Meuse : Vent des Forêts, Matali Crasset, guerre et création villageoise

Vent des Forêts est une association, accueillant un centre d’art à ciel ouvert, située au cœur du département de la Meuse. En région Grand Est de la France, six villages agricoles et forestiers, autour de Fresnes-au-Mont, invitent depuis 1997 des artistes contemporains à développer un travail de création en prise directe avec le territoire. Plus précisément, ce sont 5 000 hectares de forêt à proximité des villages de Dompcevrin, Fresnes-au-Mont, Lahaymeix, Nicey-sur-Aire, Pierrefitte-sur-Aire et Ville-devant-Belrain. Comment ai-je entendu parler de ces activités villageoises artistiques ? Grâce à une invitation de Gwendal Sousset qui collabore avec BDI, l’agence du développement économique de la Région Bretagne, et qui m’avait convié au festival 360 possibles des 12 au 14 juin au parc du Thabor de Rennes. Parmi les exposants, il y avait Matali Crasset, l’une des designers les plus cotées en France, qui a débuté dans l’équipe de Denis Santachiara à Milan et celle de Philippe Starck à Paris.

Matali Crasset est très attachée au travail qu’elle effectue avec l’association Vent des Forêts du département de la Meuse : il faut savoir qu’elle est originaire aussi du Grand Est de la France puisque native de Chalons-en-Champagne, au sud de Reims, et que le bois et son utilisation lui parlent beaucoup (voir également, à un tout autre niveau, son travail d’ameublement pour Ikea).

Matali Crasset. © Les Echos, Stéphanie Leclair, 2008. http://archives.lesechos.fr/archives/2008/SerieLimitee/00064-045-SLI.htm

Je dois vous confesser que je ne connaissais pas auparavant Matali Crasset, une chose normale sachant mon ignorance du design contemporain en France et ailleurs. Aussi, je n’avais jamais entendu parler de Vent des Forêts, un espace rural d’art contemporain abrité administrativement par la mairie de Fresnes-au-Mont, mais, dans ce cas, c’est ma méconnaissance de cette partie de l’est de la France, l’historique Lorraine, qui est en cause.

Du coup comme disent les jeunes, voici par elle-même une explication de sa démarche en tant que designer, artiste et femme en soirée lors d’un feu de camp du festival des 360 possibles, le 12 juin 2019 à Rennes. Attention ! C’est long.

Sa volonté d’œuvrer dans l’est de la France est touchante car il s’agit d’une région lacérée par la Première guerre mondiale et labourée par les obus (Verdun n’est pas loin de Fresnes-au-Mont), et Matali Crasset intègre dans sa démarche les ruines, corps blessés, comme témoignages toujours vivants. Cela passe avec son association à un film sur la guerre en général, tel Fort Buchanan (2016) de Benjamin Crotty, et, en particulier, avec Ehren Tool, un ancien G.I. nord-américain se dédiant à la céramique et qui fut artiste invité par Vent des Forêts. A partir d’objets banals et bon marché, Tool touche à l’universel, chose reconnue dans son pays par les plus hautes autorités de l’art et du journalisme de référence.

La céramique de Tool est dénonciatrice des horreurs de la guerre.

Etagère remplie des « cups » ou tasses sur la guerre d’Ehren Toll. Issu du corps nord-américain des Marines, ce dernier est devenu un artiste pacifiste avec plus de 20 000 objets utilitaires dénonçant les absurdités de la guerre. © Carren Jao. https://hyperallergic.com/53007/the-cups-of-war/
Une des tasses d’Ehren Toll au sujet des horreurs de la guerre. https://www.invaluable.com/artist/tool-ehren-hokfxvbtse/.

Autre particularité de Matali Crasset, à l’aise dans sa région d’origine, est son travail du bois à des fins utilitaires tels les objets de cuisine en frêne et érable sycomore élaborés en association avec les artisans locaux, comme Philippe Huet.

Le tourneur sur bois Philippe Huet et la designer Matali Crasset lors de la phase de travail d’objets de cuisine ici une planche à découper. Menuiserie Huet de Souilly, Meuse. © Loup Godé.

Elle collabore aussi avec d’autres artisans et artistes en région : Sœur Laure du carmel de Verdun pour les tissus (Ateliers Plumlaine), l’ébéniste Christophe Rimlinger pour des tabourets et le sculpteur sur bois Jean Bergeron entre autres pour des sabots, un pont et des tables de pique-nique…

La démarche de Matali Crasset m’a interpellé car, comme Cesar Manrique le fit aux Canaries, elle est sensible à effectuer des actions utiles pour et dans la Nature ainsi les maisons sylvestres sont des petits hôtels ou mieux dits cabanes à louer ou des lieux de vie à la belle saison. La Noisette, un petit bijou, se loue 85 euros par jour et elle est adaptée pour recevoir 4 personnes. C’est la même chose pour Le Nichoir.

Le Nichoir, une des 3 maisons sylvestres de Matali Crasset. Cabane ou maison sylvestre à louer. Forêt de Fresnes-au-Mont, Meuse, 2013. A gauche, la table à pique-nique de Jean Bergeron. © Loup Godé.
Le Nichoir de Matali Crasset – intérieur : la cuisine au bois… Cabane ou maison sylvestre à louer. Forêt de Fresnes-au-Mont, Meuse, 2013. © Marine Calamai. http://ventdesforets.com/oeuvre/le-nichoir/
La Chrysalide, une des 3 maisons sylvestres de Matali Crasset. Elle apparaît plus comme un lieu de vie. Forêt de Fresnes-au-Mont, Meuse, 2014. Vue arrière. ©Loup Godé.

En 2019 et en poursuivant ce sillon, Matali Crasset a aussi élaboré un projet, toujours largement en bois, de maison-serreelle voit l’habitat de demain profondément ancré dans l’humus.

La photographie mise en avant représente La Noisette, une des maisons sylvestres à louer de Matali Crasset au travers de l’association Vent des Forêts. Forêt de Nicey-sur-Aire, Meuse, 2013. © https://www.tourisme-meuse.com/fr/sejourner/hebergements-insolites/F837000520_maison-sylvestre-la-noisette-fresnes-au-mont.html

 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *