30 juin, Journée de l’astéroïde

Le 6 décembre 2016, l’Assemblée générale des Nations Unies a adopté une résolution déclarant le 30 juin Journée internationale des astéroïdes « afin de commémorer chaque année, au niveau international, l’anniversaire de l’explosion de Tunguska (Sibérie, Fédération de Russie) survenue le 30 juin 1908 et de sensibiliser la population aux risques d’impact d’astéroïdes. »

La Journée internationale de l’astéroïde (Asteroid Day) vise à sensibiliser le grand public aux menaces que représentent les astéroïdes, l’informer des mesures qui seraient prises pour assurer la communication de crise au niveau mondial en cas de risques liés aux géocroiseurs, mais aussi (et surtout) à mieux connaître ces fascinants résidus de la formation du système solaire.

Retour sur l’événement du 30 juin 1908, à partir d’extraits de mon livre paru en 2012, « Astéroïdes, la Terre en danger »

Le 30 juin 1908 à 7 h du matin, une effroyable explosion ravage la Tunguska, lointaine vallée pratiquement inhabitée qui étend ses forêts de conifères entre la ville d’Omsk et le lac Baïkal, en Sibérie occidentale. Accompagné d’une lueur aveuglante, le souffle couche au sol tous les arbres dans un cercle de cent kilomètres, décime des milliers de rennes, se propage, atteint les villages, brise des vitres, ébranle des immeubles. La déflagration est entendue à 1500 km à la ronde, jusqu’au cercle arctique.

Un habitant de Vanarava, à 60 km de l’endroit, aperçoit juste avant l’explosion un objet énorme et étincelant, gros comme la moitié du Soleil, fendre le ciel à la vitesse de l’éclair. Suivi par un sillage de poussière et de fumée, l’objet dégage une chaleur telle que la chemise de l’homme commence à prendre feu. Terrorisé, il a juste le temps de courir se réfugier dans sa maison afin d’éteindre les flammes.

D’autres témoins affirment avoir vu s’élever un énorme champignon de fumée noire coupant le ciel en deux. Vingt kilomètres au nord de Varanava, les nomades des tribus Tungouzes transhumant dans les forêts croient que la fin du monde est venue.Leurs huttes, arrachées du sol comme des fétus de paille, s’envolent aux quatre vents, et ils perdent des centaines de leurs rennes, gravement brûlés.

Région parmi les plus hostiles, la Tunguska compte alors très peu d’habitants. Si les dégâts matériels sont énormes, on ne déplore heureusement que quelques blessés et brûlés. Un vrai miracle. D’autant que d’incroyables phénomènes lumineux se produisent. Ce soir-là, la nuit ne se couche pas dans presque toute l’Europe. La Grande-Bretagne est éblouie par un coucher de Soleil étincelant ; la nuit, sillonnée de nuages de lumière rose, est si claire que les Londoniens peuvent lire leur journal dans la rue à minuit, sans avoir recours à l’éclairage de la ville. Des nuits d’une blancheur irréelle s’installent plusieurs semaines durant.

Enregistrée par les sismographes du monde entier, l’énergie libérée est estimée à 15 millions de tonnes de TNT. C’est mille fois la bombe atomique qui détruira 37 ans plus tard Hiroshima.

Du fait des événements qui secouent le début du siècle (purge politique en Russie, Première Guerre mondiale), les savants soviétiques ne commencent à explorer le site de la Tunguska qu’en 1927. Les arbres sont encore brûlés, couchés radialement autour du centre de l’explosion.

Photographies de l’expédition de 1927-28

Aucun gros cratère ne marque un point d’impact. Les scientifiques interprètent mal les données qu’ils recueillent : les dépressions qu’ils prennent pour de petits cratères sont en réalité les manifestations normales du permafrost, un terrain caractéristique des régions polaires dont la surface est grêlée de trous par les écoulements d’eau souterrains. En fait, aucune grosse météorite ne sera jamais découverte sur le site. Les hypothèses les plus extravagantes circulent alors : explosion d’un vaisseau extraterrestre propulsé par énergie nucléaire, désintégration d’un fragment d’antimatière, collision entre notre planète et un micro-trou noir… En 1983, des particules microscopiques contenant une forte concentration d’iridium sont toutefois collectées par une expédition soviétique. Or l’iridium, métal rare dans la croûte terrestre, est un constituant ordinaire des météorites.

En 2010, une nouvelle expédition découvre des fragments en tous points semblables à ceux d’une comète. Le mystère de la Tunguska est résolu, comme titre la Pravda du 25 octobre 2010 : une météorite pierreuse, fragment de comète d’une cinquantaine de mètres de diamètre, a percé l’atmosphère à la vitesse de 80 000 km/h, s’est désintégrée à 8 000 mètres d’altitude et a créé cette onde de choc qui a détruit la taïga sur 2 000 km2.

Impacts historiques

Il est convenu de faire commencer l’Histoire humaine à l’invention de l’écriture, il y a un peu plus de 5000 ans. Or, un certain nombre de cratères d’impact ont été créés après ce tournant.

• Le plus frais est le cratère de Sobolev, en Russie, 50 mètres de diamètre, creusé dans le plus pur anonymat peut-être aussi récemment qu’au XVIIIe siècle.

• Le cratère sous-marin nommé Mahuika (dieu du feu chez les Maoris), au sud de la Nouvelle-Zélande, mesure 20 km de marge et 153 mètres de profondeur. Basée sur les anomalies chimiques et les fossiles dérivés de l’impact, la date précise de 1443 a été avancée. On sait par ailleurs qu’à cette époque, les natifs de Nouvelle Zélande ont abandonné leurs habitats des zones côtières. L’hypothèse d’un tsunami paraît vraisemblable.

