Mes romans (4) : La discorde céleste

La discorde céleste : Kepler et le trésor de Tycho Brahé (Les Bâtisseurs du ciel, tome 2)

EDITION ORIGINALE

514 pages, JC Lattès, Paris, 2008 – ISBN 978-2709625678

couvDiscordeTycho Brahé, Johann Kepler… tout les opposait : l’âge, la naissance, la fortune, le caractère, jusqu’à leur apparence physique. Le premier, un lion, est né au Danemark ; de ses ancêtres vikings, il a gardé le cheveu flamboyant, la gloutonnerie d’un ogre, la violence barbare, prête à éclater à la moindre occasion. L’autre, un renard, est né vingt-cinq ans plus tard, en 1571, dans une misérable auberge en Forêt-Noire ; son visage est grêlé par la vérole, mangeant peu, buvant moins encore et ne riant jamais. L’un avec sa fortune va bâtir le plus grand observatoire de tous les temps sur l’île de Venusia et devient le despote du royaume d’Uranie – il accumule comme un maniaque des milliers d’observations célestes. L’ autre, frémissant d’une sorte de fièvre qui avait pour nom  » révolte « , rusant avec les puissants, courant les universités et les palais, révèle des capacités prodigieuses de penseur et de calculateur… jusqu’â la rencontre entre les deux hommes : un choc violent, passionnel, presque cruel. De ce duel sortit pourtant un grand vainqueur : la vérité sur l’Univers.
Après Le Secret de Copernic, et avec ce nouveau volume de la série Les Bâtisseurs du ciel, Jean-Pierre Luminet, astrophysicien, romancier et poète, fait revivre l’affrontement de ces deux génies qui va changer la vision du monde.

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EDITION DE POCHE

Livre de poche LGF, Paris, 2009 – ISBN

discordepocheTycho Brahé, Johann Kepler… tout les opposait : l’âge, la naissance, la fortune, le caractère, jusqu’à leur apparence physique. Le premier, un lion, est né au Danemark ; de ses ancêtres vikings, il a gardé le cheveu flamboyant, la gloutonnerie d’un ogre, la violence barbare, prête à éclater à la moindre occasion. L’autre, un renard, est né vingt-cinq ans plus tard, en 1571, dans une misérable auberge en Forêt-Noire ; son visage est grêlé par la vérole, mangeant peu, buvant moins encore et ne riant jamais. L’un avec sa fortune va bâtir le plus grand observatoire de tous les temps sur l’île de Venusia et devient le despote du royaume d’Uranie – il accumule comme un maniaque des milliers d’observations célestes. L’ autre, frémissant d’une sorte de fièvre qui avait pour nom  » révolte « , rusant avec les puissants, courant les universités et les palais, révèle des capacités prodigieuses de penseur et de calculateur… jusqu’â la rencontre entre les deux hommes : un choc violent, passionnel, presque cruel. De ce duel sortit pourtant un grand vainqueur : la vérité sur l’Univers.

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TRADUCTIONS

tesoroEl tesoro de Kepler (traduction espagnole)

Ediciones B, Barcelona, 2009 – ISBN 9788466640213

Tycho Brahe y Johann Kepler diferían en todo: la cuna, la fortuna, el carácter e incluso su aspecto físico. Difícil imaginar dos personajes m‡s opuestos! Y sin embargo, el azar se encarga de propiciar un encuentro entre los dos que, además de pasional y violento, resulta ser casi cruel. De este duelo emerge un único vencedor: la gran verdad acerca del universo.

