Franz Liszt dans les étoiles (2): 1811-1836

Suite du billet “de la rhapsodie à l’astéroïde

Les grandes manifestations du génie doivent faire l’office du soleil: illuminer et féconder.
Franz Liszt

Depuis sa naissance en 1811, placée sous le signe de la Grande Comète, jusqu’à sa mort en 1886, date de célèbres expériences scientifiques relatives à l’éther, Liszt a été l’exact contemporain de découvertes majeures en astronomie. Et même si le compositeur n’a pas exprimé directement son intérêt pour l’exploration scientifique du cosmos, sa passion pour le ciel spirituel, son rapport à la lumière et à l’éther et un certain nombre de ses compositions comprenant lieder, transcriptions, oratorios et œuvres pianistiques, rendent pertinent d’inscrire une partie de sa trajectoire humaine et artistique dans les étoiles. Et puis n’a-t-il pas été lui-même l’une des plus grandes « stars » de son époque, et n’a-t-il pas fréquenté la plupart des autres stars littéraires et artistiques de son temps ?

Dans se second billet reprenant en partie le dernier chapitre de mon livre “Du piano aux étoiles” en l’agrémentant de son et d’image, aventurons-nous donc en des terres fertiles mêlant musique, science, histoire, et littérature.

Sous le signe de la comète (1811)

La maison natale de Franz Liszt
Une belle bohémienne

Liszt naît le 22 octobre 1811 à Raiding, près de la frontière austro-hongroise (aujourd’hui Doborján, en Autriche). La sage-femme, une bohémienne, lui prédit gloire et prospérité, car une comète passe cette année-là dans le ciel. Elle déclare: « Franzi roulera un jour dans un carrosse d’apparat”.

La Grande Comète de 1811 fut en effet découverte au mois de mars par un astronome amateur vivant en Ardèche. Visible pendant neuf mois à l’œil nu, elle atteint une magnitude voisine de 0, soit celle des plus brillantes étoiles du ciel comme Véga. Ses caractéristiques extrêmement spectaculaires ont profondément marqué les contemporains. Sa conjonction avec une vague de chaleur estivale inédite a suscité des inquiétudes de fin du monde, dont on trouve des échos dans la littérature de l’époque, et même plus tard : dans Guerre et Paix, Léon Tolstoï la décrit comme un présage de mauvais augure. Mais elle est aussi restée associée à une année d’excellents vins, de sorte qu’on la trouve mentionnée dans la Physiologie du goût de Brillat-Savarin, publiée en 1825.

La Grande Comète de 1811, gravures d’époque

L’astronomie à l’aube du XIXe siècle

En 1781, William Herschel découvre au télescope la première planète invisible à l’œil nu : Uranus. Avant de devenir l’un des plus grands astronomes de son temps, Herschel (1738-1822) avait été compositeur. Durant sa jeunesse passée à Hanovre, il avait reçu une éducation musicale de son père, violoniste et hautboïste. Lui-même devenu hautboïste militaire, il est appelé en Grande-Bretagne en 1756. Libéré de ses obligations militaires, il obtient la direction des concerts d’Édimbourg, puis se retrouve organiste à Bath, dont il va organiser la vie musicale pendant dix ans. Entre 1759 et 1770 il compose 24 symphonies, une douzaine de concertos, des sonates pour clavecin et de la musique religieuse, je dois dire pas toujours très écoutables.

Portrait du jeune William Herschel, et partition de sa symphonie de chambre n°3.

Par bonheur féru d’astronomie, en 1776 il construit un télescope qui grossit 227 fois, le place dans le jardin de sa maison à Bath et, dans la nuit du 13 mars 1781, découvre par hasard la planète Uranus, croyant d’abord avoir affaire à une comète.

William Herschel s’initie à l’astronomie en compagnie de son épouse Caroline. A gauche, polissage du miroir du fameux télescope avec lequel il découvrira la planète Uranus.
Portrait d’Herschel après sa découverte d’Uranus en 1781. Il l’avait d’abord prise pour une comète : à droite, son compte-rendu d’observation que j’ai photographié à la Royal Society of London.

En 1796, le marquis de Laplace publie L’Exposition du système du monde, synthèse de toute la science de son temps qui lui vaudra d’être appelé le « Newton français ». Son ouvrage connaîtra cinq éditions successives jusqu’en 1835. Laplace y lance notamment de nouvelles hypothèses cosmogoniques, dont celle de la « nébuleuse primitive », à l’origine de tous les modèles actuels de formation des systèmes solaires et planétaires. On lui doit aussi la description d’un astre suffisamment massif pour emprisonner la lumière, que l’on appellera un siècle et demi plus tard « trou noir ». J’y reviendrai à la toute fin en évoquant la dernière pièce de Franz Liszt, Unstern, l’étoile du désastre.

