Le Voyage Cosmique dans la Littérature et la Poésie (2/2)

Suite du billet « Le Voyage Cosmique dans la Littérature et la Poésie (1/2) »

De l’aéronautique à la science-fiction

La Terre est le berceau de l’humanité,
mais nul ne reste éternellement dans son berceau.
Konstantin Tsiolkovski (1920)

A la fin du XIXe siècle, — période de confiance ingénue en la Science, — le voyage cosmique est remis en honneur, mais dans un univers assez différent de celui des « Nuits » de Young (voir billet précédent). Univers plus précaire où poudroient les brouillards mystérieux de lointaines galaxies, où partout des astres agonisent et où rôdent d’invisibles soleils noircis. Sully Prudhomme (premier lauréat du prix Nobel de littérature en 1901, mais ce n’est pas forcément une référence!) met en scène Faustus et Stella dans Le Bonheur (1888). Les astres sont les îles des Bienheureux. La rapidité extraordinaire du vol des deux amants est rendue sensible par le recul et l’évanouissement des corps célestes:

« Sur leurs têtes ils voient de vertiges étourdis
Fondre Cassiopée et le Lion grandis…
La grande Ourse à son tour, subitement énorme
Tombe, et n’est bientôt plus qu’un point blême et sans forme…
Le Zodiaque épars s’effondre sous leur vol!
Ils montent, étreignant la Mort qui les entraîne
Là-bas, là-haut où germe une lueur sereine;
Et tout le peuple astral que l’homme a dénombré,
Ce qu’il nommait le ciel sous leurs pieds a sombré.
A cette nébuleuse une autre nébuleuse
Succède, puis une autre en la mer onduleuse.
De l’impalpable éther, océan sans milieu
Dont blanchissent au loin les archipels en feu…
Ils franchissent, après ces milliers de soleils
De plus hauts firmaments de plus en plus vermeils,
Jusqu’au zénith où meurt l’ascension stellaire,
Où l’astre originel et dernier les éclaire
De l’aube enchanteresse, espoir de leur regard… »

Bien avant lui, Pierre-Claude-Victor Boiste – plus connu comme lexicographe et éditeur de dictionnaires – a livré un long poème de facture très classique, L’Univers délivré, (1809), où il imagine l’âme se détachant de la Terre pour rejoindre les célestes intelligences. L’idée n’est pas nouvelle puisqu’elle remonte au moins à Pythagore! Mais chez Boiste, la pesanteur du corps et de l’entendement afflige le poète, lequel semble regretter d’être vieux dans un monde où l’aéronautique est naissante (il a assisté aux premiers envols des frères Montgolfier et de Pilâtre de Roziers)  :

« Que mes chants eussent été sublimes si j’avais pu, dans ces heureux moments, contempler le grand spectacle de la nature! Si, porté sur les ailes de l’aéronaute, j’avais pu m’élever au-dessus du globe et voir l’hémisphère à mes pieds diminuer et disparaître dans un océan de nuages! Errant alors dans l’espace, au sein du vaste empire du silence, j’aurais joui d’un spectacle nouveau pour les mortels; j’aurais vu le dieu du jour dégagé des vapeurs qui obscurcissent pour nous son éclat lancer des torrents de lumière dans l’espace. J’aurais contemplé de plus près les astres, et peut-être aurais-je découvert un corps céleste qui promènerait éternellement mon nom et ma gloire dans l’immensité. Orgueilleuse pensée! »

Le portraitiste de Pierre Boiste a visiblement voulu imiter Rembrandt !

Le voyage aérien est en effet dans l’heureuse période de ses débuts. Les moyens utilisés pour vaincre la pesanteur et autres résistances physiques ont encore une fantaisie qui fait leur charme. La littérature d’anticipation, plus tard baptisée « science-fiction » se développe avec Jules Verne (De la Terre à la Lune), Albert Robida (Le Vingtième siècle) et Herbert George Wells (La Guerre des mondes). Cette littérature, à mesure que le problème du vol spatial paraît plus proche d’une solution, prend un caractère toujours plus positif, peu favorable à la poésie, et elle ne figurera pas dans cette brève anthologie. La science-fiction a toutefois fourni de belles pages de poésie pure. Dans les années 1930, les voyages spatiaux vécus par les héros de Clive Staple Lewis (Hors de la planète silencieuse, Le Voyage à Vénus), et celui, plus grandiose, imaginé par Olaf Stapledon (Créateur d’étoiles), sont prétextes à de superbes pages dans lesquelles les écrivains, débarrassés de la technique, se consacrent à ce qui est pour eux l’essentiel: l’aspect psychologique, philosophique et poétique de l’aventure.

