Archives pour la catégorie Voyages

El Hierro et Tenerife : les jeunes, le développement durable et les EnR

Ce mois d’octobre, la mission des jeunes, issus du Lycée Jean Monnet de Montpellier, sur les îles de Tenerife et d’El Hierro aux Canaries a bénéficié de l’éclairage de National Geographic Kids, grâce au journaliste et photographe Raphaël Baldos qui était déjà venu sur place travailler en 2012.
Dans l’ordre chronologique, le départ du bateau à voile Luna Blu de Planète en commun, escorté de Kaora, de Tanger au Maroc vers l’archipel des Canaries, l’Outre-Mer espagnol, a eu le lundi 15 octobre. L’ultime réunion générale le 18, avant la mission aux Canaries, s’est tenue au Lycée Jean Monnet de Montpellier entre les élèves, leurs parents, les professeures et moi-même qui, à l’IRD,  étudie le développement durable et le déploiement des énergies renouvelables (EnR). La date de mon départ fut le 19 octobre afin préparer sur place la mission sur El  Hierro et, d’abord, sa partie maritime en liaison avec la capitainerie du port de La Restinga et la petite compagnie de plongée Taxi Diver alors que le festival de photographies sous-marines (le 22ème Photosub) y battait son plein. Les jeunes et leurs professeures se mettront en route de Montpellier le 25 octobre, très tôt, pour rejoindre Tenerife aux Canaries en soirée.

Port de La Restinga et bateau de pêche côtière de la Cofradia de Nuestra Señora de Los Reyes. El Pinar de El Hierro, Canaries. Copyright : A. Gioda, IRD.

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Sète : à la voile vers les Canaries et les conditions de la transition énergétique

Une petite fête fort sympathique a eu lieu sur le port de plaisance de Sète le samedi 15 septembre, à laquelle j’ai participé avec notamment la professeure Dominique Chirpaz et le proviseur Jean-Michel Diot du Lycée Jean Monnet de Montpellier très impliqués dans le développement des énergies renouvelables. Parmi l’assistance, deux des jeunes que nous accompagnerons en octobre afin de travailler aux Canaries avec également la professeure Christine Genuist : Victor Cazalis, doctorant au CEFE-CNRS, et Antoine Guy, lycéen venu avec ses parents. Avec deux jours d’anticipation, la fête célébrait le départ du bateau de Planète en Commun Luna Blu – escorté de Kaora, un autre voilier barré par Didier et son épouse Dominique – qui a pris la mer le 17 septembre. Son long voyage durera une année, avec pour première escale après cinq jours de navigation, l’île de Minorque aux Baléares et, comme destination la plus lointaine, Ushuaïa en Patagonie argentine, l’un des bouts du monde.

La navigatrice Sandrine Locci de Planète en Commun (à droite sur le ponton) en train d’expliquer son très prochain périple, devant le voilier Luna Blu, au port de Sète le 15 septembre 2018. C’était deux jours avant le départ pour Ushuaïa en Argentine via entre autres les Canaries, avec des escales sur les îles de Tenerife et d’El Hierro. ©  A. Gioda, IRD.

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Abdère antique : Démocitre et philosophes, imbéciles et malaria, Cassin à l’Académie

L’ancienne cité-état d’Abdère ou Abdera était un port du nord de la Mer Egée qui s’est ensablé et qui était riverain du delta du fleuve Mesta (en bulgare) ou Nestos (en grec). Colonie ionienne (telle Marseille), l’Abdère antique est une ville morte du nord de la Grèce dans la région de la Thrace. Ces ruines, abandonnées en totalité au XVIe siècle, et son musée de site, construit à quelques kilomètres – plus en arrière à l’intérieur des terres – dans la petite agglomération moderne, ne sont pas spectaculaires même si fort bien tenus.

Ruines d’Abdère, Thrace, Grèce. Détail des remparts Sud et de la porte Ouest. © Chaido Koukouli-Chrysanthaki.

Les visiteurs sont rares car nous sommes, d’Athènes la capitale de l’archéologie grecque, éloignés de 715 kilomètres par la route. Par conséquent, Abdère est bien plus proche des frontières bulgare et turque, au-delà de la grande ville de Thessalonique, dans un paysage de vastes plaines ouvertes où se développe la grande agriculture mécanisée. Dans l’Antiquité, Abdère était une cité, certes à la périphérie du monde grec, mais fort riche, notamment déjà grâce à son arrière-pays agricoleContinuer la lecture

Tenerife : Erasmus EnR à La Laguna et prochain voyage scientifique

Comme prévu la session du partenaire espagnol, l’Université de La Laguna, du programme Erasmus+, appelé Afreqen (Qualité en Enseignement pour les Energies Renouvelables en Afrique du Nord et de l’Ouest), s’est déroulée la semaine du 5 mars sur l’île de Tenerife aux Canaries. Il faut souligner le grand accueil du professeur Ricardo Guerrero Lemus et de son équipe.

