Hommage à Baptiste-Marrey (1928-2019)

Baptiste-Marrey, très grand écrivain de langue française, vient de nous quitter le 22 janvier 2019 à l’âge de 91 ans. Pratiquement inconnu du public, ignoré par une critique littéraire germanopratine souvent mafieuse qui, pour l’essentiel, ne fait l’éloge que d’indigents écrivaillons, ce romancier, essayiste, poète et « agitateur culturel » était mon voisin à la campagne en même temps qu’une connaissance proche et amicale.

Hommage à l’homme et à son œuvre.

Il y a une vingtaine d’années je suis devenu propriétaire d’une petite fermette dans le village de Chevillon, dans le Nord de l’Yonne. J’allais y passer mes fins de semaine et une partie des vacances d’été, essentiellement pour retaper une à une les pièces de ma longère, entretenir mon jardin et mes arbres fruitiers, faire les confitures d’automne et cultiver mon potager. Un jour le facteur, qui avait appris que j’étais chercheur et que j’avais publié quelques livres, me dit « vous savez que vous avez un voisin écrivain, comme vous ? ». Sur le moment j’ai cru qu’il faisait allusion à mon collègue astrophysicien et ami Hubert Reeves. Il n’était pas précisément mon voisin à Chevillon, mais sa belle propriété de Malicorne, où je me rendais régulièrement, n’est située qu’à une dizaine de kilomètres – ce qui, dans les vastes campagnes de cette région, s’apparente à un proche voisinage. Je ne prêtai donc guère attention à l’information, et quelques années passèrent sans plus de curiosité de ma part.

C’est alors qu’un samedi de printemps 2005, au matin, on frappa à la porte de ma longère. Un homme de petite taille, légèrement corpulent, l’air affable, se tenait devant le seuil. Il se présenta à peu près ainsi  : « Bonjour, je suis votre voisin, j’habite une maison à 500 mètres en haut de la rue. Je suis écrivain, je viens vous saluer pour faire votre connaissance. Je m’appelle Baptiste Marrey ».

J’avoue que je n’avais jamais entendu parler d’un écrivain nommé ainsi, et sur le moment j’ai pensé qu’il s’agissait probablement d’un de ces petits auteurs régionalistes dont la littérature, ancrée dans le terroir, reste généralement ignorée en dehors de leur province. Mais lorsque, par politesse, je lui demandai chez quel éditeur il avait publié et qu’il me répondit Actes Sud, je me dis que cette prestigieuse et exigeante maison d’édition ne pouvait avoir dans son catalogue un auteur de seconde zone, de sorte que ma curiosité fut enfin éveillée.

C’est ainsi que je fis la connaissance de Baptiste-Marrey – de son vrai prénom Jean-Claude — et de son épouse, la comédienne Alix Romero. Vivant à Gentilly, ils possédaient en bordure du village de Chevillon, à moins d’un kilomètre de chez moi, une très belle demeure de campagne, « La Marelle », bien mieux entretenue que ma très rustique longère. Nous commençâmes donc à nous fréquenter, échangeant naturellement quelques-uns de nos écrits respectifs.

Je dois dire que je ne m’attendais pas du tout au choc littéraire que j’éprouvai en lisant en 2006 le premier roman qu’il m’offrit : Les papiers de Walter Jonas. Un vrai chef-d’œuvre, sur lequel je reviendrai plus bas.

Plus tard il me fit présent d’autres titres, que je dévorai comme le premier : SMS, Elvira, Edda H, consacrés à la musique classique et à l’opéra, passions communes, et l’Atelier de Peter Loewen, autre chef-d’œuvre cette fois consacré à la peinture (j’eus plus tard l’occasion de rencontrer l’un de ses fils, l’excellent peintre Gilles Marrey, et d’en visiter une superbe exposition au Musée de Sens).

Pour en savoir plus sur le parcours de Baptiste-Marrey je renvoie le lecteur intéressé au bel article qui lui est consacré sur Wikipédia, assorti d’une bibliographie assez complète (douze romans, une vingtaine d’essais). En résumé, il est né à Paris, dans le quartier de Bercy, et y a passé ses jeunes années. « La peau de mon enfance », l’un de ses derniers ouvrages publié en 2016, est un pèlerinage bouleversant dans le territoire de son enfance irrémédiablement défiguré par l’urbanisation du quartier: « Pierre à pierre me fut arrachée la peau de mon enfance. De cette ville-là (Paris), il ne reste rien que je puisse montrer à mes propres enfants. »

Jean-Claude Marrey a commencé par exercer plusieurs métiers dans le monde de l’édition, puis dans divers centres d’action culturelle (Strasbourg, Amiens, Mulhouse, etc.) avant d’entrer, en 1976, au Ministère de la Culture, où il a occupé divers postes, dont celui d’Inspecteur Général des Spectacles. Extrêmement actif dans tous les domaines de la culture (au bon sens du terme, loin du galvaudage sous lequel on l’entend désormais dans les officines ministérielles), il a fondé plusieurs groupes de réflexion sur la politique culturelle, défendant l’édition et la librairie indépendante, la décentralisation du théâtre ou encore la gestion d’ateliers artistiques dans les centres culturels, dénonçant surtout les innombrables freins à la diffusion culturelle en France et la destruction éhontée du patrimoine aussi bien littéraire qu’architectural.

