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Clin d’œil à mon grand-père

Le quotidien « La Croix » (n° 40349) a publié le 25 novembre 2015, en page 15, dans sa rubrique « Lien de famille », l’article : « Mon grand-père m’a transmis l’amour de la nature », recueilli par Évelyne Montigny.

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Voici le texte :

La Croix, n° 40349, 25 novembre 2015, p. 15

« Lien de famille »

« Mon grand-père m’a transmis l’amour de la nature »

Jacques-Marie Bardintzeff
Spécialiste des volcans, des éruptions et des risques naturels (1)

« Mon grand-père paternel m’a transmis ce nom russe qui m’a tant fait rêver enfant. Son propre père avait rencontré mon arrière-grand-mère (française) à Saint-Pétersbourg où elle était venue apprendre le français à de jeunes élèves. Hélas ce grand-père est mort jeune et, malgré mes recherches, je n’ai pas retrouvé trace de cette branche familiale en Russie. En revanche, j’ai bien connu mon grand-père maternel, et j’ai eu le grand bonheur d’explorer avec lui la campagne et les montagnes proches de Grenoble.
Il s’était engagé volontaire à 17 ans en 1914. Blessé gravement à trois reprises, il avait reçu trois prestigieuses distinctions : la Légion d’honneur, la Croix de guerre et la Médaille militaire. Chaque 11-Novembre, j’étais fier lorsqu’il accrochait ses quinze médailles sur sa veste avant de m’emmener au défilé.
Cependant, mes souvenirs les plus intenses sont liés à la maison familiale où je passais mes vacances. J’étais l’aîné des petits-enfants et j’ai eu l’immense privilège d’être sa « petite main » puis son « assistant » au jardin. J’étais fasciné par ses connaissances botaniques. Je garde un souvenir ébloui des marches que nous faisions pour aller contempler la floraison des perce-neige, puis des primevères, ou encore des jonquilles et des narcisses. Il savait exactement où et à quel moment cela se produirait.
Chaque matin des grandes vacances, il me concoctait un petit programme que je suivais avec bonheur. Il m’a appris le respect des outils, comme ne pas les laisser traîner sous la pluie et les nettoyer à la fin de la journée. Il était très attentif à ce que je respecte leur hiérarchie. Au départ, je n’avais droit qu’au râteau, puis au piochon. Vint plus tard le droit de me servir d’outils plus dangereux comme la hache ou la scie… Au fur et à mesure que je grandissais, il me confiait des tâches de plus en plus importantes, n’hésitant pas à me responsabiliser, balayant d’un revers de la main les craintes de ma grand-mère qui me trouvait trop jeune.
Il m’a donné le goût du travail bien fait. Lorsque nous avions fini de tailler une haie, le soir, il m’offrait la plus belle des récompenses : allumer un feu pour brûler les déchets ! Apprendre à l’allumer fut pour moi une sorte d’initiation, quelque chose qui nous liait, lui et moi. Et un feu, c’est comme un petit volcan !
Plus tard je me suis intéressé aux minéraux, alors il organisait de véritables randonnées naturalistes dans les montagnes avoisinantes, pour me permettre d’agrandir ma collection de cailloux. Avec lui on ne s’ennuyait jamais, le soir nous passions des heures à discuter, jouer aux cartes en famille ou regarder les étoiles. Je me souviens de cette nuit du 13 août 1962 où nous sommes longtemps restés à scruter le ciel étoilé pour voir passer les cosmonautes Nikolaïev et Popovitch qui effectuaient alors des révolutions autour de la Terre à bord de leurs Vostok 3 et 4 !

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Le 20 juillet 1981, dans les environs de Brié-et-Angonnes en Isère. Mon grand-père va vers ses 84 ans et moi vers mes 28 ans. Nous sommes allé chercher des roches et des plantes pour son « jardin alpin » (© J.M. Bardintzeff et D. Rey).

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