Ouverture de la session du programme Erasmus+ Afreqen à l’Université de La Laguna (Tenerife). Mars 2018. © Emeterio Suárez,

De plus, le professeur Guerrero a fait visiter aux participants le centre ITER des EnR au sud de l’île de Tenerife dans la partie très ensoleillée de cette terre. Continuer la lecture

Canaries : à la voile, des élèves écologues avec un crowdfunding

Voici un état des lieux de l’initiative en cours autour d’un financement participatif (crowdfunding en anglais) afin d’aider le travail de terrain des lycéens du Jean Monnet  de Montpellier connaissant la nécessité de chasser les espèces sonnantes et trébuchantes. Barré par le breton Jean-Luc Tollemer basé à Bouzigues (Hérault) et rattaché à la Scop ARIAC34, le bateau familial et solidaire de Planète en commun appareillera de Sète le 17 septembre pour faire escale à Tenerife puis à El Hierro aux Canaries fin octobre. Il y serait rejoint par des élèves et des anciens du Lycée Jean Monnet de Montpellier afin d’y travailler en écologie et  les énergies renouvelables (EnR) avec leurs professeurs, Dominique Chirpaz et Christine Genuist, mes Collègues espagnols techniciens des îles et moi-même.

Photomontage de l’équipe du Lycée Jean Monnet de Montpellier pour la mission El Hierro-Tenerife de 2018 faite avec Planète en commun. © D. Chirpaz, IRD.

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El Hierro-Martinique : exploit de la transat en solitaire à la godille

Un grand exploit parce que le bateau était tout petit, presque une coque de noix : 6,50 mètres. Un grand défi parce que la traversée fut faite en solitaire et à la seule godille avec un coup de pousse des alizés (bien que l’absence de voilure n’ait pu aider leur capture). Un grand défi parce que fait avec un mince financement participatif qui n’a pas favorisé la mise au point de dérives performantes pour la navigation. Un grand succès car le temps de cette toute première transat El Hierro-La Martinique en solitaire et à la godille fut de 59 jours. Un temps à comparer aux 36 jours de la première traversée de Christophe Colomb lui-aussi parti des Canaries, de La Palma de Gran Canaria, le 6 septembre 1492 et qui toucha le Nouveau Monde le 12 octobre avec ses trois bateaux à voile : deux caravelles et une caraque. A l’inverse de Le Merrer, Colomb bénéficia d’une traversée parfaite avec des alizés soufflant si forts que ses marins craignaient de ne pas pouvoir remonter au vent pour le voyage de retour (ici la technique pour les jeunes en kitesurf). Rappelons qu’Hervé Le Merrer était sorti du port de La Restinga sur l’île d’El Hierro aux Canaries le 28 décembre à 14 heures (heure de Londres) pour une arrivée le 25 février vers 17 heures (heure locale) sur la plage de Bourg de Saint-Anne sur l’île de La Martinique.

Photographie de la page Godille sur Facebook avec Hervé Le Messer à la manœuvre.

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El Hierro : à la godille, la traversée de l’Atlantique à partir du méridien zéro

Voyager proprement reste un rêve pour la plupart car gaspiller beaucoup d’énergie est souvent synonyme d’aller vite. L’île d’El Hierro en particulier et les Canaries restent liées, dans l’imagerie populaire, à une époque des découvertes où pourtant les navigateurs n’allaient pas vite. A la voile, bien des célébrités qui ont changé le monde ou sa perception sont passées par là : Christophe Colomb, le défenseur des Indiens Bartolomé de las Casas et l’inventeur de l’écologie scientifique Alexander von Humboldt qui décrivit entre autres avec émerveillement en 1799 l’île de Tenerife dominée par le volcan Teide et ses plus de 3 700 mètres d’altitude (en espagnol). Dans cet univers de voiliers et sur le chemin des alizés, les îles Canaries offraient des escales bénéfiques lors du long voyage de l’Europe vers l’Amérique tropicale. Elles étaient des terres de passage quasi-obligé jusqu’au XVIIIe siècle quand l’Amérique était essentiellement forte d’une économie sucrière prospère et un continent riche en or, argent et pierres précieuses c’est-à-dire avant le développement des Etats-Unis.

