Les péchés d’Isaac Newton, né le jour de Noël 1642

Ce jour de Noël 2016 est propice pour rappeler quelques éléments de la vie et de la personnalité pour le moins étrange du jeune Isaac Newton. Celui qui deviendra le plus grand et plus influent savant de l’Histoire est né en effet le jour de Noël 1642 au manoir de Woolsthorpe, près de Grantham dans le Lincolnshire. Cette date est celle du calendrier julien encore en vigueur en Angleterre. Il le restera jusqu’en 1752, les Anglais préférant, selon Johannes Kepler, « être en désaccord avec le Soleil plutôt qu’en accord avec le pape »! Dans le calendrier grégorien, auquel le reste de l’Europe était passée depuis 1582, le 25 décembre 1642 correspond en réalité au 4 Janvier 1643. Mais l’histoire est trop belle pour ne pas être racontée le jour de Noël, car cette date on ne peut plus symbolique a joué un rôle capital dans la construction de la structure mentale pour le moins curieuse d’Isaac Newton.

Ma photographie du manoir de Woolsthorpe prise en septembre 2014, à l’occasion du tournage d'un épisode de la série Entre Terre et Ciel pour la chaîne Arte.
Ma photographie du manoir de Woolsthorpe prise en septembre 2014, à l’occasion du tournage d’un épisode de la série Entre Terre et Ciel pour la chaîne Arte.

Newton est né le même jour que le Christ. Et comme lui, son père était déjà aux cieux. N’a-t-il donc pas été engendré par les puissances astrales, du moins symboliquement ? Et l’anagramme de son nom, Isaacus Neuutonus, n’est-il pas Ieoua Sanctus Unus, « Yahvé seul Saint », comme il l’a lui-même souligné dans ses écrits ?

De fait, Newton sera profondément religieux toute sa vie, et passera plus de temps à l’étude de la Bible que de la science. Mais, selon les historiens, il était hérétique, adepte du socinianisme, de l’arianisme et de l’antitrinitarisme, trois formes ancestrales de ce que l’on nomme aujourd’hui l’unitarisme. Il parvint à cette conclusion non pas sur des bases rationnelles ou des doutes sur la foi, mais en interprétant à sa façon les anciennes autorités religieuses. Il se persuada que les documents révélés ne donnaient aucun support aux doctrines de la Trinité, lesquelles étaient dues, selon lui, à des falsifications tardives des Pères de l’Eglise. Pour lui, le Dieu révélé était un seul et unique Dieu.

Voici comment, dans mon roman La Perruque de Newton, j’ai tenté de traduire les linéaments de sa pensée mêlant théologie, numérologie et chronologie biblique.

« Il lui faut relever les altérations commises par Athanase, Grégoire et Jérôme sur les écrits bibliques, ces faussaires qui ont osé tricher avec les Écritures. Tout est là, pense-t-il. Toute la grande apostasie s’est passée en cet an 325, au concile de Nicée, quand les évêques ont décidé que le Père et le Fils étaient de la même substance et ont inventé la Trinité, cette nouvelle forme de polythéisme, et ils ont excommunié Arius, qui prêchait que le Père était Un. Certes, Jésus avait reçu le Verbe divin au temps de la Passion, mais ce n’était qu’un homme, un prophète, fût-il le premier d’entre eux. Newton ajoute donc à cette date le temps de vie des deux « témoins », comme il est dit dans Apocalypse 11-3 : 1260 jours, qu’il faut bien sûr convertir en années. Mais le résultat donne une date sans signification réelle, même en y ajoutant les 3 jours, ou plutôt les 3 ans, que durerait leur mort. Newton se plonge alors dans l’histoire des siècles obscurs qui ont suivi la grande apostasie du concile de Nicée. Une date arrête son attention : l’an 380, quand l’empereur Théodose se convertit à l’hérésie trinitaire et ordonne qu’elle soit la religion de tout l’empire romain. Or, 380 + 1260 + 3 = 1643 : la date de naissance d’un certain Isaac Newton à Woolsthorpe, à quelques jours près !