• Le cratère de Haviland, au Kansas (États-Unis), découvert en 1925, fait 110 mètres et a moins de 1000 ans.

• L’astroblème d’Ilemetsy, en Estonie, mesure 80 mètres et remonte à plus de 2000 ans.

• Toujours en Estonie, l’astroblème de Kaalijärvi, découvert en 1928, comporte 8 cratères de 110 mètres datant de 4000 ans.

• Campo de Cielo, découvert en 1933 en Argentine, comporte une vingtaine de cratères allant de 20 à 115 mètres de diamètre, et datant de moins de 4000 ans.

• Henrury, découvert en 1931 en Australie, comprend une quinzaine de cratères allant de 6 mètres à 157 mètres de diamètre, datant de 4000 ans.

• Le cratère de Kamil, en Égypte occidentale, 45 mètres de diamètre et 10 mètres de profondeur, découvert en 2009 à l’aide du logiciel Google Earth, date de moins de 3500 ans.

• Enfin le cratère de Wabar, en Arabie Saoudite, découvert en 1932, est composé de deux cavités de 90 mètres remontant à 6000 ans. La Pierre Noire adorée par les Musulmans à la Kaaba (La Mecque) pourrait bien être une impactite provenant de ce site.

La Kaaba — cube — est une construction de forme cubique à La Mecque, vers laquelle les musulmans se tournent pour prier cinq fois par jour. La Pierre Noire est le trésor le plus sacré de l’Islam. La tradition veut que la pierre ait été « envoyée par le ciel » (apportée par l’ange Gabriel à Abraham). La pierre est censée flotter sur l’eau (elle serait donc moins dense que 1 g/cm3) et présenter de petites inclusions de cristal. Elle est généralement considérée comme une impactite, c’est-à-dire d’une roche terrestre fusionnée et mélangée à de la matière météoritique à la suite d’un impact. Cette impactite pourrait provenir du cratère de Wabar, en Arabie Saoudite, situé à 1000 km de La Mecque. L’impactite de Wabar est en effet poreuse, donc moins dense que l’eau, et possède des inclusions de verre blanc et de sable.

Voilà au moins neuf impacts qui datent de mémoire humaine, et qui peuvent avoir alimenté nombre de légendes sur quelque événement originel catastrophique ou continent englouti.

Bien qu’aucune collision historique n’ait provoqué de drame planétaire, il serait illusoire de penser que les météorites n’ont jamais tué personne. Leurs victimes ne furent pas très nombreuses, mais il y en eut, y compris au XXe siècle. Mais dans de nombreux cas, il manquait un expert en météorites pour identifier la cause de l’accident. Un des épisodes les plus dramatiques fut transcrit dans des archives chinoises : l’événement de Ch’ing Yang atteste la mort, en 1490, d’une dizaine de milliers de personnes dans la province de Shanxi, sous l’effet d’une pluie de pierres.

Parfois, le coup est évité de justesse. Par exemple le 15 février 2013, les habitants de la région de la grande ville industrielle de Tcheliabinsk, à l’est de l’Oural, en Russie, furent surpris à 9h du matin par une puissante explosion au-dessus de leur tête. Après de nombreuses reconstitutions s’appuyant sur près de mille vidéos enregistrées (de nombreux automobilistes russes possèdent des caméras sur leur tableau de bord qui filment en continu !) et les échantillons récupérés (5 tonnes au total, dont un gros morceau de 650 kg tombé dans le lac Chebarkul), on estime que cet aérolithe mesurait 19 mètres à son entrée dans l’atmosphère, pour une masse d’environ 10.000 tonnes. L’énergie libérée lors de sa fragmentation à environ 20 km d’altitude était équivalente à presque 30 fois celle de la bombe d’Hiroshima. L’onde de choc a fait 1.500 blessés dans un rayon de 120 kilomètres. Il est toujours plaisant de regarder ces vidéo et de se dire qu’une catastrophe a été évitée de peu …

Statistiques des petits chocs

Les impacts relativement modestes, susceptibles de libérer une énergie équivalant à la bombe d’Hiroshima, se produisent en moyenne une fois par an. Ils passent la plupart du temps inaperçus, pour plusieurs raisons : 75 % de la surface de la Terre est couverte d’eau, et les 25 % restants sont essentiellement inhabités ; surtout, les explosions se produisent le plus souvent à haute altitude, produisant une lueur violente et un bruit de tonnerre, sans dégât réel. Plusieurs ont été observés.

Par exemple, le 12 février 1947, une météorite de 70 tonnes s’est écrasée à Sikhote Alin, dans les territoires maritimes de Sibérie. Cette masse constituée de fer a parcouru 140 km dans l’atmosphère à une vitesse de 15 km/s, surpassant en éclat celui du Soleil, avant de se fragmenter à quelques kilomètres du sol en un millier de morceaux, provoquant une pluie de fer qui a dévasté une forêt et formé plus de cent vingt cratères. Le plus vaste mesure 26 mètres de diamètre et 6 de profondeur. Selon les estimations des chercheurs, sa masse avoisinait la centaine de tonnes et sa taille ne devait pas dépasser 4 mètres.

Un des cratères de Sikhote-Alin, photographié en 1947.

Entre 1975 et 1992, les satellites américains de surveillance des missiles ont enregistré 136 grandes explosions dans l’atmosphère supérieure. En 2002, un scientifique canadien a dépouillé les archives des satellites de surveillance militaire au cours des huit années précédentes et a identifié 300 flashs causés par des météores de taille comprise entre 1 et 10 mètres. Il a estimé que les événements de type Tunguska se produisent en moyenne tous les 400 ans.

