Mes romans (6) : La Perruque de Newton

La Perruque de Newton
(Les bâtisseurs du ciel, tome 4)

EDITION ORIGINALE

 354 pages, JC Lattès, Paris, 2010 – ISBN 978-2709624152

couvNewtonQue se cache-t-il sous la haute et lourde perruque d’Isaac Newton ? Un cerveau d’exception bien sûr, qui a dévoilé les lois de la gravitation universelle, et publié le plus grand livre scientifique de l’Histoire. Mais aussi un crâne dégarni, tant par les vapeurs de soufre et de mercure de ses expériences alchimiques que par les nuits d’insomnie passées à relire les Écritures pour calculer la date de l’Apocalypse. Le fondateur de la science moderne et rationnelle a, en effet, consacré plus de temps à mener des expériences alchimiques, à étudier la théologie qu’à pratiquer les sciences naturelles. La Perruque de Newton dresse le portrait stupéfiant d’un homme extraordinairement complexe qui, après une enfance solitaire, est devenu ombrageux, colérique, vindicatif, et profondément obsédé par Dieu. Cette figure de la raison, acclamée par les Lumières, également férue de recherches ésotériques, s’est révélée être un directeur impitoyable de la Monnaie et un président tyrannique de la Royal Society. Il sera enterré comme un roi après une longue vie de quatre-vingt-cinq ans où il n’aura jamais connu de femme.
La face cachée d’un exceptionnel génie scientifique.
Astrophysicien, romancier et poète, Jean-Pierre Luminet offre avec ce quatrièsme volume un nouvel épisode de sa grande série romanesque Les Bâtisseurs du ciel commencée avec Le Secret de Copernic, La Discorde céleste et L’Oeil de Galilée.

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EDITION DE POCHE

LGF, Paris, 2011

NewtonpocheQue se cache-t-il sous la lourde perruque d’Isaac Newton ? Un cerveau d’exception bien sûr, qui a dévoilé les lois de la gravitation universelle, mais aussi un crâne dégarni, tant par les vapeurs de soufre et de mercure de ses expériences alchimiques que par les nuits d’insomnie passées à relire les Écritures pour calculer la date de l’Apocalypse.
Jean-Pierre Luminet dresse le portrait d’un homme extraordinairement complexe devenu, au fil des ans, obsédé par Dieu. Cette figure de la raison, acclamée par les Lumières, également férue de recherches ésotériques, s’est révélée être un impitoyable directeur de la Monnaie et un président tyrannique de la Royal Society. A sa mort, à quatre-vingt-cinq ans, l’Angleterre lui organisera des obsèques dignes d’un roi.
Véritable roman, où le plomb de la documentation se transforme en or littéraire, pour la plus grande jubilation du lecteur – Sylvestre Huet, Libération.

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TRADUCTIONS

Newton-parruccaLa parrucca di Newton (traduction italienne)

La Lepre edizioni, Roma, 2011 – ISBN 978-8896052747

Cosa si nasconde sotto l’alta e pesante parrucca di Isaac Newton? Senza dubbio una mente d’eccezione, che ha scoperto le leggi della gravitazione universale e concepito il più importante libro scientifico della storia. Ma anche una testa calva, sia per effetto dei vapori di zolfo e di mercurio generati dalle sue esperienze alchemiche, sia a causa delle lunghe notti insonni, passate a rileggere le Scritture per calcolare la data dell’Apocalisse. Il fondatore della scienza moderna ha, in effetti, consacrato più tempo a condurre esperienze alchemiche e a studiare teologia che a praticare le scienze naturali.
La parrucca di Newton traccia il ritratto di un uomo straordinariamente complesso che, dopo un’infanzia solitaria, è divenuto ombroso, collerico, vendicativo e profondamente ossessionato da Dio. Questo personaggio, acclamato dal secolo dei Lumi e tuttavia dedito a ricerche esoteriche, verrà sepolto con gli onori tributati a un re dopo una lunga vita di 85 anni, durante i quali non si accostò mai a una donna. Un romanzo storico che svela il volto nascosto di un genio.