Ce choc des dates l’effraye d’abord, puis dissipe tous ses doutes : il est bien le nouvel Élu, le nouveau Messie venu annoncer la fin des temps. Le nouveau Christ donc, fondateur sacrifié d’une nouvelle alliance entre l’homme et le monde…

Newton ne peut se contenter d’enregistrer passivement cette coïncidence. Il doit n’y avoir qu’un seul Isaac, un seul Élu né le jour de Noël, un seul Prophète de la nouvelle philosophie naturelle. Il entreprend alors de démontrer, par une de ces minutieuses reconstitutions chronologiques dont il a le secret, que Jésus est né non pas à la date fixée par la tradition, mais au printemps. Et dans le manuscrit explicatif qu’il rédige dans la foulée, mais qu’il enferme soigneusement dans sa malle secrète, il laisse des blancs au milieu des phrases pour ne pas avoir à écrire le nom de ce nouveau rival, le Christ ! »

Portrait de Newton par Kneller
Portrait de Newton par Kneller

A cette époque réputée pour son intolérance religieuse, il existe peu de traces de l’expression publique des vues théologiques radicales de Newton, les plus notables étant ses refus de l’ordination et, sur son lit de mort, celui du dernier sacrement. Toujours est-il que Newton adoptera « un positivisme méthodologique », en vertu duquel il reconnaîtra l’autonomie du discours scientifique sans impliquer pour autant un renoncement à l’arrière-plan métaphysique et théologique. C’est ainsi que, bien que la loi universelle de la gravitation soit sa découverte la plus connue, Newton met en garde ceux qui verraient l’Univers comme une simple machine (à cet égard il voua toute sa vie une véritable haine théologique envers Descartes). Il affirme ainsi : « La gravité explique le mouvement des planètes, mais elle ne peut expliquer ce qui les mit en mouvement. Dieu gouverne toutes choses et sait tout ce qui est ou tout ce qui peut être ».

Dans un précédent billet de blog, j’ai conté l’épisode semi-légendaire de la découverte de la gravitation universelle à la suite de l’observation de la chute d’une pomme dans son verger de Woolsthorpe. Du pommier de Newton, passons donc maintenant aux péchés de Newton (pardon pour le mauvais jeu de mots, j’ai écrit ce billet en pleine nuit, après un dîner de réveillon bien arrosé !).

Pour cela, il faut revenir en arrière, dans la prime enfance de notre héros. Isaac Newton est issu d’une famille d’agriculteurs, mais il n’a jamais connu son père : également appelé Isaac Newton, ce dernier décède en Octobre 1642, soit trois mois avant la naissance de son fils. Propriétaire d’un vaste domaine et de nombreux troupeaux, le père Isaac était un homme riche mais sans aucune instruction ; il ne pouvait même pas signer de son propre nom.

Alors qu’Isaac est âgé d’à peine trois ans, sa mère, Hannah Ayscough, se remarie avec Barnabas Smith, l’austère pasteur anglican de l’église de North Witham, un village voisin. Tandis que le nouveau couple s’installe à North Witham, le petit Isaac est laissé à Woolsthorpe sous la garde de son acariâtre grand-mère Margery Ayscough. Essentiellement traité comme un orphelin, il n’a pas une enfance heureuse. Détestant son beau-père, il gardera toute sa vie un ressentiment envers sa mère, même si à la mort de son mari Smith en 1653, celle-ci revient habiter à Woolsthorpe dans une famille élargie composée donc d’Isaac, sa mère, sa grand-mère, un demi-frère et deux demi-sœurs.

L'école de Newton à Grantham. Comme il se doit, un piédestal du grand homme a été érigé à l'entrée.
L’école de Newton à Grantham. Comme il se doit, un piédestal du grand homme a été érigé à l’entrée.

Un an après, Isaac commence son instruction à la Free Grammar School de Grantham. Il a douze ans. Bien que l’école ne soit qu’à cinq kilomètres de son domicile, Isaac est mis en pension chez la famille de l’apothicaire Clark à Grantham. Il ne montre guère de dispositions scolaires, les rapports de ses maîtres le décrivant comme «inactif» et «inattentif». Sa mère, pensant que son fils aîné est destiné à gérer les affaires de la ferme et sa succession, lui fait quitter l’école à 16 ans, et Isaac se retrouve à travailler au manoir de Woolsthorpe, tâche envers laquelle il ne montre aucun intérêt.

