Archives pour l'étiquette écologie

El Hierro et Monde : le débat autour des aires protégées. Parcs ou réserves ?

L’île d’El Hierro aux Canaries n’est qu’un confetti de moins de 300 km2 perdu dans l’Atlantique, la dernière île des Canaries avant les Amériques, mais le débat qui l’agite – depuis au moins de deux ans de façon évidente mais depuis bien longtemps en fait – est significatif de la problématique mondiale des aires protégées (en espagnol).  Quels statuts faut-il donner à ces dernières : réserves, parcs ou autres ?
Sans remonter trop les âges (les aires protégées étaient les réserves royales de chasse en Europe, les bois sacrés en Afrique de l’Ouest, etc.), le débat actuel est posé dès la seconde moitié du XIXe siècles aux Etats-Unis. S’y affrontèrent les conceptions de John Muir (1838-1914) et de Gifford Pinchot (1865-1946). John Muir est le chantre de la préservation de la nature et il est l’héritier assumé des idées, aussi au sujet du respect envers les Indiens, d’Henry D. Thoreau (1817-1862) et de son mentor Raph W. Emerson (1803-1882).

Pour les plus jeunes, Thoreau est aussi la forte personnalité qui, pour défendre ses idées, allait, dans un souci de cohérence, jusqu’à la prison. Il mit en pratique la désobéissance civile inspirant le professeur charismatique du film « Le cercle des poètes disparus  »).

La cérémonie du premier jour de l’émission du timbre nord-américain de 2017 dédié Henry D. Thoreau et à son oeuvre naturaliste a eu lieu à Walden Pound  (Concord, Massachusetts). Thoreau, né en 1817 en Nouvelle-Angleterre, vécut au bord de l’étang de Walden en 1845-1847 dans une simple cabane. Il tira de cette expérience l’inspiration de son essai « Walden ou la vie dans les bois », devenu mythique surtout dans le monde anglo-saxon.

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El Hierro : « Une île écologique modèle ? » en ligne et Erasmus+ en cours

En cette fin d’année 2016, mes remerciements iront à Loïc Mangin, journaliste de « Pour la Science », pour la mise en ligne rendue possible, de façon gracieuse, de l’article collectif suivant, un an après tenue la COP21 : El Hierro : une île écologique modèle ? (2015). A un autre niveau et auparavant, Pierre Thouvenez et Olivier Daniélo, respectivement administrateur de portail et blogueur, m’avait poussé à demander de récupérer mes droits d’auteur afin d’en faire bénéficier le plus grand nombre.
Cette diffusion des avancées sur les énergies renouvelables ne serait pas grand chose sans sa projection vers les plus jeunes et ici je parle du programme européen Erasmus+. Le programme Erasmus+ soutient l’Instituto de Educación Secundaria (IES) Garoé de Valverde, l’équivalent du collège et du lycée de l’île d’El Hierro, depuis fin 2015. Aux manettes de ces échanges avec différents lycées européens, il y a Don Manolo, l’alias affectueux de José Manuel Domínguez Sanz (originaire de la péninsule ibérique) qui le dirige. L’idée force est de sortir les jeunes d’El Hierro de leur isolement afin qu’ils se frottent au Monde et au-delà que, à leur retour, ils puissent apprécier, en connaissance de cause, les acquis des générations précédentes sur leur petite terre. En pratique pour vous, l’ensemble des liens est disponible à partir du blog dédié au projet Erasmus+ de l’IES Garoé (en espagnol).

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El Hierro : le chiffrage des EnR, de l’écologie et de la réserve marine

Le 27/06/2016, la centrale EnR d’El Hierro a fêté ses deux années de fonctionnement. C’est une originale centrale électrique éolienne et hydraulique dans laquelle la seconde énergie est stockée grâce à la première et prête à la relayer à la demande ou en cas de panne de vent.
Laissons la place aux chiffres. A dix reprises, pendant le premier semestre de 2016, toute l’énergie produite sur l’île d’El Hierro (environ 300 km2 pour 6 000/7 000 habitants permanents) était 100% locale et 100% renouvelable. Le record de durée de fourniture sans interruption de courant 100% EnR est légèrement postérieur : 76 heures (3 jours et 4 heures – du 30/07 à 4h50 au 02/08 à 8h50). Il est advenu à cheval entre juillet et août 2016 avec un précédent record de 55 heures toujours en juillet 2016 (du 10/07 à 23h29 au 13/07 à 6h52). En juillet 2016, les EnR représentèrent en moyenne 67% du mix énergétique insulaire. Selon les données du Réseau Electrique Espagnol (REE), pour le premier semestre de 2016 (marqué par la grande faiblesse des vents en cette année caractérisée par El Niño exceptionnel), les EnR pesèrent 37,4% dans le mix énergétique de l’île. Il faut se souvenir qu’il avait, au niveau de la production électrique, 100% d’énergies fossiles sur l’île avant juin 2014. Continuer la lecture

