

Dans une étude conduite par Lujendra Ozha et Mary Beth Wilhelm, doctorants à la Georgia Institute of Technology, des spectres infrarouges recueillis par le satellite et correspondant à l’emplacement de tels écoulement ont pu être isolés, une prouesse quand on sait que ces écoulements sont larges d’un à cinq mètres en moyenne (et longs de quelques centaines de mètres). La signature est celle de perchlorates hydratés, sels dont la présence avait déjà été repérée par des études conduites au sol, tant par la sonde Phoenix en 2008 que par la sonde Curiosity aujourd’hui.
Reste à préciser où ces sombres écoulements rectilignes—connus des spécialistes sous l’acronyme RSL pour Recurring Slope Linae—puisent leur eau. Pour Alfred McEwen, vétéran planétologue sur l’équipe de la sonde orbitale MRO, de la vapeur d’eau est aspirée de la fine atmosphère par les sels qui s’hydratent alors (phénomène de déliquescence). Mais la question se pose—et je doute qu’elle l’ait été lors de conférence de presse : comment autant de vapeur d’eau se trouve-t-elle disponible pour l’opération, et à la pression minimaliste à la surface, comment peut-elle physiquement devenir liquide. L’autre solution serait que de l’eau saumâtre sous pression (donc avec plus de chance d’être liquide) puisse remonter du proche sous-sol à l’endroit de l’écoulement. Affaire à suivre.
Il s’agit plus de coulées de boue que de ruisseaux (on peut spéculer qu’il y a 5 % d’eau seulement dans la mixture). Et en tout état de cause, cela reste des quantités infimes d’eau mobilisées sur ces pentes à chaque fin de printemps, les estimations parlant de 100 000 mètres cubes comme ordre de grandeur sur l’ensemble de la planète, soit une trentaine de piscines olympiques. Le véritable réservoir d’eau martienne reste toute celle emprisonnée dans les glaces polaires, qui correspond à de véritables mers gelées. Mais toute confirmation d’eau liquide coulant actuellement sur la planète est bonne à prendre et nous éloigne du stéréotype d’une Mars gelée en permanence, ravivant l’optimisme des chercheurs de vie extraterrestre. Et comme Alfred McEwen l’a dit dans un sourire : ces pentes sont trop raides pour un robot. Un astronaute, en revanche…
Archives de catégorie : Sciences
Simulation martienne à Hawaï

Une nouvelle simulation de séjour sur Mars est en cours sur la base Hi-Seas de Hawaï dans le Pacifique, six volontaires s’étant enfermés pour une année dans un dôme géodésique de 12 mètres de diamètre, installé à 2500 mètres d’altitude sur le flanc du volcan Mauna Loa. C’est la plus longue simulation conduite sur cette base, conçue à l’initiative de l’Université de Hawaï à Manoa (Honolulu) avec le soutien de la NASA. Elle a débuté le 28 août et s’achèvera en août 2016 avec un équipage international de six hommes et femmes, dont le Français Cyprien Verseux. Continuer la lecture de Simulation martienne à Hawaï
Elon Musk prône le bombardement de Mars

L’entrepreneur Canadien/Sud-Africain Elon Musk a créé le buzz sur le très regardé Late Show de la chaîne américaine CBS, en suggérant que Mars pourrait devenir habitable à coups de bombes atomiques. Ardent supporteur des missions pilotées vers la planète rouge et président de la société Space-X, qui fabrique des fusées et des vaisseaux spatiaux, Elon Musk a évoqué cette solution comme une boutade, mais elle a fait jaser.
Je commenterai cette actualité ce mercredi 16 septembre, dans l’émission de Sylvain Kahn “Planète Terre” sur France Culture, de 14h à 15h. Continuer la lecture de Elon Musk prône le bombardement de Mars
Un Martien parmi nous !

Dans le livre des records, l’été 2015 aura été marqué par la performance du cosmonaute russe Guennadi Padalka qui effectuait son cinquième vol spatial : à cette occasion, le 28 juin, il cumulait déjà plus de 803 jours passés dans l’espace—soit deux ans, deux mois et deux semaines—dépassant le précédent record détenu par le cosmonaute Sergueï Krikalev. Et comme Padalka ne terminera sa présente mission dans l’ISS (Station Spatiale Internationale) qu’en septembre, il reviendra sur Terre avec un record porté à deux ans et cinq mois, soit la durée d’une future mission martienne… Continuer la lecture de Un Martien parmi nous !
Volcans : Vénus éclipse Mars !