Par chance, un de ses oncles, William Ayscough, estime que Isaac doit tenter d’entrer à l’université de Cambridge, et il parvient à convaincre sa mère qu’il s’agit là de la meilleure option pour la famille Newton. Isaac est donc autorisé à retourner à la Free Grammar School à Grantham pour compléter son enseignement. Il a 17 ans et loge chez le directeur de l’école John Stokes, lequel semble être le premier à reconnaître ses capacités intellectuelles. Un an plus tard, en 1661, il est admis comme sous-boursier au Trinity College de l’université de Cambridge. Tous les éléments sont désormais en place pour l’éclosion du futur génie. La suite de sa vie et de son œuvre se trouve largement développée dans mon roman La Perruque de Newton.

Le rejeton de pommier du Trinity College de Cambridge, planté sous la fenêtre de l'appartement de Newton
Un rejeton du fameux pommier de Newton à Woolsthorpe a été planté sous la fenêtre de la chambre occupée par le jeune Newton au Trinity College de Cambridge.

Mais revenons sur un épisode-clé qui permet de mieux saisir la psychologie très particulière de notre héros. Nous sommes en 1662, Newton a 19 ans. Préparant son diplôme de bachelier au Trinity College où il partage une chambre avec John Wickins (tout en servant de domestique au jeune aristocrate Francis Wilford), il consigne ses pensées dans des carnets intimes, dont une partie en langage codé. Il place ces documents dans une malle secrète, qu’il conservera toute sa vie et qu’il remplira au fur et à mesure d’une énorme quantités d’écrits de nature ésotérique, théologique ou alchimique qu’il ne voulait pas publier de son vivant. Il faut attendre 1936 pour que la « malle de Newton » soit vendue aux enchères chez Sotheby et son contenu dévoilé par son acquéreur, le célèbre économiste John Maynard Keynes, révélant une face complètement ignorée du savant anglais.

Un aperçu du manuscrit original des "péchés de Newton", en écriture codée.
Un aperçu du manuscrit original des « péchés de Newton », en écriture codée.

Dans le manuscrit de 1662 dit « Fitzwilliam » (car conservé au Fitzwilliam Museum de Cambridge) se trouve en effet une liste de problèmes mathématiques difficiles, mais surtout deux pages rédigées en écriture codée qui ne seront déchiffrées qu’en 1964, à l’exception de ces quatre mots :  Nabed Efyhik Wfnzo Cpmfke. La découverte est sensationnelle : il s’agit d’une liste de 57 péchés que Newton a confessés sur le papier, liste divisée en deux parties, l’une avant le Whitsunday de l’an 1662, l’autre après (Whitsunday est le dimanche de Pentecôte, célébré 49 jours après Pâques).

Personne ne sait pourquoi Newton a choisi cette date particulière pour diviser sa liste. Il commence par une liste de 48 péchés qu’il se souvient d’avoir commis durant toute son enfance jusqu’à ce fameux dimanche de Pentecôte, puis il en ajoute 9 commis depuis.

En visitant la maison natale de Newton à Woolsthorpe, j’ai photographié le fac-similé d’une partie de la liste des péchés de Newton
En visitant la maison natale de Newton à Woolsthorpe, j’ai photographié le fac-similé de la liste des péchés de Newton retranscrits en anglais de l’époque.

