Les nuits étoilées de Vincent Van Gogh (2) : La nuit étoilée sur le Rhône

Comme nous l’avons vu dans le billet précédent Les nuits étoilées de Vincent Van Gogh (1) : Terrasse de café à Arles, Vincent est donc installé dans la vieille ville d’Arles depuis février 1888. Mi-septembre, après avoir écrit le 16 à sa sœur  Wilhelmina (ou Willemien selon les graphies) qu’il voulait “maintenant absolument peindre un ciel étoilé”, il passe à l’acte dans sa Terrasse de Café, où il montre un petit bout de ciel piqueté de quelques étoiles de la constellation du Verseau.

Un ciel bien plus ample est représenté dans La nuit étoilée sur le Rhône, peinte peu après, fin septembre. Cette toile de 72,5 cm x 92 cm, maintenant exposée au Musée d’Orsay à Paris, montre au premier plan, sur la berge, un couple de face et des embarcations amarrées. Les silhouettes des toits et clochers se découpent sur le bleu du ciel,  les lumières de la ville se réfléchissant sur le fleuve. Parmi les nombreuses étoiles on reconnaît au centre les sept astres du Chariot de la Grande Ourse, qui illuminent un ciel en dégradé de bleus. Comme nous allons voir, la toile soulève plus d’interrogations que la Terrasse de Café en raison de l’incompatibilité entre la vue terrestre et la vue céleste. Une enquête détaillée a été menée en 2012 par le photographe Raymond Martinez, dont je reprends ici les principaux éléments agrémentés de quelques ajouts personnels.

La date d’exécution est confirmée par une lettre adressée à son frère Théo le 29 septembre, alors qu’il vient de terminer le tableau dont il joint un croquis:  « Ci inclus petit croquis d’une toile de 30 carrée – enfin le ciel étoilé peint la nuit même, sous un bec de gaz. Le ciel est bleu vert, l’eau est bleu de roi, les terrains sont mauves. La ville est bleue et violette. le gaz est jaune et ses reflets sont or roux et descendent jusqu’au bronze vert. Sur le champ bleu vert du ciel la Grande Ourse a un scintillement vert et rose dont la pâleur discrète contraste avec l’or brutal du gaz. Deux figurines colorées d’amoureux à l’avant plan. »

Croquis de La nuit étoilée sur le Rhône joint à la lettre du 29 septembre à Théo Van Gogh.

Le 2 octobre 1888 il envoie un croquis légèrement différent à son ami peintre Eugène Boch, avec cette description : « Puis enfin une étude du Rhône, de la ville éclairée au gaz et se reflétant dans la rivière bleue. Avec le ciel étoilé dessus – avec la Grande Ourse – à scintillement rose et vert sur le champ bleu de cobalt du ciel nocturne tandis que la lumière de la ville et ses reflets brutals sont d’un or rouge et d’un vert bronzé. Peint la nuit»

Extrait de la lettre du 2 octobre à Eugène Boch où Vincent décrit sa Nuit étoilée.
Second croquis joint à la lettre du 2 octobre

Cherchons maintenant le lieu où le tableau a été peint. Une phrase de la lettre à sa sœur du 16 septembre indique qu’il l’a certainement peint sur place : « Cela m’amuse énormément de peindre la nuit sur place. Autrefois on dessinait et peignait le tableau le jour d’après le dessin. Mais moi je m’en trouve bien de peindre la chose immédiatement. Il est bien vrai que dans l’obscurité je peux prendre un bleu pour un vert, un lilas bleu pour un lilas rose, puisqu’on ne distingue pas bien la qualité du ton. Mais c’est le seul moyen de sortir de la nuit notre conventionnelle avec une pauvre lumière blafarde et blanchâtre, alors que pourtant une simple bougie déjà nous donne les jaunes, les orangés les plus riches. »

En comparant le paysage actuel (de jour et de nuit) avec celui du tableau, on repère le positionnement exact des clochers des églises Saint Julien et Saint Martin du Méjan,  la courbe du Rhône à la surface duquel, de nuit, se réflètent encore les lueurs des réverbères (aujourd’hui électriques, plus au gaz!), et au centre le Pont de Trinquetaille:

A partir de là on en déduit très précisément l’emplacement du chevalet de Van Gogh et l’angle dans lequel s’inscrit le paysage terrestre : l’orientation est Sud-Ouest.

Vue aérienne par Google Earth

Intéressons nous maintenant au ciel étoilé de l’œuvre. Grâce au logiciel Stellarium, j’ai reconstitué la partie du ciel visible à Arles le 20 septembre 1888 semblable à celle du tableau:

Le ciel visible à Arles le 20 septembre 1888 à 22H 45 selon une orientation Nord-Nord-Ouest

On constate que la Grande Ourse est dans la même position que sur le tableau, même si l’étoile la plus basse du Chariot est légèrement décalée vers la droite. Les étoiles hors Chariot sont également assez bien positionnées.  Mais il est clair que ce n’est pas le ciel qui peut être vu au-dessus de la ville et du fleuve vers l’aval dans la direction du Sud-Ouest, car la Grande Ourse est une constellation circumpolaire, visible uniquement en direction du Nord!

Voici d’ailleurs  le ciel que voyait Van Gogh au-dessus de la ville quand il a peint la scène terrestre :

La vue ci-dessous par Google Earth représente très précisément, en rouge l’angle inscrit par le paysage de la ville et en bleu l’angle du paysage céleste.

Pourquoi Vincent Van Gogh a-t-il donc représenté la Grande Ourse alors qu’elle n’était pas visible dans cette direction ?Trois hypothèses sont à envisager :
• Le ciel était couvert ce jour-là et il a représenté de mémoire les étoiles. Cela semble peu probable vu le grand nombre d’étoiles hors Chariot positionnées correctement.
• Il a trouvé le ciel au dessus de la ville pauvre en étoiles et a préféré représenter une constellation qu’il connaissait bien.
• Il s’est positionné face au Rhône avec la toile parallèle à la berge. Dans ce cas, il avait à sa gauche la ville illuminée par les réverbères avec les reflets sur l’aval du fleuve et à sa droite, vers l’amont, la Grande Ourse. Il a ensuite, sur la toile, fusionné les deux plans. Dans ce dernier cas, il a réalisé un paysage au bas du tableau et un autre en haut,  regroupant tout l’espace qui l’entourait dans un même cadre…. Un siècle avant l’avènement de  Photoshop !

Et ce n’est pas tout! Il est extraordinaire de noter avec Raymond Martinez que  Van Gogh a, non sans malice, positionné les étoiles dans l’alignement des réverbères, ce qui donne l’illusion que les reflets des réverbères au gaz sur le Rhône sont ceux des étoiles !  Le couple au premier plan se retrouve quant à lui  sous une zone sans reflets, car c’est l’endroit où le fleuve est traversé par le pont et il n’y a pas d’étoiles brillantes au dessus.

Par cette attitude inédite et cette capacité de synthèse, Van Gogh bouleverse une fois de plus les canons de la peinture de son époque et annonce les évolutions futures de l’art, le cubisme, le surréalisme, l’abstraction …

L’œuvre n’a cependant guère été appréciée en son temps. Grâce à Théo, elle est exposée pour la première fois au Salon des Indépendants de 1889 à Paris et n’a aucun succès : « Maintenant il faut encore que je te raconte, que l’exposition des Indépendants est ouverte et qu’il y a tes deux tableaux, “les iris” et la nuit étoilée. Le dernier est mal placé car on ne peut pas se mettre à une distance assez grande, la salle étant très étroite, mais l’autre fait excessivement bien. » (Lettre [799] du 5 septembre 1889). Théo lui-même la juge trop stylisée et lui préfère ce qu’il appelle les « choses vraies » !

Dans le prochain billet consacré à la Nuit étoilée au-dessus de Saint-Rémy de Provence, nous verrons que van Gogh est allé encore plus loin dans la superposition de plans terrestres et célestes, signe d’une véritable métaphysique teintée de mysticisme qu’il a plusieurs fois exprimée dans sa correspondance…

30 réflexions sur “ Les nuits étoilées de Vincent Van Gogh (2) : La nuit étoilée sur le Rhône ”

  1. Pour lui l’essentiel du tableau était peut-être ans les reflets des réverbères ou plutôt les reflets surdimensionnés des étoiles ou plutôt le rayonnement du destin comme de grosses langues de feu baveuses guettant les amoureux.

    1. peut etre rien de cela.je pense qu il etait comme un vrai journaliste de son temps.le tableau sur lequel il peignait etait l avant garde de la television d aujourdhui.je suis moi-meme agriculteur et artiste peintre.

  2. Bonjour!

    Quel plaisir de retrouver au temps des apprêts de la Noël, ce billet tout en couleurs apportant un peu de baume et de lumière dans nos chaumières d’ici-bas!
    Dans une lettre à son frère, Van Gogh écrit : « Dans la plus pauvre maisonnette, dans le plus sordide petit coin, je vois des tableaux et des dessins. »
    Cette citation est de Gaston Bachelard au chapitre de la maison natale et la maison onirique de “La terre et les rêveries du repos”, page 101.
    J’aime la pentecôte imaginée par Guillaume dans le premier commentaire. On eût apprécié la descente des langues ignées sur les bancs publics rhodaniens…
    Le ciel étoilé, la loi morale…Comment ne point penser en lisant ces lignes et au regard des couleurs du peintre, à cette citation bien connue de la “Critique de la raison pratique” d’Emmanuel Kant :
    “Deux choses remplissent le cœur d’une admiration et d’une vénération toujours nouvelles et toujours croissantes à mesure que la réflexion s’y attache et s’y applique : le ciel étoilé au-dessus de moi et la loi morale en moi”
    On peut à loisir voir et entendre sur Internet des professeurs instruisant des classes en commentant avec maestria cette bien jolie phrase. On peut aussi comprendre bien des choses en regardant le film d’Ilan Klipper (2017) sans oublier de lever les yeux au ciel à la sortie de la salle.
    Cette symétrie, cette osmose, ce quotidien dans l’œuvre picturale, c’est aussi un peu nous…Et ce “nous”, est-ce une illusion qui passe, un sourire en plein cœur, quelque chose de rien du tout comme on en rencontre partout?
    Je me souviens de l’un de mes correspondants dont j’ai conservé les belles lettres manuscrites. L’une d’elles ouverte, publiée aux éditions Albin-Michel est adressée à son grand-père. Au chapitre intitulé “D’une étoile qui s’est éteinte et des
    “mecs” qui nous ont envahis”, il écrit :
    “la place des Moulins était claire comme quand les lampadaires sont éteints sur la nuit d’été et qu’on baigne dans la lune (…) Tu ne reconnaîtrais plus rien. Ni à Marseille, dans les rues où nous marchions côte à côte…
    (…) “Il ne faudrait jamais parler trop gravement des choses graves. Le monde moderne est un monde humilié.” C’était Bernanos dans “La France contre les robots”.
    (…) je t’en supplie reviens grand-père, reviens même pour une heure, montre-moi où est passée l’étoile que tu m’avais désignée : cette fois, c’est sûr : je l’ai perdue.”
    Ce provençal parisien s’appuie sur le passé pour ne jamais désespérer de l’avenir. Et dans les évolutions futures de l’art annoncées par le génie de la peinture, quel sens donné au mot “bonheur” et au mot “progrès”? Deux mots que Marcel Jullian a su, grâce à son aïeul, parfaitement définir :
    “Le mot bonheur est synonyme de hasard (bon heur) et le mot progrès n’a aucun sens s’il n’est pas le progrès dans l’homme et non à son usage.”
    A l’apex de l’abstraction, une épiphanie de la conscience?
    Alors suivons l’étoile sur le chemin illuminé des Alpilles.
    Et plût au ciel…Jusqu’à destination.

    Garo

  3. Bonjour, chers lecteurs de ce billet pictural et des commentaires!
    Dans le silence de ma chambre close de cette abbaye épargnée par les colères du vent, je serais tenté de ne plus écrire, plus parler et tout simplement porter à votre ouïe si fine, Monsieur Bardou, une joyeuse chanson de Luis Mariano qui vaut bien un cantique, fût-il celui des quantiques, palsambleu!
    Je le fais incontinent :

    “Luis Mariano – Prends du bon temps You Tube”

    Mais dans mon ermitage, je ne suis qu’un homme, rien qu’un homme et en mon for intérieur, il me plaît de donner suite à votre réponse compendieuse à Roxane.
    Une réponse qui me fait penser à un beau livre de Jean-Pierre Luminet sur la nature des choses où les fragments héraclitéens vont crescendo vers la brièveté pour s’achever en un vers unique suggérant la vacuité de tout discours.
    Alors que le dieu des étoiles sur la toile me pardonne!
    Je suis allé, à mon tour, prendre “du Bontems”, si vous me permettez cette expression, avec ce bel article de Monsieur Vincent Bontems, intitulé :
    “Bachelard, la mécanique quantique et la logique”
    Et je retire de cet exposé savant, ce qui suit :