L’une des associations qu’il a fondées, « Les Trois P. », sise en Bourgogne, a organisé à Sens, entre 2004 à 2014, une dizaine de colloques scientifiques sur le thème générique « Icône-Image ». En juillet 2006 Baptiste-Marrey m’a d’ailleurs aimablement invité à intervenir dans l’un d’entre eux, consacré à « Image et Mémoire » (la mémoire étant l’une de ses obsessions et imprégnant la totalité de son œuvre). Avec beaucoup de finesse et de pertinence il avait introduit ma conférence sur « la Mémoire des Origines » par une citation du pythagoricien Archytas de Tarente, qui s’interrogeait vingt-cinq siècles plus tôt sur le paradoxe du bord du monde.

Icône-Image illustrant le paradoxe du bord dans un univers médiéval fini (célèbre gravure colorisée, d’après Camille Flammarion)

Marrey a beaucoup voyagé dans divers pays d’Europe, qui l’ont inspiré dans ses nombreux écrits : journaux, essais, textes pour la radio et le théâtre, articles de presse, critiques dramatiques.

C’est à la fin des années 1970 qu’il décide de se consacrer essentiellement à la fiction romanesque, à l’essai et à la poésie. En 1982, sous le nom de plume de Baptiste-Marrey, il publie chez Actes Sud SMS, « roman-poème » sous-titré « L’Automne d’une passion ». Le titre n’a évidemment rien à voir avec l’incontournable service de messagerie (qui n’existait d’ailleurs pas à l’époque, et qu’ultérieurement Baptiste s’est toujours refusé à utiliser !). Ce texte bref et brûlant, écrit à la manière d’un récitatif d’opéra, retrace la vie et la mort de Jehanne, jeune femme entrée dans les ordres à la suite de la disparition de son mari, et qui achève au couvent une vie de solitude, de dénuement et de doute sous le nom de Sœur Marie Serge.

C’est dans Les Papiers de Walter Jonas (1985) qu’éclate pleinement l’absolue maîtrise littéraire de Baptiste-Marrey. Il y exprime sa passion pour la musique classique et l’opéra, sa fascination pour les méandres de la mémoire, exploitant habilement le flou entre réalité et fiction. Le héros, Walter Jonas, est présenté comme l’un des grands chefs d’orchestre et compositeurs du XXe siècle (on pense à Richard Strauss, à Mahler et aux compositeurs de l’École de Vienne). Véhément, visionnaire, sensuel jusqu’à l’érotomanie, infidèle, il partage malgré tout sa vie avec un autre « monstre », une cantatrice yougoslave nommée Alba Zelnik, couple cahotique gouverné par les deux seules choses qui vaillent à leurs yeux d’artistes la peine : l’absolu et la création. Le monde de la musique, de l’opéra en particulier, est extraordinairement bien décrit, des personnages ayant historiquement existé se mêlent à la fiction, au point que l’on se demande parfois si le compositeur a lui-même vraiment existé et si l’on peut écouter sa musique sur youtube (une discographie imaginaire est donnée à la fin du roman !) … Outre ces thèmes qui ne pouvaient que me passionner, j’ai été particulièrement séduit par la narration éclatée dans le temps et l’espace, qui au départ peut dérouter mais dans laquelle on trouve vite ses repères grâce à une tension qui parcourt tout le texte et ne retombe jamais. On s’attache aux personnages, à leurs forces et à leurs faiblesses, leurs hauts faits autant que leurs petites lâchetés et trahisons, et l’on se prend à rêver à une utopique musique contemporaine qui serait à la fois savante et populaire …

Ce roman inaugure un cycle où s’entremêlent les vies de différents personnages. Dans Elvira (1986) on retrouve Alba Zelnik au lendemain de la Libération, rêvant de monter à Sarajevo une version du Don Giovanni de Mozart dont Elvire serait le personnage principal.

Contrepoint du précédent, Edda H, autre  « opéra-roman », brosse le portrait d’une célèbre cantatrice qui, en compagnie de son jeune admirateur, le graveur Peter Loewen, rêve de tenir le rôle ultime de sa carrière, celui de la Maréchale dans le Chevalier à la Rose de Richard Strauss.

On retrouve le jeune amant d’Edda quelques années plus tard dans « L’Atelier de Peter Loewen » (1989). Établi à Montmartre, Peter dessine, grave et peint dans une solitude à laquelle seul le bref passage de quelques femmes, modèles ou filles de joie, donne un peu de saveur. C’est alors qu’il rencontre Dafné (nouvelle allusion à un opéra de Richard Strauss), dont il s’éprend jusqu’à la folie, clamant vers elle son impossible soif d’absolu. Après la musique, une fascinante incursion dans l’univers de la peinture dont je suis ressorti tout autant remué.

Je me promets de lire bientôt les sept autres romans de Baptiste-Marrey que je ne connais pas encore, et dont je ne saurais donc parler ici, ainsi que ses essais.

Je finirai brièvement avec le très remarquable essai qu’en 2013 il a consacré à son grand ami Albert Camus (qui, dès 1954, avait recommandé son engagement auprès du directeur du Centre Dramatique de l’Est à Strasbourg). Selon ma littérairement très compétente épouse, c’est la meilleure biographie qu’elle ait jamais lue sur ce mythique écrivain. Extrait significatif : « La personne de Camus, son sourire, son élégance, la simplicité de son blouson, ses cigarettes (en dépit de ses poumons malades), la manière dont il s’asseyait sur une marche, au soleil (…) pour discuter avec le facteur – cette aisance naturelle qui le mettait de plain-pied avec n’importe quel interlocuteur – tout cela je ne l’ai jamais aussi bien vu qu’à Cabris. »

Dans un article paru dans l’Yonne Républicaine, Baptiste-Marrey confiait : « Le jour  de sa mort j’ai perdu plus qu’un ami, plus qu’un maître et un écrivain admiré – un être humain que j’aimais comme il arrive rarement d’aimer dans une vie. Avec cette douceur et cette intensité, à distance, sans attendre de réciprocité ni aucun avantage ». On trouvera un autre beau reflet de cette amitié dans cette interview disponible sur le site lintern@ute.