Pour le lecteur curieux et anglophone, la liste complète des péchés de Newton, traduite en anglais du XVIIe siècle, se trouve sur de nombreux sites, le plus complet étant  The Newton Project. J’en traduis ici en français quelques éléments, révélateurs d’une personnalité tourmentée et complexe. Certains de ces péchés sont tout à fait véniels et prêtent aujourd’hui à sourire, comme:

  • J’ai mangé une pomme dans la maison du Seigneur
  • J’ai fabriqué un piège à souris le jour du Seigneur
  • J’ai placé une aiguille dans le chapeau de John Keys pour le piquer
  • J’ai frappé beaucoup [de camarades]
  • J’ai eu des pensées, des mots, des actes et des rêves malpropres
  • Gloutonnerie [revient à plusieurs reprises]
  • Je me suis battu avec Arthur Storer [un camarade d’école à Grantham]
  • J’ai utilisé la serviette de Wilford pour économiser la mienne
  • J’ai négligé 3 fois la prière
  • J’ai traité Dorothy Rose de salope
  • J’ai menti à propos d’un pou
Focus sur un feuillet de la liste de péchés de Newton
Focus sur un feuillet de la liste de péchés de Newton

D’autres sont plus sérieux et confirment la haine que le tout jeune Newton a nourrie pour ses parents (le père mentionné étant évidemment son beau-père) :

  • J’ai menacé mon père et ma mère Smith de les brûler ainsi que leur maison
  • J’ai souhaité leur mort et espéré que cela arrive

Dans mon roman La Perruque de Newton, j’ai imaginé de la manière suivante  la scène du principal « péché de Newton d’avant ses 20 ans »  (plus tard en effet, tout au cours de sa longue existence, il en commettra bien d’autres ! ).

C’est avec une grande amertume que ce jour-là, le bâton d’Euclide sur l’épaule, Isaac se retrouve devant la barrière du manoir. Là-haut, devant la porte d’entrée, il voit la voiture de son pire ennemi : Barnabas Smith, son beau-père. Le recteur de North Witham est encore venu fourrer son nez dans les affaires des Newton. Mais cette fois, Isaac est bien résolu à lui tenir tête, tel Tycho affrontant le roi du Danemark, et Galilée le pape.

Autour de la table, dans la longue salle commune au sol carrelé, Barnabas Smith, Margery et Hannah sont en grande discussion. Plus exactement, le recteur lit et explique aux deux femmes un gros volume ayant trait aux lois et coutumes concernant l’élevage et l’agriculture. Dans un panier posé devant la cheminée où rougeoient encore quelques tisons, un nourrisson dort – la petite Hannah, demi-sœur d’Isaac, née quelques mois auparavant.

En entrant dans la salle, Isaac voit Benjamin, un petit garçon de cinq ans en train de mouvoir la roue d’une maquette de moulin à eau qu’Isaac a fabriquée et qui n’attend plus que sa souris ou son écureuil pour le faire tourner.

— Eh, toi, le morveux, ne touche pas à ça !

En le voyant avancer vers lui, menaçant, son demi-frère court se cacher sous la table.

— Enfin, te voilà Isaac, siffle la vieille Margery d’une voix aigre. Où étais-tu allé vagabonder, fainéant ? Et que nous rapportes-tu encore comme ordure à la maison ? dit-elle en désignant la grosse canne dont Isaac a menacé Benjamin. Où as-tu volé ça ?

— Je ne l’ai pas volé, répond en bredouillant un Isaac terrorisé. C’est sir Askew qui me l’a donné.

— Askew ? Ce vieux diable, ce mécréant ? Je t’ai dit cent fois de ne jamais aller rôder du côté d’Harlaxton. Tu y perdras ton âme. Donne-moi ça.

Isaac, que l’on aurait pu croire un esprit aussi rebelle que sa tignasse, obéit sans rechigner et tend le bâton d’Euclide à sa grand-mère. La vieille dame ne paye pourtant pas de mine, petite, racornie, noueuse comme un tronc de pommier, le visage ridé enfoui sous sa coiffe noire. Mais, dans sa courte mémoire d’enfant laissé à lui-même, c’est la seule personne auprès de qui Isaac a appris l’obéissance. Quant à l’affection, il n’en lit aucune dans le regard indifférent que sa mère lui lance.

— Montrez-moi cette canne, je vous prie, Margery, dit Barnabas Smith d’une voix posée.

