Archives pour l'étiquette arbre fontaine

La Réunion et Monténégro : un arbre fontaine et un autre artésien

C’est l’été et donc je passerai quelques vidéos rafraîchissantes et une provocante liées à des arbres fontaines et à une artiste les ayant mis en scène. Au-delà de l’exemple que j’illustre souvent dans ce blog de l’arbre fontaine d’El Hierro aux Canaries, il y a bien d’autres au Pérou, au Chili, au Maroc, sur l’archipel du Cap-Vert, à Djibouti, dans le Dofar du sultanat d’Oman, sur l’île de La Réunion… Sur cette dernière terre, département d’outre-mer dans l’Océan Indien, je vous invite à voir le bois de couleur des Hauts qui est un milieu propice localement aux arbres fontaines. Le bois de couleur est une forêt de montagne tropicale typique des Hauts, une zone à forte nébulosité, de l’île de La Réunion.

Tamarin des Hauts (Acacia heterophylla) du bois de couleur dans le brouillard. Nez de Bœuf, La Réunion. © J.-F. Bègue pour le Parc National de La Réunion.

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El Hierro : le nouvel arbre fontaine et Leoncio Oramas Díaz-Llanos (1947-1948)

Par le menu, je conterai l’histoire de la plantation du nouveau Garoé ou Arbre saint ou bien arbre fontaine de l’île d’El Hierro aux Canaries entre 1947-1948. Surtout d’ailleurs, je vais essayer de montrer ce  qu’il y a derrière la restauration, au sens politique, d’un arbre symbole voire un arbre-totem. Le Garoé avait disparu au début du XVIIe siècle mais avait laissé de nombreuses traces dans les récits d’histoire y compris celle naturelle. Dans un contexte de sécheresse, cet arbre sacré recueillait, à son pied, l’eau du brouillard précipitée auparavant, sous forme de gouttelettes, sur ses feuilles. Au début des années 1940 le texte de Leonardo Torriani, édité par Dominik Wölfel (en allemand) à Leipzig, n’était connu dans l’archipel que des quelques personnes férues d’histoire, d’archéologie et de traditions. La référence bibliographique complète est la suivante :

Torriani, Leonardo, Wölfel, Dominik Josef (Hrsg.) Die kanarischen Inseln und ihre Urbewohner eine unbekannte Bilderhandschrift vom Jahre 1590; Quellen und Forschungen zur Geschichte der Geographie und Völkerkunde, Band 6, Leipzig, 1940.

Il s’agissait d’une édition bilingue italien-allemand et, bien sûr vu la dureté des temps en 1940, partielle et non illustrée. Toutefois, grâce à Dominik Wölfel le gisement des riches archives de Torriani était bien identifié à Coimbra, la capitale historique du Portugal où l’architecte italien résida jusqu’à son décès en 1628, après être passé du  service du roi d’Espagne à celui du Portugal (faisant un chemin inverse, quant à ses commanditaires, de celui de Christophe Colomb !).

Carte des Canaries de l’an 1590 par Leonardo Torriani. L’île d’El Hierro est la pince gauche du crustacé et celle de Tenerife, plus grande, en est la tête. Source : Biblioteca General da Universidade de Coimbra, catalogue number Ms. 314, folio 8r.). https://proyectotarha.org/en_GB/2016/05/13/esenciales-iv-descripcion-e-historia-del-reino-de-las-islas-canarias/

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El Hierro : représentations de l’arbre fontaine, de las Casas (XVIe s.) à Wölfel (1940)

Je mets à jour l’histoire de l’arbre fontaine de l’île d’El Hierro aux Canaries qui est tout sauf un mythe. Cet arbre sacré recueillait, à son pied, l’eau du brouillard précipitée auparavant, sous forme de gouttelettes, sur ses feuilles. Il est aussi connu sous les noms de Garoé et d’Arbre saint.

