Le lac Pavin : admirable et/ou épouvantable ?

Mercredi 7 mars 2018, à l’École Normale Supérieure, Michel Meybeck nous a régalés d’un séminaire passionnant sur le lac Pavin en Auvergne, dans le cadre du cycle « Rumeurs et fake news en environnement ». Le lac Pavin, tout rond, mesure 750 m de diamètre, 92 m de profondeur et se situe à 1197 m d’altitude, dans le massif du Cézallier (voir mon blog du 20/10/2015).

Le lac Pavin vu du ciel. On remarque son déversoir, à l’arrière-plan à gauche et le cratère du puy Montchal, boisé, au premier plan à droite (©J.M. Bardintzeff).

Le lac occupe un cratère de type maar, c’est-à-dire résultant d’une éruption hydrovolcanique (ou phréatomagmatique) due à l’interaction eau-magma, datée de seulement 7 000 ans environ. « Pavens », attesté depuis au moins 1605, signifierait « effrayant », « terrifiant », « épouvantable » en latin. Il apparaitrait en effet que le Pavin a été le siège de phénomènes étranges, qui en font un lac unique en France.

Le Pavin dessiné par Lecoq, le grand naturaliste Auvergnat (1835). On note le cratère à l’emporte-pièce, typique d’un maar, l’isolement du lac à l’époque et la fraicheur de l’incision de l’exutoire. Le volcan du Montchalme (Montchal) est à l’arrière-plan (Bibliothèque universitaire de Clermont, transmis par M. Meybeck).

Michel Meybeck, natif de la région du Pavin, s’est intéressé aux récits, aux mythes et légendes, de dragons, d’ondines et de fées, sur deux millénaires, en essayant de les réinterpréter en termes de dynamismes volcano-limniques (?). On écrivait en 1575 que, si on jetait une pierre dans ce lac, on déclenchait tempête, orage, tonnerre, éclairs… Des phénomènes de débordement (surverse, vers l’an 600 et l’an 1300 ?), de coulée boueuse, et de libération de gaz (1783, 1936 ou 1938 ?) ont du se produire dans le passé. Ainsi le récit de Grégoire de Tours, recueilli auprès de l’ermite Caluppa, attaqué par deux dragons successifs : le premier, qui le rend muet mais éloigné par un signe de croix, et le second, qui lui enserre les jambes, pourraient être interprétés par l’émission d’un nuage de gaz carbonique suivi d’une coulée boueuse ?

Les lacs de type maar sont peu nombreux en Europe (une grosse douzaine sur 100 000 à 200 000 lacs). Citons ceux d’Allemagne (Eifel) et d’Italie (lacs Averno, Albano, Nemi, Monticchio), tous avec leur cortège de récits merveilleux et de croyances. Avant la catastrophe du lac Nyos au Cameroun en 1986, ce type de comportement était ignoré des scientifiques.

Les prélèvements et analyses actuels des eaux du Pavin révèlent une sous-saturation en gaz carbonique (résultant en partie de détritus d’algues) donc sans risque de dégazage spontané. Le Pavin a été placé sous une surveillance géologique constante depuis 2008.

Dans le Creux de Soucy, cavité naturelle située non loin de là, du gaz carbonique s’accumule par période.

Récit fantastique de 1632, attribué au Pavin dès 1910 et interprété par M. Meybeck comme une description détaillée de l’état du lac, avec une surverse entrainant une coulée de boue (Bibliothèque Sainte-Geneviève, Paris). La même année les chroniques locales (Miracles de N-D de Vassivière) font état de guérisons miraculeuses de paralysie soudaine, liées pour Meybeck aux « mauvais comportements » du Pavin.

Michel Meybeck, géochimiste, à droite, et Jacques-Marie Bardintzeff, volcanologue, juste après la conférence (©J.M. Bardintzeff).

Pour en savoir plus :

Meybeck M. – Dragons, fairies, miracles and worship at Pavin and other european maar-lakes, in : Sime-Ngando T., Boivin P., Chapron E., Jezequel D., Meybeck M. (Eds), Lake Pavin, Springer, 2016, 3.

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