Le pasteur n’avait même pas tourné la tête vers Isaac quand celui-ci était entré. Le contrat de mariage stipulait qu’il n’aurait ni le droit ni le devoir d’exercer une quelconque tutelle sur son beau-fils ; aussi s’appliquait-il à faire comme si l’enfant n’existait pas. Le petit garçon n’était jamais venu au presbytère de North Witham pour rendre visite à sa mère, et lui-même n’accompagnait qu’exceptionnellement son épouse à Woolsthorpe, comme ce jour-là, pour démêler une affaire de droit de pacage non versé par un métayer. D’ailleurs, madame Hannah Newton-Smith n’était venue voir son fils que deux fois en six ans de mariage. Non que son second mari le lui interdît, mais la naissance de Benjamin, puis celle de la petite Hannah, sans oublier son rang d’épouse de recteur à tenir, l’obligeait à surseoir à la bonne demi-journée de voyage entre ses deux foyers. Et puis, elle était à nouveau enceinte.

Barnabas Smith a posé la longue et lourde canne sur la table. Il en caresse le bois avec un air de volupté.

— Belle facture… Olivier… Vieil ivoire… Cette antiquité doit être chère au cœur de sir Askew. J’irai moi-même la lui restituer. Je prends toujours plaisir à sa conversation, qu’il a brillante et érudite.

À ces mots, Isaac, rouge de colère, brandit son petit poing vers son parâtre et se met à crier d’une voix suraiguë :

— Vous n’avez pas le droit. C’est vous le voleur ! Si vous prenez le bâton d’Euclide, j’irai brûler votre maison, vous, votre femme, vos enfants, vous rôtirez dans les flammes de l’enfer !

Puis, comme s’il se croyait lui-même foudroyé par sa menace, il s’enfuit et part se réfugier dans sa chambre, sous les combles. Là, couché sur son petit lit de fer au-dessus duquel est accroché un crucifix en bois, la tête enfouie dans les bras, il remâche sa colère des heures durant. Il s’imagine jeter le brandon dans la maison du pasteur, puis le brasier dans lequel Smith, les deux enfants et même sa mère hurlent et se tordent de douleur tandis que les flammes les dévorent. Il ne se calme enfin que lorsqu’il entend les roues de la voiture du pasteur crisser sur les graviers de l’allée. Alors, il s’assied sur son lit et regarde sans le voir le mur peint à la chaux, où un rai de lumière jailli d’un interstice du volet fait danser une petite tache irisée.

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Joyeux Noël à mes lecteurs, les fidèles tout comme ceux qui me lisent ici pour la première fois !

 

6 réflexions sur “ Les péchés d’Isaac Newton, né le jour de Noël 1642 ”

  1. Pour le plaisir, cette petite suite enchantée à la belle histoire de Noël contée allègrement par le savant des étoiles, une nuit de réveillon.
    J’étais de retour à la maison quand j’ai lu ce billet « aux essences parfumées et peccamineuses » (je m’empresse de préciser que cette expression n’est pas de moi mais d’un auteur qui m’a écrit, un jour d’aprilée mil neuf cent quatre-vingt-onze, une fine épistole que j’ai conservée dans un bonheur-du-jour, au grenier (1)…On ne sait jamais, palsambleu, quelqu’un pourrait bien m’accuser de plagiat ou de péché mortel et voilà le pauvre Garro, Gros-Jean comme devant, brûlant en enfer!)
    Sous mes yeux, la fable 4 du Livre IX de notre bon Monsieur de La Fontaine sur laquelle je suis tombé en lisant la liste des péchés de celui qui mérita, selon Alexander Pope, ce projet d’épitaphe :

    « La nature et ses lois gisaient dans la nuit. Dieu dit : Que Newton soit!Et tout fut lumière. »