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Je présente mon roman dans l’émission de télévision « Un livre un jour » d’Oliver Barrot (FR3):

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DOSSIER DE PRESSE

• Toute la lumière sur Newton

L’un des plus grands scientifiques de l’histoire fut un de ces personnages de roman dont on se dit parfois «là, l’auteur exagère, quelle imagination». Cet homme, Isaac Newton (1642-1727), croyait à l’alchimie qu’il pratiquait avec passion, pensait possible de calculer la date de la création du Monde comme celle de l’Apocalypse, fut un despote à la tête de la Royal Society, administra la Monnaie de Sa Majesté avec une rigueur impitoyable, conduisit les affaires de sa famille avec un autoritarisme de fer, ne fut lié à aucune femme mais à beaucoup d’hommes…
Un sujet en or pour Jean-Pierre Luminet, astrophysicien performant mais également écrivain prolifique et poétique. Après l’Œil de Galilée, voici la Perruque de Newton. Un roman donc, pétri de chair, de sentiments violents, d’histoire concrète… où se niche l’un des tournants de la rationalité, l’un des piliers de la physique et de l’esprit scientifique. Que ce dernier soit né dans la fureur du siècle, et non pas dans le silence préservé d’un monastère, permet à Luminet de livrer un véritable roman, où le plomb de la documentation (abondante pour Newton) se transforme en or littéraire, pour la plus grande jubilation du lecteur.

Sylvestre Huet, Libération, 20 mars 2010

• La fureur alchimiste d’Isaac Newton

Le 20 mars 1727, Isaac Newton, l’homme le plus célèbre d’Angleterre et le savant le plus respecté d’Europe, s’éteignit, couvert d’honneurs, à l’âge canonique de quatre-vingt cinq ans, après avoir refusé les derniers sacrements. Le médecin qui examina sa dépouille déclara qu’il était mort aussi pur qu’au premier jour. « Mort puceau », se gaussèrent les mauvaises langues.
Il est vrai que, en dehors d’un jeune scientifique suisse aussi vibrionnant que flagorneur, Nicolas Flatio, qui lui fit tourner la tête (sans que, pour autant, l’inventeur de l’attraction universelle des corps succombât à celui-ci), on ne lui connut point de relation. Pour toute oraison funèbre, William Whiston, qui fut son successeur à Cambridge, lâcha : « Ce fut l’être le plus épouvantable, le plus prudent, le plus suspicieux que j’aie jamais connu. » De lui-même, Isaac Newton qui alternait les phases de mégalomanie – fréquentes – et de modestie – intéressées – écrivit un jour : « A mes yeux, il me semble avoir été qu’un enfant jouant sur le rivage, réjoui de trouver de temps à autre un galet mieux poli ou un coquillage plus joli qu’à l’ordinaire, tandis que le vaste océan de la Vérité s’étendait devant moi, inconnu. » Tyrannique, solitaire, colérique, méprisant, cupide, truqueur, tel est l’Isaac Newton peint par l’astrophysicien, romancier et poète à ses heures, Jean-Pierre Luminet, dans ce roman biographique.
Né dans une famille puritaine de propriétaires terriens relativement
aisés, il découvrit un nombre incalculable de lois mathématiques ou optiques sur lesquelles butaient les plus grands esprits de son temps. Nuit et jour, il gribouillait des équations, multipliait les expériences, accumulait les manuscrits qu’il refusait de publier, l’essentiel pour lui étant la découverte et non la reconnaissance de ceux qu’il ne considérait pas dignes de son génie. Il disait regarder l’avenir, sur les épaules des géants. D’aucuns pensaient que, par là, il voulait parler de Copernic ou Galilée. Non, il voulait parler de Moïse et des prophètes. Car Newton se voyait comme un nouveau Messie.
N’était-il pas né le jour de Noël ? Et l’anagramme de son nom, Isaacus Neuutonus, n’était-il pas « Ieoua sanctus unus » (Yaveh seul saint ) ?
Mieux, il découvrirait la date de l’Apocalypse. Car saint Jean affirme : « Celui qui a de l’intelligence, qu’il interprète le chiffre de la Bête. C’est le moment d’avoir du discernement : car c’est un chiffre d’homme et ce chiffre est 666. » Un rapide calcul convainc Newton qu’il est bien l’élu. Si l’on ajoute à 666 les mille ans prévus avant la parousie (le retour glorieux du Christ), cela donne 1666, l’année où, voyant une pomme tomber, le jeune Isaac découvrit la loi de la gravitation universelle.
A l’âge de vingt-huit ans, après avoir démontré son génie mathématique, Newton fait le serment de se consacrer, dans le secret de son laboratoire où brûlent en permanence quatre grands fourneaux rougeoyants au milieu des alambics et des cornues, à la transmutation, au Grand Art. Devenu expert dans le maniement de l’eau-forte, du sublimé, de l’huile de perle, de l’argent fin, de l’antimoine, du vinaigre, de l’esprit-de-vin, du salpêtre et du sel de tartre, il s’y plonge corps et âme au point d’en perdre la raison et la santé.
L’insistance de ses proches, le désir de reconnaissance et l’attrait des honneurs finirent par le sortir de cet abîme. Il consentit à publier quelques découvertes de jeunesse remaniées qui stupéfièrent l’Europe entière, n’hésitant pas parfois à les antidater ou à les falsifier. Avec ses adversaires, il rusa, flatta, temporisa, avant, le moment opportun, de les défier, de les humilier, de les abattre. Il n’hésita pas à utiliser les charmes de sa nièce, la belle Catherine Barton, qu’il poussa dans le lit du chancelier de l’Echiquier, Charles Montague, à la suite de quoi il fut nommé gardien de la Monnaie (où il démantela avec une rigueur toute scientifique quasi « holmésienne » un réseau de faux-monnayeurs très haut placés), puis président de la Royal Society qu’il dirigea d’une main de fer avant d’être anobli par la reine. La tête dans les étoiles, mais les pieds bien sur
terre…
Thierry Gandillot, Les Echos, 16 mars 2010