On connaît la célèbre réplique que Laplace a adressée à l’empereur Napoléon lorsque ce dernier, après avoir lu son ouvrage, lui ait posé la sempiternelle question : « Et Dieu dans tout ça ? » – « Sire, je n’ai pas eu besoin de cette hypothèse ». Je gage que le très fervent catholique Franz Liszt n’aurait guère apprécié ce point de vue…

Enfin, le premier jour du XIXe siècle voit la découverte du premier astéroïde par le moine sicilien directeur de l’Observatoire de Palerme, Giuseppe Piazzi. Il sera baptisé (1) Cérès. Comme dit dans le billet précédent, Liszt n’aura « le sien », (3910) Liszt, qu’en 2015.

A gauche : découverte en 1801 par Piazzi du premier astéroïde baptisé Cérès. Au centre, schéma de la ceinture principale d’astéroïdes entre Mars et Jupiter. A droite, le livre que je leur ai consacré.

Naissance d’une étoile (1822-1827)

L’autoritaire père de Franz, Adam Liszt, en digne successeur de Leopold Mozart, enseigne le piano à son fils dès son plus jeune âge, lequel, on s’en doute, révèle très vite d’exceptionnelles capacités à la fois techniques et musicales.

Liszt enfant
Carl Czerny (1791-1857) et Antonio Salieri (1750-1825), professeurs du jeune Liszt à Vienne

En 1822-1823, Franz travaille à Vienne, auprès de Salieri pour la composition et le chant, et de Czerny pour la technique pianistique. C’est ce dernier qui, le 13 avril 1823, organise une rencontre entre son élève et Beethoven. Le vieux lion étant devenu complètement sourd, on ne sait ce qu’il retint vraiment de l’audition. Mais on sait que pour Liszt cette rencontre, au cours de laquelle il exécuta devant Beethoven une des œuvres du maître, fut inoubliable. Il lui voua toute sa vie un culte, devint l’un de ses plus grands interprètes, et à partir de 1835, organisa de nombreux concerts de ses œuvres dans toute l’Europe.

Liszt joue devant Beethoven, gravure par Rudolf Lupus. Buste de Beethoven moulé par Danhauser (photographie que j’ai prise au Musée Franz Liszt de Budapest).

En 1824, la famille Liszt s’installe à Paris. On connaît l’histoire de la candidature de Franz au Conservatoire, refusée par son directeur italien Luigi Cherubini, qui invoque un article du règlement en vertu duquel les étrangers ne peuvent pas s’inscrire.

Franz reçoit alors des leçons privées de composition d’Anton Reicha et de Ferdinando Paër. En parallèle il mène des tournées européennes d’enfant prodige ; la presse parisienne l’affuble du sobriquet de « petit Litz ». 

Anton Reicha (1770-1836) et Ferdinando Paër (1771-1839), professeurs de composition du jeune Liszt à Paris

En 1827, son père meurt à Boulogne-sur-Mer de la fièvre typhoïde, il n’ a que cinquante ans. Franz, qui en a quinze,  fait venir sa mère, qui passera le reste de jours en France.

A gauche, portrait de jeunesse d’Adam Liszt, violoncelliste et secrétaire du prince Esterházy. Au centre, Anna Liszt (née Lager), mère de Franz. A droite, mémorial d’Adam Liszt au cimetière de Boulogne-sur-Mer.

 

Une étoile filante (1828)

Liszt a 17 ans. Parmi ses élèves, la belle Caroline de Saint-Cricq, dont il tombe follement amoureux. Le père de celle-ci, comte et ministre, écarte avec dédain un soupirant à ses yeux dérisoire.

Caroline de Saint-Cricq (1810-1872), fille du Comte de Saint-Cricq, ministre du commerce de Charles X, et son professeur de piano Franz Liszt, 17 ans, tombent amoureux, amour contrarié par le père. Ils resteront en contact épistolaire leur vie durant.

Cruellement blessé, Liszt tombe en dépression, au point qu’en octobre 1828 il est annoncé mort dans un article du journal Le Corsaire. Mais Liszt est bien vivant ; d’une part il commence à se tourner vers le mysticisme religieux (ce qui ne l’empêchera pas de mener une vie de séducteur impénitent), d’autre part il s’enthousiasme pour la révolution de 1830. Liszt reverra brièvement Caroline lors d’un concert donné en 1844 à Pau. Elle avait épousé un magistrat, mais déclarera que Liszt avait été « la seule étoile brillante » de sa vie.