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EXTRAIT

Tycho avait assisté, l’après-midi, en compagnie de l’empereur et d’une bonne partie de la cour, à la première dissection en public d’un cadavre humain, par son ami le doyen de la faculté de médecine de Prague : le professeur Jessenius. A la fin de la leçon d’anatomie, Rodolphe, en proie à une profonde mélancolie, avait désiré s’isoler au lieu de débattre de cette séance avec l’aréopage de savants et d’artistes qui l’entourait toujours. Kepler, trop sensible, avait dû quitter l’amphithéâtre au premier coup de scalpel. Or, c’était avec lui que Tycho aurait aimé philosopher sur le sujet. Depuis le retour de son assistant, un mois après le mariage très discret d’Elisabeth et de Tengnagel, il ne pouvait plus se passer de lui, goûtant sa conversation plus que tout au monde, d’accord sur tout, sauf bien sûr l’héliocentrisme, auquel il résistait farouchement. Il arrivait à l’improviste dans l’appartement de Johann, s’invitait à table, couvrait Barbara et Régine de cadeaux et d’attentions, veillant à ce qu’elles ne manquent de rien. Et quand l’empereur le convoquait, ce qui arrivait de plus en plus souvent, il forçait Kepler à l’accompagner, malgré le peu de goût que celui-ci avait pour le cérémonial.

L’amphithéâtre se vidait. On n’osait se regarder, comme si on avait participé à un crime ou à une orgie. Le cadavre disséqué avait été emporté, mais des traces de sang et quelques viscères maculaient encore le dallage. Machinalement, Tycho répondait aux saluts que chacun lui faisait en silence. On se serait cru à des funérailles. Tengnagel s’approcha de lui.

— Ne crois-tu pas que tu ferais mieux d’être aux côtés de ma fille, lui dit-il sans aménité, alors qu’elle peut accoucher d’un moment à l’autre ? Mais tu t’en fiches, hein, maintenant que tu as obtenu ce que tu voulais de moi ! Disparais de ma vue.

Son gendre ne se le fit pas dire deux fois. Tycho sortit à son tour de l’amphithéâtre. Il n’avait aucune envie de rentrer au palais Curtius affronter cette famille qui l’avait trahi. Dans le couloir, deux hommes bavardaient avec animation. Il connaissait le baron Rosenberg et le conseiller Minkowitz, deux proches de l’empereur, qui encourageaient Rodolphe à soutenir sans compter les arts et la philosophie, l’appelant nouvel Auguste et nouveau Mécène. Ils avaient contribué à l’obtention de la considérable pension dont Tycho jouissait. Il ne comprenait d’ailleurs pas très bien pourquoi ces gens qui ne s’intéressaient pas aux choses du savoir l’avaient soutenu. Mais qu’importait ! C’était de joyeux compagnons qui sauraient le sortir de sa morosité.

La résidence du baron Rosenberg étant à deux pas de la faculté de médecine, c’est là qu’ils choisirent de faire leurs agapes. Naturellement la conversation tourna autour de la leçon d’anatomie. Et plus leur ivresse avançait, plus leur propos tombaient dans la scatologie la plus macabre. Le jeu était de couper l’appétit et d’augmenter la soif des deux autres convives.

— Seigneur Tycho, bafouilla le conseiller impérial Minkowitz, vous qui savez tant de choses, croyez-vous que les rouleaux de boudins que nous avons dans le ventre sont plus longs chez ceux qui ont le plus d’appétit ?

— C’est vraisemblable, répondit Tycho en se tapant sur la panse, et mes intestins, mes boudins comme vous dites, doivent mesurer au bas mot cent coudées.

— Si c’est le cas, intervint le baron, vous devez produire des merdes considérables.

— Ça, ce n’est pas si sûr ! Les deux chiens que m’avait offerts le roi d’Ecosse, et qui vient d’être couronné roi d’Angleterre sous le nom de Jacques Ier, étaient des molosses. Mais Pollux, la femelle, faisait d’énormes crottes, tandis que Castor, le mâle, n’en faisait que de ridiculement petites.

— Pollux ? Drôle de nom pour une chienne ! Ce serait donc une question de sexe ?

— Peut-être. J’ai marché l’autre fois dans la merde d’une levrette de Sa Majesté. Eh bien, croyez-moi, messieurs, la mer Noire, en comparaison, n’est jamais qu’un canal de Benatky !

Le baron Rosenberg s’esclaffa en se tapant les mains sur les cuisses. Le conseiller Minkowitz, perplexe, continuait sa pensée :

— Mais alors, si vos tripes sont plus grosses et plus longues que les autres, non seulement votre contenance est plus grande que celle de la plupart des humains, mais votre temps de continence également. Contenance, continence, c’est amusant, n’est-ce pas ? Ah, ah ! Contenance, continence !

— Je vais vous le prouver, monsieur le conseiller. Abandonnons ce tokay, qui ne convient qu’aux femmelettes et aux Italiens. Je vous parie, messieurs, une coucherie avec ma fille Cécile contre un tonneau de vin français, que je peux boire coup sur coup six pintes de bonne bière de mon ami Scultetus, et que je reste ensuite une heure en contenant mon eau !

— Six pintes ? Une heure sans pisser ? C’est impossible ! s’exclama le baron. Vous allez éclater ! Je m’y refuse.

— Pourquoi, grinça Tycho, ma chaste Cécile ne vous convient-elle pas ? Les préférez-vous un peu plus expérimentées, comme Sophie la sage ? Elisabeth n’est pas disponible actuellement, à moins que la leçon d’anatomie vous ait donné des idées d’aller de votre instrument explorer le ventre d’une parturiente ! Mais j’ai mieux encore ! Faute de Cythère, que diriez-vous d’un voyage à Lesbos ? Mon aînée Madeleine vous y conviera. Désolé, monsieur le baron, de ne pouvoir vous offrir ma femme. Une paysanne encore crottée… D’ailleurs, elle ne vaut rien dans le déduit. Croyez-moi, je sais de quoi je parle.

Il se leva de sa chaise en vacillant et hurla vers le plafond :

— Seigneur, Seigneur ! Quel crime ais-je commis pour que Tu me dotes d’une telle lignée de barbares ?

Puis il s’effondra, la tête entre ses bras croisés et se mit à sangloter. Jugeant qu’il était temps de faire partir ses invités, le baron Rosenberg vint lui tapoter l’épaule :

— La journée à été éprouvante, cher ami, allons nous reposer.

Tycho se redressa, le nez de travers, frappa du poing contre la table et lança :

— Ah non ! Je vous ai lancé un défi, je le tiendrai. Six pintes, une heure sans pisser.

Deux laquais roulèrent un tonneau qu’il dressèrent devant Tycho. Il refusa les grosses chopes en faïence aux délicats dessins bleus pour en choisir une en étain, car son père, expliqua-t-il, n’utilisait que cela. Il en arracha le couvercle, qui l’aurait gêné. La salle s’était remplie de la domesticité du baron venue assister à l’exploit. Il ne laissa le soin à personne de remplir la chope, la tenant en biais sous le robinet pour qu’il y ait le moins de mousse possible. Durant un long moment, son visage disparut presque derrière le récipient. Ne bougeaient que ses joues et son double menton. Il reposa la chope en poussant un gros soupir. Sa moustache rousse était ourlée de neige. Il renouvela l’opération cinq autre fois. Enfin, sous les applaudissements, il se rejeta au fond de son siège en soufflant. Le conseiller Minkowitz regarda l’horloge et annonça qu’il était huit heures trente.

— Trente-deux, précisa Tycho. Si nous soupions ? Cet exercice m’a donné faim.

Ils soupèrent donc, et copieusement. Tycho ne but que du vin rouge, expliquant doctement que c’était la moins diurétique des boissons. Les deux autres émirent de petits sifflements qui se voulaient d’admiration, mais qui ressemblaient plutôt au murmure d’une fontaine. Tycho ne fut pas dupe :

— On ne triche pas, messieurs. Veuillez arrêter ces bruits incitatifs.

Ils se goinfrèrent pendant une heure. Puis, par défi, Tycho attendit encore cinq minutes avant de se diriger vers le laquais porteur d’un seau d’aisance. Rien ne vint. Tycho se mit à siffler, les autres l’imitèrent, de sorte que la maison du baron Rosenberg finit par ressembler à une volière. Il se sentait ballonné, une vague douleur lui pesait dans les reins. Il décida de rentrer seul, à pied, par les jardins, estimant que cette belle nuit d’octobre lui ferait le plus grand bien.

— Et puis, ajouta-t-il, un sycomore ou quelque autre essence rapportée des Indes inspireront ma vessie. Adieu, messieurs.