Il est moins connu que les Canaries servirent dans le sens inverse, de l’Amérique à l’Europe, de lieux d’expérimentations agricoles avec, par exemple, le Jardín d’Aclimatación de La Orotava sur Tenerife pour beaucoup de plantes avant leur passage aux célèbres jardins royaux d’Aranjuez près de Madrid. Le jardin de La Orotava fut créé au XVIIIe siècle en 1788 sous l’impulsion du monarque éclairé Charles III d’Espagne et nous en sauriez plus à son sujet avec son ancien directeur et mon Ami Arnoldo Santos pour la partie botanique (en espagnol).

C’est ce cadre soulignant le rôle central des Canaries entre les deux Mondes, l’Ancien et le Nouveau, qui permettra que Louis XIII énonce en 1634 que le méridien zéro passerait par El Hierro soit l’ultime île de l’archipel par rapport à l’Europe considérée alors le centre de la Terre. Le méridien zéro a donc, de façon virtuelle, chu de Paris sur El Hierro ou l’isle de Fer ou bien l’île de Ferro ou encore Insula Ferri, selon les différentes langues utilisées à l’époque.

Stèle récente commémorant le méridien zéro des cartographes et physiciens. El Hierro, Punta de la Orchilla. ©  A. Gioda, IRD.

Certainement sans que ses quelques milliers d’habitants se dédiant à l’agropastoralisme le sachent d’autant que l’île d’El Hierro dépendait administrativement de celle  voisine de La Gomera. Sur cette dernière,  se trouvait le plus proche port fortifié et donc retenu sûr face aux pirates : celui de San Sebastian de La Gomera où Christophe Colomb relâchait. L’île d’El Hierro, au point de vue maritime, est restée au fil des siècles un endroit fort calme d’un abordage pas facile.

El Hierro : débarcadère et hôtel de Las Puntas. Ce fut le débarcadère principal de l’île jusqu’aux années 1930. La photo a été prise sur El Hierro lors du coup de tabac de la dépression de février 2013. © A. Gioda, IRD.

Cette tranquillité fait que son petit port de pêche moderne de La Restinga qui ne remonte qu’aux années 1960 – il est né spontanément à partir du dépôt frigorifique d’un armateur de La Gomera – est souvent choisi par les voiliers comme ultime abri avant le grand large et les Amériques. El Hierro est, par conséquent, encore le point  zéro de leur voyage. El Hierro a également retenu l’attention –  grâce à son bon état écologique, ses énergies renouvelables et ses riches fonds sous-marins – de l’équipage du bateau à pile à combustible hydrogène, Energy Observer pour un prochain documentaire sur Canal+ programmé en avril 2018, selon les dernières informations.

Vue de la jetée du port de La Restinga. El Hierro, Canaries. © A. Gioda, IRD.
Bateau de pêche côtière dans le port de La Restinga. El Hierro, Canaries. © A. Gioda, IRD.

Nous sommes à La Restinga loin de l’agitation du port international de Santa Cruz de Tenerife et de ses porte-conteneurs. Un cadre qui, joint au fait que l’El Hierro essaie d’être une terre propre, est idéal pour préparer un voyage fort original car totalement écologique : la traversée en solitaire de l’Atlantique à la godille qui est, d’une certaine manière, la continuation de l’épopée de 73 jours à la rame de Gérard d’Aboville faite en 1980. Le départ est prévu pour le 25 décembre. C’est le loup de mer habitué aux traversées atlantiques à la voile Hervé Le Merrer, venu de Trébeurden dans les Côtes-d’Armor, qui a porté sur ses larges épaules seul le projet et la construction du micro-bateau en s’appuyant sur quelques amis techniciens et un financement participatif. Le bateau a été construit spécifiquement pour la traversée de l’Atlantique. Il ne fait que 6,50 mètres de long et il est en contreplaqué stratifié, un matériau bon marché. Son coût a été limité puisque le financement récolté fut de l’ordre de huit mille euros.

Photographie de la page Godille sur Facebook avec Hervé Le Merrer en Bretagne. La petite embarcation porte le nom d’Eizh An Eizh (« Huit à huit », en breton, comme le mouvement de la godille).

Néanmoins son navigateur-constructeur n’a pas badiné avec la sécurité et le seul élément ultra-moderne est le matériau des cinq godilles embarquées qui est la fibre de carbone.

