« Volcanologue » dans « Femme Actuelle Jeux Nature »

Dans le dernier numéro de « Femme Actuelle Jeux Nature » (n°4, décembre 2022 – janvier 2023, p. 88), en vente en kiosque depuis aujourd’hui, Valérie Zerguine m’interviewe à propos de ma première expérience de volcanologue sur le Santiaguito au Guatemala en… 1978.

Article de Valérie Zerguine dans « Femme Actuelle Jeux Nature » n°4, décembre 2022 – janvier 2023, p. 88.

Le texte de l’article :

Première fois

« Mon baptême d’un volcan en éruption »

Jacques-Marie Bardintzeff en quelques dates

*En 1953, il naît près de Grenoble. Enfant, il parcourt les Alpes à la recherche de minéraux et de fossiles.

*En 1985, il devient docteur d’État en volcanologie.

*En 1991, il écrit Volcanologie, qui en est à sa sixième édition. Il a publié plus d’une vingtaine d’ouvrages sur le sujet, dont certains traduits en huit langues.

*En 2013, il reçoit la Légion d’honneur.

*En 2013, il a lancé un blog pour relater ses expéditions. http://blogs.futura-sciences.com/bardintzeff/

 

Le volcanologue Jacques-Marie Bardintzeff, qui a visité la plupart des volcans actifs de la planète, se souvient de son impressionnante initiation face au Santiaguito, au Guatemala.

J’avais 25 ans, je venais d’être nommé assistant à l’université Paris-Sud Orsay. Mon directeur de thèse m’a proposé de partir pour le Guatemala étudier les volcans à nuées ardentes. Heureusement, j’étais épaulé par un aîné, qui avait de l’expérience. Nous sommes partis à la conquête du Santiaguito, où se trouve un dôme de lave en éruption depuis 1922, qui ne se laisse pas approcher facilement. Nous avons dû marcher pendant de nombreuses heures pour l’atteindre, monter sur un volcan voisin, redescendre, passer des cols dans la cordillère, traverser la jungle, franchir un canyon sur un pont aux planches disjointes… Le danger était omniprésent. Au moment où nous étions enfin en train de gravir les flancs du Santiaguito, nous avons entendu une énorme détonation. Un glissement de terrain avait eu lieu un peu plus bas. A quelques heures près nous aurions pu mourir. Nous sommes parvenus au sommet, au plus près que la prudence le permettait.

Une vocation confirmée

Depuis l’enfance, j’étais passionné de volcans, j’avais lu des livres, vu des films. Mais là c’était différent : j’étais in situ face à une montagne vivante, susceptible, énervée, qui, épisodiquement, libère du gaz, crache des cendres et projette des blocs de roche brûlants. Tout mon corps était pris : j’étais assailli par les vapeurs des fumerolles, parfois assourdi par le grondement. J’étais désorienté, avec mes repères spatiaux-temporels bousculés. Dans ces moments, on se sent tout petit, modeste face à la puissance de la nature. Ce jour-là, j’ai appris qu’on ne défie pas un volcan, on compose avec lui. Nous sommes restés une heure au sommet, nous avons pu prélever des roches et avons fait le chemin en sens inverse : à nouveau des heures de marche avec un sac de 20 kilos sur le dos ! Cette expédition a duré près de vingt-quatre heures, sans dormir ! Heureusement nous étions jeunes, plein d’énergie. Cette première rencontre avec les nuées ardentes a été une révélation : en revenant, dans l’avion, je n’avais qu’une envie : explorer d’autres volcans. Mon destin de volcanologue était scellé !

Propos recueillis par Valérie Zerguine

Couverture de « Femme Actuelle Jeux Nature » n°4, décembre 2022 – janvier 2023.

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