Les comètes de Pâques : Hyakutake, la grande comète de l’an 1996

Les début de printemps et les fêtes pascales semblent décidément propices aux apparitions de comètes. L’étoile mouvante qui accompagna les Rois Mages vers la crèche de Jésus – dont nombre d’études historiques suggèrent la naissance non pas à Noël mais bien à Pâques – était-elle une comète ? Vraisemblablement, tout au moins si pareil événement s’est réellement produit.

Dans cette célèbre fresque de l'Adoration des Mages, réalisée par Giotto en 1303, l'étoile de la Nativité est représentée sous forme d'un astre chevelu, autrement dit une comète. Nombre d'historiens estiment qu'il s'agit probablement d'une fidèle reproduction de la brillante comète vue en 1301 dans les cieux d'Europe, comète qui sera plus tard identifiée comme étant la comète périodique de Halley.
Dans cette célèbre fresque de l’Adoration des Mages, réalisée par Giotto en 1303, l’étoile de la Nativité est représentée sous forme d’un astre chevelu, autrement dit une comète. Nombre d’historiens estiment qu’il s’agit probablement d’une fidèle reproduction de la brillante comète vue en 1301 dans les cieux d’Europe, comète qui sera plus tard identifiée comme étant la comète périodique de Halley.

Cette année 2016, ce sont deux petites sœurs jumelles aux  noms charmants de P/2016 BA14 et 252P/Linear qui, après être passées à quelques millions de kilomètres de la Terre lundi 21 et mardi 22 mars, ont augmenté en luminosité et sont devenues visibles dans l’hémisphère nord de la Terre en ce vendredi pascal, 25 mars 2016. Je n’en dirai pas plus, le sujet ayant été abondamment traité dans la blogosphère astronomique, notamment sur le site de Futurasciences et l’excellent blog Autour du ciel tenu par Guillaume Cannat.

Ce billet a en réalité pour but de vous ramener vingt années en arrière, en compagnie de l’une des plus brillantes comètes de Pâques jamais vues de mémoire d’homme. Cette année-là donc,  le 30 janvier 1996, un astronome amateur japonais, Yuji Hyakutake, eut la chance de découvrir une nouvelle comète qui allait désormais porter son nom. D’après les calculs, la comète atteindrait au moins la magnitude 1, soit celle des étoiles les plus brillantes du ciel, et serait visible à l’œil nu pendant tout le mois d’Avril, voyageant  de la constellation de la Grande Ourse en direction de celle  du Taureau. Hyakutake respecterait-elle  ses promesses ? Elle serait alors l’une des plus belles comètes de cette fin de XXe siècle, en attendant la très prometteuse Hale-Bopp annoncée pour le début 1997.

Je me souviens de l’excitation extraordinaire qui agita alors le monde de l’astronomie, tant professionnelle qu’amateur. Je ne suis d’ailleurs pas le seul à m’en souvenir, puisque C/1996 B2 Hyakutake (son nom de comète officiel) est l’héroïne du tout récent billet du blog Cielmania tenu sur Futurasciences par l’astrophotographe Jean-Baptiste Feldman.

Je reproduis ici quelques notes que j’avais prises à l’époque (allez au bout ou bien zappez si vous trouvez ça long, une surprise vidéo vous attend tout à la fin).

« La comète arrive rapidement en suivant une orbite elliptique très allongée, dont la période est de plusieurs dizaines de milliers d’années. Elle semble comparable par son activité à la célèbre comète de Halley. Elle passera remarquablement près de la Terre le 25 mars prochain à 8 heures 12 minutes 30 secondes (comme dans “L’Etoile Mystérieuse” de Hergé), à 15,2 millions de kilomètres exactement. Ensuite elle parviendra à sa plus courte distance du Soleil (périhélie) à l’intérieur de l’orbite de Mercure, le 1er mai à 11 heures.