Premiers essais dans les eaux bretonnes de la nouvelle godille en carbone par Hervé Le Merrer. © Blog Diélette.

La lenteur et donc un autre rapport à la mer sont ce que recherche Hervé Le Merrer. La quête de la lenteur ou plus exactement celle d’un autre rythme sont sûrement des clefs pour réussir le développement durable.
Bon vent à toutes et à tous qui avaient suivi le blog Climat’O durant l’année 2017 et bonne année 2018 !

L’image mise en avant est tirée de la page Facebook d’Hervé Le Merrer et elle montre les derniers essais d’Eizh An Eizh dans le port de la Restinga avant le départ pour l’Amérique qui finalement a eu lieu le 28 décembre, la météorologie le permettant. Hervé Le Merrer était accompagné d’un autre merveilleux fou ramant sur sa drôle de machine. Lors de la transat en solitaire d’Hervé Le Merrer, vous pourriez suivre en direct la progression du micro-bateau Eizh An Eizh vers les Antilles.

El Hierro et îles durables : les EnR et les étudiants français et francophones

Le mouvement s’est accéléré et ainsi de nombreux jeunes français et francophones sont et vont allés étudier et travailler autour des énergies renouvelables (EnR) aux Canaries et en particulier sur El Hierro.
Ainsi la géographe martiniquaise Jessy Rosillette part ces jours-ci en voyage d’études sur l’île d’El Hierro pour sa thèse qui est encadrée par un centre de recherches de l’Université de La Réunion. Elle sera accompagnée de ses anciens Collègues de l’Université de Gran Canaria (ULPGC). Elle avait été précédée par un stagiaire guadeloupéen de l’Université des Antilles Axel Ibéné qui travailla plusieurs mois en 2015 chez Gorona del Viento, toujours sur El Hierro. Ce dernier vient d’achever ses études d’ingénieur en énergies renouvelables. Plus exactement à 24 ans,  Axel Ibéné a été major 2016 de la promotion des ingénieurs de systèmes énergétiques de l’Université des Antilles. Il avait intégré l’école d’ingénieur de Guadeloupe après sa licence de physique, obtenue à l’Université de Fouillole à Pointe-à-Pitre.

« Ce qui m’a plu, ce sont les enseignements divers et variés qu’on a pu avoir mais aussi l’intervention de professionnels du monde de l’entreprise. Au départ, je n’étais pas forcément le meilleur. Mais j’ai été épaulé par des camarades qui m’ont encouragé car je manquais de confiance en moi, et ça m’a boosté pour arriver à ce stade. » A.I.

Station de dessalement d’eau de mer de La Restinga, le plus souvent alimentée en grande partie par les énergies renouvelables et insulaires de la société d’économie mixte (SEM) Gorona del Viento. C’est l’une des trois unités de l’île. Port de La Restinga, El Hierro, Canaries. ©A. Gioda, IRD.

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El Hierro : la restitution du Club Jeunes IRD – Lycée Jean Monnet – ENSAM

En ce début d’année 2017, j’adresse tous mes vœux de réussite scolaire ou universitaire aux jeunes qui ont bien voulu me suivre sur l’île d’El Hierro en avril et mai de l’an dernier. Ce sont Johan, Lisa, Adrien, Pauline, Sorcha, Maïa, Lélany et Cécilia (maintenant élèves de Première du Lycée Jean Monnet de Montpellier), Emma et Dounia (de nos jours, étudiantes à l’Université de Marseille et à Polytech Montpellier) et Akim (étudiant de 2e année à l’École Nationale Supérieure d’Architecture de Montpellier ou ENSAM et ancien élève de Jean Monnet). Continuer la lecture

El Hierro : autour de l’architecture par Akim Pavageau

Une galerie d’Akim Pavageau sur l’île d’El Hierro, la plus occidentale et la plus petite de l’archipel des Canaries qui en compte sept principales. Sur une terre émergée d’environ 280 km2 (soit guère plus que la commune de Marseille avec ses 900 000 habitants),  moins de 8 000 personnes résident en permanence de nos jours. Trois thèmes sont présentés : l’habitat au cours des âges ; les bâtiments du culte, eux aussi au fil de l’histoire ; et les aménagements touristiques récents : piscines « naturelles «  d’eau de mer et restaurant panoramique.
Akim Pavageau est actuellement en 2e année de l’ENSAM (Ecole Nationale Supérieure d’Architecture de Montpellier).