cerveau humain.
    Pouvez-vous préciser davantage? S’agit-il de calcul stochastique?
    Merci.

    1. Non, cela implique plutôt les réseaux de neurones artificiels, les twisteurs de Penrose, la topologie des nœuds… Merci de me lire !

  2. Jean-Pierre,
    Est-ce que chaque point qui s’écarte de l’autre fait que mon corps matériel grandit un tout petit peu, mais que la somme de ces écartements sur de très grandes distances fait que la galaxie semble s’éloigner à grande vitesse ?
    Si oui, et si la matière occupait tout l’univers à l’origine, sait-on pourquoi elle s’est trouvée localisée dans le processus d’expansion ?

    1. Bonjour Guillaume,
      Non, notre corps ne grandit pas du tout sous l’effet de l’expansion universelle, celle-ci ne prenant le pas sur les forces de cohésion (électromagnétisme, gravitation) que sur de très grandes distances : une bonne centaine de millions d’années-lumière!
      Merci de commenter régulièrement mon blog.

  3. Bonsoir!

    Ce soir je prends Racine avec cette litote pour vous servir :

    Dieux ! Que ne suis-je assise à l’ombre des forêts !

    Quand pourrai-je, au travers d’une noble poussière

    Suivre de l’œil un char fuyant dans la carrière ?

    Roxane

  4. Bonjour!

    Aux aurores, heureux de vous retrouver après cette petite période estivale sabbatique qui, je l’espère, vous aura fait du bien.

    Litote, litote…Je répondrai par une tapinose : c’est vite dit, chère Roxane! Je serais plutôt tenté de dire métalepse.

    Mais bon, ne chipotons pas sur les figures de style, ce n’est pas le lieu, palsambleu!

    D’une tragédie grecque aux Chimères nervaliennes, on aimerait trouver le fil d’Ariane pour nous conduire en tel labyrinthe.

    Déconstruire la chimère, certes, et vanter la sirène, écrivait l’ami Régis Debray. Et de la grotte du poète se retrouver avec elle sur la digue de Copenhague. Ne quittons pas cette belle géographie pour le moins physicienne!

    Et de vous dire, à mon tour, que l’autre jour, à quelques lieues de mon arbre, je suis allé à l’orée d’une forêt, dans un décor de rêve, entouré de livres et frôlant dans les laies jonchées de livres, l’habit de jeunes novices tout sourire sous leur scapulaire.

    Et à défaut d’ouïr quelques bruits prophétiques, d’écouter gentiment, assis, à l’ombre de cette forêt de la Vienne, des conférenciers pérorant à l’envi sur le passé d’un révolutionnaire au bras de la fille d’un ministre du Général… Pourquoi pas?

    A chacun sa promenade en forêt avec ou sans la bénédiction de quelque seigneur!

    Et de retour sous mon arbre de faire travailler quelque peu mes neurones ensuqués.

    Un mien ami, journaliste en retraite m’écrivit, un jour de messidor, ces quelques lignes :

    « Bonjour cher (…) !

    Mais le temps passe sur nos esprits, dont on voudrait, qu’à l’image de la grenouille, il se fasse sans cesse plus volumineux par son savoir…

    Or, vous avez abordé un sujet qui me tient à cœur : le Smartphone…sorte de synapse qui nous relie à la connaissance universelle globale…

    Et qui pose le problème du savoir, puisque point ne sont loin les temps, ou notre propre cerveau, doté d’une connexion artificielle, pourra puiser directement dans la totalité de la connaissance de notre petite planète…

    Or, nous avons vécu cette période inouïe, qui a brusquement étendu la surface du savoir : en 1998 découverte de la première exoplanète …et multiplication du nombre de galaxies, passées de deux cents milliards il y a trois ans, à plus de.. ;deux mille milliards…

    Quant aux exoplanètes, la Nasa estime à…soixante milliards le nombre de planètes pouvant abriter la vie, dans notre seule galaxie !

    Voilà qui redimensionne les fautes d’orthographe de vos élèves aussi amateurs que passionnés.