Orbite de Hyakutake, au plan très incliné par rapport à l'écliptique
Orbite de Hyakutake, au plan très incliné par rapport à l’écliptique

Depuis l’origine des télescopes, soit quatre siècles, une vingtaine de comètes ont approché la Terre à semblable distance, mais la comète Hyakutake pourrait être la plus brillante d’entre elles. Elle devrait donc être facilement visible à l’œil nu. La célèbre comète de Halley était passée exactement à la même distance de nous le 23 avril 1066, au moment de la conquête normande de l’Angleterre. Elle avait tellement frappé les esprits de l’époque qu’elle se trouve représentée en bonne place sur la Tapisserie de Bayeux, sur laquelle elle prend une apparence majestueuse.
La comète deviendra visible à l’œil nu (du moins pour les observateurs à l’écart des grandes villes) à partir du 12 mars, dans la Balance, le matin au sud-est, d’abord sous forme d’une tache floue comparable à la galaxie d’Andromède, ensuite sa luminosité doublant à peu près tous les deux jours… La comète se lèvera de plus en plus tôt chaque nuit et commencera à se déplacer sensiblement, remontant de plus en plus vite vers le nord. Le 19 elle franchira l’équateur céleste à l’est de la Vierge et commencera à être visible avant minuit, l’idéal étant l’observation au méridien vers 4 heures du matin.
Le vendredi 22 on la trouvera à l’est, le soir, à gauche de l’etoile Arcturus. Elle devrait alors commencer à être belle, surtout à la jumelle pour mieux distinguer la queue, qui pourrait déjà dépasser dix degrés.

Trajet de la comète Hyakutake sur le fond des constellations boréales entre le 24 et le 29 mars 1996
Trajet de la comète Hyakutake sur le fond des constellations boréales entre le 24 et le 29 mars 1996

Les trois jours suivants, la comète accélèrera son déplacement, se dirigeant presque exactement vers l’Etoile Polaire, et au-delà vers le Soleil. Le soir du 23 mars on pourra la voir dès la fin du crépuscule du soir au nord-est près de l’étoile gamma du Bouvier. Elle culminera presque au zénith vers trois heures et demie du matin. La nuit suivante, celle du dimanche 24 au lundi 25, sera la grande nuit du périgée (plus courte distance à la Terre). Entre le Dragon et la Grande Ourse, la vitesse apparente de la comète atteindra 18 degrés par 24 heures, et à ce moment-là beaucoup de télescopes professionnels, notamment le Télescope Spatial Hubble, tenteront des observations improvisées hors de leur planning normal.
L’éclat maximal et la queue la plus longue (peut-être 30°) devraient se manifester le soir du lundi 25 mars, dans la Petite Ourse. Par manque d’expérience, puisqu’on n’a jamais vu pareille comète à l’époque moderne, il est difficile de prédire ce que verront vraiment les gens des grandes villes. Limpression visuelle dépendra du degré de condensation de la chevelure.  S’il demeure comme il est actuellement, c’est-à-dire »moyen », ce sera le cas optimal.

Noyau, coma et chevelure de la comète Hyakutake à son maximum
Noyau, coma et chevelure de la comète Hyakutake à son maximum