Etang de Thau, Hérault : éco-dialogues en musique du 18 au 24/07

C’est tout près de chez moi, dans les lieux jolis et fréquentés par les vacanciers, les pieds dans l’eau ou pas bien loin dans de vieilles pierres, gratuit (pour les conférences regroupées sous le nom d’éco-dialogues) et stimulant : le 26ème festival de Thau du 18 au 24 juillet. Le fil rouge de cet été est de surfer sur le succès public du film « Demain » – ayant fait plus d’un million d’entrées payantes, chose rare pour un documentaire – en présentant des alternatives de développement qui marchent en France. Le festival de Thau c’est aussi de la musique et des chanteurs du monde qui illustrent par leur talent ces voies d’un développement durable. L’écologie est du plaisir.

El Hierro : en direct avec les lycéens de Jean Monnet de Montpellier

Nous tous c’est-à-dire les dix élèves du Lycée Jean Monnet et leurs deux professeures, un étudiant de l’Ecole de l’Architecture de Montpellier (ENSAM) et Muriel Tapiau et moi-même du Centre IRD de Montpellier, nous serons avec vous à partir du 27 avril et jusqu’au 7 mai. Connectez vous, s’il vous plait, grâce à ce lien actif du site IRD-France Sud au journal de bord de la mission El Hierro : transition énergétique et biodiversité.

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Ancien Modèle Numérique de Terrain (MNT) de l’île d’El Hierro (Canaries) appliqué par Christian Depraetere. Début des années 90 et l’île est vue du Nord. Cliché : A. Rival, IRD-Cirad.

 

"Fécondité" ou monument au paysan : sculpture cubiste en béton de César Manrique. Lanzarote, Canaries. Copyright : Lanzarote 3.
« Fécondité » ou monument au paysan des Canaries : sculpture cubiste faites de bacs à eau recyclés de César Manrique. Mozaga, San Bartolomé, centre de l’ile de Lanzarote. Manrique fut aussi actif sur El Hierro où il modela des paysages mais aussi les mentalités. Copyright : Lanzarote 3.

La mission a été préparée longuement soit depuis 2015 : les élèves du lycée Jean Monnet de Montpellier ont travaillé dur, mais dans la bonne humeur, à son montage et maintenant à son succès.

 

 

El Hierro : développement durable avec les élèves de SupAgro Montpellier

Pilotée localement par le Prof. Rafael Santos Garcia de l’Université de La Laguna (ULL) de Tenerife, une belle bande d’étudiants de SupAgro Montpellier, oeuvrant avec la Prof. Carole Sinfort, viennent de visiter et de travailler, dans le cadre de leur voyage de fin d’études d’ingénieur,  sur l’île d’El Hierro.
Une vidéo de la TV des Canaries (donc en espagnol)  est plus parlante qu’un long discours écrit. Certes il faut se débrouiller dans la langue de Cervantes mais ce blog se veut cosmopolite.

Les gens d’El Hierro sont ceux qui consacrent, malgré la petitesse de leur île, le plus de leurs surfaces, à l’agriculture biologique. Ces zones dépasse le tiers de toutes les surfaces cultivées sur l’île pour atteindre en bio 4 000 ha, un chiffre qui a comparer à celui de observé sur Tenerife (1 020 ha), une terre pourtant presque 10 fois plus étendue (280 km2 contre 2030).

 

 

 

 

El Hierro : vers les 100% EnR, les 100% durable et les 100% recyclable

La petite île des Canaries d’El Hierro continue de décliner son chiffre magique de 100% au-delà du domaine des énergies renouvelables. Les 100% EnR commencent à être régulièrement atteints pendant plus d’une journée, ainsi les plus de 40 heures de « l’alimentation propre » de l’île d’El Hierro  du dimanche 14 février à partir de 0h53 jusqu’au lundi 15 février à 17h41 (n’oubliez pas la possibilité de toujours aller en arrière dans le temps sur les données électriques, comme sur un compte bancaire, en ouvrant le petit rectangle à gauche en bas de l’écran et en cliquant sur « Ver fecha » ou « Voir la date » en français).

La demande électrique et les émissions de CO2 le 14/02/2016 à. Ile d'El Hierro. Source : Réseau Electrique Espagnol.
La demande électrique et les émissions de CO2 le 14/02/2016 à 3 heures sur El Hierro. Le vert est pour l’éolien et le bleu pour l’hydraulique. Source : Réseau Electrique Espagnol.
La production électrique et la quantité de CO2 générées sur El Hierro le 14/02/2016 à 11h30. Source : Réseau Electrique Espagnol.
La demande électrique et les émissions de CO2 le15/02/2016 à 11h30 sur El Hierro. Le vert est pour l’éolien et le bleu pour l’hydraulique.  Source : Réseau Electrique Espagnol.