    D’autant que les règles orthographiques et grammaticales, ont été le fait de la bourgeoisie instruite, pour débusquer l’inculte et l’ignare, dont on était alors sûr, qu’il ne pouvait prétendre à la mixtion de classe…

    Quant au temps, cher (…) j’ai publié l’année dernière aux côtés de (…), ancien directeur de recherche au CNRS, ses derniers travaux sur les équations d’Einstein…

    Le bougre ,qui vient de fêter ses 81 ans, a toujours bon pied, bon cerveau.. ;et a transcendé l’équation insuffisante du temps d’Einstein.. ;d’où il ressort, que l’hypothèse de la matière noire n’est qu’une invention de l’esprit pour essayer de faire coïncider les observation en astrophysique, avec une formule …qui a nécessité l’invention de cette « matière », que jamais personne n’a détectée, autrement que sur les tableaux d’amphithéâtres…

    En revanche, l’existence d’un univers négatif, étroitement imbriqué dans le nôtre, et dont les calculs originaux ont été validés par les plus grands sites scientifiques à comité de lecture, ont été , je le crois, un pas en avant pour comprendre la raison de l’accélération des galaxies…la nôtre fonçant dans l’univers à deux millions quatre cents mille km/h, et parcourant Paris-Marseille à chaque seconde…

    De plus, dans cet univers négatif, les distances et la vitesse de la lumière étant différents, le voyage interstellaire, n’est plus une utopie, et permet de comprendre comment d’autres civilisations nous ont rendu visite…
    Voilà, cher (…), quelques réflexions en ce 17 juillet 2018, qui vont s’ajouter à l’amitié indéfectible que nous sommes si nombreux à vous porter… » (FIN DE CITATION)

    Et maintenant le point de vue autorisé d’un homme de science, spécialiste de ce genre de questions :

    « Bonjour!

    Je lis avec décalage spectral votre message.

    Bon, le 17 juillet, quitte à commémorer un anniversaire, pour moi, si je n’avais pas été dans les montagnes piémontaises, j’aurais retenu celui de Georges Lemaître, le père fondateur de la cosmologie moderne !

    (…)

    Je sais bien par ailleurs qu’il a commis (…) un ouvrage avec (…) qui entend mettre à bas le travail de quelques centaines de cosmologistes. Je suis loin d’être orthodoxe dans mes recherches (mes travaux longtemps contestés sur la topologie de l’univers l’attestent), mais il faut quand même rester de bonne foi – ne serait-ce qu’épistémologique, et ce n’est pas votre cher Gaston qui dirait le contraire.
    Parler de  » l’équation insuffisante du temps d’Einstein » n’a aucun sens. De quelle équation s’agit-il?? Ecrire par ailleurs que « l’hypothèse de la matière noire n’est qu’une invention de l’esprit pour essayer de faire coïncider les observation en astrophysique, avec une formule …qui a nécessité l’invention de cette « matière », que jamais personne n’a détectée, autrement que sur les tableaux d’amphithéâtres… » est d’une part une erreur épistémologique, puisque c’est le fonctionnement même de la démarche scientifique que d’émettre des hypothèses de façon à faire accorder la théorie et les observations, d’autre part une erreur factuelle car la matière noire est détectée indirectement par ses effets gravitationnels sur la matière lumineuse, la structure du rayonnement fossile, la distribution des galaxies, etc. – des centaines de travaux en attestent. Et si les particules de matière noire non baryonique n’ont pas été (encore) détectées directement, c’est vraisemblablement parce qu’elles sont très faiblement interagissantes avec la matière ordinaire dont sont faits les détecteurs (à l’image des neutrinos). Mais, tout comme pour les ondes gravitationnelles qui depuis cent ans échappaient à la détection directe en raison de leur infinitésimale amplitude mais qui se sont enfin révélées en 2015, on peut espérer une amélioration technologique permettant de détecter un jour les fameuses mais contestées particules de matière noire. Certes je n’en mettrai pas ma main au feu, mais pour le moment, à défaut d’être la vérité absolue sur l’univers c’est le consensus, et en science c’est le consensus qui fait (provisoirement) foi.
    Par ailleurs, j’aimerais bien avoir une preuve crédible que des civilisations extraterrestres nous rendent visite (le dada de (…), cela voudrait dire qu’elles ont maîtrisé une physique qui nous échappe encore, bien que je doute que ce soit celle proposée par (…) – auquel il faut néanmoins rendre hommage d’être encore à 81 ans aussi actif.

    Bien cordialement. Les poireaux sont excellents pour la santé, dommage que vous ne les aimiez pas » (Fin de citation)

    Et pauvre Hercule que je suis de me retrouver, un beau jour de septembre, dans le jardin des légumes officielles de Francfort ou d’ailleurs.
    Sur un panneau, cette inscription annonçant le thème d’un colloque où le nom d’un contributeur était mentionné :

    « Élimination de la singularité centrale de la solution de Schwarzschild avec phénomène naturel d’inversion de la masse ».

    Cette amène personne m’a, hier, donné l’autorisation de porter à votre connaissance la réponse qu’il a bien voulu m’écrire, à propos de l’argumentaire du savant :

     » (…) je ne vois aucune raison pour vous l’interdire.
    Cela ne peut, me semble t’il, qu’amener une réflexion diversifiée et intéressante. »

    Dont acte.
    Voici son message :

    (…)
    J’imagine qu’Étienne Klein doit être dans l’échange, il semble aimer les anagrammes.

    Concernant l’avis sur la ‘réalité’ ou pas de l’énergie noire et matière noire.
    Pour moi elles ne sont pour l’instant que la mesure de notre ignorance.
    Pour l’instant, elles ne sont rien d’autre que cela.
    Elles ne prédisent rien.
    Et en tant que tel on leur donne tous les attributs qu’il faut pour expliquer les observations.
    En quand il manque quelque chose, on ajoute ce qui manque.
    Par nature elles sont toujours en accord avec tout.
    Moi je penche plutôt pour le critère de Popper.

    La science ce n’est pas que le consensus. Sinon, pourquoi ne pas mettre la démonstration d’un théorème au vote ?

    Sinon, dans la méthode, c’est normal d’imaginer qu’il manque quelque chose et d’essayer de le trouver.
    Des fois ca marche (Cf Le verrier et la découverte de Neptune)
    Et puis des fois ca ne marche pas (cf le Verrier et la non découverte de Vulcain pour expliquer l’avance du Périhélie de Mercure).
    Il faut toujours avoir cela en tête.

    Le discours actuel (mainstream) est de considérer que la théorie LCDM explique tout…
    C’est encore plus flagrant dans les média.

    Les gens qui pensent cela n’ont jamais du travailler sur des ajustements de données.
    Ils sauraient qu’un modèle qui s’adapte n’est pas représentatif d’une vérité, mais d’abord de la souplesse du modèle.
    Sauf s’il permet de prédire quelque chose de nouveau. Moi j’attends et préfère croire aux énergies négatives pour expliquer les observations. Il y a moins de paramètres.

    Enfin, concernant les extra-terrestre, je note que sur ce sujet, le rédacteur attend une preuve crédible…
    (sans parler du fait que je pense qu’il n’ait, j’imagine, jamais cherché à se faire un avis objectif sur laquestion)
    Là au moins il fait preuve d’une conscience scientifique intéressante…
    dommage qu’il n’ait pas la même conscience professionnelle concernant la ‘science’ consensuelle.

    Voila, C’est un simple avis rapide et sans doute un peu superficiel et qui n’engage que moi.

    Cordialement,  » (FIN DE CITATION)

    Et votre serviteur de donner suite recta :

    Mais vous avez tout à fait raison, cher Monsieur, Étienne Klein et Jacques Perry-Salkow sont bien à l’origine de cette belle anagramme (énergie noire / reine ignorée) « Anagrammes renversantes ou le sens caché du monde », page 40. D’ailleurs la pénultième anagramme de ce beau livre, page 107, est une question posée au lecteur : »Étienne et Jacques » anagramme de « Et qui est-ce, Jeanne? » Ma réponse a plu à Monsieur Klein. La voici :

    « E, ce néant qui est je » (pas besoin de voter pour trouver plutôt jolie, cette petite réponse poétique, palsambleu!)

    Un jour, cette même personne m’a demandé un service : lui renvoyer des phrases d’un courriel récent sur un auteur dont je ne connaissais nullement le nom. Pourquoi pas?

    Je me suis permis de lui écrire les quelques phrases où Kekulé figurait dans « Le matérialisme rationnel » de Gaston Bachelard, et c’est tout!

