Radiations : un péril exagéré

Mars danger Dans un article publié le 2 mai dans la revue Science Advances, qui a fait grand bruit dans les media, un groupe de chercheurs de l’université Irvine de Californie a soumis des souris de laboratoire à une forte dose de radiations ionisantes, censée représenter celle que subirait un astronaute lors d’un vol martien. Images de leur cerveau et tests de mémoire exécutés sur les petits rongeurs montrent une détérioration du tissu neuronal, notamment au niveau des synapses transmettant l’information dans leur mignonne matière grise, et une baisse de performance dans leur aptitude à apprendre et mémoriser leurs petits exercices de souris, ainsi qu’un manque d’intérêt, et des réactions plutôt mollassonnes, en présence de leurs jouets favoris. Le problème est que cette étude est une caricature, mettant en œuvre des doses de radiations sans commune mesure avec celles d’un vol martien.
Rappelons le problème des rayonnements ionisants (solaires et cosmiques) auxquels les astronautes seront confrontés lors d’une mission martienne. Dans le livre Embarquement pour Mars : 20 défis à relever, le problème est clairement exposé. Comme je le résume dans un chapitre consacré aux astronautes, « les relevés des sondes martiennes montrent bien qu’ils sont tout à fait acceptables : de l’ordre de 20 cSv (centisievert) pour le vol Terre-Mars, autant pour le retour, et en comptant une dose d’environ 20 cSv [0,2 sievert] pour l’année et demie passée sur Mars (où le rayonnement reçu est moins que la moitié de ce qu’il est dans l’Espace), le total reçu sur la mission sera d’environ 60 cSv [0,6 sievert], soit la dose “recommandée à ne pas dépasser“ pour un ouvrier du nucléaire sur une carrière de 30 ans. » Un autre chapitre du livre traite en détail ce sujet.
Or les souris furent bombardées par une dose d’environ 2 sieverts, soit trois fois plus que lors des deux ans et demi d’un vol martien (ou si l’on prend les estimations les plus pessimistes pour un tel vol, 1,5 fois plus). Mais surtout, cette dose ne fut pas administrée en deux ans et demi, mais en moins de 30 secondes. Comme j’aime à le dire par boutade, il y a une différence entre boire un litre de jus d’orange par jour pendant deux ans et demi, et être forcé à boire 1000 litres de jus d’orange en 30 secondes.
En d’autres termes, la dose a été administrée à un taux plusieurs millions de fois supérieur à ce qu’il sera en réalité. Mais il est vrai que les auteurs de l’étude—ce que n’a pas manqué de relever Robert Zubrin, président de la Mars Society et détenteur par ailleurs d’un doctorat en physique nucléaire—ont minimisé cette information qui n’apparaît que comme un détail dans un paragraphe tout à la fin de l’article.

Sergei Krikalev a passé plus de deux ans dans l'espace sans avoir perdu ni motivation ni concentration...
Sergei Krikalev a passé plus de deux ans dans l’espace sans avoir perdu ni motivation ni concentration…

Les taux réels subis par les futurs Martionautes en vol vers la planète rouge seront environ deux fois supérieurs à ceux subis aujourd’hui par les astronautes de la Station Spatiale Internationale, et comparables, voire inférieurs à la surface de Mars (où la masse de la planète intercepte la moitié du rayonnement cosmique incident, et la fine atmosphère une fraction supplémentaire). Quant aux mesures de protection à prendre lors du vol, elles sont multiples, ne serait-ce que dormir dans un lieu capitonné à l’abri des radiations, ce qui diminuera déjà la dose reçue d’un tiers (8 heures de sommeil sur 24).
Mais il est vrai que les pauvres souris n’auront pas eu cette chance.

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