« Je suis un optimiste »

« Les cahiers Croire » proposent un numéro spécial, n° 304 de mars-avril 2016, consacré à « La terre, Un chemin vers le ciel » contenant de nombreux articles et entretiens.

Des témoignages aussi : Ils l’étudient ou la sculptent, la cultivent ou l’explorent… Cinq vies ancrées dans la terre.
Le mien « Je suis un optimiste », p. 41-42, a été recueilli par Gilles Donada.

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En voici le texte :

« Je suis un optimiste »
Jacques-Marie Bardintzeff,
volcanologue, auteur de Tout savoir sur les volcans du monde, séismes et tsunamis (éd. Orphie) et, pour les enfants, À la découverte des volcans d’Auvergne (La vache qui lit).

J’entretiens un lien fusionnel avec la Terre depuis toujours. Mon grand-père était un passionné de montagne. Quand j’avais 4 ans, il m’emmenait dans ses balades au milieu de la nature. Les dinosaures et les sciences naturelles me passionnaient. En classe de 4e, j’ai adhéré au club de géologie du lycée dont je suis devenu le secrétaire jusqu’en Terminale. Quand on parle de géologie, on imagine un vieux monsieur penché sur des cailloux poussiéreux, alors que cette matière concerne les enjeux du présent et de l’avenir de la planète : les matières premières, l’eau, l’énergie, les risques environnementaux…


Dans mon métier, l’échelle du temps s’étale sur des millions d’années. Cela permet de relativiser. Tout le monde pense qu’il y a de plus en plus de séismes ou d’éruptions volcaniques, pourtant, à l’échelle de l’histoire humaine (quelques centaines de milliers d’années), l’activité de la Terre est stable. On dénombre environ 50 éruptions par an sur les continents. Ce qui a changé, c’est que ces événements sont beaucoup plus médiatisés qu’auparavant et qu’ils touchent des zones plus peuplées – provoquant ainsi davantage de morts qu’à l’époque où l’habitat rural était plus dispersé. Nos mégapoles sont perfectionnées mais fragiles car davantage exposées. Notre perception est sélective. « On n’a jamais vu ça » entend-on souvent. De mémoire d’humain, c’est vrai, mais pas à l’échelle de la planète. Le problème auquel nous sommes confrontés actuellement, c’est la gestion de nos ressources naturelles. Je pense à la spéculation sur les hydrocarbures ou sur des éléments rares (gallium, tantale, niobium, etc.) qu’on utilise pour les nouvelles technologies. Lors de certaines périodes de l’histoire, la stabilité des prix du blé a permis aux paysans d’emprunter, de faire des projets, d’envisager l’avenir avec plus de sérénité.
On rappelle souvent que l’espèce humaine est la seule capable de s’autodétruire, mais c’est aussi la seule à être consciente de ce danger. Je suis un optimiste. Je crois dans la vivacité de l’esprit humain. Le pont du Gard ou l’opéra de Sidney font mon admiration. J’ai pris récemment un avion de transport régional ATR 42 qui rejette beaucoup moins de CO2 que ses prédécesseurs. Le génie humain peut inventer de nouvelles énergies, des colonies pourront être créées sur la Lune… Il faut laisser une chance à l’humanité ! En cent ans, il peut se passer beaucoup de choses.

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