Les armoiries ou les armes d’El Hierro avec, au centre, le nuage de brouillard qui nimbe l’arbre saint des espagnols ou encore l’ancien Garoé des aborigènes guanches. Au pied de l’arbre, est l’eau recueillie.

Mettre à jour est ici plus une formule littéraire parce que, en recherche archivistique, il se parle en année voire en décennie. La connaissance d’un végétal remarquable disparu, car arraché par le vent au début du XVIIe siècle, est plutôt de l’ordre de la reconstruction faite brique après brique mais sachant que celles-ci sont irrégulières et qu’il y aura toujours des trous ou des lacunes. Continuer la lecture

Amérique : conquistadors, déforestation et changement climatique

En avril dernier dans la revue L’Histoire et plus précisément dans la rubrique Le coin des chercheurs, Jean-Baptiste Fressoz a publié un article au sujet de l’importance de la prise de conscience, chez les conquistadors et leurs compagnons, de la déforestation et de ses conséquences qu’ils observaient et cherchaient à comprendre. Fressoz travaille des textes à partir du XVe siècle et il évoque, dans un large encart, l’exemple de l’arbre saint de l’île d’El Hierro aux Canaries et donc sur la route maritime de l’Amérique.

Dessin ancien de l’arbre saint ou encore arbre fontaine ou bien Garoé, repris par Baldini (1993). El Hierro, Canaries.

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El Hierro : le boom des EnR, la tradition et la grande fête votive

Tradition est un mot que l’on oppose souvent à modernité. Souvent sans trop réfléchir à mon sens. Ces mots ne sont pas toujours antinomiques loin de là surtout sur les îles.

Attention, il n’y a rien d’original de ma part car je ne reprends que l’esprit des paroles d’une conversation de l’écrivain et universitaire Louis Brigand avec le journaliste Nicolas Bérard de L’âge de faire, un mensuel de la mouvance écologique et le fruit d’une société coopérative et participative.

Le livre qui synthétise, de façon impressionniste, l’expérience d’un connaisseur de l’insularité :  » Besoin d’îles », Louis Brigand, éd. Stock, 2009.

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El Hierro : la restitution du Club Jeunes IRD – Lycée Jean Monnet – ENSAM

En ce début d’année 2017, j’adresse tous mes vœux de réussite scolaire ou universitaire aux jeunes qui ont bien voulu me suivre sur l’île d’El Hierro en avril et mai de l’an dernier. Ce sont Johan, Lisa, Adrien, Pauline, Sorcha, Maïa, Lélany et Cécilia (maintenant élèves de Première du Lycée Jean Monnet de Montpellier), Emma et Dounia (de nos jours, étudiantes à l’Université de Marseille et à Polytech Montpellier) et Akim (étudiant de 2e année à l’École Nationale Supérieure d’Architecture de Montpellier ou ENSAM et ancien élève de Jean Monnet). Continuer la lecture

