La Prise de la Bastille

Retrouvé dans mes archives. J’avais quinze ans, je me prenais pour Victor Hugo ! Et en alexandrins, s’il vous plaît …

Prise de la Bastille et arrestation du gouverneur M. de Launay, le 14 juillet 1789.
Prise de la Bastille et arrestation du gouverneur M. de Launay, le 14 juillet 1789.
La prise de la Bastille
                                               I

Les vieillards devant pour protéger les valides,
Les femmes au centre qui rechargent les fusils,
Les enfants derrière exhortant les timides,
Les hommes partout, se battant au pont-levis,

Le peuple se rue sur ses murs glacés et nus.
Du haut de ses murailles six canons menaçants
Narguent le peuple hurlant qui partout afflue
Et brandit mille piques maculées de sang.

Tout à coup la porte cède, le bois se rompt.
Les révoltés d’un seul élan se précipitent,
Une averse de boulets jaillit des canons
Et balaye les hommes dont l’union est détruite.

Mais Paris est plus fort que six canons au feu.
Bientôt ils sont renversés, saisis, éventrés,
Crachant la défaite alors qu’ils crachaient le feu.
Six tonnes d’acier contre six mille affamés !

                                          II

Le roi est à la chasse à quelques lieues de là.
Devant ses piqueurs le gibier fuit, effrayé.
Un bûcheron regarde la troupe passer,
Debout près d’un chêne que sa cognée abat.

Anxieuse dans son palais de marbre et de glace,
La reine attend son royal mari tant aimé
Et cependant si faible dans sa majesté,
Roi chargé des fautes que ses sujets amassent.

Ô roi de France, ne sais-tu pas que ton peuple
Affamé se révolte contre ta puissance
Trop absolue et qu’un violent orage gronde ?

Et toi, reine, pourquoi exècres-tu ton peuple ?
Bien que tu ne sois pas française de naissance,
Tu adoptas ce pays, plus beau dans le monde.

                                           III

Les gardes sont tués, De Launay introuvable.
La forteresse est fouillée, on cherche cet homme,
Gouverneur de la Bastille quasi imprenable
Qui pourtant n’a pas longtemps résisté en somme.

Dans ce sombre couloir un soldat s’est enfui
Loin de toutes ces tueries, et espère bien que
Ces solides murs le cacheront d’autrui
Et de l’horrible mort que le peuple détient.

Ce couard commençait à se sentir sauvé:
Il avait déjà élaboré des projets ;
La vie maintenant paraissait en lui ancrée,
Il osait croire que la lâcheté payait !

Soudain il entend le bruit d’un pas qui s’approche.
Pâle et tremblant, il reconnaît le gouverneur,
Et de quoi faire sauter toute cette roche,
Un flambeau pour faire de son trépas avancer l’heure.

                                                 IV

Comme le tigre pour faire couler le sang,
La main fatale tend son feu dessus la poudre
Afin de s’engloutir avec tout ce qui fut grand,
Afin qu’après l’orage succède la foudre.

Alors le peureux s’empare de son fusil
Puis sort de sa cachette et menace son maître,
Digne défenseur de la Bastille saisie
Qui lâche pourtant son arme en voyant le traître.

Au même instant les galeries sont envahies
Par la foule qui a enfin trouvé De Launay,
Et les deux derniers survivants ainsi surpris
S’écroulent, criblés de balles sur le pavé.

Soldat, ta lâcheté a sauvé des milliers
De ces insurgés qui t’ont tué tout à l’heure,
Car sans toi le feu eût pris et tout explosé,
La Bastille et l’impitoyable gouverneur.

                                           V

Tout était calme, la rumeur avait baissé.
Cependant l’horizon était encore en feu;
Les rayons dorés que le soleil déversait
Coulaient à flots sur les toits rouges et poudreux.

Pourtant, la Bastille n’était plus de ce monde.
Quelques-uns encore s’acharnaient sur ses ruines,
Brandissant leurs pics ; dans leur infernale ronde,
Trois corbeaux faisaient des cadavres leur cuisine,

On pouvait croire que tout était terminé,
Que le peuple satisfait s’arrêterait là
Et que la fureur d’hier n’était qu’un orage.

Encore on eût pu voir des révoltés armés
De piques ; deux têtes livides plantées là,
Dominant les leurs, les regardaient avec rage.

Jean-Pierre Luminet, 1966

 

2 réflexions sur “ La Prise de la Bastille ”

  1. Tout ça pour « délivrer » 3 faux monnayeurs, un fou dangereux et un jeune noble emprisonné pour dettes !
    C’est tout !
    Et la suite n’est pas mal non plus. Ce peuple épris de liberté va chercher un aventurier corse qui porte la guerre dans TOUTE l’EUROPE par gloriole personnelle !
    Pas mal en effet.
    Mais ceci n’entame en RIEN mon admiration pour le grand scientifique français que vous êtes et qui fait honneur à la science de notre Pays !
    Cordialement

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