    Votre référence à Le Verrier est instructive et signifiante. Rappelez-vous la belle citation d’icelui que fait Gaston Bachelard, au début du chapitre IV du premier chapitre sur les doctrines de la relativité et l’approximation newtonienne dans son livre « La valeur inductive de la relativité ». où, à ce propos, GB parle du scandale de la raison.

    Et dans un autre ouvrage de 1951, il écrit que » l’unique cliché interprété d’Anderson est peut-être plus important que la découverte de Neptune par Le Verrier (en un seul mot dans le texte) il y a un siècle, car le cliché d’Anderson apporte une complétude pour l’ontologie corpusculaire électrique » (L’activité rationaliste de la physique contemporaine, page 108)

    Je me souviens aussi de l’une de ses questions à Bernard d’Espagnat au sujet de Sir Karl Popper sur son rejet des thèses épistémologiques et de l’inévitable citation de Paul Valéry  » Il faut n’appeler science que l’ensemble des recettes qui réussissent toujours » nuancée par le physicien susmentionné.

    Quête inachevée, on le sait bien!

    Puisque vous mentionnez si judicieusement K.Popper, il me plaît de vous dire que j’ai conservé quelques notes de quelqu’un qui est allé le voir, un jour de pluie, au 136 Welcome Road, à Kenley. Je me souviens de cette phrase finale, au sortir d’un congrès à Milan (dixit le visiteur) célébrant l’œuvre de Popper :

    « Au diable, nos mille vérités, c’est le pardon qu’il nous fallait mendier »

    De retour de vacances et son nouveau livre en bonne voie, le rédacteur va sans doute reprendre ses mensuels billets luminescients et, peut-être, aussi, inciter le peuple d’en bas à dire son mot de simple lecteur, citoyen et contribuable, qui ne ménage ni la chèvre ni le chou…Pourquoi pas?

    Je vous souhaite une excellente fin de journée.

    Cordialement » (Fin de citation)

    Revenons à nous.

    Beaux échanges, belles vignettes, billet d’excellence et citations à tire-larigot et c’est l’heure de s’enivrer avec une science en jeu, désireuse de « l’expansion des choses infinies ». Parée de ses douze étoiles, notre égérie du blogue (Monsieur Luminet, Jean-Pierre pour les intimes) exulte!

    Sans doute se pose-t-il les questions que l’on trouve au chapitre des « rêveries sur la rêverie » d’un auteur dont il sait qu’il m’est cher et que l’on retrouve au chapitre sur la « relativité du masculin » d’un préfacier d’icelui.

    C’est très bien tout ça mais, bonnes gens, réveillez-vous et regardez autour de vous et voyez ce qui se passe! Que peut notre culture savante face à tant et tant de maux au quotidien et dans la vie ordinaire?

    On aimerait que nos savants professeurs, directeurs, docteurs et autres qui font l’apologie de la connaissance ou l’in-connaissance de l’invisible et du vide par dossiers, livres, blogues et émissions interposés dans la machine médiatique, se penchent un peu sur le social des gens dans leurs difficultés journalières. Quand un admirable savant, tout empreint de mémoire et de maîtrise, écrit en poète sur « La nature des choses » on se demande pourquoi, il ne nous instruit guère sur le fait politique ou la représentation de l’histoire chez Nicolas Machiavel, un penseur d’avenir, grand connaisseur de Lucrèce qui se plaisait à vivre avec les gens du peuple et non à côté.

    Mais m’objecterez-vous, des tas de choses pertinentes écrites sur le stato du penseur par les universitaires, ne vont pas en un tournemain changer la vie des pauvres de ce pays qui regardent dans leurs humbles chaumières l’argent jeté par la fenêtre étrange! Oui da mais si le savoir n’est point pouvoir, pourquoi diantre faire tapisserie au grand bal des mots? Assez de broderies…De l’étoffe! Assez d’ombres et de reflets…Un flot limpide!

    Dans l’attente de la vague bleue qui danse avec nous et d’un peu de pluie pour nos herbages, je vous souhaite une bonne et belle journée d’été finissant.

    Garo

    1. Ouf… je vois que vous êtes tous deux en pleine forme dans vos façons d’êtres respectives. Avant que le marchand de sable ne passe, je lirai ce soir la tirade Garonesque dans mon lit.

      « Mais avant je m’en vais fixer les vides sous-cieux
      Faire de moi un silence qui n’est rien du sommeil…
      Motivé des blancs noirs où les peurs veillent
      Il n’est plus temps d’apprendre qu’ils sont eux… »

  5. Merci cher Garo pour ce commentaire-fleuve que j’ai lu et relu…

    Je ne pensais pas rencontrer le loup dans la promenade de Gérard Genette.

    Sur fond de nuit kandiskyienne, il est des masques qui tombent et l’âme du poète, ici, ne saurait fuir.

    Puissent Monsieur Bardou et Monsieur ou Madame Boule chevelue orienter ma soutenance de ce « quelque chose »

    que l’astrophysicienne Mme Cécile Renault pourrait, peut-être, prendre au sérieux dans la forêt du sens!

    Pour en arriver là, faudrait-il encore que l’interlocuteur évite les devinettes et cite ses références.

    N’est-ce pas Guillaume? N’est-ce pas Garo?

    Un admirable savant, auteur de « La nature des choses »… (?) .Penseur d’avenir, grand connaisseur de Lucrèce…(?)

    Mais quel est donc ce savant d’aujourd’hui qui oublie de nous instruire sur ce grand connaisseur?

    Machiavel cite en effet Lucrèce dans son Livre III du Discours sur la première décade de Tite-Live mais je me demande si la connaissance des malheurs de cette épouse de Tarquin Collatin, est bien de nature à élever le peuple sous Macron II…

    Ai plaisir de lire bientôt quelques lumineuses réponses en guise d’éclaircissements.

    Et moi de retourner à mon alcôve à trois heures du matin.

    Roxane

  6. Bonjour!

    La métalepse est un jeu captivant, certes, mais ce n’est qu’un jeu, Madame! (dixit l’auteur de cette promenade que vous mentionnez)

    Je veux bien répondre à vos deux questions.

    1 – L’admirable savant, auteur de « La nature des choses » est inconnu sous mon arbre par la multitude qui passe devant, bonne dame.

    On sait tout, tout, tout sur le dernier figurant de l’émission vedette de téléréalité mais on ignore complètement le nom de cet auteur que je vous livre sans tarder :

    Jean-Pierre Luminet.

    Icelui a en effet écrit ce petit livre de fragments, préfacé, il y six ans, par un membre de l’Académie Mallarmé.

    Ce bel ouvrage sans numéros de pagination, de quarante-deux fragments se termine par un seul vers pour exprimer la vacuité de tout discours.

    Monsieur Orizet, le préfacier, dit de ce livre qu’il est une nouvelle interprétation condensée du célèbre ouvrage de Lucrèce : « De la nature des choses » (De natura rerum)

    2 – Vous avez tout à fait raison, Nicolas Machiavel nomme bien Lucrèce dans le « Discours » de votre référence exacte.

    Pour le lecteur ou lectrice de ce blogue qui voudraient s’y reporter, il ou elle trouvera ce nom aux chapitres 2, 5 et 26 du Livre du Discours que vous indiquez justement.

    Mais cette femme nommée Lucrèce n’a rien à voir avec Lucrèce, l’auteur mentionné dans ma réponse à la première question.

    Nicolas Machiavel a – il faut le savoir – recopié intégralement le livre de Lucrèce qui entonne le chant du monde « De la nature des choses », manuscrit aujourd’hui conservé à la Bibliothèque vaticane.

    Lucrèce et Machiavel vont par des lieux que nul auparavant n’a foulés. Et bien sûr, cela n’est pas sans peines et difficultés…

    Allez-y voir!

    Je pense avoir répondu à vos légitimes questions.

    Faire et vendre des livres qui parlent d’invisible, c’est bien sans doute et Messieurs Staune et Luminet ont probablement raison de travailler en ce sens sans ressentir la nécessité intérieure d’aller quérir quelque lumière chez Maurice Merleau-Ponty, par exemple, dont plus d’un connaît les notes sur Machiavel dans « Signes »

    Restent encore six vignettes à notre billettiste pour faire signe aux gens qui ont choisi les livres, afin de sortir de ce monde invivable et qui attendent ses lumières, pas seulement pour en savoir plus mais, au bout du tunnel, trouver le geste libérateur.

    C’est en septembre que « le pays » du chanteur peut respirer.

    Garo

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