Extrait du journal Le Corsaire de 1828 annonçant la mort du jeune Liszt : ” Le jeune Liszt vient de mourir à Paris. Il avait occupé le public de ses succès dans un âge où beaucoup d’autres enfants ne comptent pas même au collège; et il improvisait sur le piano d’une manière à étonner les professeurs, à neuf ans, c’est-à-dire quand d’autres balbutient à peine leur langue; aussi le nommait-on vulgairement le petit Listz, et on associait ainsi à son nom quelque chose de cette enfance gracieuse et badine.”
Liszt en 1832. Lithographie d’Achille Deveria.

Double conjonction (1832-1833)

Le 20 avril 1832, Liszt assiste à un concert de charité pour les victimes parisiennes de l’épidémie de choléra, donné par le violoniste prodige Niccolo Paganini. Les prouesses techniques totalement inédites de Paganini procurent à Liszt un tel choc qu’il décide de reprendre à zéro sa propre technique pianistique, pour la porter à un niveau de virtuosité transcendante.

La folie Paganini. A gauche, lithographie de Begas; au centre, programme d’un concert de Paganini donné à Londres en 1832; à droite, daguerréotype de Paganini vers 1840.

En 1833, lors d’un concert dans un salon de la noblesse parisienne, Liszt rencontre la comtesse Marie d’Agoult. Ils entament une relation amoureuse et scandaleuse : Marie, mariée et déjà mère de deux enfants, a six ans de plus que lui. Ils doivent fuir de Paris. Suivront des années d’errance à travers la Suisse et l’Italie, au cours de laquelle leur naîtront trois enfants, dont Cosima, future épouse de Richard Wagner. Ils rompront en 1844, et Marie d’Agoult, devenue écrivain sous le pseudonyme de Daniel Stern, se vengera de son ancien amant en brossant de lui un portrait peu reluisant.

Marie de Flavigny, comtesse d’Agoult – peinture de Henry Lehmann, 1843 (Musée Carnavalet). Après sa liaison avec Liszt, Marie d’Agoult, sous le nom de plume de Daniel Sterne, a publié ses Mémoires.

 

Pléiade de stars

Un célèbre tableau peint en 1840 par l’artiste autrichien Joseph Danhauser montre Liszt au piano entouré d’une pléiade de stars. On y reconnaît aisément Alexandre Dumas, Victor Hugo, George Sand, Paganini, Rossini, Marie d’Agoult de dos. Au mur, un portrait de Byron, sur le couvercle du piano un buste de Beethoven. C’est Danhauser qui avait réalisé le masque mortuaire de Beethoven en 1827, et avait offert à Liszt cette copie en plâtre.

Liszt au piano, peinture de Josef Danhauser (1840)

Suite à venir

4 réflexions sur “ Franz Liszt dans les étoiles (2): 1811-1836 ”

  1. Bonjour!

    En ce jour gris d’autome, on aimerait bien que ces stars étoilées, descendent sur terre, pour mieux nous voir et comme par enchantement apporter quelque manne aux gens malheureux de ce bas monde.
    A temps et à contretemps, voyons la ballade du poète au musicien :
    “Cher Liszt, à travers les brumes, par delà les fleuves, par-dessus les villes où les pianos chantent votre gloire, où l’imprimerie traduit votre sagesse, en quelque lieu que vous soyez, dans les splendeurs de la ville éternelle ou dans les brumes des pays rêveurs que console Cambrinus, improvisant des chants de délectation ou d’ineffable douleur, ou confiant au papier vos méditations abstruses, chantre de la Volupté et de l’Angoisse éternelles, philosophe, poète et artiste, je vous salue en l’immortalité !” ( Charles Baudelaire, Le Thyrse)

    Harmonies poétiques et religieuses ( A.de lamartine / F.Liszt). Tout un ensemble qui nous invite à aller refaire un tour du côté des références littéraires et scientifiques de Monsieur Luminet pour y retrouver l’astronome Herschel, à qui le professeur baralbin dans un ouvrage de mil neuf cent trente-deux, donne deux l, comme pour mieux survoler, peut-être le problème philosophique de l’harmonie substantielle.