Ce soir-là la magnitude globale de la comète atteindra au mieux zéro (comme la brillante Arcturus). Dans un site urbain on verra un « noyau » comparable à l’étoile la plus faible des sept étoiles du Grand Chariot (delta UMa, de magnitude 3.3). Ce centre lumineux, que l’on verra progresser sur le ciel en quelques minutes, sera à l’évidence « plus gros qu’une étoile » et sera environné d’une lueur diffuse de trente minutes d’arc dans la plus grande dimension (c’est-à-dire comparable au diamètre apparent de la Lune). Cette lueur pourrait être en forme de goutte d’eau car la comète garde cette apparence depuis sa découverte. Mais les régions externes de la comète, contenant 80% de la lumière totale, ainsi que la majeure partie de la queue ionique, risquent d’être « mangées » par le fond de ciel pour être perceptibles en ville. En revanche, la comète et sa queue devraient être remarquées par tout le monde à la campagne. En 1066, c’etaient justement le diamètre apparent énorme et la pâleur diaphane de la comète de Halley qui avaient effrayé: une chronique rapporte l’aspect d’une “lune éclipsée”.
La comète Hyakutake devrait être grandiose à la montagne pour un observateur equipé de fortes jumelles. Il la verra sans doute plus grosse qu’un degré.
La nuit du mardi 26 au mercredi 27, vers 3 heures et demie, la comète frôlera l’Etoile Polaire. Ceux qui s’égarent dans les constellations et qui auront cherché la comète en vain n’auront alors plus d’excuse.
Après le 27 mars, c’est au crépuscule du soir, au nord-ouest, qu’il faudra désormais chercher la comète, devenue circumpolaire. Pendant plus d’une semaine elle sera bien visible le soir dans Persée puis traversera vers 3 ou 4 heures du matin le méridien dit “inferieur”, entre la Polaire et l’horizon nord, à gauche de Cassiopée. En raison de l’éloignement rapide, son éclat faiblira et son déplacement se ralentira fortement. Autour de la mi-avril la comète ne sera facilement visible que le soir au nord-ouest, se couchant de plus en plus tôt. Ceux qui auront manqué le passage au perihélie de mars auront une nouvelle chance les derniers jours d’avril. En effet, à l’approche du périhélie (plus courte ditance au Soleil), la comète recommencera à briller fort (on prévoit la magnitude -1 ), et en vertu d’une perspective favorable sa queue pourrait s’allonger autour du 26 avril jusqu’à 40 degrés. Le soir elle sera à l’horizon nord-ouest juste au-dessus du Soleil qui viendra de se coucher, et à droite de Mercure qui pourra servir de reférence. La queue dressée sur l’horizon et plus riche en poussières que le mois précédent pourrait alors devenir spectaculaire. La queue de poussières devrait aussi se voir le matin au levant vers le 2 mai, à quelques heures du perihélie, et rester visible au plus tard jusqu’au 4 ou 5 mai. Après cette date la comète sera réservée aux observateurs de l’hémisphère sud… »

Cette (trop) longue citation a pour but de rappeler combien les prédictions et calculs des astronomes peuvent (parfois, pas toujours!) être extrêmement précis. De fait, tout se passa excatement comme prévu, et même un peu mieux. Avec son éclat de magnitude -1 et sa queue de plasma qui se déploya sur 70 degrés dans le ciel, Hyakutake fut la plus belle comète observable depuis longtemps.

La comète photographiée durant la nuit du 27 Mars 1996 en depuis l'Arizona, USA, avec un cactus en avant-plan. L'Etoile Polaire est l'astre le plus btillant que l'on voit juste en haut à droite de la tête de la comète.
La comète photographiée durant la nuit du 27 Mars 1996 en depuis l’Arizona, USA, avec un cactus en avant-plan. L’Etoile Polaire est l’astre le plus btillant que l’on voit juste en haut à droite de la tête de la comète.

A cette époque, la chaîne de télévision française La Cinquième avait encore une politique fidèle à la mission culturelle du service public et produisait de rares émissions de vulgarisation scientifique. Je suis devenu conseiller scientifique d’un documentaire de 26 minutes intitulé « Hyakutake, traces d’une comète« , tourné dans l’excitation la plus totale et diffusé le 25 mars 1996 lors d’une soirée « spéciale comètes ».
Je viens de retrouver la vidéo dans mes archives, l’ai numérisée et mise sur ma chaîne youtube. Vous pouvez la visionner ici (cela en rajeunira plus d’un):

Le jour de la diffusion, le noyau de la comète a commencé à se fragmenter, comme le montre la photographie ci-dessous pris par mes collègues de l’Observatoire du Pic du Midi.

Début de fragmentation du noyau de la comète Hyakutake observé le 25 mars 1996 au télescope de 1 mètre du Pic du Midi.
Début de fragmentation du noyau de la comète Hyakutake observé le 25 mars 1996 au télescope de 1 mètre du Pic du Midi.

Mais ce billet est plus long que de coutume. Ceux qui veulent en savoir plus sur C/1996 B2(Hyakutake) peuvent toujours se rendre sur sa page wikipedia.

Place maintenant au rêve, et bonnes Pâques 2016.

GRANDVILLE-comete

 

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