Toutous célestes

chien-chez-textuelCe billet est une adaptation illustrée d’un article initialement paru dans le collectif Chien, sous la direction d’Hervé Le Tellier et Philippe  di Folco  (Textuel Éditions, 2010).
Encyclopédie bizarre et décalée, ce livre étrange se propose de faire découvrir le chien comme on ne l’a encore jamais vu;

Toutous célestes

Le Grand, Major, suit Orion qui pourchasse le lièvre. Il porte au cou l’étoile la plus brillante du ciel, Sirius, sa médaille brillante. Sa tête forme un triangle peu reluisant au-dessus, les pattes arrières se prolongent pour encadrer la colombe. Murzim, Muliphen, Wezen, Adhara, Furud, Aludra sont les noms que les peuples d’Arabie ont donné à sa queue et ses pattes.

Le Petit, Minor, est le caniche de Major. Chaque matin il se lève avant lui. Procyon et Gomeisa sont ses yeux, le gauche est plus brillant que le droit.

Les constellations du Grand Chien et du Petit Chien suivent le chasseur Orion dans le célèbre Atlas Coelestis de John Flamsteed, publié à titre postume en 1729.
Les constellations du Grand Chien et du Petit Chien suivent le chasseur Orion dans le célèbre Atlas Coelestis de John Flamsteed, publié à titre postume en 1729.

Quant aux toutous de chasse du sieur Hevelius, ils comblent le vide à l’ouest de l’Ourse et la poursuivent. Ces lévriers agiles répondent aux doux noms de Chara et Asterion.

La constellation des Chiens de Chasse dans l'Uranograpie (atlas céleste) que Johannes Hevelius a publié en 1690.
La constellation des Chiens de Chasse dans l’Uranograpie (atlas céleste) que Johannes Hevelius a publié en 1690.

Ils emportent dans leur course le grand Tourbillon que Van Gogh a vu et peint depuis son asile de Saint-Paul de Mausole, le 25 mai 1889 à 4h40 du matin (je l’ai calculé).

Les molosses de Tycho

Entouré de ses molosses, Tycho Brahe reçoit dans son palais d'Uraniborg le jeune roi du Danemark, Christian IV.
Entouré de ses molosses, Tycho Brahe reçoit dans son palais d’Uraniborg le jeune roi du Danemark, Christian IV.

En cette fin de matinée du début juillet, le vaisseau du roi et son escadre mouillèrent à quelques encablures de Vénusia, port jadis fortifié pour parer aux incursions suédoises, mais aujourd’hui à l’abandon. Paré de ses plus beaux habits, Tycho Brahé était descendu seul jusqu’au quai, tandis que sa maisonnée et les habitants de l’île formaient une double haie de chaque côté du chemin montant au palais d’Uranie, entièrement couvert de luxueux tapis. Il aida Christian IV à descendre de la navette, s’inclina profondément devant l’adolescent. Celui-ci le releva et lui prit familièrement le bras, comme on le fait d’un oncle ou d’un aïeul. Ils montèrent jusqu’au palais sous les vivats, la suite royale les suivant loin derrière. Les deux architectes et un officier avaient déjà abandonné le cortège pour inspecter les fortifications.

Après le repas, Tycho fit mine d’improviser un éloge en latin à son roi, qu’il avait appris par cœur. Cela indisposa quelques hauts personnages de la cour, qui ne comprenaient pas la langue de Cicéron. Enfin, le roi déclara qu’il voulait s’entretenir en privé, en compagnie du chancelier et du chambellan, avec celui qu’il appelait son « bon père Tyge. »

Les quatre hommes entrèrent dans le cabinet de travail de Tycho, dont lui seul avait la clé. A l’intérieur, attachés à un pilier, deux énormes molosses noirs se mirent à aboyer férocement. D’un geste, Tycho les apaisa et expliqua :

— Ce sont les deux chiens que m’a envoyés Sa Majesté Jacques VI d’Ecosse en remerciement de mon accueil. Je les ai appelés Castor et Pollux, car nés sous la configuration des Gémeaux.

— Belles bêtes ! Ils doivent te dévorer en viande une bonne partie de tes bénéfices.

Le roi, ravi de ce mot d’esprit, s’installa derrière le bureau. Voyant un inconnu prendre la place de leur maître, les deux molosses se mirent à gronder férocement. Le chancelier Walkentrop intervint :

— Vas-tu faire sortir ces monstres, Tycho, avant qu’ils s’en prennent à sa Majesté ?

— Ces monstres ? Comment oses-tu parler ainsi d’un présent royal ?

— Ah oui ? Tu vas voir ce que j’en fais, de ton présent !

Walkentrop s’approcha d’un des deux fauves, au risque d’être mordu, et envoya un magistral coup de pied dans les impressionnantes parties génitales de Castor. A moins que ce fût celles de Pollux. Le chien fit un bond et s’effondra en geignant, tandis que son compagnon effrayé se réfugia derrière la colonne. Tycho saisit le chancelier au collet :

— Je t’en ferais bien autant si tu avais quelque chose dans la braguette.

— Messieurs, messieurs, intervint le grand Chambellan, je vous rappelle que vous êtes devant le roi.

Christian, cependant, était parti d’un franc éclat de rire : après tout, il n’avait que quinze ans. Puis, d’un coup, il reprit son sérieux, et, avec une grande autorité qui surprit Tycho :

— Cela suffit, maintenant. Que l’on fasse sortir ces bêtes ! Nous avons à parler de choses sérieuses.

[extrait de mon roman La discorde céleste]

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Autoportrait en chien de Kepler

« Cet homme a en toutes choses une nature canine. Son apparence est celle d’un petit chien : son corps est agile, nerveux et bien proportionné. Même ses appétits étaient semblables : il aimait ronger les os et les croûtons de pain et il était si glouton qu’il attrapait tout ce qu’il voyait ; cependant, comme les chiens, il boit peu et se contente de la plus simple nourriture. Ses manières étaient semblables. Il recherchait continuellement l’amitié d’autrui, en tout dépendait des autres, se soumettait à leurs désirs, ne s’irritait jamais quand ils le repoussaient, attendant anxieusement de rentrer dans leurs bonnes grâces. Il était sans cesse en mouvement, furetant dans les sciences, la politique et les affaires privées, y compris les plus viles ; toujours suivant quelqu’un, imitant ses actes et ses pensées. La conversation l’ennuie, mais il accueille les visiteurs comme un petit chien ; cependant, quand on lui a ôté la moindre des choses, il élève le museau et gronde. Il poursuit avec ténacité les malfaisants, il leur aboie aux chausses. Il est méchant, il mord les gens avec ses sarcasmes. Il déteste à l’extrême beaucoup de gens, qui l’évitent, mais ses maîtres l’aiment bien. Il a une horreur canine des bains, des parfums et des lotions. Son agitation est sans limites, ce qui est sûrement dû à Mars en quadrature avec Mercure et en trigone avec la Lune. Mais il tient quand même à sa peau et vivre dangereusement n’est pas son fort, sans doute parce que ses aspects de Mars ne se rapportent pas au Soleil. »

[astro-portrait que Johannes Kepler a fait de lui-même à partir de l’étude de son propre thème à l’âge de 26 ans.]

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La chienne de Newton

« Ce roquet de Robert Hooke peut bien continuer d’aboyer au plagiat, il n’a plus de dents pour mordre ni personne pour écouter ses plaintes. Un matin, dans une allée du Trinity College, Newton dessine avec le lourd bâton d’Euclide des figures géométriques sur le gravier, tandis que le jeune chiot, qu’il vient de se procurer pour tromper sa solitude, croyant que son maître veut jouer, envoie des coups de pattes à l’embout.

— Hooke, allez-vous cesser, à la fin ? gronde doucement Newton. Je désespère à jamais de faire de vous un bon géomètre.

Le petit corniaud s’aplatit et, remuant la queue, lui lance un regard implorant.

— Je vous aime mieux comme ça, monsieur Hooke, vilain mathématicaillon. Prenez garde que je vous débaptise et vous renomme Cartes.

C’est une femelle, mais qu’importe.

En ce jour de la fin novembre 1693, Newton rentre chez lui, s’affale dans son fauteuil devant la cheminée où James a allumé une belle flambée. La chienne Hooke s’endort à ses pieds. Les fourneaux d’alchimie sont froids depuis longtemps, les cahiers et les livres, soigneusement rangés dans les étagères, prennent la poussière.

Que faire de tout ce temps qu’il a devant lui ? Un temps vide, un désert aride. L’angoisse le tenaille, rage de l’âme aussi lancinante et douloureuse qu’une rage de dents. Il descend d’un pas lourd dans son laboratoire, la chienne Hooke sur ses talons. Malgré le froid glacial qui y règne, il entreprend de sortir de ses dossiers toute sa correspondance. Il passe longtemps à la trier. Puis il décide de brûler tout ce qui lui paraît compromettant. Il froisse en boule les lettres dont il veut se débarrasser, les entasse dans la cheminée et y porte le feu avec sa chandelle. Épuisé, il tourne le dos à l’âtre et se dirige vers la porte. Dehors, le vent qui souffle en rafales s’engouffre dans la cheminée et soulève un papier enflammé, qui va choir sur le parquet. Affolée, la chienne Hooke heurte le guéridon où est posée la chandelle, qui tombe sur le tapis. Un instant, Newton est figé de terreur. Il va mourir dans les flammes. Il ouvre la porte et hurle :

— James, au secours, au feu !

Dans l’appentis à côté, le domestique ne dormait que d’un œil. Son premier geste est de prendre son maître, atteint d’un tremblement irrépressible, et de l’entraîner jusqu’à son lit, où il le couche et le borde. Puis, il redescend au laboratoire et ne parvient à éteindre l’incendie qu’au bout d’une heure. Les lieux sont dévastés ; la petite chienne Hooke est morte. Seule une grosse malle a été épargnée, car le premier geste de James a été de la jeter dehors pour qu’elle n’alimente pas les flammes. »

[extrait de mon roman La Perruque de Newton]

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Isaac Newton (1643-1727)

Le génial Robert Hooke, rival et ennemi juré d'Isaac Newton.
Le génial Robert Hooke (1635-1703), rival et ennemi juré d’Isaac Newton.

Mon chien

Ce chien était un sale cabot bruyant il aboyait la nuit je ne pouvais pas dormir il jappait jappait.

Les animaux ne m’aiment pas surtout les chiens y a-t-il quelque chose de plus gros qu’un chien ?

Oui quelqu’un mais personne en particulier.

[Extrait de mon recueil de poèmes Le Sang des cafards (inédit)]

Photogaphie prise par Bernard Vogel à l'objectif déformant, dans mon bureau de l'Observatoire de Meudon
Photogaphie prise par Bernard Vogel à l’objectif déformant, dans mon bureau de l’Observatoire de Meudon

2 réflexions sur “ Toutous célestes ”

  1. Tout ça me donne envie d’aller caresser ma petite chatte.
    En terme de confiance, nos cerveaux fonctionnent de la même façon…. je n’ai pas peur de ses griffes, et elle n’a pas peur de mes dents quand je mets sa tête dans ma bouche. Elle n’a pas ce mental qui fait imaginer des tas de choses…

  2. Merci de partager avec ns ces précieuses informations: Univers chiffonné/l’univers en 100 questions,le bâton d’Euclide,les Bâtisseurs du ciel surtout:l’astronome de Samarcande; puis La nature des choses,Les poètes et l’Univers et un TROU ÉNORME DANS LE CIEL, intéressantes et compréhensibles!!!, mais en sa fin, si émouvant parcours d’un COEUR ÉPRIS.Enfin comprendre son temps et SA LUMIÈRE.Quel exceptionnel été!

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