    ” l’idée d’une manière éternelle et existant par elle-même, en donnant à chacun de ces atomes les caractères essentiels d’un objet fabriqué et tout à la fois d’un agent subordonné”
    (Discours sur l’étude de la philosophie naturelle, trad., 1834, p. 36) serait, selon Herschel, détruite par la possibilité de classification des atomes.
    Et l’auteur de l’ouvrage où nous trouvons la citation faite, de renchérir en ces termes :

    “Cette harmonie toute faite, en liaison directe avec la pensée d’un Créateur, nous ne pouvions en faire état. C’est une idée pure qui peut bien donner un discours cohérent ; mais l’effort scientifique ne peut se confier à cette force d’unité préliminaire. Il nous fallait donc partir de la diversité reconnue dès le premier essai expérimental. En nous engageant dans cette voie mal tracée, nous avons sans doute trouvé un avantage philosophique. En effet, en mêlant les efforts de la raison et de l’expérience, nous avons peut-être réussi à remplacer peu à peu l’harmonie considérée comme un fait par l’harmonie considérée comme un raisonnement. C’est sur cette substitution épistémologique que nous voudrions, pour conclure, attirer l’attention.” (Fin de citation)
    Ce qui n’empêche pas l’auteur dans un autre livre de poser la question : ” Quand Laplace réclame, comme donnée première, “la situation respective des êtres qui composent la nature”, ne fait-il pas implicitement état de la manière dont l’intelligence décompose la nature?
    Dans les chaumières, ce soir, bien loin de ces considérations harmoniques subtiles, on ne va pas fêter avec la Veuve du Millésime, le retour de l’enfant prodigue, mais on peut toujours rêver de belle et joyeuse conjonction d’un ciel qui a les pieds sur terre et d’un terroir déraciné.
    Peut-on imaginer dans la cour, une statue souriant aux gens qui passent?
    Fût-elle celle pour laquelle Franz Liszt a versé, un jour, 50 000 francs…
    Une suite enchantée saura peut-être la dévoiler…sans dévoiler.

    Bien à vous

    Gérard

  2. Ce commentaire annule le précédent qui contenait une erreur

    Bonjour!

    J’ai reçu, hier, un message fort intéressant d’un commentateur connu du blogue; ce message était adressé à diverses personnes, écrivains pour la plupart. Mon correspondant a lu leurs livres et a voulu donner son sentiment (enfant de la matière, selon René Char) sur son expérience de lecteur. Il parle avec beaucoup de perspicacité et d’intelligence du livre ” Du piano aux étoiles” et de son auteur, tel un torrent qui vient tout droit de la montagne…Comment ne point penser à la très belle chanson destinale de Maria Candido qui revient ici, comme par enchantement, parmi les champs, illuminer nos vies avec des mots de liberté et un cœur d’enfant.
    Il ne messied pas, en cet espace, de reproduire fidèlement l’intégrale de ce message où l’hirondelle de l’écriture manquante sur la voyelle d’un mot de ce chevalier du subjonctif couvre de ses ailes le faîte de l’abre noir dans le ciel du poète.
    Voici son texte :

    “L’été dernier je me suis procuré vos livres, et je n’ai pas fini de les lire complètement. Mais j’ai fini d’en capter un peu de leurs quintessences. Aimez-vous l’existence ? Clair-obscur des ténèbres et des lumières inavouées aux contacts du monde dans lequel nous faisons le choix un peu menteur d’avoir fait de beaux livres, nos parts lumineuses, tranquilles…

    La vérité la plus complète est la plus fascinante, mais comment l’entendre ?

    Je pourrai de chacun de vos livres citer quelques phrases, pour me donner l’air d’un fleuve capable de rouler vos unités dans mon courant. Il y manquerait quelque chose. Il y manquerait que vous ayez tous été pris dans ma vie, et que ma vie eut été passionnée de vous. Il y manquerait une durée temporelle remplie d’un vol de papillons de contemplation.

    Quelqu’un a su faire cela, quelqu’un a su s’occuper de nous et nous le montrer. Et c’est l’auteur de « Du piano aux étoiles ». Ce qui fait ce livre si différent des autres, c’est l’abondance incroyable des noms de personnes courants au long de ses 327 pages. Et l’auteur du livre, dont on sent qu’il est toujours émerveillé, jouissant de ses capacités et de ses chances, c’est lui le courant d’un torrent capable de rouler sous nos yeux nos destinées matérialisées par des noms désormais « pleins ».

    Comprenez que cela fait une énorme différence, qu’il s’agisse des noms de personnes réelles et non pas inventées, et que le fleuve qui les relie ne soit pas imaginaire non plus :

    L’incantation…

    Il a fait avec le roulement des destins ce que la musique dont il a voulu parler fait avec des sons :

    L’incantation…

    L’incantation ne peut pas être uniquement une imagination artistique. Entre rationalité et irrationalité, qu’au moins la question d’un réel qui répond à l’exactitude incantatoire… soit possible :

    La musique…

    Clair-obscur de nos hypocrisies habillées en perfections, roulées dans un torrent. Son livre est vivant et sera à jamais recomposé :

    Éternité…

    Son chant donne de la force même si on ne saisit pas sa technique. Il suffit que cela ait été vraiment vécu et que son objet soit l’humain écoutant la musique des destins, lisant en miroir tous ces noms pris dans le temps, qui sont aussi en puissance tous les siens.

