El Hierro : du méridien zéro des transats EnR vers un meilleur nouveau monde

Au port de La Restinga de l’île d’El Hierro, se succède des voiliers et autres embarcations EnR afin de traverser l’Océan Atlantique. Ce sont des transats originales faites par des navigateurs français en majorité bretons ou ayant de forts liens avec la Bretagne. Ces transatiers sont à la recherche d’exploits personnels afin de porter des initiatives citoyennes ou visant à promouvoir les EnR dans la lutte contre le changement climatique. Une force admirable anime ces navigateurs, combinée à une savante approche, sans oublier maints calculs effectués afin de ne pas disparaître en mer sur des prototypes, le plus souvent de leur dessin et quelquefois même faits de leurs mains. L’actualité est le prochain départ d’El Hierro du bateau à rames de Jérôme Bahuon (en photo ci-dessus) qui veut, grâce à sa traversée de l’Atlantique en solitaire, d’abord, récolter de l’argent pour l’association Leucémie Espoir et, ensuite, « dédramatiser le don de moelle osseuse ».

Jérôme Bahuon a testé son embarcation transatlantique à avirons, pendant 2 années, avant de partir sur l’île d’El Hierro (Canaries) à la mi-janvier 2019. © Bigood Leucémie bandeau.

Au programme de son défi : « Deux mois en solitaire et un million de coups de rames pour 4 800 km parcourus », résume l’aventurier quimpérois – également le médecin radiologue de l’hôpital de Guigamp -, qui profitera de la traversée pour prélever en haute mer des échantillons d’ichtyoplancton pour le compte de la station de biologie marine de Concarneau. Le grand départ de cette épopée, depuis les Canaries, devrait être le 25 janvier 2019, selon Le Parisien Libéré. Un défi à suivre sur son site Internet.
Dans l’ordre chronologique et à ma connaissance, se sont succédé :

Comme le dit la professeure de physique et amie Christine Genuist du Lycée Jean Monnet de Montpellier, venue deux fois, travailler avec ses élèves et des étudiants, sur El Hierro en 2016  et 2018 :

« Toutes ces tranches de vie montrent des gens ordinaires faire des exploits peu ordinaires au service des causes qu’ils défendent ».

Je suis heureux de voir tous ces navigateurs français partir d’El Hierro, l’île symbole des EnR pour les sites classées de l’Unesco (avec le programme Renforus) et une réserve de la biosphère. Ayant eu la chance d’aider les programmes Energy Observer et Planète en Commun sur El Hierro comme d’avoir accompagné de loin L’Atlantique à la godille, je pense néanmoins que ces transats ont pu s’appuyer en partie sur deux petites entreprises de plongée de Français, installées à La Restinga : Taxidiver de Jean-François Billant et Meridiano Cero.
Depuis l’Antiquité et le géographe Ptolémée d’Alexandrie, il est loin le temps quand El Hierro, sur une Terre plate, était un bout du monde ; elle était une île désolée, jusqu’aux années 1970 particulièrement lors des grandes sécheresses telle celle de 1948, que bien de ses habitants, quelquefois en passager clandestin, avaient dû fuir afin d’émigrer à Cuba et au Venezuela.  Auparavant, entre 1634 et 1792, El Hierro ne fut la porte du Nouveau Monde que pour les navigateurs, géographes et autres astronomes lorsque la France, suivie d’autres pays tels les empires espagnol et austro-hongrois, y faisait passer le méridien zéro. Pour les marins et les savants, El Hierro  était l’« île de fer » ou bien « Insula da ferro » ou encore « Insula Ferri » ou simplement « la isla del Meridiano ».

Détail d’une carte géographique du Saint-Empire du temps du règne de Marie-Thérèse d’Autriche, datée 1746, avec au-dessous la légende en latin : Longitudines numeratæ à primo Meridiano per Ins(ulam) Ferri.  Sur la carte écrit en allemand, Pirnitz s’appelle de nos jours Brtnice, une ville située dans la région de Vysočina en République tchèque. Source : Wipikedia, domaine public.

En 1884, quand celui de Greenwich devint la référence internationale de longitude, il faut noter que 2 % des capitaines utilisaient toujours l’antique méridien de l’île de Fer (El Hierro) et l’étude portait sur près de 60 000 navires.

Stèle récente commémorant le méridien zéro de l’île de Fer ou Ferro (El Hierro), fixé ici entre 1634 et 1792, pour les cartographes, physiciens et navigateurs. El Hierro, Punta de la Orchilla. © A. Gioda, IRD.

De nos jours, El Hierro est devenue un spot recherché par les sportifs (plongée, parapente, biathlon, etc.), tout en restant une île tranquille, et vraiment elle est la porte d’un nouveau monde avec ses énergies renouvelables (EnR) et ses initiatives locales pour un développement durable.

Ainsi La Restinga n’est pas un port privé, comme bien souvent aux Canaries où le yachting est développé, mais un abri à un prix raisonnable ; il est considéré, par l’administration, comme un môle pour les pêcheurs côtiers, d’ailleurs fort actifs. Ces derniers sont regroupés dans une coopérative –  la Cofradía de Pescadores de Nuestra Señora de los Reyes – et ils pratiquent une pêche responsable, notamment au thon, qui est internationalement reconnue comme telle.

Petit bateau de pêche côtière, typique de ceux regroupés dans la Cofradía de Pescadores de Nuestra Señora de los Reyes. Môle de La Restinga, El Hierro, Canaries. © A. Gioda, IRD.

Par conséquent pour ce faisceau de raisons, bien des navigateurs de haute mer choisissent El Hierro et plus précisément La Restinga pour s’élancer vers les Amériques et les Caraïbes.

L’image mis en avant est celle de Jérôme Bahuon, radiologue de 33 ans, qui a laissé sa Bretagne, avec son navire le 19 janvier 2019, pour rejoindre les Canaries et ainsi entamer une traversée de l’Atlantique à la rame, autour du 25 courant, au profit de Leucémie Espoir. © Facebook/Traversée Bigood dans Le Parisien Libéré du 19/01/2019.

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