Mon astéroïde

Le 15 juin 1999, j’ai reçu le message suivant de la part d’Antonella Barucci, qui compte parmi les experts mondiaux de la recherche sur les petits corps :

*********
Cher Jean-Pierre,

A l’occasion du congrès Asteroids, Comets and Meteors, la communauté qui s’intéresse aux petits corps dédie quelques astéroïdes aux collègues pour les honorer. J’ai pensé a toi…

« Luminet 5523 :   Jean-Pierre Luminet, French astrophycist
(5523) Luminet = 1991 PH8.
Discovered 1991 Aug. 5 by H. E. Holt at Palomar Mountain Observatory.

Named in honor of Jean-Pierre Luminet (b. 1951), French researcher at Paris Observatory. Luminet specializes in general relativity and its applications to cosmology and astrophysics. He was the first to numerically visualize accretion disks around black holes, and discovered the phenomenon of « crêpe stellaire », which causes the crushing of stars by the tidal forces of giant black holes. In cosmology, Luminet proposed a series of models of « univers chiffonné », in which complex topologies create ghost images. He is deeply involved in science outreach, both by publishing popular-level books and as a TV broadcaster. Name suggested and citation prepared by M.A. Barucci.

Cette citation va être publiée dans les Minor Planets Circulars du 28 juillet 1999.

Amitiés, Antonella

*********

Cela fait toujours plaisir d’avoir son nom là-haut. Une montée au ciel qui, pour une fois, a lieu du vivant de l’élu, me suis-je dit. Pas de quoi pavoiser quand même. Compte tenu de son numéro d’ordre, la taille de 5523 Luminet est de 8 kilomètres (les premiers astéroïdes à avoir été découverts et numérotés sont forcément les plus gros, étant les plus brillants). Il gravite à un peu plus de 400 millions de kilomètres du Soleil, bien calé dans la ceinture principale, entre les orbites de Mars et de Jupiter. Aucun risque donc qu’il vienne un jour menacer la Terre. Toutes ses caractéristiques connues sont en ligne sur le site de la NASA https://ssd.jpl.nasa.gov/sbdb.cgi#top, en rentrant 5523 dans la fenêtre de recherche.

Je me plais de temps à me connecter pour vérifier « où je me trouve ». Voici ma position exacte au 30 juin 2018 :     

Je précise que c’est un titre purement honorifique et non de propriété, ce qui est bien regrettable au vu de ce que l’on pourrait en tirer dans le futur en termes de ressources minières, comme je l’explique dans ce billet de 2014

Rendez-vous d’actualité au Palais du Dragon

Trois jours avant l’Asteroid Day 2018, soit le 27 juin, la sonde spatiale japonaise  Hayabusa 2, lancée en 2014, a réussi son rendez-vous orbital avec l’astéroïde Ryugu. Actuellement à 20 km de distance du caillou cosmique, la sonde va s’en rapprocher progressivement au cours des prochains mois avant de se poser dessus, récolter des échantillons et les ramener sur Terre fin 2020.

1999 JU3 n’a été découvert qu’en 1999 par le réseau de surveillance des astéroïdes géocroiseurs Lincoln Near-Earth Asteroid Research au Nouveau-Mexique et détient le numéro 162173. Ce n’est en effet pas un astéroïde de la ceinture principale gravitant sagement entre les orbites de Mars et de Jupiter, mais un géocroiseur de près d’1 km de diamètre appartenant à la famille Apollon, susceptible de s’approcher jusqu’à 95 400 km de la Terre (1/4 de la distance Terre-Lune).   Il a été baptisé officiellement Ryugu (« Palais du Dragon ») en 2015, en référence à un palais sous-marin du folklore japonais. Selon ce conte, le pêcheur Urashima Taro se rend dans le Palais magique sur le dos d’une tortue et en rapporte une mystérieuse petite boîte, tout comme devrait le faire la sonde Hayabusa2  si sa mission de retour d’échantillons réussit…

La photographie ci-dessous a été prise le 14 juin à une distance de 700 km. Elle  montre une silhouette inattendue en forme de diamant.

Ryugu est composé de nickel, de fer, de cobalt, d’eau, d’azote, d’hydrogène et d’ammoniac. Selon le site Asterank.com, sa valeur minière potentielle est estimée à 82,76 milliards de dollars.
Le même site donne la valeur 0 pour 5523 Luminet, non pas que mon astéroïde ne vale pas un kopeck, mais parce que sa composition chimique n’est pas encore connue!

Les curieux trouveront plus d’informations sur la mission Hayabusa2 sur l’excellent site de Futura-sciences https://www.futura-sciences.com/sciences/actualites/hayabusa-2-sonde-hayabusa-2-rapportera-peu-asteroide-ryugu-56205/

*******

P. S.  : Si vous avez aimé ce sujet,  je vous invite à lire ou relire mon autre billet de 2014 consacré aux petits corps du système solaire, « Tintin au pays des Astéroïdes ».

 

21 réflexions sur “ 30 juin, Journée de l’astéroïde ”

  1. Une fois n’est pas coutume, une petite épître à une amie du bout du monde!

    Que le Petit Prince de Monsieur Bardou, sur son astéroïde où oncques, un facteur ne sonne deux fois, veuille bien considérer cette diligence particulière pour ce pli en temps et en heure à la gente dame de sa cour, en terre de feu!

    Merci Monsieur Luminet.

    Chère Mabel,

    Est-ce bien raisonnable, voyons ! En ce trente juin de l’an de grâce deux mille dix huit, journée de l’astéroïde, vous écrire ce message par l’entremise du blogue de notre Jean-Pierre Luminet intersidéral, le jour même où, tout à l’heure, vont s’affronter sur un le gazon, deux équipes, l’une argentine, l’autre française, là-bas en Russie.