    Amicalement”

    (Fin du message)

    Et voici la réponse de l’un de ses destinataires :

    Bonjour!

    Eh bien, Monsieur, le courage (ou la Grèce, si l’on permute les lettres de ces deux mots) ne vous manque pas et les faiseurs de livres concernés par votre lecture aussi attentive et passionnée sont aux anges!

    Rassurez-vous, loin de moi l’idée maline de prononcer ” Wingardium Leviosa” pour déranger le vol d’un papillon dans les îles de la Sonde!

    Vos auteurs choisis (dont je ne fais aucunement partie) qui ont, peut-être, tous lu les “Principes philosophiques sur la matière et le mouvement” et “L’activité rationaliste de la physique contemporaine” ne s’en laissent pas conter et ne sont pas du genre à s’intéresser au balai Harry.

    Ce prélude pour m’arrêter sur un mot, votre mot “Incantation”

    Allons de ce pas, voulez-vous, quérir le sens de ce terme au chapitre VIII des “Magies de la répétition” d’Emmanuelle Prak-Durrington, ouvrage préfacé par Claude Hagège :

    “Incantation [ɛ̃kɑ̃tɑsjɔ̃] n. f.
    ÉTYM. XIIIe ; bas lat. incantatio, du supin de incantare. → Enchanter.
    1. Emploi de paroles, de formules magiques pour opérer un charme, un sortilège.
    2. Action d’agir avec force par l’émotion. (Le Grand Robert de la Langue française)”

    Monsieur Luminet, auteur du beau livre “Du piano aux étoiles” a bien mentionné 7 fois, en cet ouvrage, Erik Satie.

    Mais L’Incantation d’icelui n’a pas effleuré le lecteur.

    Alors, si l’on chantait, comme vous le fîtes tout l’été, en demandant à la fourmi de l’alma mater des explications :

    “Chanter, en-chanter : c’est le lien entre langage et musique et, en définitive, langage et magie que l’incantation nous invite à explorer. Dans la langue actuelle, on n’entend plus le sens premier du mot en-chanter (sauf dans quelques désignations, comme « Merlin l’Enchanteur », « la forêt enchantée », etc.). Les liens qui unissent la poésie et la musique à la magie se sont peu à peu effacés, au point d’être aujourd’hui oubliés. Mais leur parenté originelle est dite dans l’étymologie : le mot latin carmen, dont est issu le mot chant, désignait à la fois le vers des poètes et l’incantation magique. La forme initiale casmen est elle-même une transcription du mot sanskrit çasman, qui veut dire « texte sacré, invocation, enchantement » (Combarieu 1909, p. 153). Dans son étude La musique et la magie, le musicologue Jules Combarieu va jusqu’à défendre la thèse suivante : « Le chant profane vient du chant religieux. Le chant religieux vient du chant magique » (ibid., p. 9). Dans la phylogénèse, la magie précède le chant. Les exemples de triplication solennelle manifestent une survivance de la pensée magique, considérée comme suffisamment importante par Jakobson pour qu’il la mentionne lorsqu’il décrit les fonctions du langage, et la nomme « fonction incantatoire » (1963, p. 217) – mais sans la retenir dans son schéma de la communication. C’est sur elle que je souhaite achever ce livre : sur la répétition performative en tant que croyance en la parole créatrice et en la magie du langage.” ( “Magies de la répétition” de Mme Prak-Durrington)

    Oh, j’entends siffler à mes pauvres oreilles, les justes remarques des braves et honnêtes gens! – :

    “C’est trop facile du faire du copier-coller sur la toile et tout compte fait de plier bagages sans demander son reste!”

    Mais que faire d’autre, si ce n’est s’en retourner à la maison, loin des bancs publics, comme le paysan de la fable?

    Bonne nuit ”

    (Fin du message)

    Que dire d’autre? Rien. Juste faire un vœu dans “La nuit des étoiles filantes” dont la belle anagramme nous rapproche des “Lointains satellites de feu”.

    M L

  3. Quand une erreur en chasse une autre!

    Il faut lire dans la référence à R M Rilke l’arbre noir et non l’abre noir, bien sûr!

    Pardonnez-moi ce manque d’attention.

    M L

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