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EXTRAIT

Un matin, dans une allée du Trinity College, Newton dessine avec le lourd bâton d’Euclide des figures géométriques sur le gravier, tandis que le jeune chiot, qu’il vient de se procurer pour tromper sa solitude, croyant que son maître veut jouer, envoie des coups de patte à l’embout.

— Hooke, allez-vous cesser, à la fin ? gronde doucement Newton. Je désespère à jamais de faire de vous un bon géomètre.

Le petit corniaud s’aplatit et, remuant la queue, lui lance un regard implorant.

— Je vous aime mieux comme ça, monsieur Hooke, vilain mathématicaillon. Prenez garde que je vous débaptise et vous renomme Cartes.

C’est une femelle, mais qu’importe. Une bande d’étudiants en troisième année, qui rentrent visiblement d’une nuit agitée, vient à le croiser.

— Tiens, lance l’un d’eux, voilà l’homme qui a écrit un livre que personne ne comprend. Même pas lui.

D’ordinaire, jouant de sa distraction proverbiale, Newton ne relève pas ce genre de quolibets, qui pourrait valoir un renvoi immédiat à son auteur. Mais cette fois, la saillie lui semble drôle. Il est de bonne humeur et décide de s’amuser un peu.

— Jeune homme ! appelle-t-il d’une voix peu amène.

L’insolent se retourne, blêmit puis rougit, et s’approche, tandis que ses condisciples déguerpissent prudemment.

— Votre nom, je vous prie, poursuit Newton.

— William Whiston, maître.

— Ainsi, monsieur Whiston, vous n’avez rien compris à mes Principia. Les avez-vous lus, au moins ?

— Certes, maître, et plutôt deux fois qu’une. Ainsi votre hypothèse III du troisième livre : « Tout corps peut être transformé en n’importe quel autre corps et prendre successivement tous les degrés intermédiaires de qualités. »

Newton se raidit :

— Et alors, qu’en déduisez-vous ?

Whiston tourne la tête autour de lui, comme s’il craignait que quelqu’un entende ses propos ; enfin, il chuchote :

— Je crois bien que votre œuvre possède un sens caché. Seuls les initiés peuvent y accéder.

— Et vous en seriez, de ces initiés ? demande un Newton écrasant de mépris. À votre âge ?

— Comment oserais-je y prétendre ? Mais je lis, je lis beaucoup… Quant à ma grossière boutade de tout à l’heure, elle était pour détourner mes condisciples, ces ânes, de l’envie qu’ils avaient de faire entrer des marchands dans votre temple.

— Ainsi, monsieur Whiston, vous vous intéressez au grand Art. Prenez garde ! Ce sont des chemins ardus et dangereux.

— Si vous pouviez m’y aider, maître, je serais le plus heureux des hommes. J’ai appris que votre assistant vous avait quitté…

— Les bruits vont vite, à Trinity, réplique Newton de plus en plus caustique. Postuleriez-vous pour m’aider à écrire des choses que je ne comprends pas ?