Le Voyage cosmique est un film muet soviétique réalisé par Vassili Zouravlev en 1936. L’image mise en avant de ce billet en est extraite.  Afin de répondre au souhait d’exactitude scientifique exigé par le  gouvernement soviétique (qui lui avait passé la commande), le réalisateur prit contact avec le célèbre théoricien Konstantin Tsiolkovski pour devenir le consultant scientifique du futur projet. Le père de l’astronautique russe accepta et travaillé à la préparation du film en rédigeant un cahier  de consignes, l’album des voyages spatiaux, contenant une trentaine de pages de schémas, dessins, explications. Sorti sur les écrans onze années après le fameux film de science-fiction russe Aelita (1924), le film raconte un premier voyage vers la Lune en 1946.

Si vous avez le temps et la curiosité pour ce type de cinéma, on le trouve ici sur l’inépuisable youtube:

Konstantin Tsiolkovski a publié des ouvrages où il a exposé ses vues de pionnier de l’astronautique, qui ont influencé une génération d’auteurs de science-fiction.
Aventures poétiques du XXe siècle

Nous rêvons de voyages à travers l’Univers; l’Univers n’est-il pas en nous ? Le chemin mystérieux va vers l’intérieur.
Novalis, Cahiers (1796)

Pure aventure poétique, tel est le choix de Blaise Cendrars. Pendant sa convalescence après ses blessures de guerre, Jacques Doucet (riche couturier ami des arts et des artistes) lui verse une petite rente mensuelle pour écrire les douze chapitres de L’Eubage, Aux antipodes de l’Unité (1926). Il s’agit d’un admirable voyage intersidéral dans lequel les marins lèvent l’ancre, quittent la Terre et se rendent dans les parages du ciel :

« Après avoir levé l’ancre, nous quittâmes la Terre pour entrer dans cet océan de lumière solaire qu’est notre atmosphère respirable. Ayant atteint ses extrêmes limites, nous nous engageâmes résolument dans les rapides de la région de l’ozone. Nous allions si vite que nous ne pouvions estimer la vitesse acquise et qu’il nous semblait rester immobiles. La Terre était invisible dans notre sillage et devant nous, les astres n’existaient plus. Enfin, nous fîmes la grande chute dans le vide, éclaboussés par une écume d’étoiles. Nous louvoyâmes devant la Grande Ourse durant sept siècles d’horloge, passant souvent sous des arcs-en-ciel noirs; puis, ayant doublé le cap d’Orion nous piquâmes droit devant nous dans la direction du Sud, qui est le Nord du Ciel.
Nous pêchions des êtres interstellaires qui nous ébahissaient, tant ils nous semblaient étranges, mais dont la chair exquise nous régalait et était un précieux adjuvant à l’ordinaire de l’équipage.
Tout le monde était gai, bien portant.
A l’exemple de mes hommes, je secouai l’espèce d’hébétement qui s’était emparé de moi en voyant réussir ce départ inespéré. Je donnai ordre de hisser notre grand pavillon d’or aux armes de la Passion humaine et je m’approchai d’un hublot.

Voici ce que j’ai vu en sortant de mon esprit en chair de poule ».

Plus concrète est l’inspiration de Charles Dobzynski (1929-2014). Dès l’envol des premiers cosmonautes russes en 1961, le poète entrevoit combien l’âge interplanétaire ouvrira de nouvelles formes du rêve, et il le prouve magistralement avec son Opéra de l’Espace (1963). Son texte consacré au décollage d’une fusée concilie la poésie et la technologie la plus ardue – celle des propulseurs. Le vide spatial est chair, ventre, dans lequel l’astronef-graine fondera le futur :

« Puissance de l’air lourd, musculature du métal dans le faisceau de la fusée attelée à la foudre, à l’araire des vents,
et trouant le tissu compact de l’étendue, l’opacité qui se contracte et sa déchirure s’étend
ramification d’éclats et d’explosions dans l’épiderme atmosphérique,
avez-vous entendu la stridence de l’astronef striant ce que l’on nommait dérisoirement
l’éther? une immensité vivante et mouvante, un ondoiement noir
où lentement la vie s’accroît et s’agglomère, spectrographie de tous les rêves, précipité de la mémoire,
oisellerie de flammes, l’astronef, nouant une aube boréale en la ceinture Van Allen
et l’air se fend comme une orange, et dans la trame qu’il défait,
ne laissant à sa foulure bleue ni trace de trépan ni fragment d’horizon foudroyé,
l’astronef s’enfonce dans l’infini avec cet abandon tranquille du dormeur ou du noyé,
le vide est chair et changement, chair élastique et conductible songe proliférant dans l’obscurité d’un seul corps,
et dans ce ventre sans parois l’astronef fonde le futur ».