    Sacré ballon ! Régis Debray en a fait tout un chapitre dans un bel essai consacré au feu sacré, sous-entendu aux fonctions du religieux. Mais chez les supporters, comme ils disent, chère Mabel, point de Platon ni d’Origène sur les maillots ni dans les têtes.

    Vous souvenez-vous, il n’y a pas si longtemps, dans le tumulte commercial de ce salon international, à Paris, celui de l’agriculture qui n’est pas celui de la terre, avec vos deux collègues de l’Alma mater, brésilienne et française, nous échangions maints livres et gentillesses autour de quelques mets sans saveur sous la tente d’une région de France? A quelques pas de notre table, et nous ne le savions pas, Gérard Depardieu tournait une séquence du film « Saint amour ».

    Nous étions loin, si loin des simagrées de la téléréalité et nous aussi, pourtant, on se faisait du cinéma avec nos savantes citations de Martin Heidegger et de Nicolas Grimaldi sur le temps.

    Le théorème du « No Free Lunch » (qu’on pourrait traduire par : « pas de déjeuner gratuit ») était sans doute au menu de nos conversations inutiles. Votre professeur d’université au nœud papillon et aux chaussettes carmin eût été charmé par cette aventure : l’aventure du vide dont nous savions bien, commensaux éphémères, qu’elle ne tenait qu’à un fil – celui de l’imaginaire.

    J’avais quitté mon arbre, le matin même, dans la froidure de l’hiver et le soir venu, sur le chemin du retour, eussé-je imaginé une rêverie travaillant en étoile ?

    Allons savoir à défaut de ça-voir, palsambleu !

    Mabel, on aurait pu parler « foot » à Paris, laissant là la quadrature de l’Être, ce jeu du monde à la ronde du faire-paraître et évoquer la passion de l’auteur de « L’être et le temps » qui admirait les finesses de jeu de Franz Beckenbauer et laissait tomber sa tasse de thé, saisi par l’émotion en regardant à la télévision le match légendaire opposant le SV de Hambourg au FC Barcelone.

    On a choisi sans doute d’autres chemins et nous voici à cette croisée sur le champ blanc de l’astéroïde nommé Luminet où la science simplifie le réel et complique la raison, dit le savant rêveur qui fait des livres. Avec l’heureux habitant de ce petit corps céruléen, je confirme le genre de ce mot, n’en déplaise à certains sacro-saints dictionnaires qui le veulent féminin.

    En pensant derechef à Gaston Bachelard, auteur de « La poétique de la rêverie », je dirai qu’il a son genre, tout simplement.

    Île noire ou étoile mystérieuse, il n’est que chiffres cet astéroïde 5523 là-haut dans son ciel. Mais il a aussi sa lettre comme le B 612 du « Petit prince »…Et elle est signée Antonella.

    Pourquoi, diantre, le commentateur isolé dans l’immense univers n’aurait-il la sienne dans le blogue de Monsieur l’astrophysicien ? Cette lettre est cette épistole, céans, destinée à l’amie du pays du tango.

    A chacun son objet, je veux dire son métal…au céleste pourpris ou sur le plancher des vaches !

    Dans une société qui se paie toujours elle-même de la fausse monnaie de son rêve, comme l’écrivait Marcel Mauss, dans son « Essai sur le don », cité dans « Tintin au pays des philosophes », page 45, il ne messied pas en ce dernier jour de juin, d’ouvrir les Psaumes pour y relire au chapitre 55, le verset 23 où descendent dans la fosse, les hommes de fraude et de sang.

    Dans le quartier de San Telmo avec Mafalda, Mabel, peut-être, y verrez-vous cette luciole d’enfance dans l’album de vos souvenirs.

    Il est un beau petit livre paru à « L’arôme des mots à l’infini » (anagramme de « Les éditions Flammarion ») les auteurs, « Étienne et Jacques » (anagramme de  » Et qui est-ce, Jeanne? « ) pose la question à leur lecteur, à la fin de leur ouvrage.

    On pense à « la Jeanne », mère universelle, de Georges Brassens, choisi un jour, par un député de la Dordogne pour figurer dans une anthologie parlementaire « Poésie(s) ». J’ai sous mon arbre proposé une autre réponse à la question du physicien et du pianiste. Une lettre qui s’égale à quelque chose, une anagramme de la question. Belle y est dans l’appréciation reçue.

    Que peut faire une jolie petite phrase nombrante dans la grande marmite des maux du monde?

    Où trouver la guérison dans cet enfer moderne? Mieux vaut regarder des bonshommes qui courent derrière une balle à la télévision que de se faire la guerre! Et peu nous chaut si ces sportifs de profession gagnent en quelques heures une somme que les travailleurs manuels ne perçoivent même pas dans toute une vie de labeur, bonnes gens!

    Hier, dans la rue, un tunisien avec sa pelle sous le soleil ardent travaillait…Je suis allé vers lui pour engager la conversation.

    Lui aussi rêve de guérison, lui aussi espère…follement quelque chose qui tombe du ciel.

    Pour l’heure, juste avant le coup d’envoi du match, je dis bonne chance à l’Argentine et que la victoire lui appartienne!

    Ite missa est.

    Mais si, mais si…comme chantait Guy Béart.

    Amicalement

    Garo

    Donné le trente juin deux mille dix-huit, à 15 H, quelque part au pays de la dolce France

  2. Bonjour!

    Bien lu les commentaires de la journée d’hier et, ce matin, il me plaît d’apporter moi aussi ma petite pierre qui, rassurez-vous, ne tombe pas du ciel, bien accrochée à la vie de tous les jours dans le monde d’ici-bas.

    Pittoresque et revigorant votre commentaire, monsieur Garo, mais à dessein, peut-être, vous nous laissez sur notre faim, car vous nous ne dites pas tout. Quelle est donc cette Jeanne dans la question en anagramme des prénoms de messieurs Klein et Perry-Salkow? Serait-elle un homme au vu et au su de l’accord que vous faites avec « choisi »? Et quel est le nom de ce député qui a préféré la Jeanne de G.Brassens?