Derrière les slogans publicitaires et le marketing, il y a la volonté de bien faire de la population locale, représentée par ses élus, relayée par la Région (appelée Autonomia  au-delà des Pyrénées et ici celle des Canaries) et appuyée par l’Etat espagnol et l’Union européenne.
Ainsi , le 100% durable correspond à une nouvelle offre touristique où sont ciblés le troisième âge ou, plus précisément, les jeunes retraités aisés de l’étranger. Toujours pour séduire un tourisme choisi, dans ce cas plus scientifique et aussi plus jeune et sportif, un centre d’information a été inauguré dans le cadre du nouveau Géoparc de l’Unesco (en anglais), créé en 2015, en essayant de profiter d’une nouveauté : le volcanisme sous-marin de 2011-2012. Après une phase de tranquillité qui durait depuis la fin du XVIIIe siècle, la reprise des éruptions n’avait pas été une aubaine touristique, loin s’en faut, à El Hierro, l’île la plus jeune des Canaries (environ 1 million d’années). Le Géoparc permet de renverser la tendance ou de changer la donne, quatre années après l’épisode de 2011-2012 associé à la peur des gaz volcaniques et à l’évacuation provisoire du port de pêche de La Restinga . Continuer la lecture

El Hierro et les Canaries : les ENR et la formation des jeunes en sciences

La société Gorona del Viento qui gère la centrale hydro-éolienne d’El Hierro (Canaries) a fait le bilan de son année 2015 et l’a mis en ligne (en espagnol). Au-delà de l’auto-satisfaction (assez compréhensible quand on est cause et partie mais qu’il est toujours facile de recadrer par la production électrique qui est connue au temps T*), il est mis l’accent sur le tourisme scientifique avec l’attraction principale des énergies renouvelables (EnR). Le plus important est que cette forme de tourisme – du point de vue des îliens – passe par la participation de jeunes notamment  grâce à des conventions avec les Allemands de Berlin, l’Université des Antilles avec la venue de leur étudiant Axel Ibéné pour un stage et de celle de la jeune architecte Joanne Rasse de Rabat, elle aidée par une bourse liée au CNAM de Paris. La venue des lycéens, étudiants et jeunes professionnels se justifie aussi par la beauté des paysages, façonnés par l’homme et la nature qui a fait pousser un nouveau volcan sous-marin quelques kilomètres de l’île et qui a donc permis de créer un nouveau Géoparc de l’Unesco en 2014 (en espagnol).

El Hierro. Las Playas. Cliché : A. Gioda, IRD.
El Hierro. Las Playas. Cliché : A. Gioda, IRD.
L'affiche de Renisla reprend et interprète une photographie de quatre moulins du parc du l'île (qui en compte cinq), dans le brouillard qui est la signature du paysage météorologique de l'île. Affiche : Cabildo de El Hierro.
L’affiche reprend et interprète une photographie de quatre moulins du parc du l’île (qui en compte cinq), dans le brouillard qui est la signature du paysage météorologique de l’île. Affiche : Cabildo de El Hierro.
 Je continuerai ce filon de la formation en 2016.
a) Ainsi, ai-je préparé dès septembre dernier, en tant que conseiller scientifique du club JRD El Hierro, la venue du groupe comprenant dix élèves du Lycée Jean Monnet de Montpellier et un étudiant de l’Ecole d’Architecture, toujours de cette ville. Ce projet scolaire est mené entre autres avec le support du Service Educatif de l’IRD France-Sud (Mme Muriel Tapiau) et ce voyage d’études serait fin avril-début mai avec deux professeurs du Lycée Jean Monnetoui, le grand Européen – de Montpellier : Mmes Dominique Chirpaz et Christine Genuist qui développent un enseignement sur le terrain.
b) De leur part et en parallèle, les gens de l’île, grâce au directeur de l’IES Garoé (le Lycée d’El Hierro) qui est aussi professeur d’allemand, montent un projet assez proche qui serait «  labelisé  » Erasmus+ avec des jeunes Allemands, Lituaniens et Turcs. Ce projet couvrirait les trois prochaines années. Nous étudierons la possibilité de joindre ces deux actions a) et b) avec l’idée centrale de faire sortir des jeunes lycéens d’El Hierro de leur île afin de mieux connaître le Monde et de faire partager leurs acquis en écologie appliquée.
c) Toujours en parallèle, les élèves avancés de SupAgro de Montpellier feront leur voyage final d’études sur El Hierro dès fin février-début mars, avec les Prof. Carole Sinfor de l’Inra et Gabriel Santos Garcia de l’Université publique de La Laguna (ULL, île de Tenerife, Canaries).
d) J’encadre, à distance et en partie, deux élèves pour le concours des Classes Préparatoires avec un TIPE (Travail d’Initiative Personnelle Encadré) autour d’El Hierro et les énergies renouvelables.
e) Enfin, j’aide à achever, en tant que membre pressenti du Comité scientifique, le projet Erasmus+ appelé « Afreqen » du CNAM de Paris et du Cirad de Marrakech qui aura un fort volet énergies renouvelables avec le savoir-faire des Collègues de l’ULL (Université de La Laguna) de l’île de Tenerife aux Canaries. Le projet sera déposé à Bruxelles début février.