Dobzynski dément avec brio ceux qui pensaient que le voyage cosmique, en tant que genre littéraire, deviendrait stérile dès lors que l’homme l’aurait matériellement accompli. On retrouvera ici l’hommage que je lui ai rendu lors de sa disparition en 2014.

D’ailleurs, comment le genre pourrait-il mourir si l’on songe que le véritable espace des grands voyageurs est intérieur ? Ainsi le disait superbement Novalis, ainsi le rappelle Henri Michaux (Le dépouillement par l’espace, 1966). Dans l’Espace du dedans, il y a autant de gouffres et de lumières lointaines que dans l’espace galactique, et de quoi s’y perdre en dérives infinies. Aidé par des substances psychotropes (souvenons-nous des herbes magiques de Kepler!), Michaux « entre en espace » comme un nageur pénètre l’océan. Et l’être, ainsi espacifié, épouse le sublime mouvement de l’espace lui-même : l’expansion infinie :

« Enfin, avant de rentrer je lève la tête. Un ciel noir s’étendait partout avec beaucoup d’étoiles. Je m’y abîmai. Ce fut extraordinaire. Instantanément dépouillé de tout comme d’un pardessus, j’entrais en espace. J’y étais projeté, j’y étais précipité, j’y coulais. Par lui happé violemment, sans résistance.
Prodige jamais soupçonné… Pourquoi ne l’avais-je connu plus tôt? Après la première minute de surprise il paraissait tellement naturel d’être emporté dans l’espace. Et pourtant, combien de fois n’avais je pas regardé d’aussi beaux et de plus beaux ciels sans autre effet qu’une vraie et vaine admiration. Admiration: antichambre, rien qu’antichambre. Une fois de plus je le vérifiais.
[…] C’est certain, jusqu’ici je n’avais pas vu, pas vraiment vu le ciel. J’y avais résisté, le regardant de l’autre bord, du bord du terrestre, du solide, de l’opposé.
Cette fois, la rive effondrée, je m’enfonçais. Vertigineusement je m’enfonçais en haut.
Le ciel, j’y étais. Nous avions enfin des rapports.
Et je continuais à le regarder, si le mot « regard » s’applique à un abîme où l’on est précipité et dont rien ne vous sépare plus ».

L’exploration spatiale au XXIe siècle

Dans les hauteurs de l’éther se trouve l’île de Levania. La route qui va d’ici à cette île ou de cette île à notre Terre est très rarement praticable. Quand elle l’est, il est aisé pour ceux de notre race de l’emprunter, mais il est extrêmement difficile de transporter des hommes et ils risquent leur vie.
Johann Kepler, Le Songe (1634)

A l’aube du troisième millénaire, l’exploration de l’espace connaît un regain de faveur, après être quelque peu retombée à la fin du programme Apollo de conquête de la Lune, pour des raisons tant financières que géopolitiques. Des sondes quittent l’attraction terrestre et voyagent dans le Système solaire pour en explorer in situ divers corps. Les principaux enjeux sont la recherche d’eau et/ou de traces de vie primitive ou fossile (l’eau à l’état liquide étant en effet signe de développement possible de la vie), ainsi que l’examen approché de petits corps du système solaire (astéroïdes et comètes).

En ce qui concerne la recherche de vie fossile, Mars est l’objectif majeur de la première moitié du XXIe siècle. La planète rouge a jadis eu de l’eau en abondance, il y a 3,5 milliards d’années, comme en témoignent ses canyons, ses canaux et l’érosion de son relief. A la même époque et dans les mêmes conditions, la vie s’est développée sur Terre. Pourquoi pas sur Mars ? Les missions en cours et futures ont donc pour but de chercher des bactéries martiennes fossiles. Si on en trouve sur un seul site extraterrestre, cela impliquera que la vie n’est pas un « miracle » spécifique à la Terre, mais qu’elle peut se développer un peu partout dans l’univers dès lors que les conditions physico-chimiques sont réunies. Toutefois, le programme spatial martien a été remanié de fond en comble après l’échec technique de plusieurs missions de la NASA. Le programme martien est devenu plus international et présente une certaine flexibilité, utilisant notamment les fameuses « fenêtres » propices aux lancements tous les deux ans environ. Nombre de véhicules robotisés  circulent déjà à la surface en quête d’éventuelles traces de vie fossile.

Les astromobiles martiens Spirit, Opportunity et Curiosity sillonnent  la surface martienne depuis 2004 en quête d’indices révélateurs d’une activité biologique passée.

Mais les missions habitées, beaucoup plus coûteuses et hasardeuses, sont absentes du planning pourtant à long terme des différentes agences spatiales. Il est donc difficile d’espérer que l’homme débarque sur Mars avant 2050 au bas mot, malgré les promesses très « marketing » de nouveaux acteurs privés récemment arrivés sur le marché spatial, comme Elon Musk. .