    Pour être plus clair, je dirai que la fable en question « Le gland et la citrouille » m’est plutôt tombée sous le nez, n’ayant pas de poil au menton. Alors, je ne sais en quelle rêverie ou quel état anagogique, je me suis retrouvé avec une amie de longue date en ouvrant sur-le-champ un carnet que la belle avait laissé là, gisant sur quelque étagère. Je me souviens de ce ruisseau infime appelé La Dourmelle sur le bord duquel, je lui ai parlé un jour de juin deux mille dix, du côté de Fourmagnac, dans le département du Lot, où se trouve la maison natale du physicien qui lui a donné une existence littéraire.
    Je ne résiste pas à l’envie de vous citer un extrait de son carnet :
    « Pour atteindre Cambridge, c’est simple : remontez la Cam jusqu’au pont. C’est bien ce que je fis – et j’émergeai finalement sur un gazon très fin qu’arpentait d’un air décidé un gentleman emperruqué.
    (…) Il y avait de bonnes chances pour que ce monsieur fût Newton (…) Il me confirma son identité et, me trouvant, je pense, gentille à voir, m’invita à prendre une stout.
    L’idée d’aller interroger sir Isaac n’était pas très originale. Je me comportais là, à tout prendre, en journaliste, en « gazetier » comme on disait alors, car la découverte de l’attraction universelle avait rendu Newton célèbre. (…)
    En questionnant Newton, je m’étais vite aperçue que sa satisfaction était, malgré tout, mitigée. Bien qu’il eût lui-même développé l’idée de force à distance (avec le succès que j’ai dit), cette notion le déconcertait (…) Toujours est-il qu’il aurait aimé trouver la cause de cette force. Peut-être quelque action de contact entre entités intermédiaires, ou Dieu sait quoi d’autre. Encore fallait-il que la conjecture fût plausible. En fait, il ne découvrit rien de tel et, plutôt que de s’aventurer dans des spéculations hasardeuses, il fit le choix de s’abstenir. » (Fin de citation)
    Et vint un soir, les ombres avaient envahi le jardin. Les derniers mots du physicien furent ponctués d’un « ploutch ! » sonore et une onde circulaire de belle ampleur se dessina sur la rivière. (« Ondine et les feux du savoir », page 213, B.d’Espagnat)
    Quid du retour de cette petite sirène, bonnes gens ? Allez savoir ou ça-voir !
    Le lecteur simple citoyen qui s’interroge et interroge en appelle à l’éclaireur intelligent en espérant qu’il saura répondre à la question de M.Edgar Morin, au chapitre « Emile et Moïse » de son livre « Le vif du sujet » :
    « Qui éduquera les éducateurs ? »
    (1) Il s’agit de l’auteur de l’ouvrage « Les sept péchés capitaux des universitaires »
    Il m’avait conseillé de ne pas acheter son livre. Je l’ai acheté quand même, bien plus tard…
    Ai-je péché, Monsieur Luminet ?

    Donné la nuit du vingt-sept décembre deux mille seize

    Bonnes fêtes et heureuse année deux mille dix-sept à celles et ceux qui liront ce petit commentaire de fin fond de campagne.

  2. Bonjour!

    Réflexion du jour… Il est vrai que l’on peut sourire à la naïveté de certains péchés avoués. Néanmoins, il m’apparait qu’une personnalité comme Newton devait être connectée avant toute chose au sentiment profond, sûrement ambigu et générateur de conflit intérieur en prenant, par exemple, plaisir à manger une pomme dans la maison du Seigneur alors qu’il sait que c’est défendu. Ou bien, à le faire sans aucun affect et s’en trouver fort marri car la morale de l’époque aurait voulu qu’il en éprouve du remord voire, vachement plus en vogue dans le contexte religieux, de la culpabilité 😉 Et finalement, c’est certainement ça qui lui vaut l’appellation de « péché », la reconnaissance intime de l’état dans lequel il a commis ces fautes aux yeux de l’église.

    Merci pour votre billet.

  3. Bonsoir!

    Merci pour ce billet de blogue que j’apprécie beaucoup.
    Merci aussi pour les commentaires
    Celui de Madame G…sur le « péché » m’intéresse au plus haut point.
    Le Garo de village que je suis voudrait bien se faire confesseur pour connaître la liste des « péchés » des universitaires.
    Le plagiat supposé et les inexactitudes vérifiées dans les ouvrages sont-ils péchés mortels?
    Puisse une éthique tombant des célestes pourpris étoilés me donner une bien bonne et jolie réponse!
    Bonne nuit
    Garo

  4. Bonjour X 33 !

    Peut-être a-t-on gardé les vaches ensemble; qui sait? En tout cas pas de poil dans main ni au menton, palsambleu!

