Cosmos et Beauté (1/3)

Illuminations célestes

Communication  donnée en 2013 lors du colloque intitulé « Emergence du sens de la beauté »

COUV-Illuminations-72dpiAvec pareil titre, l’auditoire pourrait s’attendre à ce que l’astrophysicien montre et parle de la beauté indéniable du ciel étoilé. Il est vrai que  les télescopes modernes nous offrent des images du ciel d’une beauté à couper le souffle. Pour moi cependant,  la vraie beauté de l’univers réside essentiellement ailleurs. Dans l’ouvrage éponyme que j’ai publié en 2011 et sous-titré « cosmos et esthétique », je développe l’idée que la beauté apparente de l’univers visible ne représente qu’une infime fraction de ce que l’on peut considérer comme étant la vraie « beauté du réel ».

Je commencerai par commenter le titre générique de ce colloque, « émergence du sens de la beauté ». A mes yeux, ces trois termes d’émergence, de sens et de beauté, sont en eux-mêmes « beaux ». L’émergence est un concept devenu fondamental dans la science du XXe siècle, qui intervient lorsque des systèmes simples interagissent en nombre suffisant pour faire apparaître un certain niveau de complexité qu’il était difficile de prévoir par l’analyse de ces systèmes pris séparément. Cette propriété se retrouve dans les domaines physiques, biologiques, écologiques, socio-économiques, linguistiques, bref dans tous les systèmes dynamiques qui comportent des rétroactions. L’une des vertus évidentes de l’émergence, c’est de formaliser en langage moderne la vague et vieille idée selon laquelle l’ensemble est plus que la somme des parties, une approche très riche qui prend le contre-pied du réductionnisme – lequel a néanmoins représenté une phase nécessaire du développement des sciences.

Le deuxième terme, « sens », est également beau parce qu’il conjugue raison et émotion. Quand on cherche un « sens » à quelque chose, on fait parler plutôt la raison : « cela a-t-il un sens ? » On y cherche une logique, une construction cohérente, ou un but, une finalité. Mais le mot « sens » est également lié aux sentiments, donc à l’émotion. Hélas, ces termes de raison et d’émotion sont souvent opposés dans l’éducation et à l’école, alors qu’il ne faudrait jamais les dissocier, car c’est leur union qui est à la base de toute créativité.

Enfin, comment nier que « la beauté est belle », même si on ne sait pas exactement la définir! Elle est belle dans son immédiateté – son « temps court » : un paysage, une image du ciel, une œuvre d’art, une femme. Mais elle est aussi belle dans son « temps long » ; la plupart des formes de beauté sont culturelles et demandent une certaine éducation pour pouvoir être appréciées comme telles (en peinture, en musique, en poésie, etc.). Certaines formes de beauté, notamment en mathématiques et en physique, sont même si techniques et spécialisées que pour les apprécier il faut posséder un solide bagage théorique.

Cordier-love la plus belle femme du monde
chimborazo
schrodinger

Quatre formes de beauté

Par ailleurs, dans la philosophie platonicienne, on trouve une assimilation de la beauté à ce qui est censé être « bon » et à ce qui est censé être « vrai ». Pour les sciences physiques, on peut y ajouter les notions de simplicité, d’utilité ou d’efficacité. Même si toutes ces notions sont subjectives, contingentes, dépendantes du temps, de l’espace, de l’individu et de tout un ensemble de facteurs complexes, on peut y repérer quelques caractéristiques communes en même temps que des différences subtiles. Par exemple, le Bon peut susciter un désir de possession (un bon plat, un bon investissement), mais pas toujours (une bonne action). En revanche on parle de beauté quand on jouit d’une chose pour ce qu’elle est, indépendamment du fait qu’on la possède. Cette distinction tombe bien, parce qu’en tant qu’astrophysicien je vais vous parler de l’univers, et l’univers, évidemment, on ne le possède pas …

Comment ces considérations générales peuvent-elles s’appliquer à notre perception de l’univers physique et matériel et à ses représentations ? Dans ce bref compte-rendu je me contenterai d’aborder le thème de la beauté de l’univers sous trois angles:

1/ la beauté de l’objet lui-même (univers visible) et de son contenu (étoiles, animaux, humains).

2/ la beauté de l’invisible, concept qui remonte très loin dans l’Antiquité et qui est plus que jamais confirmé par l’astrophysique moderne.

3/la beauté des concepts et des constructions mentales qui nous permettent de mieux appréhender l’univers.

 Suite ici

 

4 réflexions sur “ Cosmos et Beauté (1/3) ”

  1. Merci mille fois. Bien que n’étant pas astronome et pas davantage scientifique. Votre sujet propulse mon imaginaire et je vous en sais grè.
    Xtine

  2. Content de te retrouver cher Jean-Pierre ! On ne peut pas posséder la beauté car sa fascination et son sens tiennent au fait de ne pouvoir la posséder jamais ! Une question : qui est la jeune femme de toute beauté qui figure sur la photo ? Son regard, ce visage sont extraordinaires … Saisie sur le net ?:)

  3. C’est un livre que j’épuise dans tout les sens. Il est d’ailleurs mon livre de chevet, (en ce moment). C’est aussi une frontière poreuse qui lie agréablement l’ignorance et la connaissance. Il me donne envie d’en découvrir encore plus, de tracer mon propre chemin en direction de cette science si extraordinaire. ( le rêve est le socle de la science), et j’en fais une raison personnelle. D’autres livres à nous faire découvrir?

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