    Enfin, quelle est est donc l’anagramme que vous avez découverte dans la question des auteurs des « Anagrammes renversantes ou le sens caché du monde », qui l’ont trouvée belle?

    Je crois, si j’ai bien entendu les échos venus de la fenêtre d’en face que la France a gagné le match, hier.

    Ces bons baisers footballistiques de Russie adressés à l’inconnue d’Argentine ne manquent pas de sel et je suis d’accord avec vous, M.Garo, pour dire que ce veau d’or de nos sociétés sans âme en dit long sur le peu d’intelligence critique véhiculée par les médias dans la population tout entière.

    En me relisant, je me dis à quoi bon toutes ces réflexions? A quoi bon tous ces commentaires et cette journée d’une pierre dans le ciel qui permet à quelques-uns de faire la fête, mais qui laissent de côté des millions de gens qui savent pertinemment que Luminet ou Adonis ne leur apporteront absolument rien dans leur vie réelle, celle de tous les jours, pas plus que le petit prince sur sa terre d’étoile? Des réflexions qui s’anéantissent…Poursuite de vent, poussière qui s’envole, et si tout cela n’était que vanité? Rien ne va plus et notre monde perd la boule!

    Du haut de ma petite tour de ce vieux prieuré, je ne vois rien venir à l’horizon, ni cavaliers – mousquetaire et dragon – et ni messies des stades et des scènes pour renverser le tableau et changer la donne. Je suis perdue dans ce vaste univers où je ne suis rien, rien de rien.

    Au plaisir, peut-être de lire un autre commentaire porteur d’une lueur d’espérance.

    Roxane

    1. Je pense que vous devez cesser de regarder dans votre esprit quand vous souffrez, quoique ce ne soit pas sûr que vous souffrez quand vous dites que vous n’êtes rien et que le monde est décevant. Ce peut être une mélancolie agréable, ou encore une vraie déprime, ou encore de la lucidité désespérante. C’est vous qui savez. Il me semble qu’en général toute souffrance est respectable, égale à son poids d’amour déçu. Mais alors peut-être, et supérieurement grâce à ça, on est une autre personne qui observe ce qui est encore soi à un autre niveau. Et je ne crois pas que la nature des choses envisage un autre programme évolutif. Seulement voilà, c’est seulement peut-être, il y a loin de l’imagination à l’action réussie, aussi loin de l’imagination intelligente à l’action réussie que de l’imagination ignorante à l’action réussie. Il y a de la casse et tout le monde fracasse et se fracasse. Si vous n’êtes rien, Roxane, je ne souhaite aucunement vous consoler avec des paroles. Elles ne me consolent même pas moi-même, ce ne sont que des patiences.

  3. Bien sûr, Madame, je me dois de vous répondre même si c’est bien difficile!

    Pour commencer, parlons ballon, puisque c’est dans l’air… et loin de l’arbre à songes.

    Oui, le pays de JL Borges s’est incliné, hier, et peut-être que celui du comte de Lautréamont, vendredi, saura s’imposer…

    En tout cas, au pays qu’habitait Albert Einstein, on prend l’air autrement…avec Gaston Bachelard, c’est entendu!

    Vous avez raison de siffler la faute avec ce « choisi » accordé au mot poème absent du commentaire.

    Le député de la quatrième circonscription de la Dordogne était instituteur et devint un professionnel de la politique. Il s’appelle M.Germinal Peiro.

    Il s’est fait connaître par son engagement en faveur des petites retraites agricoles, d’ailleurs toujours aussi faibles.

    Pour ce qui est de l’anagramme que j’ai trouvée, de la question posée, à savoir : « Et qui est-ce, Jeanne? », voici ma réponse:

    « E, ce néant qui est je ».

    Quant à savoir qui est ce je et ce qu’il n’est pas, autant aller s’instruire du côté du Parasite de Michel Serres.

    Concernant la lettre E, un professeur de mathématiques spéciales aurait sans doute son mot à dire, tel celui qui parle de ce nombre transcendant et des signes purs de l’essence divine de notre pensée.

    Matière à contredire? Peut-être…Là, où il y a sens de vide, palsambleu!

    L’un des auteurs du livre précédemment mentionné a trouvé belle cette anagramme.

    Vous connaissez Sisyphe, Madame? Et le prénom aux cheveux blonds sur son astéroïde…

    Il y a des décennies, dans un pré, à une lieue de chez moi, dans la nuit froide sous un chapiteau, l’artiste de variétés romantique tout illuminé d’effets de lumière, pour la multitude entassée, chantait le Petit prince…

    Rideau tombé, sur les chemins du serpent, du renard, de la rose et du prince, peut-être faut-il savoir limiter sa vitesse quand on y passe son temps…

    Du moins, si nous voulons vraiment que tout ça ne soit point mots en l’air et pure vanité, comme vous dites!

    Le réveil naturel dans la nature…Qui nous le rendra, ma bonne dame?

    Que vous me crussiez ou non, j’avoue mon ignorance et donne ma langue au chat!

    Bien à vous tous

    Garo

  4. Bonjour!

    Imaginons un petit prince qui dit « tu » quand il parle à Dieu…
    (J’espère ne pas faire de faute)
    Alors, Monsieur Bardou, ne pourrait-on pas dire avec Garo et Roxane :
    « Jean-Pierre dessine-moi cette contrée lointaine, vers laquelle, celui qui pense et vit avec la science, nous dit qu’il est très bon et finalement très raisonnable de regarder! »
    Puisse notre bon Seigneur des étoiles nous donner au plus vite une bonne nouvelle.
    Cordialement

    Jacques

    1. Bonjour Jacques,
      Vous dites en substance à Roxane et à moi, si je ne me trompe,, que la pratique et/ou la pensée de la science est, dans la simplicité éclairée du petit prince, le moyen de diminuer la souffrance. C’est tout à fait possible de le dire, la science est un contact sain avec la réalité, puisque les contacts sains sont ceux que l’on fait avec les réalités. Donc aucun petit Prince réel ne peut rester enfant, ne jamais souffrir, tout réussir, avoir toujours raison et tutoyer pour cela Dieu, s’il doit rester en dépendance, coincé entre les pages d’un livre, fut-il de mathématiques.

  5. Bonsoir!

    Que c’est juste et plein de bon sens ce que vous écrivez là, Monsieur Bardou!

    On est cependant dans l’univers des livres, un peu coincé, j’en conviens, mais on est dedans.

    Même celui qui veut la fin du savoir et l’autre qui veut aller au delà, font et vendent des livres.

    Rares sont les auteurs qui demandent à leurs lecteurs de ne point acheter leurs livres.

    Et pourtant, j’ai vécu cette expérience de lecteur (un croquant n’écrit pas de livres, palsambleu!)

    Il y a quelques décennies, un homme sage a bien voulu répondre à ma lettre et m’a vivement conseillé de ne pas acheter son livre.

    Son livre s’intitulait « Les sept péchés capitaux des universitaires ». Je l’ai pourtant acquis, un jour, mais l’auteur s’en était allé, assassiné, un jour de janvier, au siège d’un hebdomadaire parisien. Je me souviens surtout de sa lettre conservée dans un bonheur-du-jour. Elle est toujours là, vivante, éclairante, une petite loupiotte dans la nuit du temps.

    Monsieur Bardou, la question de Jacques me paraît appropriée et Monsieur Luminet à qui la question est posée, ne peut, à mon sens, l’ignorer et passer outre.

    Qui vous dit que l’auteur du billet qui suscite tous ces commentaires, n’incarne pas à sa manière cet « esprit d’enfance » qui caractérise une certaine gaieté faisant l’objet, d’ailleurs, du deuxième message personnel de votre collègue écrivain, M.Jean-Claude Guillebaud, à la fin de son bel ouvrage « Le goût de l’avenir »?

    Il reste des chemins nouveaux… à ouvrir.

    Bonne nuit

    Garo

  6. Cette pierre noire citée dans l’article n’est pas adorée. C’aurait été un comble d’en faire un objet de culte, pour une société qui rejeta les idoles et les images.
    Elle sert de point de repère pour débuter les 7 tours autour de la Kaaba. Et il est vrai qu’elle est connue pour être d’origine météoritique, déjà dans les sources musulmanes du Moyen-Age.
    Est-ce le trésor le plus sacré de l’Islam ? J’en doute.
    Ceci n’est qu’un point de détail (sans reproche aucun). Cela ne change rien à la qualité des contributions du présent blog (mais je me devais de réagir tout de même). Cela dit, je peux me tromper…

  7. Bien sûr, tout le monde peut se tromper et c’est parfois une erreur de sous-estimer l’erreur.
    Ce neuvième commentaire me semble très utile et je pense qu’il invite à une réflexion en profondeur
    Quid de l’image dans nos sociétés qui passent son temps devant les écrans ?
    Dans la foulée de ce commentaire, sur quelque chemin escarpé où, peut-être, Eros et Hermès font bon ménage, je suis tombé, sur un site d’un quotidien français qui venait de publier sur l’Internet, vidéos à l’appui, un texte lu, en fin de semaine dernière, par quelqu’un du cru, simple citoyen lambda, sous une grange à foin. Icelui se réfère à l’image littéraire en parlant de l’empyrée mouvementé de l’air et des songes, sans nommer pourtant Gaston Bachelard. Son texte intitulé « Chante la plume » s’inscrit dans un cadre où chante à deux pas le coq de la ferme, enregistré par le smartphone.
    Un itinéraire sans doute à marquer d’une pierre blanche pour se retrouver sans broyer du noir.
    Peut-être avez-vous vu ces images bien réelles où, sur la table de lecture, la revue de Régis Debray « Médium » côtoie un bouquet de fleurs rouges…
    Et pourtant, sur le tableau noir, il y a là comme un blanc, un vide, finalement rien.
    Peut-être saurez-vous, amis lecteurs, y écrire une bien jolie phrase…

    Garo

  8. Bonjour !

    J’ai bien trouvé, Garo, le site du journal et les vidéos.
    Et aussi, sur la table du lecteur, les patiences, comme un clin d’œil au dernier mot de Monsieur Bardou, dans sa belle réponse à Roxane.
    Texte bachelardien, certes, lu, donné dans cette grange qui m’a incité à ouvrir « Les fragments d’une poétique du feu » où la pierre noire, l’onyx de Mallarmé, cherche sa rime dans l’Introduction qui se termine par cette phrase qui ravira Monsieur Feye : « Prenons contact avec la tradition ».
    Pour ne rien vous celer, j’ai pris contact avec l’intéressé des vidéos dont la plume dans le vent qui a quelque chose de résolument moderne, semble pourtant tourner le dos au progrès prométhéen et aux bruits du monde dans toute sa furie.
    Il m’a tout simplement invité à aller tirer la chevillette de sa porte pour parler de tout et de rien et prendre un verre ou plus sous les tonnelles.
    Pourquoi pas ? Sur la route de quelque Puy vendéen, j’irai bien faire un tour de cet autre côté…
    Ma manière à moi, peut-être, d’écrire un mot sur le tableau noir de l’intuition vraie.

    Jacques

  9. Bonjour!

    Franchement, je dois vous l’avouer, j’en suis restée coite.