Un Brueghel de la collection Marrey au Musée de Sens

Je conclus ce trop bref hommage par une anecdote révélatrice de la qualité humaine du personnage. L’été 2012, j’amenai ma jeune épouse visiter le Musée d’Art de Sens. Nous eûmes la surprise d’y découvrir une riche « collection Marrey » occupant deux salles entières, comprenant des sculptures dont deux Rodin, des peintures impressionnistes et post-impressionnistes, des chefs-d’œuvre de la peinture du siècle d’or hollandais dont deux Brueghel, des pièces de ferronnerie Art déco de Raymond Subes ou encore des céramiques de Jean Mayodon. Très intrigués, nous sous sommes demandés quel pouvait bien être le rapport avec notre ami et voisin Baptiste, qui ne nous avait jamais dit mot d’un quelconque passé de collectionneur. De retour à Chevillon, nous sommes donc allés lui demander. Il confirma. Dans sa très grande modestie, il ne nous avait jamais dit qu’en 2002 il avait effectivement fait don au Musée de Sens (avec son frère Bernard Marrey) de la riche collection d’art de ses parents. On ne saurait mieux illustrer  la générosité,  la discrétion et la haute stature artistique de Baptiste-Marrey.

20 réflexions sur “ Hommage à Baptiste-Marrey (1928-2019) ”

  1. Bonjour!

    Quel panégyrique à l’adresse de celui que tout vrai chercheur ne pouvait ne point rencontrer!
    -Écoutons-le parler :
    « – Vous êtes un poète, dit Laure avec conviction.
    – Non, je ne suis pas un saint, dit Beardy, modeste. Tenez, lisez cela, ajouta-t-il en sortant un petit volume de sa poche, pour marquer notre rencontre.
    – Vraiment? Un cadeau? Pour moi?
    – C’est une plaquette assez rare. Ce que Reverdy a porté en lui pendant l’occupation et qu’il n’a écrit qu’après la libération revenue; il ne supportait que ses propres contraintes, pas celles des autres.
    C’était un saint lui. Ou presque.
    Cela s’appelle « Le chant des morts »
    Il l’ouvrit au hasard :
    « Je me suis étendu sous le piler des cendres
    Et tu t’es élevé sur des colonnes d’or
    Aux gouffres du malheur, je ne peux plus descendre
    Le ciel est dépassé »
    (L’atelier de Peter Loeven) Fin de citation.
    Le ciel dépassé…
    Comment ne point penser à cette réflexion d’Archytas de Tarente (1) :