La voûte céleste était nette de tout nuage. Elle étincelait de toutes ses étoiles. L’ivresse de Tycho se dissipa d’un coup. Il se morigéna de perdre son temps à des jeux stupides avec des imbéciles, alors que sa place était là-haut, dans son observatoire. Son envie d’uriner devenait douloureuse. Faute de sycomore, il essaya sous un orme. En vain. Il songea que la Lune était en conjonction avec Saturne. La façade du palais Curtius était plongée dans l’obscurité. Seule la fenêtre de l’appartement de Kepler était éclairée. Tycho se dit en souriant que son assistant était en train de se colleter avec Mars. Il monta avec peine les marches du perron en se tenant à la rampe, et s’aperçut qu’il avait oublié le bâton d’Euclide chez le baron. Jamais ça ne lui était arrivé auparavant. Il eut peur. C’était un signe. Il allait mourir.

— A moi, au secours, n’y a-t-il donc personne ici pour me servir ?

Le concierge apparut en haut du perron, un chandelier à la main. Il avait l’habitude de voir son maître dans cet état, aussi le prit-il sous son bras et l’entraîna jusqu’à sa chambre. Quand il l’eut couché, cet excellent serviteur estima qu’il pouvait en faire de même, remettant à demain l’ordre que Tycho lui avait bredouillé plusieurs fois alors qu’il le hissait jusqu’à son lit, d’aller chercher sa canne chez le baron Rosenberg. Il s’en allait fermer les portes du palais avec le sentiment du devoir accompli, quand il entendit hurler :

— Du sang ! Je pisse du sang ! Un médecin, vite !

Le concierge revint précipitamment dans la chambre pour contempler le pitoyable spectacle d’un Tycho sans nez, nu et debout devant le vase de nuit. Poussé par la curiosité, le concierge regarda le fond du vase. Il y avait effectivement un filament rosâtre au centre d’une minuscule flaque d’urine.

Dix minutes après, toute la famille fut à son chevet. On finit par trouver dans la ville basse un médecin des pauvres qui, très fier d’avoir à soigner un aussi haut personnage, le purgea et le saigna d’abondance. Tycho ne put fermer l’œil de la nuit, tant les douleurs qu’il ressentait dans la vessie étaient atroces.

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Statue de Tycho Brahe et Johann Kepler à Prague
Statue de Tycho Brahe et Johann Kepler à Prague

DOSSIER DE PRESSE

 

