Les Chroniques de l’espace illustrées (7) : Objectif Lune

Ceci est la septième de mes « Chroniques de l’espace illustrées ». Si vous souhaitez acquérir mon livre dans sa version papier non illustrée (édition d’origine 2019 ou en poche 2020), ne vous privez pas !

Objectif Lune
Bras de fer symbolique entre Nikita Khrouchtchev  et John F.  Kennedy à propos de l’affaire des missiles de Cuba, qui a mené les deux blocs au bord de la guerre nucléaire.

1962. La guerre froide bat son plein, exacerbée par la crise des missiles de Cuba. Les activités spatiales militaires permettent de développer au pas de charge toute la panoplie des technologies nécessaires pour envoyer un Homme sur la Lune. Côté américain, les programmes Gemini et Apollo se voient attribuer des budgets colossaux. Côté russe, la station orbitale permanente devient l’objectif à long terme, sans toutefois écarter la Lune des projets immédiats.

Une cinquantaine de missions lunaires américaines et soviétiques vont ainsi se dérouler dans les quinze années qui suivent. Certaines placent en orbite lunaire des satellites transmettant des photographies détaillées de la surface, d’autres font atterrir des modules capables d’analyser le sol de notre satellite naturel.

En 1966, Luna 9 réussit la très délicate manœuvre de l’alunissage en douceur. Le premier drapeau à « flotter » sur la Lune est soviétique !

Le 3 Février  1966, la sonde soviétique Luna-9 est le premier vaisseau spatiale à se poser en douceur sur la Lune. Les 4 et 5 février , elle transmet 3 clichés panoramiques pris par une caméra optique mécanique spécialement construite par les ingénieurs russes. Les images sont transmises sous forme de signaux vidéo analogiques à un débit équivalent à  500 pixels/ligne.

Pour ne pas rester en arrière, les Américains réussissent à leur tour l’alunissage avec la sonde Surveyor 1, et à peine un an plus tard Surveyor 6 est le premier module capable de redécoller.

Le programme Surveyor de la NASA a, entre juin 1966 et janvier 1968, expédié sept sondes automatiques sur la Lune pour démontrer la faisabilité d’un alunissage en douceur. .Cinq vaisseaux, dont le premier Surveyor 1, y sont parvenus, mais deux ont échoué : Surveyor 2 s’est écrasé après une correction de trajectoire ratée, and Surveyor 4 a explosé avant d’atteindre le sol. Le 17 novembre 1967, les moteurs de Surveyor 6 sont mis à feu durant 2,5 secondes, ce qui permet à la sonde de décoller du sol lunaire de 3 à 4 mètres et d’atterrir à 2,4 mètres de sa position d’origine. Ce « saut de puce » lunaire a été le premier décollage depuis la surface de notre satellite.

Cinq sondes Lunar Orbiter sont placées en orbite pour cartographier 99 % de la surface lunaire et définir les sites d’atterrissage des missions Apollo.

Cette photographie du cratère Copernicus prise par la sonde Orbiter 2 le 24 Novembre 1966 a suscité un tel enthousiasme qu’elle a été baptisée “Image du siècle”.

Pour des raisons de mécanique céleste, le voyage Terre-Lune aller-retour se présente de façon optimale lors de certaines fenêtres de tir périodiques et prévisibles. Une fenêtre se présente fin décembre 1968. Le premier vol humain en orbite lunaire est réalisé par le vaisseau Apollo 8, dont les trois membres d’équipage passent Noël à 380 000 kilomètres de chez eux. Les missions s’enchaînent avec succès.

Apollo 8 est le premier vaisseau spatial avec équipage à atteindre la Lune, à s’y mettre en orbite sans se poser et à en revenir. Les trois astronautes  Frank Borman, James Lovell et William Anders sont les premiers à assister à un lever de Terre depuis son satellite naturel et à le photographier. A gauche, photo de l’équipe en orbite autour de la Lune, Borman au centre. A droite, première image de la Terre entière prise par les humains, probablement photographiée par William Anders. Le Sud est en haut, l’Amérique du Sud est au milieu.

En mai 1969, Apollo 10 se met en orbite lunaire et teste toutes les manœuvres conçues pour l’alunissage.

La Terre, la Lune et l’alunisseur d’Apollo 10 vus de la capsule orbitale en mai 1969. Apollo 10,  quatrième mission avec équipage du programme américain, est  une répétition générale pour le premier atterrissage lunaire qui aura lieu deux mois plus tard.

Enfin le 21 juillet 1969, Apollo 11 dépose le module Eagle sur la mer de la Tranquillité. Neil Armstrong et Buzz Aldrin sont les premiers hommes à marcher sur la Lune. Six cents millions de téléspectateurs assistent en direct au spectacle. La mission semble bien se dérouler, mais la réalité est toute différente. Pendant la descente du module, l’ordinateur sature et tombe en panne. Armstrong ne reconnaît pas le site d’alunissage mémorisé pendant l’entraînement. On est à 12 kilomètres du point prévu. Il faut improviser, il reste à peine quarante secondes de carburant. Armstrong réussit malgré tout l’alunissage en mode manuel. Une fois au sol, les deux marcheurs lunaires font des prises de vue, récoltent 22 kilos de roches, se livrent à diverses expériences physiques et veulent prolonger la balade alors qu’il ne leur reste qu’une demi-heure d’oxygène. Sur Terre, les opérateurs de la Nasa hurlent : « Vous voulez qu’il y ait un mort ? Rentrez tout de suite ! » Leur promenade aura duré deux heures trente.