    « Si je me trouvais à la limite du ciel, autrement dit sur la sphère des fixes, pourrais-je tendre au-dehors la main ou un bâton, oui ou non ? Certes, il est absurde que je ne puisse pas le faire ; mais si j’y parviens, cela implique l’existence d’un dehors, corps ou lieu ».
    Ce ne sont là que répétitions et citations, utiles sans doute pour un bel hommage à l’homme, mais ce billet dans toute sa splendeur, peut-il en rester là et le commentaire d’un lecteur se résigner à la redondance?
    Autant essayer d’aller un peu plus loin…
    Dans ces choses épouvantables qu’on appelle les grandes surfaces, pour reprendre l’expression de l’auteur « Des plus belles utopies aux dures réalités », allez-donc demander à la gente fille du Centre culturel, de commander un livre paru aux éditions Obsidiane et après avoir fait une recherche sur internet, la belle de vous répondre :
    « Je suis désolée, mon bon Monsieur, c’est un trop petit éditeur et là-haut, à la Direction, ils disent que ce n’est pas rentable, une commande pour si peu! »
    Et votre serviteur, Gros-Jean comme devant, de repartir les mains vides.
    Quant aux librairies, que sont-elles devenues, bonnes gens?
    La vision d’un salarié d’une Institution culturelle, militant bénévole et écrivain qui, à sa retraite, s’installe à la campagne, loin des bruits de la ville, peut ne pas être celle du citoyen lambda qui ne roule pas carrosse après des années de travail aux champs ou à l’usine, par exemple.
    Combien de ruraux vendent leur pauvre patrimoine ou ce qu’il en reste – et quand il en reste – pour terminer leur existence entre quatre murs…à la ville?
    J’ai conservé dans un bonheur-du-jour une lettre touchante que m’adressait un correspondant ami, ancien directeur de l’ENA, qui fut secrétaire d’Etat aux affaires sociales et dont le fils est un auteur très connu. Il me disait avec des mots justes sa peine de devoir quitter son village alpestre, sa maison et ses livres pour aller vivre en résidence en ville.
    Je ne sais si j’ai su lui écrire les mots qui font du bien au cœur et au corps…
    J’entends bien la réplique : « Oui, mais quand on a de l’argent, le malheur est quand même moins cruel et la misère un peu plus supportable! »
    Alors que dire? Qu’imaginer? Que faire?
    Le billet du citadin de Chevillon parlant de son ami ne peut laisser indifférent aucun lecteur. Lui répondre un livre à la main, c’est possible et facile mais lui raconter « des choses qui lui parlent », c’est une autre histoire…
    Je me souviens d’un jour de décembre deux mille huit, le sol était couvert de neige, le ciel peut-être aussi! Une brave personne, instituteur retraité d’Isy, à trente-cinq kilomètres de Chevillon, est venue jusque-là, avec son 4×4 et son plateau, pour emmener un tracteur agricole MF 830. Sous mon arbre, le brouet fut copieux et les mots aussi…Mais pas question de lui parler école et pédagogie, ça lui sortait par les yeux! Alors le village métamorphosé de Chichery, à trente-deux kilomètres de Chevillon, vu par un universitaire qui cite G.Bachelard et parle de révolution dans la France profonde… A d’autres, les amis! Il s’en fichait mon hôte qui préférait, et de loin, m’entretenir de chemise, boulons et joint de culasse.
    Quant à Malicorne, à dix-sept kilomètres de Chevillon, et à son célèbre habitant, pas de quoi en faire une montagne, fût-elle magique! Et pas la peine d’ouvrir « L’heure de s’enivrer »…
    Toujours est-il que notre sympathique icaunais est reparti, le soir venu, avec l’engin, la carte grise et …une « Ode à ce tracteur-là », un rouge petit tracteur, acheté d’occasion en mil neuf cent soixante-dix, que j’aimerais bien revoir, palsambleu!
    Cette année-là, à défaut de Musée, je suis allé voir et écouter un chanteur dans une architecture moderne, à une lieue de mon arbre. Trente-sept ans plus tôt, il s’était produit dans un pré en pleine campagne sous un chapiteau de petit bal de province.
    Des milliers de personnes, un soir d’automne, dans la nuit, toutes générations confondues pour entendre sous les projecteurs, « Chez Laurette », « Wight is Wight », « Pour un flirt »…
    Une multitude.
    Je veux bien que des gens très cultivés , financièrement aisés, artistes et amateurs de grande musique se distancent de cette foire du disque et des vedettes de variétés, voire parfois avec un certain mépris ou un dédain clairement affiché. Après tout, c’est leur choix, leur droit et leur liberté.
    Seulement, j’aimerais bien savoir ce qu’on a fait, chez ces gens-là, depuis des décennies pour donner un bout de pain et un feu de bois au corps et à l’âme des pauvres…
    Voyez la détresse paysanne et le massacre des paysages, entre autres catastrophes.
    Il y a sans doute une réponse qui plaide en leur faveur, mais encore faut-il le prouver!
    Quand un simple citoyen se voit offrir « Sérotonine » par l’attachée de presse de l’auteur, cela n’a rien d’original et après tout, pourquoi pas? Mais si icelui ose dire que ce livre lui parle, imaginez la curée dans les résidences secondaires, mes bons amis! Haro sur le baudet et que ce lecteur maudit soit voué aux gémonies avec sa bande d’érotomanes populaciers et incultes, que diantre!
    Et pourtant si, si justement quelque chose correspondait?
    Peuvent-ils affirmer haut et fort, nos brillants esprits qu’ils savent tout , tout , tout sur la psyché humaine, sa carte et ses mystères dans les territoires de l’imaginaire et du réel?
    Qu’ils comprennent parfaitement du haut de leur supériorité reconnue et justifiée, la relation de simultanéité entre le développement des études cinématographiques du vol des oiseaux par Marey et de la parution du livre des « Données immédiates de la conscience », par exemple? (2)
    On peut toujours rêver et imaginer un esprit en quelque longère de village entre potager et salon, s’intéresser à ces questions qui prennent aux tripes, et tenter peut-être d’y apporter des réponses…un sens. Les lettres de « tripes » ne forment-elles pas le mot « ESPRIT » ? … Là et hors là.
    Merci de votre patiente attention dans la constellation des langues d’azur.
    Bonne et belle chandeleur.

    (1) J’écris Archytas de Tarente et non de Trente, la ville italienne qui vit le pape Paul III convoquer le dix-neuvième concile, le 22 mai mil cinq cent quarante-deux. Je pense que l’ami de Platon, Archytas, était de Tarente…Mais bon, Monsieur Luminet a peut-être vu juste…Il faut vérifier!
    (2) Gaston Bachelard au chapitre « Le mouvement et les philosophes. Images simples et mathématiques complexes » fait référence à cette simultanéité.

    Garo

  2. Bonsoir!

    Oui, c’est un bel hommage!
    A propos des écrivains de seconde zone dont il est question dans le billet de l’homme de science, je dirai aussi quelque part mon accord sur ce point de vue.
    Quand au salon de l’agriculture qui n’est pas celui de la terre, on s’arrête au stand de l’association des écrivains paysans, on applaudit, certes, ces braves gens du terroir qui vantent leur paysage et leur passé avec leurs couleurs locales qui brillent dans leurs prunelles. Un paysan que je connais bien, me disait un jour, qu’il comprenait ces gens-là, mais au tréfonds de lui-même, il ne les sentait pas vraiment…Quelque chose ne passait pas!
    Il m’a parlé d’un ami qu’il connaissait pour avoir échangé avec lui, à l’époque où le facteur distribuait encore des lettres.
    Cet ami était passé dans l’émission « Radioscopie » de Jacques Chancel et cet événement avait marqué sa vie. Il entrait pour ainsi dire dans le cénacle des gens reconnus , appelés écrivains.
    Le paysan de ma connaissance disait de son ami auréolé que de belles et bonnes choses…Et quand icelui lui avoua qu’après tout, c’était bien normal qu’il y ait des pauvres, autrement dit des dominés, il n’a pas changé d’avis mais il a compris que quelque chose ne passait pas, une intuition première qui se confirmait.
    Pourquoi monter sur ses grands chevaux pour dire que l’on n’est pas d’accord! On ne s’arrête pas et l’on poursuit son chemin, comme on fait quand on décide de fermer le poste de télévision pour ne pas regarder « L’amour est dans le pré »…Un point, c’est tout.
    Si par bon « heur », un beau jour, sur un plateau, un homme révolté venait nous parler des zones supérieures de la pensée, où se trouvent, selon le physicien, certains discrets intuitifs – et intuitives, eh bien, je crois que nous serions là, présents, devant l’écran.
    Brisons là
    Quelques mots que je viens de recevoir d’un homme de science, qui vont enchanter Guillaume, puisqu’il réagit à son puissant exposé – « Efforts et vérités » :

    « Oui, il me parle. Très intéressant!
    Basarab Nicolescu  »

    Monsieur Nicolescu qui se présente ainsi :

    http://www.sunypress.edu/p-5809-from-modernity-to-cosmodernity.aspx
    http://basarab-nicolescu.fr/index.php
    http://ciret-transdisciplinarity.org/index.php

    Bonne nuit

    Roxane

  3. Bonjour!

    Quel bel hommage, en effet, porté à cet homme discret!

    Merci Monsieur Luminet de nous l’avoir fait partager

    Une information qui ravira Guillaume :

    Quelqu’un, un homme de science reconnu, au sujet de son exposé : « Efforts et vérités » m’écrit :

    « Oui, il me parle. Très intéressant!
    Basarab Nicolescu »

    Monsieur Nicolescu se présente ainsi :

    Basarab Nicolescuhttp://www.sunypress.edu/p-5809-from-modernity-to-cosmodernity.aspx
    http://basarab-nicolescu.fr/index.phphttp://ciret-transdisciplinarity.org/index.php

    A propos des écrivains de seconde zone dont il est question dans le présent billet, j’aimerais bien en dire quelque chose mais chaque chose en son temps, comme le dit à peu près
    L’Ecclésiaste.

    Bonne journée

    Roxane

  4. Bonjour!

    Je rebondis sur l’expression « seconde zone » sur laquelle nous nous sommes exprimés en aparté, sans pour autant aller au fond des choses, si tant est que cela soit chose possible.
    Je suis d’accord, Roxane, avec votre ami paysan qui marque la distance avec l’association des écrivains du terroir, vendeurs de livres comme les autres, au salon de l’agriculture ou illeurs.
    Je comprends cette distance et en même temps cette empathie pour les sons, les couleurs de la terre travaillée qui brillent dans les yeux de ces auteurs autodidactes. Ils ont certes bien raison de défendre quelque chose qui fleure bon la terre de France, doux pays de leur enfance et de l’exprimer à leur manière, fût-ce chez des éditeurs dits de seconde zone.
    Et pourtant, je comprends l’écart de votre ami de la terre qui, sans renier, bien sûr, une certaine nostalgie du geste auguste du paysan, ne peut sentir cette composante affective qui collabore avec un système et laisse dans la pauvreté matérielle et morale, la gent paysanne dont certains universitaires qui vivent dudit système (Ils vendent aussi leurs livres) parlent maintenant, à leur endroit, de sacrifice.
    Disons qu’ils s’inquiètent surtout de la couleur du bulletin de vote que le monde agricole et rural est censé glisser dans l’urne…
    Je comprends en filigrane son éloge des « géorgiques de l’âme » et son intuition première ressentie qui lui fait faire un pas de côté ou au delà.
    Un fils de ministre devenu paysan et surtout écrivain, des Goncourt qui ont su peindre avec un réel talent les gens de la terre et bien d’autres encore, chantres de nos racines, n’ont pas empêché le désastre.Et ça continue encore et encore…Une émission de télévision inventée par des citadins qui n’ont oncques mis la main à la pâte et qui viennent avec des caméras parler de sentiments dans un pré ou le bonheur n’y est plus, est un scandale pour celles et ceux qui se font une certaine idée de la France, fût-elle, cette émission, un agréable passe temps pour veaux avachis sur des canapés.
    On aimerait que les discrets intuitifs – et intuitives, dans les zones supérieures de la pensée où le physicien leur fait place (Voir la quatrième page de couverture du beau livre de Bernard d’Espagnat « Un atome de sagesse »), tendent la main, à la sortie du tunnel, à celles et à ceux qui dans leur folle espérance, courent vers leur incertaine délivrance.
    Cher Guillaume, une lettre n’y suffit pas…Votre E, ce néant qui est je, aura-t-il le bras assez long pour atteindre ce qui dépasse?
    Vous le savez pertinemment, les thèses de Jean Cavaillès « Méthode axiomatique et formalisme » et « Remarques sur la formation de la théorie abstraite des ensembles » n’ont pas changé la bête en ange….Enfin, pas encore! A quand le doigt de fée capable de faire la belle qui, peut-être, « valsera d’abord au son du piano d’un génie étranger »?
    Est-ce par hasard, Monsieur le physicien, Monsieur le pianiste, si les quarante et une lettres de la phrase entre guillemets dans la précédente question font tout simplement :
    « Aurore Dupin, baronne Dudevant, alias George Sand »?
    Puissent les nocturnes des uns et des autres illuminer la réponse!

    Jacques

  5. Bonjour!

    Que dire après tous ces commentaires?

    Sous mon arbre, hier soir, j’ai entendu parler entre eux quelques passants.

    Voici quelques bribes de leurs conversations :

     » – Tu as vu, ce soir, au JT de 20 h, ces retraités qui manifestent?

    La bonne femme gagnait 2600 euros par mois et elle est obligée d’arrêter son abonnement Internet, car elle ne peut plus s’en sortir. Un autre 3000 euros par mois et il se plaint, le pauvre, car son pouvoir d’achat baisse.

    – Mais dis-moi, les autres que ne passent pas à la télé et qui gagnent moins de 900 euros par mois, ils font comment? »

    Je n’ai pas entendu la réponse de l’interlocuteur…Un homme tout emmitouflé passait en toussant, un livre à la main :

    « Le problème de Spinoza ».

    On pense au monde B du rationalisme appelé ainsi par Paul Feyerabend : un cosmos pauvre, maigre, inadéquat, et abstrait

    Quant au monde A, ouvert, respirant et vivant, cher à Kenneth White, où le trouver, bonnes gens?

    Dans la différance derridienne?

    En tout cas, en ce présent billet et les commentaires qui suivent, la lettre s’est perdue en Grande-Grèce…et ailleurs.

    Par hasard.

    Bonne nuit

    Garo

    Donné le premier février deux mille dix-neuf.

    Trente-six ans plus tôt, jour pour jour, Alain Aspect soutenait sa thèse de doctorat.

  6. Merci Roxane d’avoir fait suivre mon essai à M. Nicolescu.
    Puisque il a répondu, je lui ai envoyé un petit mail de remerciement.

  7. Cela tombe à point nommé!

    Trente-six ans après une soutenance de tête, un bel anniversaire pour lui en faire voir trente-six chandelles,

    à notre retraité d’un institut d’utilité publique.

    Je viens de recevoir la lettre de mon ami croquant qui m’autorise à la porter à votre connaissance.

    Une lettre adressée, ce jour, vigile de chandeleur, à Monsieur Alain Aspect.

    Est-il bien raisonnable et opportun de vous la livrer in extenso en cet espace de libre expression?

    J’ai réfléchi à la question et, tout compte fait, je me risque à vous servir ce plat original sur la table des connaissances.

    Après tout, science, culture et société peuvent faire une couverture avec un dessin d’artiste au milieu et l’esprit sera sauf!

    Autant dire qu’un tel plat ne manque pas de sel, chers commensaux, alors daignez, je vous prie, accepter le service :

     » A l’attention de Monsieur Alain Aspect

    Par l’aimable entremise de Monsieur le Président de L’ENS Paris-Saclay

    Bonjour Monsieur Aspect!

    J’ai conservé dans un bonheur-du-jour votre lettre manuscrite de septembre mil neuf cent quatre-vingt-deux, accompagnée d’un numéro de « Sciences et avenir » où sur la couverture Albert Einstein tire la langue; numéro contenant un article de François de Closets sur votre expérience au laboratoire d’optique d’Orsay (Monsieur de Closets, auteur d’un autre article paru dans la revue de mon ami Régis Debray « Médium » où il parle du savant susmentionné, célèbre par malentendu).

    Je tiens à vous dire que le contenu de votre lettre m’a bien aidé, ne serait-ce que pour répondre ou interpeller sereinement certains orateurs, conférenciers habiles et faiseurs de livres.

    Brisons là.

    Il y a trente-six ans, jour pour jour, vous souteniez votre thèse de doctorat. Depuis, vous avez connu les honneurs et obtenu moult récompenses.

    Vous êtes devenu une célébrité. Cependant, comme l’écrivait Monsieur Bernard d’Espagnat dans son Traité de physique et de philosophie votre expérience reste une quête…

    Une quête qui ne peut totalement vous couper de vos racines paysannes, cher Monsieur.

    A l’heure où la langue tire la science, comme aime à le dire et l’écrire votre collègue Monsieur Lévy-Leblond qui pose la question du but ou de l’utilité d’icelle : « La culture scientifique, pourquoi faire? » (Le pourquoi en un seul mot est une reproduction fidèle), pourriez-vous me dire si vous considérez la vie plus belle, sachant que les gens de mon espèce sociale qui sont, comme vous, en retraite, subissent de plein fouet les inégalités, en essayant de survivre avec des pensions de misère?

    J’attends votre réponse que je lirai avec la plus grande attention, croyez-moi!

    Pour vous remercier de votre bénévolente écoute, je vous joins un aperçu de mes quelques robes au bain dans les herbages d’Intermezzo

    Je vous prie d’agréer, Monsieur Aspect, la vive expression de mes meilleures salutations paysannes

    Et bonne chandeleur!

    Fin de citation

    Peut-être que de très honnêtes et braves gens dans leur villégiature à la campagne, liront ces quelques lignes et qu’en ces temps de débat grand ou petit, il n’est pas dit que ces « oh » d’indignation à l’intérieur des terres, ne les incitent à réagir en dépassant le « mur d’argent « , qui sait?

    A la lumière de la flamme d’une chandelle, écrire un mot d’élévation, peut-être!

    Mais ça…reste à voir!

    Votre servante

    Roxane

  8. Bonjour!

    Alors vraiment, chère Roxane, pour m’être régalé avec votre plat du jour à la sauce « quantique » : la lettre pimentée de votre croquant à Alain Aspect, le « Directeur aux trente-six thèses », vous me voyez obligé de faire le murpour venir vous dire ces quelques mots dans l’arrière-cuisine, en espérant en finir avec ce jeu de cache-cache et, peut-être, soulever un pan du voile
    et voir ce qui se dissimule derrière tel ou tel, palsambleu!
    Vous savez, cette épistole à l’universitaire retraité, considéré comme un héros national, voire mondial, n’a rien d’exceptionnelle.
    Pour l’anniversaire de sa soutenance de thèse, déjà trente-six ans, il a dû en recevoir des lettres de plus d’un paysan de
    France et de Navarre, vous savez!
    Le contenu de l’épître de votre ami me fait penser à quelques mots mis en exergue d’un chapitre sur « la mécanique quantique ou l’énigmatique clarté » et signés par
    Étienne Klein :
    « (…) une question n’est vraiment une bonne question que si elle est plus juste que toute réponse qu’on lui connaît. »

    On est bien d’accord avec votre correspondant, ce croquant aventurier qui dénonce les inégalités sociales et bien entendu on compatit.

    On le sait parfaitement, une retraite d’universitaire n’est pas une retraite de paysan. Que peut y faire, ce cher Alain Aspect, ma bonne dame?
    Mais peut-être faudrait-il dépasser ce mur des lamentations et interroger autrement les universitaires qui ne sont pas des législateurs.
    Dans le cas de l’éclaireur retraité susmentionné, on pourrait peut-être s’interroger sur l’utilité de la propriété étrange de la physique quantique, que « certains appellent la non-localité et que d’autres préfèrent appeler le holisme » (Dixit Alain Aspect). Et si dans quelques cénacles ou aréopages de gens très ouverts on parle de révolution culturelle, « le cantique des quantiques » à la main, quid de ladite révolution si elle ne peut toucher aux injustices sociales et si elle est incapable de promouvoir par la passerelle du savoir, une politique du partage et d’équilibre?

    On a tous en tête les mots de ces universitaires de France et d’outre-Atlantique, déclarant ex cathedra :

    « Quelques esprits chagrins pourraient se désintéresser de toutes les nouveautés et nous exhorter à rester le nez figé au ras du sol, ne comprenant pas combien les découvertes venues de l’espace nous concernent au premier chef (…) la science n’est pas une somme de connaissances figées répétées sans la moindre remise en cause, mais qu’elle est un cheminement continu de découvertes (…)

    La Nouvelle frontière n’est plus à l’ouest, mais dans l’espace! Les siècles à venir seront spatiaux ou ne seront pas!  » Ainsi parlaient ces universitaires, auteurs de « Terres d’ailleurs »

    Très bien, Messieurs! Votre complainte est entendue mais souffrez que les applaudissements de vos ingénieurs s’embrassant devant leurs écrans quand la fusée décolle ou atteint sa cible, à grands coups de milliards d’euros ou de dollars, ne changent pas la vie très dure, souvent insupportable, des millions de gens qui crèvent au ras des pâquerettes, des gens, comme vous, citoyens, administrés et contribuables.

    Des gens qui n’ont pas votre train de vie, et vous le savez ou devriez le savoir pertinemment!

    Bien sûr, vous nous objecterez que vous n’envoyez pas là-haut un beau petit jeune homme uniquement pour faire pipi dans sa capsule, et que c’est pour le bien de la science et de l’humanité que nous devons explorer au delà de notre système solaire, à la recherche de la vie dans l’univers!

    Vous pouvez à distance, à l’heure du journal télévisé, tenir de tels propos aux élèves des classes de la République qui rêvent de devenir cosmonaute ou footballeur professionnel et, bien sûr, ils vous entendront!

    Vous pouvez aussi, au café de Flore ou chez Lasserre, entre savants et ingénieurs dans le coup, vanter les mérites de la technologie du futur.

    Pourquoi pas? Vous ne risquerez ni peu ni prou d’être contredits. et votre brillante carrière assurée. Mais dites-moi, jamais vous n’oserez parler ainsi face à des ruraux, qui sont au bout du rouleau et qui n’ont pas un sou à la fin du mois pour donner à manger à leurs enfants, tant ils ont de la peine à payer partout! Pensez aux millions de gens au pays de France dont les revenus sont en dessous du seuil de pauvreté (Voyez le nombre effarant de suicides en milieu agricole, par exemple), qui vivent dans une misère que vous n’imaginez même pas dans vos salons dorés… Quelles seraient leurs réactions en vous écoutant faire l’apologie de votre « Ariane » adorée, qui nous coûte si cher?

    Il y a une réponse que Jean Ferrat avait un jour donnée, à peu près en ces termes :

    « Une civilisation technicienne qui envoie les hommes sur la lune et où leurs filles ne savent même pas faire la soupe, est une civilisation qui va droit dans le mur, à sa perte »

    Une réponse de gens qui n’en peuvent plus serait sans doute moins poétique et certainement très différente.

    Un jour de l’an de grâce deux mille deux, j’avais donné un livre à un ami venu à ma rencontre, qui s’en est servi, afin d’écrire une référence au chapitre des « fraternités » dans son puissant et bel ouvrage sur les fonctions du religieux. Oui, donné un livre d’un moine qui a quitté la bure pour se retrouver dans un bureau à la Cité des sciences et de l’industrie La Villette. La même année, en ce lieu précis, quelqu’un qui ne présidait pas encore l’Académie Goncourt, questionnait une assemblée tout ouïe :

    « Pourquoi demain, la mine pâlotte, m’abîmerai-je dans les réflexions amères d’un billettiste lugubre? Suis-je l’esclave de mes neurones ou le maître de mon ciboulot? Le cerveau? Quèsaco?Est-il du ris d’homme? Un tricot de subtiles synapses? Une sorte de servomoteur?

    Les harfangs des neiges, les pinsons, les pipits, les rouges-gorges ne se sont jamais posé une seule question aussi fute-fute.

    Comme nous serions babas, cependant, d’entendre un âne, entre deux hi-han, braire : « Eurêka! Je pense, donc je suis! »

    L’ami écrivain a quitté la prestigieuse Académie…et les mots du maître courent encore dans les rues et les herbages.

    Avec et sans fusées – celles du technicien et celles du poète – dans l’expansion des choses infinies, nous l’attendons toujours…la délivrance.

    Garo

  9. Bonjour!

    Vos mots nous égaient et courent dans les rues et les herbages et c’est bien ainsi!

    Seulement, sous votre arbre, vous parlez à des morts, un tombeau vide, le néant.

    Messieurs Brahic et Bradford, les auteurs de « Terres d’ailleurs » ne sont plus là pour les lire et les écouter.

    Ils ont quitté ce monde.

    A moins qu’iceux nous parlent par votre entremise…En tel cas, nous sommes sur une sacrée corde raide et il nous faudra

    toute la transparence de Jean Clair qui en connaît un rayon en matière de dialogue et de beauté, et la science d’un médiologue, tel Régis Debray qui dirige la revue « Médium » et honore les funambules, pour ne pont tomber dans l’abîme.

    Bonne après-midi autour de bonnes crêpes.

    Jacques

  10. L’abîme du désespoir, Jacques ?

    Mais la mort, elle commence et finit dans le désespoir.
    Pardon : la mort spirituelle, j’entends, parce que la mort des corps est encore plus fréquente. Il y a aussi d’autres genres de transformation tellement éloignées du regard anthropocentrique qu’on ne les qualifie pas de morts.

    Ceci dit, je conçois que la vie spirituelle soit mortelle, et qu’elle puisse être tuée par de grands chocs vitaux. Mais cela concerne des personnes. Et qu’est-ce qu’une personne, par exemple une crevette, pour nous qui la mangeons, ou pour le principe spirituel qui conserve et transforme la crevette en être conscient, et qui, lui, a tout son temps et ne désespère pas ?

  11. Que vous dire, Guillaume?

    Que le nombre i dont vous connaissez les exploits, est tombé dans l’abîme, sans panache, il est vrai, laissant vide le pont là-haut?

    Autant sortir de sa poche la crevette de Francis Ponge pour nous remonter le moral, palsambleu!

    Vous avez raison, le monde des rêves prend son temps et la bergère, crevette ou inconscient, garde bien ses moutons.

    Bonne nuit

    Jacques

  12. Extrait du commentaire de Jacques (9 ème commentaire) :

    « et honore les funambules, pour ne pont tomber dans l’abîme. »

    « Pont » au lieu de point. Sans doute un coup de la crevette, palsambleu!
    Le i ou « nombre imaginaire » a donc fait le grand saut dans le vide, certes sans chapeau tombant dans l’abîme.
    Pour le reste, comme disait Montesquieu des paysans, je « ne suis pas assez savant » pour mettre les points sur les i aux sauteurs qualifiés.
    J’en resterai donc là, sous mon arbre.

    Garo

  13. Elle est bien bonne celle -là : « J’aime les paysans, ils ne sont pas assez savants pour raisonner de travers! »

    C’est effectivement de Montesquieu dans ses « Pensées diverses » Un auteur dont on pourrait inverser la formule, pour dire que ce n’est pas « l’esprit des lois » qui prévaut, mais « les lois de l’esprit », à toutes fins utiles pour essayer d’établir quelque pont vers l’être, selon l’hypothèse du physicien.

    Les villageois sont bien gentils et nombre d’entre eux, comme votre servante, ont déjà le tournis à peine montés dans une échelle!

    Alors d’un pont se jeter au fond de l’abîme pour y laisser son chapeau ou l’hirondelle de l’écriture, si chère à Jules Renard, c’est une autre histoire!

    Les spécialistes de la matière qui connaissent l’épreuve du saut ou les caprices de l’atome, préfèrent citer Georges Duhamel :

    « Qui a donc dit que la nature ne fait pas sauts? C’est Leibniz, peut-être. En voilà une belle sottise! »

    Un je dans le vide ou se jetant à l’eau…Jeanne serait-elle pauvre?

    Un pont pour y danser… A point nommé!

    Roxane

  14. Bonsoir!

    Dans « Le voyage de Patrice Périot » de G.Duhamel et dans la citation faite par les physiciens, s’y référant : « la nature ne fait pas de sauts », le « de » oublié dans la citation au sein de votre commentaire, Roxane, est encore un coup du hasard. Un point c’est tout.

    Garo

  15. Bonsoir!

    Mal armé peut-on descendre dans les profonds abysses?
    De la constellation du poème où le coup de dés, oncques, n’abolit le hasard, jusqu’aux eaux où nage la sirène, le voyage en simple appareil, en bathyscaphe ou en engin interplanétaire, peut-il être garanti sans accroc?
    Seuls son censés répondre, me semble-t-il, celles et ceux dont les efforts ont abouti à une théorie de l’abstraction scientifique, saine et dynamique.
    Comme on aimerait ouïr de ces nouveaux palatins quelque prophétique vérité gisant éparse dans les bruits de fond des êtres et des choses!
    Tout un art…poétique, sans doute!

    Jacques

  16. Je ne suis point d’iceux, mon bon sonneur.
    Mais j’aimerais, comme vous, les entendre avec la voix du cor, si les âmes des chevaliers du ciel reviennent encore!
    Je sais qu’ils sont…

    Garo

  17. Pour le 19 ème trou, puisque le temps presse, autant décrocher le téléphone de Monsieur Gaston et d’écouter à l’unisson le vide du son ;

    « Gaston y’a le téléfon qui son
    Et y’a jamais person qui n’y répon »

    Elle n’est pas belle, la chanson?

    Roxane

  18. Bonjour,
    Notre association ADERAMUS (Association pour le développement et le rayonnement des musées de Sens ) organise le 11 mai une manifestation au cours de laquelle nous voudrions rendre hommage à Baptiste-Marrey donateur majeur du Musée.
    Abonné de longue date à votre blog, j’ai pu lire l’article que vous lui avez consacré; article très émouvant et exceptionnel sur ce bienfaiteur. J’ai informé notre Présidente de votre article et elle serait heureuse de vous voir participer à cet événement.
    Nous serions honorés si vous acceptiez de vous joindre à nous pour cette manifestation.
    Vous pouvez me joindre avec mon mail: jfriloux@aderamus.fr
    Ou par téléphone au 06 09 14 20 06.
    Bien à vous.
    FRILOUX Jean-Claude

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