Mars contre Vénus : le match était lancé depuis longtemps dans le coeur des planétologues, quant à qui, de la planète rouge ou de l’étoile du berger, nous livrerait les premières images d’une éruption volcanique en direct, autre part que sur Terre. (Io, lune de Jupiter, est hors concours : elle est en éruption permanente sous l’influence marémotrice de la planète géante, ce qui est un sacré phénomène en soi).
Olympus Mons sur Mars deviendrait-il le premier volcan extraterrestre à nous émerveiller ainsi ? Or il semblerait que Vénus soit sur le point de remporter ce duel de titans, du moins si l’on en croit les dernières études infrarouges de la sonde européenne Venus Express.
Radiations : un péril exagéré
Dans un article publié le 2 mai dans la revue Science Advances, qui a fait grand bruit dans les media, un groupe de chercheurs de l’université Irvine de Californie a soumis des souris de laboratoire à une forte dose de radiations ionisantes, censée représenter celle que subirait un astronaute lors d’un vol martien. Images de leur cerveau et tests de mémoire exécutés sur les petits rongeurs montrent une détérioration du tissu neuronal, notamment au niveau des synapses transmettant l’information dans leur mignonne matière grise, et une baisse de performance dans leur aptitude à apprendre et mémoriser leurs petits exercices de souris, ainsi qu’un manque d’intérêt, et des réactions plutôt mollassonnes, en présence de leurs jouets favoris. Le problème est que cette étude est une caricature, mettant en œuvre des doses de radiations sans commune mesure avec celles d’un vol martien. Continuer la lecture de Radiations : un péril exagéré
Mars : un bon terroir
Décidemment, Mars n’en finit pas de nous surprendre depuis l’arrivée du robot Curiosity sur son sol. Avant cette mission, la planète rouge était présentée comme très hostile à la vie, avec un sol à la chimie agressive, bourré de superoxydes (des perchlorates, notamment) ; avec aucune matière organique (ces composés riches en carbone « réduit » dont la biologie a besoin) ; et un passé certes aqueux au début de son histoire, mais une eau que l’on nous présentait volontiers comme acide et inhospitalière pour la naissance de la vie.
Depuis, Curiosity a changé tout cela. On découvre petit à petit une Mars beaucoup plus séduisante, au point où je me remets à rêver d’un terroir où les futurs colons installeront des serres à même le sol et—petit phantasme personnel—planteront des vignes. Continuer la lecture de Mars : un bon terroir
Mars One : 100 candidats au rêve

Le projet MARS ONE, visant à poser des équipages sur Mars avec des fonds privés à partir de 2024, vient d’annoncer le 16 février la liste des 100 candidats finalistes, sélectionnés à partir des 200 000 candidats qui ont payé chacun quelques dizaines d’euros pour participer à ce qui se réduit à un cirque médiatique. Un point sur ce projet aussi délirant que préjudiciable aux véritables efforts de missions pilotées vers Mars.
Curiosity dévoile l’histoire de Mars

On attendait beaucoup du rover Curiosity, posé le 6 août 2013 dans le cratère Gale de la planète rouge. Pour une mission aussi ambitieuse, coûteuse et unique—un seul robot automobile contre deux pour la génération précédente de Spirit et Opportunity—il fallait d’abord viser juste : choisir le bon site qui nous raconterait l’histoire la plus intéressante et la plus complète de l’histoire géologique et climatique de Mars. Il fallait ensuite réussir techniquement l’exploration et survivre suffisamment longtemps dans les conditions froides, rocailleuses, sableuses et abrasives du site pour analyser suffisamment de roches et d’échantillons de sol pour comprendre ce que le terrain avait à dire.
Après deux ans et demi sur Mars, on peut dire que le pari est gagné. Malgré son rythme de tortue, qui a depuis longtemps décroché le grand public mais n’a pas trompé les spécialistes, le long travail a fini par rapporter. Aux découvertes glanées dès les premiers jours de son périple—des bancs de gravier charriés par d’anciennes rivières, ainsi que des sédiments lacustres témoins d’une eau neutre, favorable à l’éclosion d’une vie passée—Curiosity vient de verser au dossier martien des éléments essentiels pour en comprendre les paysages et l’histoire : les premières analyses, depuis septembre dernier, des strates de l’impressionnante montagne de 5000 mètres de haut qui se dresse au milieu du cratère.
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Le mystère du méthane sur Mars

Le rover Curiosity, qui analyse sur son chemin l’atmosphère martienne grâce à sa suite d’instruments embarqués, a détecté d’infimes traces de méthane dans le cratère Gale, selon un rapport publié le 18 décembre par l’équipe en charge dans la revue Science. Alors que le niveau de base du méthane est minime (environ une part par milliard, soit 0,0000001 %), un taux dix fois plus important a été mesuré sur un intervalle de deux mois, comme si une bouffée avait été relâchée quelque part sur la planète Mars. Elle interpelle les chercheurs, puisqu’une activité biologique n’est pas exclue pour l’expliquer, faisant resurgir le spectre de la vie sur Mars.
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