    Voici maintenant l’entrée en scène ou plutôt dans les coulisses d’un Pivot des champs avec son tableau noir.

    Je n’ai rien à redire et n’y vois point matière à contredire bien évidemment, ce serait pour le moins déplacé vu le chant de la plume.

    Mais enfin, que les chers commentateurs de ce billet planétaire de M.Jean-Pierre Luminet me pardonnent, je me dois de poser quand même la médiumnique question : Ce « je » qui n’est rien, peut-il au moins écrire une jolie phrase sur le tableau?

    Monsieur Bardou, généreux et plein de finesse, n’est pas là pour répondre, occupé à construire ses murs ou à travailler la rédaction d’un prochain livre. Monsieur Garo, toujours en quête du moindre et juste détail, lit tête basse Gaston Bachelard sous son arbre et cet « autre » ne risque pas de lui tomber sur le nez, palsambleu! Quant à Monsieur Jacques, son mot est « je de passage » et point de main invisible écrivant sur la muraille.

    Reste notre professeur qu’il ne faut pas nous enlever…Et dans son ermitage, il nous prépare un nouveau billet sous le soleil de juillet.

    Donc, il n’est pas à nous.

    Roxane

    1. Et bien aujourd’hui JE voulais faire un plongeon mais JE n’étais pas sûr de moi et JE ne savais pas pourquoi toujours ce manque de DESIR car JE l’avais souvent fait alors JE suis monté sur la plateforme après les éducatifs de base et JE n’ai plus eu confiance, JE n’avais plus le plan dans la tête alors J’AI fait une chandelle à la place et J’AI ensuite dit à quelqu’un ma détresse et que J’AI eu raison de ne pas me faire agir par violence et alors JE suis remonté et J’AI trouvé la paix de le faire, ce plongeon.
      EST-ce une jolie phrase sur le tableau ? Pour moi ça l’est et JE la donne à CELA qui est JE et TOUT et qui se donne au MOI qui place son DESIR en LUI

  10. Bonsoir!

    Vous ne manquez pas d’humour, chère Roxane, et par les temps qui courent, ça fait du bien.

    Rassurez-vous, je ne passe toute la sainte journée sous mon arbre, à lire Gaston Bachelard et mon nez n’a pas encore souffert de la chute d’un astéroïde, fût-il un gland, qu’une malicieuse hamadryade aurait laissé tomber, palsambleu!

    Je n’ai pas la réponse à votre juste question et ce treizième commentaire n’apportera aucune eau à votre moulin.

    Aussi, je m’en vais promener à ma claire fontaine et me baigner en cette eau de là.

    On ne sait jamais, cette Siloé peut nous ouvrir le yeux!

    Garo

  11. Bonjour Monsieur le Professeur!

    Chers amis lecteurs et commentateurs de ce blogue,

    17 H, en ce dimanche 15 juillet 2018.

    Il y a exactement, jour pour jour, neuf cent dix-neuf ans, la prise de Jérusalem et deux cent dix-sept ans, le concordat.

    Et passe le temps…
    Dans la fraîcheur de cette chambre, loin des bruits du monde, me voici en train d’écrire au tableau une petite suite suscitée par l’excellence du propos de Monsieur Bardou.
    Je me demande tout compte fait ce que peut bien penser de cette mienne logorrhée, Monsieur Luminet, du haut de son observatoire.
    Comment notre donneur de bonnes leçons, pourrait-il en son for intérieur accréditer ce déferlement de commentaires, certes toujours sincères et courtois, mais qui détonnent avec la concision subtile de l’auteur de « La nature des choses », ce petit livre qui s’achève en un seul vers pour dire la vacuité de tout discours?
    En relisant le commentaire d’hier, de M.Guillaume Bardou, notre plongeur, je ne puis m’empêcher de penser au chapitre sur « les effets de la science » où le physicien des enjeux du savoir, nous instruit :

    « Il faut remplacer (l’attitude du procureur) par celle plus modeste de l’explorateur.
    Je dirai même (la comparaison est meilleure) par l’attitude du plongeur. »

    Le livre « Explorateurs de l’invisible – Une plongée au cœur des plus grands mystères et de nous-mêmes » est dédié à ce physicien.
    Dans « L’intuition de l’instant », page 95, Gaston Bachelard, écrit que « toute la force du temps se condense dans l’instant novateur où la vue se dessille, près de la fontaine de Siloë (…) » sous un geste de divine rédemption sans majuscules, qui a fait sursauter Jean Lescure (« Un été avec Bachelard », page 234)
    Ne quittons pas de sitôt le même physicien. Je me souviens d’un jour de juin deux mille dix, revenant de l’abbaye d’En Calcat où je suis allé saluer un ami moine bénédictin, je me suis plu à regarder ce tout petit ruisseau du Quercy où douze ans plus tôt, tout près, le physicien écrivait la conclusion de son essai « Ondine et les feux du savoir » :

    « Tandis qu’ainsi je pérorais, le soir, à pas de loup, était venu. Les ombres avaient envahi le jardin. Mes derniers mots furent ponctués d’un « ploutch! » sonore et une onde circulaire de belle ampleur se dessina sur la rivière. »

    Ondine s’en est allée et lui, Guillaume, plonge et reviens vers nous avec son JE fulgurant qui nous incite à rouvrir la revue aperçue, l’autre jour, sur une table de campagne, où Philippe Guibert s’explique sur « la force du « je ». »
    Très bien, les amis, mais qu’est-ce que le moi? Telle est la question que l’on trouve dans l’essai sur le déclin de la culture générale, d’Allan Bloom qui rêve de reproduire, je ne sais quand, je ne sais où, Le Banquet du philosophe grec.
    Parlez-moi de lui, ça m’intéresse! Alors laissons, bonnes gens, répondre l’académicien, marin et paysan :

    « J’ai toujours douté de ce doute qui ne va pas au zéro de la possession. Un sot riche est un riche, un sot pauvre est un sot. Un je riche est un riche, un je pauvre est un je. On verrait alors qui est ce monsieur ».(« Le Parasite », p.308, Michel Serres)

    Dans ses dossiers très bien fournis, Monsieur Bardou, sans pour autant s’interdire de beaux mythes indiens, parle de la démocratie en Amérique et de Benjamin Constant, mentionné, je crois, seize fois dans « La faute à Rousseau. »
    Quid, cependant, de « Démocratie française » qui transcende le temps et de la révolution du nouvel Émile qui pourrait s’amorcer dans l’intelligentsia, et particulièrement dans la classe enseignante, selon Edgar Morin (« Le vif du sujet », page 293)?
    Vous avez dit désir? Le physicien du réel voilé y voit un réalité. Et sur les erres de Kenneth White, on va délirant avec Joseph Delteil, pour entrer, dit-on, dans le Désir total.
    Répondant à une question de Monsieur Claude Saliceti, qui ne voit pas comment nous pouvons dire « je » (…) sans un enracinement dans un « en soi », qui transcende les limites et les dépendances de toutes les existences particulières, M. Bernard d’Espagnat répond en citant un passage sur les clochers de Martinville dans « A la recherche du temps perdu » de Marcel Proust, où « le caché devait être quelque chose d’analogue à une jolie phrase » pouvant « dévoiler sans dévoiler ».
    Si la science est en jeu, il ne messied pas de rouvrir ce même ouvrage avec M.Étienne Klein, qui s’y réfère dans son livre « Matière à contredire », page 41, pour faire ressentir au « l’essence permanente et habituellement cachée des choses (enfin libérée) et notre vrai moi en éveil qui s’anime en recevant la céleste nourriture qui lui est apportée. »
    Ce jeu-là en vaut la chandelle et dans la flamme d’icelle, en dernière page, la reconstruction de l’esprit s’impose et une question se pose…
    (« La flamme d’une chandelle, page 112)
    A cette heure, quelqu’un se plongera peut-être, en quelque « Traité des essences » de l’astronome et philosophe croate Herman le Dalmate, pour y pêcher le tellurure d’or avec lequel écrire sur nos murailles la belle petite phrase exacte, sésame de notre libération.
    Mais revenons à nous, sur terre, à nos vies de tous les jours, là où nous sommes à l’œuvre quelle que soit sa couleur, et entendons le spectre d’Intermezzo, s’adressant à Isabelle, l’institutrice :

    « Ce qu’aiment les hommes, ce que tu aimes, ce n’est pas connaître, ce n’est pas savoir, c’est osciller entre deux vérités ou deux mensonges, entre Gap et Bressuire (…) entre l’enfer d’ombres muettes et l’enfer bruissant, entre la poix et le néant. »

    Deux prénoms ont posé une question sur un prénom. Un lecteur a répondu dans une belle anagramme.
    Une lettre ou rien.
    Je confirme au tableau.

    Bonne soirée

    Garo

  12. Bonsoir

    Intéressant et difficile, ce dernier commentaire.
    Auriez-vous l’obligeance de bien vouloir porter à ma connaissance le vers de Jean-Pierre Luminet dans le livre que vous mentionnez?
    La France vient de gagner 4-2
    Beaucoup de commentaires à la télévision mais pas d’entrain particulier, ici, dans ma cité, où les gens se lèvent tôt demain pour aller travailler.
    Merci

    jacques

  13. Oui, je veux bien vous répondre.
    Voici ce vers qui achève son beau livre de fragments.
    « La nature des choses » (Jean-Pierre Luminet)
    Il porte le n° 42 (XLII) :
    « Raidissement qui peut avoir divers prétextes »
    A écrire peut-être au tableau pour partie renversé où le dévoilement possible de l’intuition vraie réside dans la réjouissance. (« L’arc », n° 42, consacré à Bachelard -La réforme et les sept péchés, Michel Serres)
    Puisque vous parlez de l’événement du jour, je ne vous cache pas que nous avons, ce soir, en famille , débouché une bouteille de mousseux pour fêter ça!
    Pas de débordement dans mon village, si ce n’est quelques rares coups de klaxons sur la route!
    Au début des années quatre-vingt, à la tombée de la nuit, quand on faisait les foins, on entendait des cris de joie, à une lieue des champs, à l’occasion d’un match gagné en coupe d’Europe, si mes souvenirs sont bons.
    Bonne nuit

    Garo

  14. Bonsoir!

    17 juillet 2018.
    Il y a cent vingt-quatre ans naissait Georges Lemaître, astronome et chanoine, père de la théorie du big bang.
    Bon anniversaire

    Jacques

  15. Bonjour à tous!

    Je viens de lire et de relire tous ces commentaires.
    Hasard objectif, peut-être, ou simple coïncidence sans aucune signification particulière…Je ne sais.
    Vous parlez de plongeon, d’éducatifs plongistiques, de Siloé…
    Bizarrement, je suis en train de préparer une plongée en quelques abysses pour y pêcher des perles rares ou de buvables essences du côté de chez Swann et du côté de Nogent.
    Quèsaco?
    Une lecture approfondie des deux ouvrages de deux personnes, philosophes des sciences, en vue d’y trouver quelque chose pour offrir en cadeau. Autrement dit un joli collier de perles.
    Une seule question aux gens du métier:
    Est-ce bien raisonnable?

    Michel

  16. Quésaco demeure…
    mais si vous pêchez du côté du 8 rue du port,
    j’y serai demain mercredi avec des amis de 14h à 16h30 et probablement aussi samedi ou dimanche

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *