Terre-mère

Giotto._Predella_3« Ce n’est pas seulement aux oiseaux
que je m’adresse comme à des frères ;
le soleil, la lune, le vent, le feu,
tous sont des frères et des soeurs. »
Saint François d’Assise

Nous, les hommes, nous vivons sur notre Terre depuis deux millions d’années. Depuis quatre siècles seulement nous savons que notre berceau est une planète parmi les autres, roulant sur son orbite autour du soleil. Et voici ce que nous ne savons pas encore : Terre, toi qui nous a tenus dans tes flancs, n’es-tu qu’un vaisseau aveugle en marche dans l’espace ? N’es-tu qu’un fragile grain de poussière perdu dans l’immensité, tandis que là-haut, les étoiles sont indifférentes ? Astronome, je sais bien que les astres que nous interrogeons renvoient intacte LA question. Dépouillons-nous alors de l’habit du savant et livrons-nous à la parole du poète, du « rêveur d’univers ».

Je suis à genoux ici, sur cette petite Terre, devant l’immensité, devant le cercle lumineux de l’espace. Je ferme les yeux, élève mon esprit, quitte la Terre, et me lance en pensée par-delà l’abîme, par-delà tout ce qui est visible. Et, lorsque je les rouvre, je contemple et je reçois.

Planant, du haut de mon vol, je vois les espaces immenses que j’ai traversés, j’y découvre notre petit ciel étoilé. Dans les espaces d’éther léger, les soleils nagent, pareils à des fleurs, et les terres, à des graines noires. L’une d’elles est la Terre, notre mère. Je la vois devenir une montagne flottante, jouer autour du soleil avec d’autres poussières de soleil.

Terre-mère, tu tournes sous ta pyramide de nuit, dont la pointe pénètre les cieux, et tu fais des rêves de bonheur, murmurant ta joie dans ton sommeil enchanté, comme une jeune fille bercée dans ses rêves d’amour, soupirant doucement, dort sous le rayonnement de la pleine lune, qui entoure son repos d’une veille lumineuse et chaude.

Tu es enveloppée, tu reposes dans la lumière de ta propre joie et le sourire du ciel. Tous les soleils et les constellations versent sur toi un éclat, une vie, une puissance dont ta sphère est parée; et tu répands les tiens sur les miens!

Sphère verte et azur qui brille de la plus belle clarté parmi toutes les lampes du ciel, tu te hâtes autour du soleil, monde le plus éclatant de tous; et la lune, ta fille de cristal, est portée auprès de toi par un pouvoir d’attraction semblable à celui qui régit les yeux des amants.

earth-and-moon Les yeux fixés sur toi, je sens que des tiges vertes jaillissent, et des fleurs brillantes croissent, et des formes vivantes se meuvent sur ton sein; dans la mer et l’air est une musique, des nuages ailés voguent de çà de là, noirs de la pluie dont rêvent les jeunes bourgeons: c’est l’amour, tout est amour !

Joie, triomphe, ivresse ! Bonheur immense, débordant, éclatant, exultation bouillonnante que rien ne peut contenir ! L’allégresse m’enveloppe, comme une atmosphère lumineuse, et me porte, comme un nuage est porté par le vent qui l’entraîne.

Et voici ce que j’ai compris en sortant de mon esprit en chair de poule :
Qui que vous soyez ! Ce mouvement et ce réfléchissement sont pour vous,
Ce divin navire qui fend la divine mer est pour vous.
Qui que vous soyez, vous êtes celui ou celle pour qui la Terre est solide et liquide,
Vous êtes celui ou celle pour qui le soleil et la lune se tiennent suspendus dans le ciel.

Terre-mère, joyau du système solaire, tu es une planète privilégiée, soumise à des conditions physiques et chimiques exceptionnelles, qui t’ont permis d’avoir un environnement aussi riche et original que ton développement. Tu es, par là-même, un habitacle fragile. Nous, les hommes, en quête de notre berceau, nous devons aussi penser à préserver ton futur.

 Avec la complicité de Jean-Paul Richter, Percy Bysse Shelley, Walt Whitman

5 réflexions sur “ Terre-mère ”

  1. Merci de communiquer votre savoir et d’éclairer la nuit de nos ignorances. Aujourd’hui, je crois que l’on ne dira jamais assez combien nous avons de chance, de pouvoir marcher sur cette Terre.

  2. Cher Monsieur LUMINET,
    Suite à la relecture assidue et très instructive de votre livre « L’Univers chiffonné » paru en 2001 et à l’issue de l’écoute de vos passionnantes conférences sur le Net, une série d’interrogations triturent ma pensée qui tente de se familiariser avec les subtilités de la géométrie non Euclidienne.

    Si je vous ai bien lu, pour comprendre la forme de l’espace (3 dimensions) comme celle de l’espace-temps (4 dimensions), il faut définir le domaine fondamental qui pave le revêtement universel et faire intervenir les holonomies. Votre hypothèse d’un « pavage » de l’espace de revêtement universel par un domaine fondamental de type dodécaédrique signifie-t-il que le pentagone est le « pavé » fondamental à deux dimensions du tore dodécaédrique ?
    En passant à l’échelle de l’hypertore à 4 dimensions, le tore dodécaédrique donne par collage (connexion) de chacune des faces opposées (après avoir effectué une rotation) un hypertore dodécaédrique dit espace elliptique dodécaédrique de POINCARRE, variante multi connexe de l’hypersphère.
    L’hypertore dodécaédrique donnerait-il alors la forme de l’espace-temps universel ? Sommes-nous façonnés sur Terre par cette topologie dodécaèdrique ?
    Ce collage de chacune des faces opposées deux à deux doit « étirer » l’espace et le temps. Peut-on supposer 12 étirements différents de l’espace-temps impliquant 12 conditionnements de la matière ?
    Cette hypothèse de l’espace elliptique dodécaédrique de POINCARRE est d’autant plus séduisante intellectuellement qu’elle renvoie mathématiquement et philosophiquement (comme vous le soulignez chapitre 41) dans l’Antiquité au « pavage » Platonicien de l’éther (proposition 17 du 13ème livre) en se référant à la géométrie Euclidienne de l’espace.
    Ce solide Platonicien proche de la sphère était en effet associé analogiquement au 5ème élément. Il remplissait dans la cosmographie Ptolémaïque le Monde translunaire, incorruptible et éternel. La proposition 18 du 13 ème livre regroupe en une seule figure les cotés des différents polygones réguliers inscrits dans le cercle démontrant qu’il ne peut exister plus de 5 polyèdres réguliers dans la sphère. Les cotés de ces polygones réguliers correspondaient aux aspects en astrologie.
    Ces aspects astrologiques ont servi de fondement à la théorie des configurations harmoniques de J.KEPLER (« L’Harmonie du Monde »). Bien que rejetée ultérieurement, son intuition de base résidait dans l’identification des harmonies musicales et des aspects planétaires sur la roue zodiacale.
    Le quinconce (5/12) et le semi-sextile (1/12) sont ainsi les aspects astrologiques correspondant au dodécagone inscrit dans le cercle à partir de l’étoile dodécagonique (12 branches). Cette tension et cette longueur élémentaire d’arc de cercle du dodécagone dans le plan (2 dimensions) transposées à l’échelle spatiale (3 dimensions) par projection dans notre système solaire (écart angulaire zodiacal géocentrique) pourrait-elle donner l’harmonique musicale du dodécaèdre ?
    Dans son « Mystère Cosmographique » (chapitre II à XII), le Mathématicien des Etats de Styrie part de la même observation des 5 polygones réguliers inscrits dans le cercle et de son élévation spatiale aux polyèdres réguliers inscrits dans la sphère (selon la proposition 17 des Eléments d’Euclide) pour établir l’agencement symbolique des 5 polyèdres appariés à l’emboitement des 5 planètes du système solaire dans la sphère du Monde. La Terre y occupe la position centrale et son orbe est précisément dodécaèdrique.
    Pour reprendre l’intuition du Mathématicien Impérial en la transposant à la topologie moderne, cette harmonique musicale terrestre dodécaédrique (écarts angulaires zodiacaux géocentriques de 5/12 et d’1/12 du cercle) aurait-elle une correspondance vibratoire à l’échelle cosmique (mode vibratoire du « tambour cosmique », résultats de WMAP, développés dans les chapitres 20 sur la cristallographie cosmique et 21 sur les cercles dans le ciel) ?
    Enfin, le réseau cristallin universel évoqué en cristallographie cosmique est un modèle physique de la topologie multiconnexe qui n’est pas sans rappeler le modèle analogique des sphères cristallines Ptolémaïques (55 coquilles cristallines, agrégats éthérés supportant les orbites planétaires translunaires). Le zodiaque, roue animale (roue de l’âme du Monde pour Platon) servait de toile de fond à l’horlogerie Aristotélicienne.
    Pour reprendre cette analogie cristalline, peut-on supposer que les 6 paires de signes zodiacaux, australes et boréales constituent 12 divisions de l’espace-temps géocentrique opposés deux à deux et réparties sur l’écliptique angulairement par rapport à l’équateur céleste (6 zones froides et 6 zones chaudes) comme les hypothétiques cercles homologues ?
    Ces régions du ciel pourraient-elles abriter des hétérogénéités originelles associées à des différences de température ? Peuvent-elles donner 6 cercles homologues de températures égales distribuées symétriquement de part et d’autre de l’équateur céleste ?
    Cette répartition de la matière dans le zodiaque pourrait-elle être une signature d’une topologie multiconnexe d’un univers hypertorique dodécaèdrique ?

    En vous remerciant pour la lecture attentive de mes modestes réflexions de néophyte mariant Eléments Euclidiens et non Euclidens dans les replis chiffonnés de mon cerveau.
    Dans l’attente enthousiaste de lire vos « lumineuses » observations.

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