En décembre 1995, la sonde américaine Galileo se plaçait en orbite autour de Jupiter et faisait une découverte inattendue : sous la surface glacée d’Europa, gros satellite de Jupiter, pourraient se trouver des océans d’eau liquide. Le noyau d’Europa est chaud et on suppose qu’il y a abondance de matière organique apportée par les comètes. Voilà donc tous les ingrédients nécessaires à l’apparition d’une vie primitive ! Il en va de même pour de nombreux satellites glacés de Jupiter (Callisto, Ganymède, etc.) et de Saturne (Encelade, Thétys, etc.). L’observation récente de geysers sur Encelade et Europa a confirmé l’existence de ces océans internes. Mais le fait qu’ils puissent abriter des formes de vie primitives reste une hypothèse. Les agences spatiales espèrent dégager les budgets pour lancer des sondes qui tenteraient de percer l’épaisse croûte de glace et d’étudier sur place les possibilités d’une vie océanique. Ce serait évidemment plus spectaculaire que de recueillir des bactéries martiennes fossilisées depuis trois milliards d’années…

Les comètes sont constituées de blocs de roches et de poussières amalgamées par des glaces (d’eau, de dioxyde de carbone, etc.). Leur noyau mesure quelques kilomètres, mais leur chevelure, constituée de gaz volatiles, est longue de plusieurs millions de kilomètres. Comme elles possèdent de l’eau en abondance, ainsi que des composés organiques, les comètes ont peut-être apporté les « briques de la vie » sur Terre à l’époque où elles l’ont bombardée intensément, voici 4 milliards d’années. En 2014, la mission Rosetta a placé en orbite une sonde autour d’un noyau cométaire dans sa phase d’approche du soleil et son dégazage progressif, permettant ainsi de déchiffrer les « hiéroglyphes » chimiques du Système solaire.

Depuis des millénaires, nous nous demandons si nous sommes seuls dans l’Univers sans avoir aucun moyen de répondre à cette question. Mais ces dernières décennies, les scientifiques ont pu enfin lever le voile sur quelques éléments de réponse (Luminet et Reeves 2016).

Des expériences en laboratoire ont mis en évidence certains mécanismes de combinaison d’éléments chimiques et de molécules à la base du vivant. Les radiotélescopes ont également révélé que les matériaux nécessaires à la vie abondent partout dans la galaxie. Ces recherches, d’ordre plus ou moins théorique, ont permis de prendre conscience des conditions nécessaires pour repérer la vie extraterrestre.

L’endroit le plus propice est sans doute la surface d’une planète plus ou moins semblable à la Terre et gravitant autour d’une étoile comparable à notre Soleil. Mais l’éclat d’une étoile est si grand qu’il masque les planètes environnantes. Les astronomes ont trouvé le moyen de contourner ce problème en observant les minuscules effets gravitationnels qu’exerce une planète sur son étoile.

Les astronomes ont fini par découvrir des « exoterres, c’est-à-dire des petites planètes de type terrestre gravitant autour d’étoiles semblables à la nôtre. Il y en a peut-être un milliard dans notre seule Galaxie…

L’étape suivante consiste à identifier les mondes sur lesquels la vie existe. Pour espérer trouver un monde habité, il ne s’agit pas simplement de repérer une planète comparable à la nôtre. Celle-ci doit posséder une atmosphère. La composition de cette atmosphère témoignera de la présence ou non d’une vie. En effet, l’atmosphère terrestre contient près de 20 % d’oxygène, un taux anormalement élevé. Cette grande quantité d’oxygène est due à la présence d’êtres vivants, particulièrement les plantes.

Les agences spatiales ont dans leurs cartons des projets de télescopes en orbite spatiale capables de détecter et d’analyser l’atmosphère entourant une planète extrasolaire. Si on venait à observer certains « biomarqueurs » (dioxyde de carbone, oxygène, méthane) dans l’atmosphère d’une petite planète, on aurait là un indice important de la présence de vie. Mais cette vie pourrait n’être que végétale. Par contre, la présence d’autres gaz, notamment des polluants atmosphériques, pourrait laisser supposer la présence d’animaux et, qui sait, peut-être même d’une civilisation polluante comme la nôtre.

Je finis cet inépuisable sujet sur une note humoristique…

7 réflexions sur “ Le Voyage Cosmique dans la Littérature et la Poésie (2/2) ”

  1. Je découvre la belle citation de Novalis, jeune homme mort juste avant ses 29 ans, ce qui peut sembler injuste dans un monde extérieur tout aussi rugueux et hasardeux que le nôtre. J’ai moi-même fracturé le petit doigt de mon fils en laissant tomber dessus une lourde pierre lundi dernier, pendant que nous reconstruisions un mur, ce qui m’apparut injuste aussi, et anormal, incompréhensible. Après quelque temps j’ai compris que mon cœur était aussi tendre que la pierre quand j’étais concentré sur mon travail et que je ne faisais pas attention à lui et à moi, qui était fatigué, que j’étais la pierre qui tombe en quelque sorte. Le premier réflexe est le silence et la recherche de la paix intérieure, et on s’aperçoit que cette merveille est aussi toujours disponible dans la monotonie ordinaire. Ensuite on continue de penser avec l’impudence d’une forme de vie qui n’a que de la mémoire pour se sentir exister : des ubiquités ? Était-ce la même chose exprimée dans des apparences différentes ? Je regarde dans cet article les images de la mission Rosetta, cette autre pierre véloce et tournoyante dans l’espace qu’un développement plutôt forcé de l’action collective humaine a rendu possible, par la nécessité de construire là aussi, pour gagner de quoi vivre pour la plupart des gens, et pour certains gagner davantage que d’autres de quoi se sentir exister. Et maintenant ces images sont là comme un résultat improbable, à première et courte vue, du « chemin mystérieux qui va vers l’intérieur », un résultat qu’on peut espérer attendrir.

  2. Bonjour !

    D’abord pour commencer, un souhait !
    Un souhait de prompt rétablissement au fils de Monsieur Bardou.
    Quant au reste qui n’est pas que littérature, grand Seigneur des étoiles, qu’en dire ?
    En faire tout un livre aux éditions des célestes béatitudes ou tout simplement rentrer à la maison sans livres et sans écrans, loin du tumulte des mots ?
    A chacun son jardin imparfait et sa façon de le cultiver ! J’ai décidé de suivre en toute tranquillité, l’allée bénie des commentaires et d’essayer d’y semer, çà et là, quelques graines de fin de saison.
    M.Luminet dans son billet de juin nous gratifie d’une constellation d’adamantines pierreries qui exhaussent notre âme et le commentaire merveilleux de M.Bardou apporte sa pierre étonante à l’édifice.
    L’un et l’autre nous rappellent cette citation d’André Breton mentionnée en exergue de la deuxième partie du livre de Gonzague Saint Bris « Le romantisme absolu » et intitulée (Le couple idéal » ;
    Voici cette citation :
    « A flanc d’abîme, construit en pierre philosophale, s’ouvre le Château étoilé » (Citation revisitée, car incomplète à la page 173 du livre susmentionné)
    Beaux mots de Novalis dans ce billet et le commentateur a bien raison de le préciser.
    Aussi, comme il a exprimé le désir de lire « L’intuition de l’instant », comment ne point l’inviter à rouvrir ce petit livre (biblio essais), page 142 ? Novalis est à la page pour nous parler de l’imagination productrice où doivent être déduites toutes les facultés, toutes les activités du monde intérieur et du monde extérieur.
    Sommes-nous si loin de l’aéronautique dont Monsieur Luminet nous conte l’histoire avec le talent qu’on lui connaît ? La référence à Pilâtre de Rozier ou du Rosier – je ne mets pas de s final mais c’est à vérifier! – qui fit l’objet d’une épitaphe sans compassion :

    « Ci-gît qui périt dans les airs
    Et par sa mort si peu commune
    Mérite aux yeux de l’univers
    D’avoir son tombeau dans la lune »