L’équipage d’Apollo 11. De gauche à droite : Neil Armstrong, commandant de mission; Michael Collins, commandant du module de pilotage; Edwin “Buzz” Aldrin, pilote du module lunaire.
Buzz Aldrin sur la Lune photographié par Neil Armstrong

La mission Apollo 11, réussie quelques mois avant la date butoir donnée par Kennedy, est aujourd’hui encore considérée comme l’événement le plus important de la conquête spatiale. Le programme Apollo va se poursuivre jusqu’à la mission numéro 17, de décembre 1972.

Dernière mission lunaire Apollo 17. Pendant que Ron Evans restait en orbite dans le module de commande, Eugene Cernan et le géologue Harrison Schmitt ont passé 22 heures au sol, parcouru 30 km dans leur jeep lunaire et récolté 110 kg d’échantillons de roches et de poussière.

Au total, une douzaine d’astronautes américains se sont déplacés, à pied ou en jeep, à la surface de la Lune, et ont rapporté 382 kilos de roches lunaires extraites de six régions différentes, à comparer aux 336 grammes ramenés sur Terre à la même époque par les missions soviétiques du programme Luna, équipées pour leur part de prodigieux automates.

Sur les 382 kg de roches lunaires ramenés par Apollo, 23 ont été détruits dans le cadre de travaux scientifiques et  61 ont été altérés lors de manipulations pour analyse. Il reste donc les 3/4 du butin totalement intacts, prélevés sur une zone représentant moins de 2% de la surface lunaire. La plupart se trouvent dans un coffre-fort sécurisé du Lunar Sample Laboratory de la Nasa, au sein du Johnson Space Center, à Houston.

Entre-temps cependant, l’intérêt du public a vite diminué. Des voix se sont élevées contre le coût du programme, des restrictions budgétaires ont été votées par le Congrès américain. Depuis 1972, plus aucun astronaute ne s’est éloigné de plus de quelques centaines de kilomètres de la Terre.

Or, l’aventure a été exceptionnelle, tant sur le plan scientifique que culturel. Certes, l’exploration de la Lune peut s’effectuer à moindres coûts et à moindres risques sans l’intervention physique de l’Homme. Mais aucune sonde automatique n’est en mesure de traduire ce que le poète Archibald MacLeish a exprimé dans cette une du New York Times parue le jour de Noël 1968: « Contempler la Terre telle qu’elle est réellement, petit joyau bleu flottant dans un silence éternel, c’est réaliser que nous sommes des passagers solidaires de la Terre, frères pour l’éternité sur cette beauté multicolore au milieu du froid éternel, frères qui réalisent maintenant qu’ils sont vraiment frères. »

Cinquante ans plus tard, nous sommes encore très loin de cette fraternité rêvée.

7 réflexions sur “ Les Chroniques de l’espace illustrées (7) : Objectif Lune ”

  1. Bonjour m. Luminet,
    Ce billet est indispensable. Il ne faut pas oublier que notre satellite est aussi précieux que la prunelle de nos yeux. Merci d’y avoir songé.

  2. Bonjour et merci pour cette très instructive chronique,
    Le géologue Harrison Schmitt installa sur le sol lunaire le dernier sismomètre déposé sur le sol d’une autre “planète”… jusqu’à 2018 où la mission InSight en déploya un aussi sur le sol d’une autre planète, Mars cette fois. Ce sismomètre, SEIS, est majoritairement français, sous maîtrise d’œuvre du CNES et sous responsabilité scientifique de l’Institut de Physique du Globe de Paris. C’était aussi un mois de décembre, le 19, que le déploiement eu lieu avec un bras automatique et avec succès. Harrison Schmitt, toujours en vie, envoya un mail de félicitations au scientifique français responsable de l’expérience et aux équipes en charge de sa construction, de son développement et de son exploitation. A ce jour, deux ans plus tard, le sismomètre fonctionne toujours à merveille. Un lien entre cette dernière mission Apollo et l’exploration de Mars…

  3. Bonjour!

    Je n’avais pas la télévision en messidor mil neuf cent soixante-neuf et je n’ai donc pas vu “en direct” comme ils disent, le grand événement.

    On n’oublie pas même si les os oublient, comme disait ce sacré Archibald, sans doute quelque part un peu parent avec l’oncle du chanteur

    de Sète :

    “Le vol des corbeaux,
    La façon dont le vent souffle,
    Le lever de la lune, le coucher du soleil,
    Les entraîneront
    Jusqu’aux durs os nus.
    Et les os oublient.”

