Lilou Bourquin-Drugeat m’a interviewé sur mon métier d’enseignant-chercheur pour son compte Linkedin.

Jacques-Marie Bardintzeff, enseignant-chercheur, photographié par Alain Lepagnot le 7 juin 2026 lors du Salon du livre de Presles (© Alain Lepagnot).
Retrouver mon interview :
Le texte de mon interview :
« Quel est votre métier ? »
Je m’attendais à entendre :
« Je suis volcanologue. »
Après tout, Jacques-Marie Bardintzeff a consacré plus de cinquante ans de sa vie aux volcans. 125 expéditions, des dizaines d’ouvrages, des centaines de conférences et des générations d’étudiants formés.
Mais il m’a simplement répondu :
« Je suis enseignant-chercheur. »
À cet instant, j’ai compris que cette interview ne parlerait pas vraiment des volcans.
Elle parlerait de transmission.
Au fil de notre échange, ce ne sont pas les éruptions qui m’ont le plus marqué.
C’est le professeur.
Celui qui aurait pu faire uniquement de la recherche, mais qui n’a jamais voulu renoncer à enseigner.
Celui qui se souvient davantage d’un étudiant “ordinaire” préparant une traversée de l’Atlantique à la voile que des meilleurs dossiers qu’il a vus passer.
Celui qui considère que le plus beau compliment qu’un étudiant puisse lui faire n’est pas :
« Vous êtes brillant. »
Mais :
« Vous êtes rassurant. »
Cette phrase résume peut-être tout.
On admire souvent les enseignants pour ce qu’ils savent.
On oublie que les plus grands sont souvent ceux qui donnent simplement envie d’apprendre.
Nous avons aussi parlé d’intelligence artificielle.
Son avis est sans détour :
Les outils évolueront. Mais rien ne remplacera un enseignant capable de transmettre une façon de regarder le monde.
Puis la conversation est devenue plus personnelle.
Il m’a raconté qu’au début de sa carrière, il lui arrivait de prendre davantage de risques sur le terrain.
Puis il est devenu père.
À partir de ce moment-là, chaque décision avait un poids différent.
Quelques années plus tard, il emmènera pourtant sa fille observer des volcans et lui dira simplement :
« Regarde bien… tu ne reverras probablement jamais ça. »
On comprend alors que ce qu’il voulait transmettre n’était pas seulement des connaissances.
C’était l’émerveillement.
Avant de nous quitter, je lui ai demandé quelle phrase il glisserait dans la tête de tous les étudiants.
Il m’a répondu sans hésiter :
« Une journée où l’on a appris quelque chose est une journée gagnée. »
Je crois que cette phrase résume autant sa carrière que sa manière de vivre.
Merci, Jacques-Marie Bardintzeff, pour cette conversation d’une grande simplicité et pour ce rappel que les plus belles carrières ne sont peut-être pas celles qui accumulent les exploits, mais celles qui donnent à des milliers de personnes l’envie de comprendre le monde.
Si vous souhaitez découvrir son travail, je vous recommande son blog Volcanmania, où il partage ses expéditions, ses observations et ses connaissances avec la même passion que celle qui a animé toute notre conversation.
Il vient également de publier la 2ᵉ édition de son livre « Volcanologue » (Éditions L’Harmattan), dans lequel il revient sur un demi-siècle d’aventures scientifiques et humaines.