    nous fait penser à « la vengeance de la perdrix », un chapitre du journal hédoniste de Michel Onfray qui veut tordre le cou au volatile moqueur et qui appelle des ses vœux l’arrivée des alcyons nécessaires.
    Mais où trouver l’oiseau, bonnes gens? Où mettre la main dessus, Mesdames et Messieurs les scientifiques ?
    A l’Institut de recherche sur l’espace intérieur de l’homme, fondé par le Capitaine du vaisseau Apollo III, de retour de l’espace extérieur ? Il a plus de quarante ans, la question de M.Louis Pauwels – si ma mémoire est bonne ! – faisait le titre de son livre « Comment devient-on ce que l’on est ? » ; livre où l’information concernant cet Institut est donnée. Entre-temps, un chargé de recherche, deuxième classe débutant en astrophysique était payé 1967 euros bruts par mois, chiffre donné par le CNRS en 2008.
    M.Luminet et Madame Brune s’offusquent de ce bas salaire et s’exclament :
    « Qu’on ne s’étonne pas de la désaffection des filières scientifiques par les jeunes ! » (« Bonnes nouvelles des étoiles », pages 320 et 321).
    Sur le plancher des vaches, les gens de mon espèce sociale qui peuvent aussi être des rêveurs d’étoiles, voudraient bien dans leur retraite silencieuse toucher seulement la moitié de ce montant, en deux mille dix-huit…Ce n’est pas le cas nonobstant la bonne conscience et les citations compatissantes des élus du palais du Luxembourg. Et du haut de sa tour, scrutant l’horizon, Sœur Anne ne voit rien venir et les évangiles de la terre, c’est toujours pour demain !
    Au fait, vous connaissez le mot « spoliation » ? A côté du terme, le lexicographe nommé Boiste, mentionné dans ce billet de juin, a mis le nom de Bonaparte. La police n’a pas apprécié et il a dû le changer mais finalement l’empereur en aurait ri et il fut rétabli
    D’un dépouillement à l’autre, passons à celui par l’espace. L’auteur de ce dépouillement est mis en exergue de l’introduction de l’ouvrage « L’activité rationaliste de la physique contemporaine », page 1 :
    « Ah ! Comprendre le monde, cette fois ou jamais. » (Henri Michaux, Plumes, p.114.)
    Voyez sur internet le prix du livre très rare, présenté par Monsieur Luminet :
    « Le dépouillement par l’espace ».
    Seul, un lecteur bien argenté du blogue de Monsieur Luminet, peut se permettre un tel achat du livre de Henri Michaux, palsambleu !
    Monsieur Bardou nous parle avec beaucoup d’intelligence et de sensibilité d’un fait brutal survenu lundi dernier, dans son propre milieu. Doit-on en chercher une explication ?
    Au chapitre des intuitions raisonnées le refrain « mon petit doigt m’a dit ! » n’y a certes pas voix.
    Jacques Monod dans son célèbre essai sur la philosophie naturelle de la biologie moderne « Le hasard et la nécessité » nous relate le fait d’un plombier qui travaille à la réparation urgente d’une toiture et qui lâche par inadvertance son marteau, dont la trajectoire (déterministe) se trouve intercepter celle du médecin, le Dr Dupont, qui en meurt le crâne fracassé.
    Pour J.Monod, le hasard ici doit évidemment être considéré comme essentiel, inhérent à l’indépendance totale des deux séries d’événements dont la rencontre produit l’accident (Page 128)
    Et dans le même superbe essai, Jacques Monod insiste, page 32 :
    « – La pierre angulaire de la méthode scientifique est le postulat de l’objectivité de la Nature.
    C’est-à-dire le refus « systématique » de considérer comme pouvant conduire à une connaissance « vraie » toute interprétation des phénomènes donnée en termes de causes finales, c’est-à-dire de « projet » – »
    Page 33, il ajoute que « l’objectivité nous oblige à reconnaître le caractère téléonomique des êtres vivants, à admettre que dans leurs structures et performances, ils réalisent et poursuivent un projet. Il y a donc là, au moins en apparence, une contradiction épistémologique profonde ».
    Aussi a-t-il bien raison, celui qui, élargissant la notion de science, l’étend au domaine subjectif et intersubjectif en se gardant bien de perdre de vue que le sujet est aussi un objet.
    Pousser aussi loin que possible la science objective pour la compléter par une science de la subjectivité ? A l’Institut Métapsychique International, peut-être….
    C’est peut-être là-bas que Monsieur Régis Debray a découvert ce professeur de lettres « hors caste » qui a écrit dans la revue qu’il dirige ce très bel article sur « le secret du « Secret de maître Cornille »
    (Voir « Médium, n° 27 -avril-mai-juin 2011-, pages 3 à 15)
    Revenons plutôt à nos contes, ceux du lundi ou mieux ceux de lundi dernier, 5 juin.
    Histoire d’apporter sa petite pierre à une autre forme de compréhension, peut-être…Émotionnelle sans doute !
    Ce lundi matin là, je causai au téléphone – une fois n’est pas coutume – avec un correspondant perdu de vue mais point oublié, depuis trente-huit ans.
    Dans l’un de ses livres, cette brave personne que j’avais connue par une publication de l’Union rationaliste, cite une introduction d’un professeur d’épistémologie à l’Université Paris X, à sa conférence du 19 mai mil neuf cent soixante et onze, sur les critères auxquels doit répondre une science pour exister.(Conférence prononcée devant les membres de la Société Astronomique de France).
    Sans digression aucune, enfin pas tout à fait, un mémoire de maîtrise, à la fin des années nonante a été écrit par un jeune étudiant, à cette même université. Pour avoir accès à ce document, ce n’est pas facile !
    Le père de ce brillant jeune homme riche, dans son message de mardi dernier m’écrit qu’il ne l’a même pas et, selon cette personne, l’auteur ne souhaite pas rendre public ce travail de jeunesse.
    Quel grand dam ! Nicolas Machiavel disserté par une intelligence qui vise le pouvoir eût été chose utile à plus d’un citoyen ordinaire qui cherche à comprendre. Je l’aurais bien acheté, ce mémoire, pour quelques ducatons, palsambleu !
    Un mémoire de maîtrise à l’université, c’est un mémoire de maîtrise dans un lieu d’utilité publique.
    Peut-être faudrait-il chercher du côté de l’Institut de la Maîtrise de la Maîtrise, si tant est qu’il existât…en espérant que la mémoire de ce document se conserve dans la nature en pastorale symphonie.
    Finalement, il a tellement raison, l’acrobatique instituteur des étoiles qui, chaque mois, nous fait sa leçon ! Il a raison de nous faire un dessin avec cet humour qui n’appartient qu’à lui.
    Humour sérieux de la multiplicité et de la relativité des jeux de connaissance, de raison, d’inconscient et de langage…pour dire comme Henri Atlan.
    Une autre question, un autre dessein.
    « Y’a-t-il un grand architecte de l’univers ? » Telle était la question de Stephen Hawking et de Léonard Mlodinov.
    Dans cet ouvrage où Épicure nous apprend qu’il vaut mieux croire en des dieux mythologiques plutôt qu’être « l’esclave » des philosophes naturalistes (page 29), on trouve ce dernier mot : « dessein ».
    Dans le désir de l’expansion des choses infinies et des théories qui vont avec, il suffirait peut-être d’un pas…au delà.
    Au chercheur de profession, émérite, de trouver ce pas sage…dans la mesure du possible.