Robert Solé, Le Monde des Livres, 27 mars 2008

Le jeu de mots est un peu facile, et sans doute a-t-il été fait cent fois, mais comment y résister ? L’astrophysicien Jean-Pierre Luminet est vraiment… lumineux. Il n’a pas volé le Prix européen du meilleur communicant scientifique, qui vient de lui être décerné. C’est cependant le romancier qui nous intéresse ici. Après Le Secret de Copernic (J.-C. Lattès, 2006), premier volume de sa série « Les Bâtisseurs du ciel« , qui en comptera quatre au total, le directeur de l’Observatoire de Meudon met en scène, cette fois, le duel entre deux géants, Tycho Brahé et Johann Kepler. Deux hommes que tout opposait, dont les travaux conjugués ont enterré définitivement la cosmologie d’Aristote pour permettre ensuite à Newton d’expliquer la mécanique céleste par la loi d’attraction universelle.
Jean-Pierre Luminet, 56 ans, spécialiste du Big Bang, a été le premier à calculer l’apparence visuelle des trous noirs, ces énormes concentrations de matière et d’énergie qui bouleversent les notions d’espace et de temps. Il ne faut pas l’imaginer l’oeil rivé sur un télescope. Ce directeur de recherches au CNRS travaille dans l’abstraction, pour construire des modèles théoriques. Il ne passe pas son temps à observer l’Univers, mais à l’imaginer tel qu’il pourrait être. « L’Univers, dit-il, est un roman. » On comprend mieux dès lors son attirance pour la fiction. « Alexandre Dumas, remarque-t-il, a raconté l’histoire de France en romans. Pourquoi ne raconterait-on pas de la même façon l’histoire des sciences ? »
Il ne s’agit pas de vulgarisation, mais de littérature. Auteur de savants ouvrages scientifiques, Jean-Pierre Luminet est également pianiste, dessinateur, graveur, poète… et romancier.
« Les beaux-arts, dit-il, n’ont pas le monopole de l’émotion. La science fait partie intégrante de la culture. Je n’ai jamais accepté de les séparer. Ce clivage n’existait d’ailleurs pas à l’époque où évoluaient mes personnages. Le caractère exceptionnel de leurs découvertes n’est pas étranger au climat d’effervescence dans lequel ils vivaient, au temps de la Réforme. »
Sacré climat, en effet ! Fils de la grande noblesse danoise, Tycho Brahé (1546-1601) se fait arracher le nez au cours d’un duel. Après avoir eu l’impudence d’exiger la main de la fille de son souverain, il épouse une paysanne et construit un incroyable palais baroque, qui sera le premier observatoire européen. Mais le véritable génie, c’est Johann Kepler (1571-1630), un autre personnage haut en couleur, né dans une misérable famille du Wurtemberg, qui va s’appuyer sur les travaux de Brahe pour découvrir la nature elliptique des trajectoires planétaires.
Pour retracer les vies croisées de Brahé et Kepler, Jean-Pierre Luminet disposait d’une abondante documentation, bien supérieure à celle qui existe sur Copernic. Pas une seule note dans ce roman, mais une introduction et, à la fin du livre, de brèves notices sur les principaux personnages cités pour permettre aux lecteurs de comparer fiction et réalité. Etait-il nécessaire de recourir à un narrateur fictif ? Cela se discute. Plus original est le bâton d’Euclide, élément romanesque inventé, que se transmettent comme un passage de témoin les héros de cette prodigieuse aventure scientifique, étalée sur cent cinquante ans.
« Le savoir n’est jamais séparé de l’émotion », assure Jean-Pierre Luminet. Et il le démontre avec brio. La Discorde céleste est un roman de chair et de sang, qui ne s’égare pas dans les nuages.
Essais, romans, poésies… Dans ses ouvrages scientifiques, l’astrophysicien utilise beaucoup de métaphores. Il est l’inventeur de la « crêpe stellaire flambée » pour désigner les étoiles qui, s’étant approchées trop près d’un trou noir, s’aplatissent, rebondissent et explosent. La structure complexe de son livre le plus fameux, L’Univers chiffonné (Fayard, 2001) – autre métaphore – avait dérouté certains lecteurs, alors qu’elle correspondait à la nature du sujet. A l’inverse, dans ses romans, s’expriment toute la précision et la clarté du scientifique : la structure est linéaire et l’écriture classique. Aucun flash-back, notamment, dans La Discorde céleste.
Quant aux poèmes de Jean-Pierre Luminet, ils n’ont rien à voir avec les planètes et les étoiles : c’est « une poésie du cosmos intérieur ». L’astrophysicien prend plaisir à passer d’un genre d’écriture à l’autre. Mais, finalement, il ne s’éloigne jamais de sa passion : « l’espace-temps ».

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E.Guyon, Vient de Paraître n°32