    Pour faire écho à la citation du poète qui termine le beau billet de Monsieur Luminet, autant aller de ce pas, visiter ce qui suit dans les archives de la conquête de l’espace :

    “En ce moment de triomphe technologique, les hommes ont tourné leurs pensées vers leur foyer et l’humanité, réalisant depuis cette perspective lointaine que la destinée de l’homme sur Terre n’est pas divisible, nous révélant que quelle que soit la distance que nous atteindrons dans le cosmos, notre destinée n’est pas dans les étoiles mais bien sur terre, entre nos mains et dans nos cœurs.”

    A cette heure – celle de s’enivrer – comme dans la fable, autant regarder entre les verres de la lunette, foi d’animal, pour ne pas être complètement dans la lune!

    Jean-Marie Apostolidès, un spécialiste français du petit reporter lié à l’objectif Lune, qui enseigne au pays de l’Oncle Sam, dans un bel article sur Tintin et le mystère de la Trinité, écrit :

    “Le premier calcule et réfléchit, le second part à l’aventure, le troisième invente entre art et science. A eux trois, sous la garde du chevalier François de Hadoque qui est leur fétiche, ils incarnent un homme complet, un héros du XX ème siècle.”

    (Monsieur Apostolidès cite en référence, un correspondant ami, spécialiste de l’œuvre de Gaston Bachelard.)

    A – “la Chaire du génie” – , nous trouvons par une belle anagramme, haut perchée au Ministère et dans la Cité, Madame -“Claudie Haigneré”.

    Auteur d’une lettre à tous ceux qui aiment l’école, la gente dame des hautes sphères en appelle à la science comme aventure, solidarité et ferment d’avenir.

    C’était au tout début du XXI ème siècle.

    Et maintenant…Chroniques bibliques et Odyssée de l’espace suffiront-elles par leur contenu respectif à faire valoir un destin de connaissance et à rallumer dans les chaumières, la flamme d’une chandelle qui manque à plus d’un pauvre terrien, pour écrire un mot au Pierrot de la lune.

    Dans un blogue luminescient, on peut toujours rêver…

    Gérard

  4. Tous les pauvres terriens qui en sont capables doivent allumer eux-même leurs propres chandelles.

    Avec passage et repassage sur l’ouvrage, comme on pétrit de la terre pour un résultat incertain, ils développent l’art de faire une statue, ils modèlent leurs visages.

    Le ciseau des équations coupe bien dans cette glaise.

  5. Bonsoir!

    Pierrot de la lune, nous le retrouvons en Arlequin dans un mot de Michel Serres : laïcité, au début de son livre “Le Tiers-Instruit”.

    Icelui, cherchant si j’ai bien compris, le trait d’union entre sciences humaines et sciences exactes, aimerait-il le cocorico bien français, gorge haute déployée, dans le commentaire si instructif de Monsieur Laudet?

    Le monde des gens cultivés qui écrivent des livres, passent sur les ondes et les plateaux de nos chaînes nationales, le monde de Monsieur Luminet et de Monsieur Laudet, par exemple – qui ont la tête dans les étoiles et qui, en même temps, aiment la musique et composent avec elle – est un “autre monde” pour la plupart des gens.

    Dans un monde, sans doute ébranlé par un tremblement d’histoire, au delà d’un vaste remous de barricades, comme disait Monsieur Frossard dans une conversation avec lui-même, la pose d’un sismomètre quelque part, est toujours possible!

    Enregistrer est un chose, transformer en est une autre…

    Qui ne rêve pas, ici-bas, d’un autre monde, d’une autre vie, autrement dit du réel? Pour un sacré moment…Fraternité.

    Si d’argile, on se souvient, disait le diplomate et le poète.

    Kalmia

  6. Une correspondante me demande de poster son commentaire.
    Dont acte.

    “Pierrot de la lune, nous le retrouvons en Arlequin dans un mot de Michel Serres : laïcité, au début de son livre “Le Tiers-Instruit”.

    Icelui, cherchant si j’ai bien compris, le trait d’union entre sciences humaines et sciences exactes, aimerait-il le cocorico bien français, gorge haute déployée, dans le commentaire si instructif de Monsieur Laudet?

    Le monde des gens cultivés qui écrivent des livres, passent sur les ondes et les plateaux de nos chaînes nationales, le monde de Monsieur Luminet et de Monsieur Laudet, par exemple – qui ont la tête dans les étoiles et qui, en même temps, aiment la musique et composent avec elle – est un “autre monde” pour la plupart des gens.

    Dans un monde, sans doute ébranlé par un tremblement d’histoire, au delà d’un vaste remous de barricades, comme disait Monsieur Frossard dans une conversation avec lui-même, la pose d’un sismomètre quelque part, est toujours possible!

    Enregistrer est un chose, transformer en est une autre…

    Qui ne rêve pas, ici-bas, d’un autre monde, d’une autre vie, autrement dit du réel? Pour un sacré moment…Fraternité.

    Si d’argile, on se souvient, disait le diplomate et le poète.

    Kalmia”

    Bien à vous tous avec cette chanson du groupe musical
    “Indochine” :

    “J’ai demandé à la lune”

    Gérard

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