    Bonne soirée

    Garo

  3. Bonsoir!

    En toute tranquillité?

    Pierre étonante?

    Pour Pilâtre de Rozier/du Rosier, j’ai vérifié, c’est juste.

    Bonne nuit étoilée à tous

    Roxane

  4. Bonjour!

    Aux aurores, je découvre les deux questions brèves et pertinentes de Roxane.

    Et dans le temps orageux de ce matin de juin, je vais essayer de répondre.

    1 – Disons serein dans l’intranquillité sans être dans la lune.

    2 – La poutre dans l’œil du scripteur qui voit le minime brin de paille dans un Rosier, c’est en effet détonnant.

    Il y a blessure et la pierre est ainsi détonante. Il ne messied donc pas de laisser à notre maçon, discret intuitif, le soin

    de nous instruire sur ce « coup de dés  » avec l’esprit critique nécessaire à la bonne compréhension du fait.

    Quant au « bonheur » dans les étoiles ou dans le pré, qui s’affiche dans le billet de juin par le poème du premier prix Nobel français de littérature, absent dans la bibliothèque idéale de Bernard Pivot, ce mot m »invite à aller, de ce pas, quérir au grenier un livre d’un correspondant où ce mot a voix au chapitre III :

    « Du mot « bonheur » et des désastres que sa recherche a entraînés… »

    Je ne résiste pas à l’envie de vous proposer la lecture de quelques lignes qui terminent cette lettre ouverte, si émouvante :

    « Je suis allé à ma bibliothèque. Je savais quel livre il me fallait. C’était « Les hommes de bonne volonté » de Jules Romains.

    Naguère j’en avais fait une adaptation partielle pour le petit écran. Et c’est une phrase de la préface, écrite en 1932, que je voulais me remémorer.

    Tout de suite, je suis tombé dessus:

    « Les hommes de Bonne Volonté! Une antique bénédiction va les chercher dans la foule et les recouvre. Puissent-ils être encore une fois, un jour ou l’autre, rassemblés pour une bonne nouvelle et trouver quelque sûr moyen de se reconnaître, afin que ce monde, dont ils sont le mérite et le sel, ne périsse pas. » (Fin de citation)

    Au chapitre précédent intitulé « D’une étoile qui s’est éteinte et des « mecs » qui nous ont envahis », l’auteur supplie son grand-père de revenir pour lui montrer où est passée l’étoile qu’il lui avait désignée.

    Quelque luciole sur nos chemins de terre saura peut-être refléter sa lumière, qui sait!

    Bon, je vous quitte, le tonnerre se fait entendre et je vais tout de suite débrancher les fils de la clôture électrique.

    Bonne journée à tous.