Ce roman – scientifique – dans la mesure où il nous fait parcourir la vie et la rencontre de deux géants de l’astronomie est le second écrit de l’astrophysicien J.-P. Luminet d’une série « Les bâtisseurs du ciel ». Un premier volume, publié il y a deux ans, était consacré à Nicolas Copernic qui vécut entre 1473 et 1543 et que l’on peut considérer comme le père de l’héliocentrisme. Mais l’oeuvre éditée de Copernic – son De revolutionibus – ne fut pas comprise de son vivant et il faudra attendre la venue de deux nouveaux savants considérables, le Danois Tycho Brahé (1546-1601) et l’Allemand Johan Kepler (1571-1630) pour reprendre et développer cette première oeuvre monumentale. Le roman – il s’agit bien de cela – de Luminet, tout en forçant les traits de ces deux personnages que tout oppose, nous raconte deux histoires parallèles qui conduisent à une rencontre historique où Kepler utilisera les données astronomiques de Tycho Brahé pour élaborer une véritable révolution au départ des lois de la gravitation par l’Anglais Isaac Newton (1642-1727). En particulier, Kepler introduit la notion de trajectoires elliptiques des planètes, autre étape majeure de l’astronomie. Tout oppose donc dans ce roman ces deux personnages. Tycho Brahé appartient à la plus ancienne noblesse du Danemark. Il est fortuné, bon vivant, truculent et souvent brutal. Il utilise sa fortune et ses relations pour se faire construire un observatoire très moderne à Uraniborg dans l’île de Hven. Il y accueille de nombreux collaborateurs et y fait école. La découverte d’une étoile nouvelle en 1572 est une étape importante dans l’astronomie stellaire. Au contraire, Kepler est issu d’une famille misérable. Il est lui-même malingre et vit sobrement. Sa vie sera marquée par les difficultés dues à la religion réformée à laquelle il reste fidèle malgré un contexte très souvent hostile. Sa formation avec un maître remarquable, Michael Maestlin, le fait renoncer à sa vocation ecclésiastique. Enseignant de mathématiques, il rendra compte des observations de Tycho Brahé dont il fera la connaissance, alors qu’il était déjà un copernicien convaincu, à l’occasion d’une rencontre passionnelle qui est le temps fort de ce roman. Si l’on connaît l’aventure scientifique de ces deux géants de l’astronomie, Luminet nous la restitue dans un conte où, à côté d’une cinquantaine de personnages historiques dont la biographie nous est rappelée, il nous fait vivre le quotidien de toute une époque. Luminet écrit très bien et ce livre ne ressemble pas aux traités de culture scientifique dont nous faisons habituellement la critique. Il s’agit d’un genre littéraire où il excelle et qui lui a valu récemment un des trois prix de la Communauté européenne pour la communication scientifique en mars 2008. Une raison de plus pour acquérir ce roman à coup d’équations et de télescopes et d’une canne d’Euclide au lieu de capes et d’épées !

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J.-O. Baruch, La Recherche.

L’Europe occidentale, au tournant du XVIIe siècle, est écartelée. Entre catholiques et luthériens. Entre cartésiens et aristotéliciens. Entre partisans de Copernic, qui revendiquent un système solaire centré sur le Soleil et ceux de Ptolémée, qui soutiennent l’immobilité de la Terre.
Au coeur de cette Europe en gestation, deux astronomes vont symboliser ces déchirements : le Danois Tycho Brahé et l’Allemand Johann Kepler. Tout les oppose. Le premier est issu d’une grande famille riche et puissante, le second est le fils aîné de misérables aubergistes. Le premier est féru d’observation, accumulant toute sa vie d’innombrables mesures stellaires et planétaires. Le second est myope, mais c’est un calculateur et un penseur de génie. Le premier bâtit un observatoire à sa démesure, le second construit un nouveau système du monde. Mais tous les deux se retrouvent exilés à Prague et tous les deux participent à l’émancipation des dogmes aristotéliciens. Le premier en annonçant que le monde stellaire n’est pas figé puisqu’il y a découvert une étoile nouvelle, le second en découvrant la nature elliptique, et non pas circulaire, des orbites planétaires.
L’astrophysicien Jean-Pierre Luminet publie le deuxième tome de sa série de romans « les bâtisseurs du ciel ». Tirant les leçons des critiques concernant Le Secret de Copernic, il prend soin de préciser qu’il a écrit une fiction, et livre de brèves biographies des personnages réels qu’il fait intervenir. Nul doute que, dans le combat qui oppose les deux protagonistes, J.-P. Luminet, qui vient de recevoir le prix Descartes de « meilleur communicateur de la science » décerné par la Commission européenne, prend parti pour Kepler, dont la recherche ressemble à sa propre quête. Comme Kepler, le spécialiste des trous noirs et de l’Univers chiffonné cherche l’espace derrière les objets, la structure du Cosmos derrière les lumières du monde. Et à travers les mésaventures de ses deux héros, il montre, en instruisant et divertissant, que c’est en alliant théorie et observations que la science avance.

TychoG
Tycho donne une leçon d’astronomie à l’empereur Rodolphe

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