Beaucoup de projets et donc de rêves mais basés sur les réussites de jeunes que j’avais eu le plaisir d’aider tels Marie Guyon avec son attrape-brouillard portable, Mathieu Labour maintenant ingénieur chez Urbasolar et, l’an dernier, Joanne Rasse et son voyage d’études en architecture et énergies renouvelables sur El Hierro où il a rencontré beaucoup d’échos (en espagnol).

Hybride moto-vélo 100% électrique fabriqué au Pôle électrique d'Alès (Gard) et régulièrement commercialisé. Cliché : A. Gioda, IRD.
Hybride moto-vélo 100% électrique fabriqué au Pôle Mécanique d’Alès (Gard) et régulièrement commercialisé. Stand : Mostra Verte 2015 de Perpignan. Cliché : A. Gioda, IRD. PS : je n’ai aucune relation avec la société SEV qui produit l’Etricks.
 * Chaleur et panne de vent fréquente caractérisent la fin de 2015 et le début 2016 sur El Hierro mais aussi sur toute l’Europe du Sud et l’Afrique du Nord où la situation anti-cyclonique perdure. Une part de ce phénomène est à lier au très fort phénomène El Niño en cours.

El Hierro : un label de valeur durable ou un « brand content »

Des produits de la marque déposée d’El Hierro ou Mercahierro sont commercialisés, à petite échelle,  mais ils sont un acquis important soit un label de qualité ou une valeur ajoutée reconnus et appréciés dans tout l’archipel des Canaries.

Camion de la coopérative Marca Hierro. Poligono Industrial, Isora A. Gioda, IRD.
Camion de la coopérative Mercahierro. Poligono Industrial, Isora. Cliché : A. Gioda, IRD.

Presque partout ailleurs dans ce dernier l’agriculture, l’élevage et la pêche durables furent abandonnés depuis les années 60  à cause de la marche forcée vers le tourisme de masse voulue par Madrid, à la fin de la période d’ostracisme de l’Espagne qui avait suivi la fin de la Seconde guerre mondiale. Ce fut un développement qui sortit les Canaries de la pauvreté mais bien des îles furent abîmées de façon définitive par le bétonnage des côtes, le mitage des paysages par les lotissements et les centres commerciaux, la dite « civilisation automobile », etc. Continuer la lecture

Concord : Walden et autres écrits de H. D. Thoreau

En écologie appliquée, deux grandes écoles m’étaient connues : celle de la préservation de la Nature issue des écrits et des actions de John Muir (1838-1914), le créateur du Yosemite, le premier Parc National aux USA, et du Sierra Club ; et celle de la conservation — qui passerait de nos jours pour le développement durable– prônée par Giffort Pinchot (1865-1846) aux USA également.
John Muir se réfère souvent à son aîné Henry David Thoreau (né et décédé à Concord, Massachusetts, Etats-Unis, 1817-1862) car il connut bien son ami fidèle depuis Harvard et diffuseur de ses idées Raph Waldo Emerson (1803-1882). Ce dernier eut une vie terrestre bien plus longue que Thoreau. Toutefois pour moi, tout cela n’était que des généralités car je dois confesser n’avoir lu, jusque il y a peu, aucun de ces textes fondateurs de l’écologie, hors ceux de Humboldt, sans doute par paresse. Un séjour récent en Italie m’a fait rencontrer dans une ancienne et petite bibliothèque familiale, une bonne part des écrits de Thoreau. Il s’agissait d’une version originale au sens d’américaine qui regroupait les grands textes de l’auteur auxquels s’ajoutaient des extraits d’écrits moins connus, tels son Journal et les récits de promenades naturalistes. Le livre de poche de Bantham Classic était dans son édition de 1962 et cette dernière avait été préparée et introduite par Joseph Wood Krutch lui-même écrivain, essayiste et naturaliste reconnu.
Thoreau Walden Continuer la lecture