Paris et Angers : Niki de Saint-Phalle et son arbre-fontaine

Je sais ce n’est point un livre mais c’est d’art dont je voudrais vous parler ce jour.
L’actualité c’est l’exposition de Niki de Saint-Phalle (1930-2002) au Grand Palais de Paris jusqu’au 2 février 2015. En parallèle et pour les provinciaux, Arte a donné à voir le 19 novembre un film sur l’artiste Niki de Saint-Phalle : « Qui est le monstre … toi ou moi ? »  qu’il sera possible de revoir sur Arte+7. C’est un documentaire de 1995 tourné avec la collaboration de l’artiste ce qui en fait tout sa valeur.
La même année que je publiais « L’arbre fontaine » d’El Hierro aux Canaries dans le mensuel La Recherche soit 1992, l’artiste créait une grande sculpture en polyester destinée au plein air. Appelée aussi « L’arbre fontaine » ou encore « Serpents arbre fontaine » ou « arbre-serpents », je ne l’ai jamais vue et appréciée en vrai.
A l’inverse j’avais vu en eau sur une placette,  au pied de de Beaubourg à Paris,  sa « Fontaine Stravinsky » qui l’avait précédée. Maintenant « L’arbre fontaine » est installé au centre d’une belle cour carrée du musée des Beaux-Arts d’Angers mais hélas il n’est pas fonctionnel. La photographie mise en avant pourrait être tirée d’une série d’illustrations mises en ligne sur le blog de Patricia Tutoy.
A ses débuts, Niki de Saint-Phalle réglait ses comptes avec la famille et la société par des coups y compris de feu sur des personnages fictifs, tel sur un champ de tir ou comme au painting ball avant que ce soit la mode. Ensuite, elle changea sa perspective,  à la fin de sa longue vie d’artiste , vers une approche plus apaisée de son art. Très inspirée alors par le catalan Gaudi et son parc Güell à Barcelone tout comme par les sculptures de son compagnon Jean Tinguely,  Niki de Saint-Phalle s’occupa de jardins, de nature et de sculptures en plein air.

 

 

El Hierro : arbres fontaines modernes par le Medio Ambiente

 

Les techniciens de terrain du Medio Ambiente collectent avec succès l’eau du brouillard d’actuels arbres fontaines dans le secteur du village d’éleveurs de San Andrés, dans une localité proche du Garoé.
Le secteur de l’écologie (Medio Ambiente) dépend de l’administration insulaire soit le Cabildo aux Canaries. Don : Juan Carlos Hernández et clichés de 2014 pris sur El Hierro.

El Hierro et son arbre fontaine : Garoé ou Arbre Saint ?

L’arbre fontaine, celui qui recueillait l’eau du brouillard, était le Garoé en langue guanche, le seul idiome parlé sur l’île jusqu’en 1405, lorsque El Hierro était peuplée de quelques centaines voire de quelques milliers de descendants de Berbères. Cette langue a disparu car aucun dictionnaire bilingue n’a été fait ou conservé. Il n’en subsiste que quelques mots et des toponymes.

Pétroglyphes des Guanches d'El Hierro appelés les Bimbaches. Seuls témoignages gravés sur l'île de leur présence. El Julian, mars 2014. Cliché : A. Gioda, IRD.
Pétroglyphes des Guanches d’El Hierro appelés les Bimbaches. Seuls témoignages gravés sur l’île de leur présence. Los Letreros, El Julian, mars 2014. © A. Gioda, IRD.

 

La conquête d’El Hierro en 1405 et de plusieurs îles des Canaries, à partir de 1402, fut faite par Jean IV de Béthencourt, un noble normand du grand port de Honfleur (inclus dans l’agglomération du Havre de nos jours), commissionné par la couronne de Castille. Ce conquérant – localement appelé un conquistador, un nom qui passera à la postérité – avait bénéficié d’une longue trêve (1388-1411) de  la Guerre de Cent Ans qui bloqua ensuite le commerce florissant de Honfleur, à la suite de deux défaites françaises en baie de Seine (1416-17). Jean IV de Béthencourt recherchait l’orseille, un colorant violet (d’où son autre nom de pourpre française), extrait du grand lichen rupestre Roccella tinctoria, abondant aux Canaries et qui était fort prisé  en teinturerie en en chimie jusqu’à 1850. Des lichens s’utilisent encore en Ecosse pour colorer, de façon traditionnelle et maintenant luxueuse, la laine des kilts. Continuer la lecture

El Hierro : les arbres fontaines modernes de Don Zósimo

L’important est de comprendre que l’espèce importe peu pour obtenir un arbre fontaine.
Ainsi, sur El Hierro, on trouve parmi les arbres fontaines des lauriers endémiques, des genévriers de Phénicie, des pins de Monterey, etc.  Ailleurs, ce seront des oliviers (au sultanat d’Oman), des taras (une légumineuse d’Amérique du Sud), etc.