    Garo

  5. « Il ne messied donc pas de laisser à notre maçon, discret intuitif, le soin de nous instruire sur ce « coup de dés »  »

    Tout à fait, Garo, il me semble que vous m’invitez à en parler à votre manière sibylline. J’étais sur mon livre « l’existence » quand je cherchais « les équations de l’ubiquité », comme je vous l’avais dit avec un grand mélange d’audace et de naïveté, il y a quelques mois. Je suis homme à tenir mes promesses, mais Il ne faut pas me prendre pour ce que je ne suis pas. Ma culture scientifique est sommaire, et mes compétences mathématiques m’ont laissé au sortir d’un ancien gâchis scolaire et autre (sans regret ni rancune ça aurait pu être pire, une énergie n’est-elle pas souvent contrainte à être potentielle ?) à une math-sup désastreuse et un bac +2. Cependant il semble que les maths peuvent se développer toutes seules à condition de vouloir vraiment s’en servir pour quelque chose de créatif et d’intéressant. Ainsi je suis presque arrivé au bout de ce que l’étude approfondie d’une suite numérique pouvait m’apprendre et me surprendre en copulant avec l’existence. J’en suis à enlever les échafaudages, à briser les moules. Des centaines d’heures s’évanouissant en quelques clics… il y faut l’aide de quelques dieux, mais je mets autre chose que de la pensée dans leur balance… Peut être à la fin de l’été, aux dernières maturations, une œuvre poétique, mystique et toute cerclée de mathématiques.

  6. Bonjour!

    Sans la flamme d’une chandelle et devant l’écran blanc, assouvir quand même notre faim quotidienne à sa table d’existence…

    Prière du matin bachelardienne qui n’est peut-être pas sans signifiance pour un répondant quelque part, qui saura exhausser dans le calme « tumultueux » la question sans mots qu’il a choisie. Mais laissons là l’oxymore léger et pesant…

    J’étais en train de lire votre commentaire, hier, Monsieur Bardou, quand un signal sur l’écran m’informe de l’arrivée d’un message des éditions Stock qui ont décidé de m’envoyer un livre, un livre de « leçons » qui a fait l’objet d’une dédicace publique et médiatique de l’auteur, à quelques lieues de chez moi, en début de semaine, à la librairie, avec militants, badauds, journalistes et gardes du corps, palsambleu!

    Jeudi, sur le chemin de la bibliothèque de la ville, je suis passé à côté, la rue était déserte et je marchais seul.

    Brisons là.

    J’apprécie cette humilité qui vous honore, Monsieur Bardou, concernant votre place sur l’édifice de la grande institution du savoir.

    Mais que peut dire votre serviteur au sous-sol sans les bagages que vous évoquez, mon bon seigneur? Avec Ivan et Gaston sans doute a-t-il choisi de s’évader et de rêver d’une île où l’école serait permanente…Allez ça-voir au delà du savoir, peut-être!

    A chacun son examen de passage et son schibboleth, autrement dit son juste mot et sa secrète mélodie!

    Briseur de moules, vous êtes, tel celui qui pense et vit avec la science et qui trouve au chapitre quelque chose de très inspirant (Dans « les enjeux du savoir », le physicien au chapitre intitulé « Briser des moules de pensée » cite presque verbatim W.Heisenberg, pour dire qu’une vision simpliste s’est dissoute dans la clarté transparente des mathématiques)

    Pierre qui roule n’amasse pas mousse, dit le proverbe! Et le neutrino stérile, non plus! (Les dix-sept lettres de ce syntagme « le neutrino stérile » n’est-il pas l’anagramme de « il roule et n’est rien »?

    Il est des pierres célestes qui tombent, écrit un collègue de Monsieur Luminet (« Le chaos et l’harmonie » – Folios/essais – pages 82 à 84)

    Et dans un autre livre, le même auteur parle de mousse quantique sans cesse fluctuante (John Wheeler) où le temps et l’espace tels que nous les concevons dans le monde macroscopique perdent leur sens. (« La plénitude du vide », pages 171, 173 et 233)

    Je me souviens de cet auteur, un jour d’été, quelque part en France, nous déjeunions dans la même salle et il s’était prêté avec plaisir au clic de mon appareil photographique, en prenant aisément la pose.

    Quand viendra la fin de l’été, sur l’improbable tapis moussu, si vous trouvez la perle ou la fine fleur, de grâce, allez de ce pas au delà, Monsieur Bardou, la porter à notre lapidaire de service! Notre Jean-Pierre national en fera tout un billet, c’est sûr!

    Une éthique qui tombe des cieux, peut-être…

    On en aurait tellement besoin…Agar crie dans son désert, Anne du haut de sa tour, les yeux rivés sur son télescope ne voit rien se profiler à l’horizon et Isabelle, l’institutrice évanouie d’Intermezzo, se réveille sans rêve…dans un monde banal et simpliste.

    Le monde est stone, stone, stone…Faut-il se laisser mourir, étendus sur l’asphalte?

    Revenons à nous.

    Dans le vingt-huitième commentaire de l’antépénultième billet de notre professeur, Jacques fait référence au « Droit de rêver ».

    Elle est juste sa citation et on la trouve à la première page du chapitre « Les aventures de Gordon Pym » Exactitude, quand tu nous tiens!

    Bonne journée et pour demain, bonne fête des pères, fût-elle pour quelque rare personne « hypèrecomplexe ».

    Bien cordialement

    Garo

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