Whiston est pris de panique. Sa plaisanterie va le faire renvoyer du collège, lui, le boursier, à quelques mois seulement du diplôme tant rêvé de maître ès arts. Il faut trouver quelque chose, vite :

— Maître, soyez sûr que je suis le plus zélé de vos étudiants. Je n’ai été absent à aucun de vos cours. Ne m’avez-vous pas remarqué ? Je vous avais posé une question à propos de la comète de 1680… Votre réponse fut lumineuse, et je me suis permis de calculer, à partir de votre réponse et de vos Principia, quels étaient ses précédents passages. Et j’ai découvert… J’ai découvert… Son premier passage fut le dix-huitième jour de novembre de l’année 2365 avant l’ère chrétienne…

— À quelle heure ? ironise Newton.

Il en a assez. À nouveau, il a affaire à l’un de ces innombrables hurluberlus qui l’inondent de lettres, s’appuyant sur les Principia pour assouvir leurs théories délirantes sur la marche du monde. Whiston est-il de ceux-là, ou tente-t-il seulement de faire oublier sa plaisanterie ? L’étudiant proteste, d’une voix suppliante :

— L’heure ? Mais il ne s’agit pas d’heure ! Il s’agit du jour où commença le Déluge ! J’ai tout écrit, tout calculé…

Et l’étudiant se met à fouiller dans sa serviette. Le Déluge… Newton change alors d’opinion. Il a devant lui un esprit brouillon – à vingt ans, quel esprit ne l’est pas ? – mais qui a les mêmes préoccupations que lui : lier dans un même ordre la physique, l’alchimie et l’étude biblique. En ce Whiston, il a peut-être trouvé un autre de ses apôtres.

— Vous êtes boursier ? demande-t-il abruptement en balayant du regard la toge un peu râpée de l’étudiant. Et vous servez sans doute un de vos condisciples en lui nettoyant ses seaux d’aisance, en rédigeant ses devoirs à sa place et en le faisant rire de vos bons mots – celui de tout à l’heure était excellent –, moyennant un salaire qui vous permet tout juste de vous acheter quelques livres ?

— Hélas !

— J’étais comme vous, à votre âge, ment Newton. Et si le défunt Isaac Barrow, paix à son âme, ne m’avait pas remarqué, qui sait ce que je serais devenu ? Votre audition est dans six semaines, c’est cela ? Patientez jusque-là. Vous deviendrez membre. Qui oserait s’opposer à ma voix ? Votre aide, alors, pourrait bien m’être précieuse… Non, non, je vous en prie, épargnez-moi vos larmes de gratitude, car, croyez-moi, mon garçon, assister Isaac Newton n’est pas une tâche de tout repos.

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Mon interview par François Busnel dans l’émission « la Grande Librairie » du 6 mai 2010 :

2 réflexions sur “ Mes romans (6) : La Perruque de Newton ”

  1. Bonjour Monsieur Luminet

    J’ai pris beaucoup de plaisir à lire votre livre et découvrir ainsi ce fort singulier personnage qu’était Isaac Newton . A l’heure actuelle nous pourrions diagnostiquer un Asperger brillant , semblable dans son comportement à un Bobby Fisher ou un Glenn Gould par exemple. Je retiendrai de ce « red man » génial qu ‘il ne voulait rien donner ni partager, sorte « d’anomalie » de la nature, de mutant sans père, ni enfants ni amis : une « purge » pour ses contemporains et son entourage. Génial pour l’Humanité, mais infinitésimal par son humanité. La découverte de ses manuscrits fut une aubaine pour les historiens qui ont pu réaliser, mieux qu’un scan , une plongée dans la tête et les pensées de Newton : j’attends qu’un jour une semblable découverte nous permette de mieux cerner l’individu appelé William Shakespeare . En refermant le livre , j’aurais deux questions à vous poser: la preuve scientifique de la gravitation fut-elle apportée par Flamsteed à propos de la comète de 1680, quand celui-ci émis l’hypothèse que c’était la même comète qu’il avait pu observer à quelques mois d’intervalle ( thèse que réfutait Newton !)?
    Newton a-t-il été un génial alchimiste ?
    En vous remerciant encore pour avoir réussi à donner chair et sentiments à ces noms figés dans la peinture, les formules et le dictionnaire et ceci avec talent.
    Daniel Barbaroux

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