    Seule, peut-être, la forme de notre moustache de villageois diffère quelque peu et cette originalité ne manque pas d’air.

    Allons donc, de ce pas, quérir la liste des péchés des universitaires, confessés par Monsieur Bernard Maris qui nous sourit

    sans doute de ses céleste pourpris étoilés :

    1 – La lascivité

    2- La paresse

    3- L’ignorance

    4 -L’absence

    5- L’envie

    6- La fatuité

    7-La complaisance.

    Oui, mais cette liste n’est qu’un livre et il avait sans doute raison; l’auteur, de m’inviter à la distance.

    Sans l’universitaire nous ne serions pas là, en train de pérorer sur les péchés de l’Alma mater en toute liberté et sans modération.

    Tout à l’heure, envoyés à une minute d’intervalle, deux messages à ma fenêtre. L’un venu de Belgique, signé par une musicienne agrégée, auteur d’un concerto aux lueurs de Gaston Bachelard et l’autre de Suisse, signé par une autre dame, de l’université de Berne, auteur d’un livre sur une catégorie qui peut être, selon un professeur de sociologie connu, un bon moyen pour appréhender la globalité sociétale. Icelle me parle de « La formation de l’esprit scientifique », du « Nouvel esprit scientifique » de » L’intuition de l’instant », de durée, de moment et d’un livre, peut-être à venir, sur le temps rédempteur (intime). Où est le mal?

    On peut toujours chercher l’erreur, la trouver et la mettre sous le nez du sociologue fonctionnaire qui écrit sur le sacrifice des paysans et qui n’est pas paysan. Il s’en offusque, se met en colère et ferme la fenêtre…Pourquoi pas? D’autres en revanche, loin de tout balbutiement intellectuel, reconnaissent humblement avoir commis quelques négligences et contents de l’intérêt porté à leurs écrits en remercient le lecteur qui a pris des notes.

    Détail, me direz-vous, mais je vous rétorquerai incontinent que si le bon Dieu est dans les détails, le diable, lui, est dans le mépris des détails

    Et le détail d’une chose, a écrit, ce cher Gaston Bachelard, est le signe d’un monde nouveau qui contient les attributs de la grandeur.

    L’homme à la loupe, chercheur de faible indice, dans sa poétique de l’espace ne dira-t-il pas, finalement, ces mots lus dans une dialectique de la durée où l’on apprend que l’erreur « est un simple halo de possibilités »?

    Ô Saint homme de laboratoire, sans péchés, du haut de ton temple stellaire, il est temps de faire quelque chose…ça ne rigole pas!

    Les gens d’en bas n’en peuvent plus, nos campagnes se meurent et rien ne va plus, mon bon Seigneur!

    Puissent tes cavaliers du ciel venir à notre secours pour sauver notre âme et les meubles aussi!

    Bonne année à tous

    Garo

    X 33 bis

  5. Votre article m’incite à lire « la perruque de Newton ».
    Pourriez vous me dire dans quel livre de Newton on trouve la phrase que vous citez :  » Dieu gouverne toutes choses et sait tout ce qui est ou tout ce qui peut être « . D’une manière plus générale je suis intéressé par les reproductions d’articles originaux de Newton sur Dieu, ainsi que sa correspondance avec Boyle. Si vous pouviez me donner une piste je vous en saurais grè
    Merci
    Cordialement
    Georges Mallet
    Ps. Je suis prof émérite en physique et intéressé par les questions spirituelles.

    1. Merci pour votre intérêt. La citation se trouve dans la conclusion des Principia : « This most beautiful system of the sun, planets, and comets could only proceed from the counsel and dominion of an intelligent and powerful Being. He is eternal and infinite, omnipotent and omniscient; that is his duration reaches from eternity to eternity; his presence from infinity to infinity; he governs all things, and knows all things that are or can be done. We know him only by his most wise and excellent contrivances of things, and final causes; we admire him for his perfection; but we reverence and adore him on account of his dominion; for we adore him as his servants. »
      Vous trouverez aussi une partie de sa correspondance sur le site http://www.newtonproject.ox.ac.uk/texts/correspondence/all
      Cordialement

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