    “Il n’y a pas de sens à parler d’état superposé dans la vie
    courante. La superposition constitue, pour cette raison,
    l’un des aspects les plus énigmatiques de la réalité quantique considérée du point de vue classique. Elle est aussi, par conséquent, une contrainte des plus claires pour une interprétation réaliste de la mécanique quantique.”
    (Fin de citation)

    Sur le sujet, le physicien Bernard d’Espagnat répondant à une question provocante, chausse de gros sabots et pour ne lasser personne s’explique en appendice.
    Dans un autre chapitre sur la mesure et superposition quantique, il cite Monsieur de La Fontaine :
    ” Ma raison le redresse”. Il fait référence au bâton courbé par l’eau, dans la fable “Un animal dans la lune”, 7,18.
    J’eusse aimé, au début des années quatre-vingt, deviser autrement sur l’art de la courbure de la chose avec mon correspondant du moment, un physicien mentionné cinq fois dans “Le rationalisme appliqué” de Gaston Bachelard.
    Je ne connaissais pas cet ouvrage, à l’époque, où le fils de mon correspondant était ministre de l’agriculture avant d’être locataire de l’hôtel Matignon…Et la France d’en bas recevait dans les salons des Conseils généraux, un résistant notoire qui demandait à la France de faire sa prière…
    Et court, court “le guépard” de l’artiste et se courbe l’échine des peuples.
    Je suis très loin des grandes explications sur “la courbure de l’espace-temps” dont les vingt-quatre lettres bien comptées par le physicien et le pianiste, forment le “superbe spectacle de l’amour.”
    En relisant ce commentaire, je comprendrai que plus d’un lecteur considère la manière quasi schizophrénique…Par les temps qui courent, peut-on s’en étonner?
    Je ne mets pas le trait d’union entre quasi et l’adjectif.
    Monsieur Bontems en décide autrement avec cette graphie dans son article susmentionné :

    ” (…) nombreux physiciens adoptent une attitude quasi-schizophrénique.” (Fin de citation)
    J’ai suivi la règle. Mais point de curée en vue pour ce trait de plume dans le jardin béni de notre belle langue.
    On peut faire exception, que je sache!
    Bonne et belle soirée en attendant la Noël toute proche.

    Jacques

  4. Peindre la misère du monde, sa misère aussi…Pourquoi pas?
    Un ami qui se dit agriculteur et artiste -peintre me disait, hier, qu’il a assisté aux obsèques en son village d’un jeune agriculteur qui a décidé de mettre fin à ses jours. Un silence de mort, une foule atterrée…Et d’ajouter “heureux le petit paysan qui va à la rencontre de l’autre!”
    Cet ami de longue date n’a-t-il pas été responsable dans un syndicat agricole et son papa, conseiller général dans un canton très catholique?
    Peut-on peindre avec des mots, des couleurs, un mal profond, celui de l’âme que les sermons d’église et les promesses des politiques n’ont oncques su guérir? Pas plus d’ailleurs que les boniments de pauvres bougres qui se disent représenter le peuple, atteints de psittacisme qui répètent, tels des rosalbins, ce que les médias leur racontent sans faire preuve d’un minimum d’esprit critique…On peut comprendre que cela rende malade ce cher Michel Houellebecq toujours en quête de son île…Mais lui n’a pas de problème de fins de mois et dépense sans compter.
    Où sont les paysans dits “responsables” qui ne vendraient pas leur grand-mère pour passer au JT, capables de résister aux indemnités du système et aux fesses d’amazones assises dans les bureaux de la république des âmes mortes?
    Où sont les éducateurs qui savent maîtriser la maîtrise autant que la nature pour apporter un peu d’air frais dans nos campagnes enlaidies par la bêtise humaine, par une culture pour veaux malades et beuglants, comme disait quelqu’un qui aimait La France mais pas les français et qui fut le premier président de notre cinquième république? Un ami de toujours qui lui doit beaucoup lui a dit un jour “A demain…!”
    Et l’ignorance de la base d’accuser cet homme lige de virer sa cuti…
    Alors l’art, la beauté, la sensibilité, le retrait, l’écart, l’inouï, l’art tout court qui habite tout être capable d’émotion et de sensibilité, peut-il encore faire quelque chose pour le paysan, le paysage, un pays? Au train où vont les choses dans nos villes dominatrices et nos villages devenus déserts, on peut en douter?
    Dans la grande déculturation généralisée, on n’a pas besoin d’agriculteurs bon chic bon genre qui s’affichent, pleurnichent ou amusent la galerie avachie dans un canapé regardant les inepties de la télé-réalité…C’est bien autre chose qui est ardemment désiré, une révolution spirituelle en profondeur qui touche à notre rapport à la terre, renverse le tableau avec ses marchands du temple et tend la main au sortir du tunnel.
    Ce dont je crois, c’est qu’il nous faudra des yeux de Lyncée ou une sacrée loupe pour en déceler les premiers germes dans le maquis de la Dolce France.
    Cela s’appelle prendre la Bastille du savoir…Cela aussi s’appelle l’aurore, femme Narsès!
    Puisse Vincent peindre ce passage…

    Walther Jaroga

  5. Je viens de penser que j avais fait une faute d écriture mathématique dans une équation dans une page du texte. Nouvelle version ce soir quand je rentre

  6. Bonjour!

    Dans le blogue du journal “La Croix” (Le randonneur, de Daniel Bougnoux) il y aura très bientôt un commentaire invitant le lecteur à lire le travail herculéen de Monsieur Bardou http://guillaumebardou.com/?p=1809
    Il a été posté ce matin et il est pour l’heure en modération.
    Voir son dernier billet sur La Reine des neiges 2
    Bonne journée et bonnes fêtes de fin d’année à tous.

    Roxane

  7. Bonjour à tous!

    Oui Guillaume mais si la question est “in-nocente”, le jeune tambour dans sa bouche une rose saura-t-il parler de la vie comme l’opéra du romantique dans sa manière bleue?

    Donné de l’abbaye, le jour des saints Innocents

    Jacques

  8. Bonjour!

    Au risque de s’emmêler sur la toile, sangs mêlés les pinceaux, ces nuits étoilées nous font penser à La grande famille, de René Magritte…Et nous voici envolés vers une profondeur bleue où l’air et les songes ont quelque chose à nous dire…
    Vienne la suite enchantée du Maître et le passant en tel musée…

    “de cavaler au vent des mirages”

    Vingt-cinq lettres pour écrire un nom :

    “Miguel de Cervantès Saavedra”

    Bonnes fêtes de fin d’année avec ou sans Moulin-à-vent.

    Garo

  9. Merci.
    Chacun fait ce qu’il peut pour sortir de son trou en essayant d’être soi-même…Même en rockant!
    Mes “Bodins”à moi (Leurs homonymes, à cette heure, sont en train de passer sur la 8 avec une foultitude de commentateurs) ont aussi chez eux des cassettes mais ils résistent comme ils peuvent, à la bêtise du monde. Je suis allé les voir cette semaine et ils viennent à la maison la semaine prochaine.
    Sans foie gras et sans musique.
    A chacun sa “noire énergie”!
    Douze lettres pour une “reine ignorée”
    “Il y a un indicible bonheur à savoir tout ce qui en l’homme est exact.” (J-M G Le Clézio)
    Il est minuit passé et, ce soir, sur la 2, un “petit paysan de cinéma” va faire son show…Pauvre France!
    Guillaume, dessine-moi un radis illuminé par Sadir!
    Histoire de rendre plus tranquille le long fleuve de la vie…

    Garo

  10. Merci Monsieur Bardou.
    Vous ne serez outre mesure étonné si je vous dis que ce genre d’artefact n’est point du goût de l’ami Garo.
    Sans doute eût-il préféré connaître votre sentiment sur un autre lien vers lequel, en son désert rural, il a voulu vous orienter.
    Voyez plutôt :

    “Les Français rêvent-ils d’être des radis ? – Jacques Attali”

    Et si quelque part, Sadir anagramme de radis, est dans le jardin paysan, n’oubliez pas qu’elle est une étoile de la constellation du Cygne, comme pourra le confirmer Monsieur Notre Maître, observateur de profession du ciel étoilé.
    “La rêverie travaille en étoile” nous dit G.Bachelard dans sa “Psychanalyse du feu”.
    Le lien ci-dessus est encensé par Jean Staune et François de Closets, par exemple. L’un et l’autre ont aussi conservé des attaches terriennes, des racines quelque part…
    Et ce soir à la télé, le paysan de cinéma, victime d’une politique folle qui ne craint pas la chute d’Icare, ne va pas susciter des transports d’allégresse dans les chaumières de France et de Navarre…Et court, court le Guépard en ce monde devenu stone!
    Monsieur Bardou, votre correspondant vous demandait seulement de lui dessiner une métamorphose, celle du grillon devenu papillon ou d’une camérière quittant sa peau d’âne pour revêtir ses plus beaux atours.
    Le monde agricole et rural a le couteau sous la gorge.
    Avec une clé remise, il a ouvert une porte interdite…qui parle de notre rapport à la terre. Et c’est une question d’éducation, une éducation de l’intuition, un savoir du ça-voir…Qui saura voir ça dans l’éclair de l’épée? Au jardin des légumes officielles, du haut de ma tour, je ne vois rien pousser…Et vous, Monsieur Bardou, dans votre petit jardin de banlieue, il n’est pas dit qu’un autre légume, telle une carambole ne fera son affaire!
    Au jardinet du prieuré, point de frais légumes, pas un radis… Reste mon stylo à tirer de l’étui.
    Bien à vous tous.

    Roxane

  11. Bonjour!

    Il ne sera pas dit que je n’aurai pas fait ma part de colibri au jardin de l’abbaye, palsambleu!
    J’ai descendu dans mon jardin pour y cueillir, entre monnaie -du- pape et bourse-à- pasteur, une raiponce que j’offre allègrement à Garo sous son arbre.
    Quant à la dessiner, grand Dieu, je ne suis pas
    “Antoine de Saint-Exupéry”!
    Dans son désert, avec ses vingt une lettres, comme moi, ce
    “doux sire y était en panne”.

    Quelqu’un est passé à l’abbaye, ce matin, pendant les laudes.
    Il a laissé ce message :

    “Bonjour Frère Jacques!
    Van Gogh n hésitait pas, il était dans son univers.C’était un moderne dans la peinture de son époque. Ce qui m’a amené à aimer ce peintre, c’est qu il était un oublié, pas reconnu durant sa vie et cette époque d’après la révolution française.Il a vécu libre, mais pauvrement.
    Pour ce qui me concerne, je vis bien et libre aussi. Ce qui me pèse le plus, c’est peut-être le manque d expressions verbales, c’est frustrant et c’est pour cela que ma peinture aujourd’hui,je la prends en pleine face, elle est en direct et sans profondeur. C’est l’expérience d’un combat de tous les jours.Je vais bien, et on verra après le résultat.
    Passez un bon week end. A bientôt de vous lire ” (Fin de citation)
    Affrontement au destin, afrèrement et…fosse finale.
    Quel signe saura nous libérer de la férocité ambiante et des rugissements de toutes parts?
    Du côté des mathématiques de la décision, on nous emmène au Prado, contempler un tableau.
    Un autre saint, un autre Antoine…
    Bonne fin de soirée et bon film devant votre appareil ménager!

    Jacques

  12. Cher Garo…. et alias… et pardon pour les vraies personnes… Excusez-moi si je suis pontifiant, mais Michel m’a demandé de me positionner clairement dans le mail qu’il m’a envoyé séparément. Et autant essayer d’être clair sur la place publique, qui est (utilement/inutilement, à vous de juger) obscure en ce moment.

    ***
    Vous avez raison de vous réunir. Cela laisse quelque place à la perspicacité, « Insight » disent les Anglo-saxons. L’ami est un frein à la folie.

    Vous allez discuter… Mais foin de métaphysique, je ne suis pas en train de vous endormir. J’imagine bien votre réunion. Mon idée est qu’on peut se battre contre quelque chose de mauvais seulement si l’on dispose de quelque chose de bon en soi. Il suffit d’en avoir le désir : c’est le préalable qui garantit qu’on ne fait pas trop de mal.

    « Petit Paysan », j’ai vu le film quand il est sorti. J’étais content que ce soit dit et montré. Mais maintenant je sais qu’être content bêtement est possible. J’ai plein d’ancêtres qui furent aussi grands travailleurs que moi : ils sont très probablement tous morts honorablement après avoir bien travaillé.
    Un mien parent lointain fut retrouvé mort debout contre sa charrue, c’est très poétique, ne trouvez-vous pas ? Mais maintenant je sais d’après moi ce qu’ont pu être les chaos de leurs émotions. Il faut entendre le mot « travail » dans un sens très large.

    Songeons un peu aux mots que nous n’avons pas créés pour désigner les états qui nous troublent. La lâcheté et la méchanceté prennent le masque du puritanisme (avatar : politiquement correct) en ce moment, et l’innocent est bien seul.

    Toute lutte est légitime, c’est bien là ce que la lutte revendique. Ce que nous voulons, c’est exister dans l’action, peu importe le reste, qu’on mange du caviar ou du pain sec. C’est être en accord avec ce que nous voulons, et nous nous servons des problèmes, et puis les problèmes se servent de nous et ça devient de la lutte qui nous domine et nous empêche d’exister dans l’action. Tout cela est dans l’évolution mentale de chacun et ressemble à un cercle vicieux, mais il y a cette puissance d’évolution qui œuvre.

    J’entends bien la solitude et la misère. Mais voilà la seule chose que je peux vous dire : il est bon de prendre contact avec son être profond, il est bon de se rendre digne de pouvoir s’aimer soi-même, et ce n’est pas un résultat de la pensée. Ensuite les conditions de ce qui paraît se redéfinissent. Vous verrez alors que l’action ne tarde pas à venir à l’être, et le point final d’un commentaire n’est pas un endormissement.

  13. Merci Guillaume pour ce message vrai.
    Je vais essayer de le transmettre.
    Puisse une mentalité bien orientée le faire suivre d’effet.
    Ce soir, en regardant le ciel étoilé sur le fleuve de leur vie de travailleurs sans domicile, plus d’un, sous la voûte des cieux, en son for intérieur glacé et endormi, rêvera d’une enseigne où l’on pourrait lire en lettres d’or, un lieu d’hébergement.
    D’autres, bien au chaud dans leur salon, regarderont la scène, ce soir, en gros plan sur RMC Story…avant de s’endormir.
    Qui nous rendra le réveil naturel, “Insight” comme ils disent”, le réveil dans la nature?
    On attend toujours la réponse à la question du sujet du verbe étudier.

    Garo

  14. C’est vrai, Garo, le caviar et le pain sec ça fait quand même une différence quand on est très fatigué… toute la différence entre la pauvreté et la misère… la misère sur laquelle il faut écarquiller les yeux pour lui accorder de la miséricorde… il existe tant de forme de misère, même avec du caviar… la pauvreté est honorable, ce n’est pas la misère.

  15. Très poétique votre seul mot au fin fond de votre abbaye.
    Mais un peu facile aussi.
    C’est bien de chanter la foule sentimentale :

    “Foule sentimentale
    On a soif d’idéal
    Attirée par les étoiles, les voiles
    Que des choses pas commerciales
    Foule sentimentale
    Il faut voir comme on nous parle
    Comme on nous parle”

    Et faire l’apologie de la pauvreté…Mais dans quelle mesure bonnes gens? Le cri du peuple qui demande la décence est-il entendu par Jupiter en personne?
    Tant et tant de débats pour , en définitive, des Oh!d’indignation au vu et au su de la façon dont on traite les situations des plus faibles -silencieux le plus souvent – qui n’ont pas vu durant tout ce vacarme augmenter d’un euro leurs faibles revenus. La pauvreté a des limites, quand même!
    Le cri du peuple est aussi une quête de devoir à l’intérieur des terres, une manière d’être et de participer toute différente de celles qui ont cours aujourd’hui dans le monde agricole et rural, par exemple.
    Qu’entend-on de “La chaire du génie” attirée par les étoiles?
    Et comme par hasard “La chaire du génie” est l’anagramme de
    “Claudie Haigneré”
    donnons-lui sur-le-champ la parole, à cette spationaute qui devint ministre, amateur de la peinture de Vieira da Silva où R.Char voit la lumière d’un sol et la promesse d’une graine :

    “Il faut réconcilier en profondeur l’ensemble de nos concitoyens avec la culture de la science” (Lettre à tous ceux qui aiment l’école, page 160)

    Du haut de sa tour d’ivoire, cette géniale personne qui assume des fonctions très bien rémunérées, regarde-t-elle ce qui se passe en bas, loin des postes de télévision?
    Quelle idée peut avoir de la science, la gent paysanne ou ce qu’il en reste qui s’est vu matraqué, sacrifié durant des décennies par une domination intellectuelle, issue de la culture des villes; hégémonie dénoncée avec force et détermination par l’auteur de L’Homme/Planète, par exemple?
    Qu’en pensent tous ces petits dieux entretenus aussi par les contribuables, lorsque sur les routes de leurs luxueuses vacances, ils découvrent un paysage appauvri, des fermes abandonnées et des gros tracteurs qui bloquent la circulation?
    Bien sûr, ils peuvent toujours se consoler en regardant les dépliants des offices de tourisme où leur derrière sur des chaises, de belles amazones leur proposent monts et merveilles sur papier glacé.
    Renversons le tableau. Imaginons, le bas en mesure d’atteindre le haut…Les gens sans importance, les oubliés, les plus faibles.Imaginons-le explorant une autre carte.
    Imaginons-le questionnant le sommet sur le laboratoire civilisateur, la contrée libératrice entrevus par les pouvoirs en place…
    Si par je ne sais quel extraordinaire hasard, une sirène en justaucorps de fin surah, habitante des hauts lieux, lisait ce message, peut-être, pourrait-elle répondre à ce bas enlevé depuis longtemps et jeté dans les oubliettes de l’histoire par une foule de gens de tous milieux.
    Petit poisson soluble et petit oiseau spirituel…
    Comment s’y prendre pour les réunir une bonne fois pour toutes? Telle est la question…
    “Il y a un indicible bonheur à savoir tout ce qu’en l’homme est exact” (J-M Le Clézio)

    Bouteille lancée…On verra bien!

    Roxane

  16. Je pense que le producteur de nourriture est dans l’horizon du producteur d’argent, aujourd’hui le premier est la honte du second, hier c’était l’inverse.

    En certain temps de famine, le pouvoir revient à la pousse du poireau, le marché financier cède la place au marché noir.

    actuellement les revenus du travail (salaires) sont bien plus taxés que les revenus du capital (dividendes). C’est le résultat de cette même lutte, toujours excessive dans un sens ou dans l’autre

    Qu’en ferez-vous ?

    En principe un fermier, un agriculteur, ne courre pas le risque de famine, s’il produit. le problème est bien ce qui supplée à l’absence de production.

  17. Bonsoir!

    Merci de cette réflexion, bien sûr pertinente.
    C’est à Marcel Gauchet qu’il faut poser la question, votre question…Pas aux pauvres gens qui subissent les effets d’un système.
    Je vous invite fermement à vous reporter à la seconde section du Livre II de la “Critique de la raison politique” vers laquelle m’oriente votre commentaire.
    L’auteur, un jour, sur un vieux banc en bois d’une dépendance de ferme, me parlait de la difficulté de son ouvrage, juste avant de publier “Le feu sacré”.
    Quant à rhabiller l’univers de son manteau sacré, ne comptez pas trop sur les grands débats et les petits-fours qui les accompagnent.
    Peut-être , une nuit, un nouveau M.Lingner (Pensez à “La guerre des paysans” de son pays) saura peindre sur un fleuve français un ciel libéré aux mille colombes…
    Une étoile passe, et je fais un vœu!

    Garo

  18. Je veux bien, mon doux sire, acheter pour lecture de la seconde section du Livre II du dit ouvrage :

    “RÉGIS DEBRAY
    Critique de la Raison politique ou L’inconscient religieux”

    PS : Le rapport entre débats, petits-fours et manteau sacré d’univers, c’est la mesure de la vanité ?

  19. Voici, Garo, une première réponse sur le hasard :

    Le hasard est observable sur n’importe quel objet, sauf quand il s’agit du regard observateur qui s’observe lui-même.

    ***
    Tout à l’heure, je n’ai pas fait attention, et je me suis enfoncé la lame d’un cutter dans le doigt.

    ***
    On n’a pas idée de la puissance d’observer sans paroles.

    ***
    Avez-vous mangé votre coq ?

    ***
    Nous attendons tous avec impatience un prochain Billet de Jean-Pierre !

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