Sète : à la voile vers les Canaries et les conditions de la transition énergétique

Une petite fête fort sympathique a eu lieu sur le port de plaisance de Sète le samedi 15 septembre, à laquelle j’ai participé avec notamment la professeure Dominique Chirpaz et le proviseur Jean-Michel Diot du Lycée Jean Monnet de Montpellier très impliqués dans le développement des énergies renouvelables. Parmi l’assistance, deux des jeunes que nous accompagnerons en octobre afin de travailler aux Canaries avec également la professeure Christine Genuist : Victor Cazalis, doctorant au CEFE-CNRS, et Antoine Guy, lycéen venu avec ses parents. Avec deux jours d’anticipation, la fête célébrait le départ du bateau de Planète en Commun Luna Blu – escorté de Kaora, un autre voilier barré par Didier et son épouse Dominique – qui a pris la mer le 17 septembre. Son long voyage durera une année, avec pour première escale après cinq jours de navigation, l’île de Minorque aux Baléares et, comme destination la plus lointaine, Ushuaïa en Patagonie argentine, l’un des bouts du monde.

La navigatrice Sandrine Locci de Planète en Commun (à droite sur le ponton) en train d’expliquer son très prochain périple, devant le voilier Luna Blu, au port de Sète le 15 septembre 2018. C’était deux jours avant le départ pour Ushuaïa en Argentine via entre autres les Canaries, avec des escales sur les îles de Tenerife et d’El Hierro. ©  A. Gioda, IRD.

Ushuaïa est aussi un lieu mythique pour les aventuriers et autres loups de mer.

Ushuaïa est le dernier grand port, le plus haut méridional de l’Amérique du Sud, avant le doublage du fort redouté Cap Horn où, après la traversée des quarantièmes rugissants, se déploieront les cinquantièmes hurlants, avec toutes leurs forces, sur l’océan.

Le voilier Luna Blu, photographié dans un paysage de fjords qu’il retrouvera en Patagonie après être parti de son port d’attache de Sète le 17 septembre 2018.

Toutefois, Luna Blu, un monocoque de 14 mètres, est, d’abord ici, le bateau solidaire de l’association Planète en Commun. Une famille l’anime avec un moussaillon de 6 printemps et un capitaine qui est le petit entrepreneur de Carbone-free, une société abritée, depuis une décennie, par la Scop Ariac 34.

Le monocoque Luna Blu au port de Sète le 15 septembre 2018, deux jours avant le départ pour Ushuaïa en Argentine. De dos, Gabriel (6 ans), le moussaillon de l’équipage et le fils des navigateurs Sandrine Locci et Jean-Luc Tollemer.  © A. Gioda, IRD.

L’IRD est aussi partenaire avec la collaboration de deux chercheurs , Yann Tremblay (en anglais) et moi-même ainsi que celle de Dominique Chirpaz du Service éducatif. En outre, sa représentation en Occitanie, la plus importante en nombre de chercheurs de tout l’institut, a soutenu la quête du financement participatif du projet associant Planète en Commun, le Lycée Jean Monnet de Montpellier et donc trois membres de l’IRD. Le bateau, mû uniquement par l’énergie éolienne, fera des croisières scientifiques côtières pour les jeunes, issus du Lycée Jean Monnet, autour des îles de Tenerife et d’El Hierro, à la fin d’octobre, lorsque Luna Blu relâchera aux Canaries. Bon vent à Luna Blu et à Kaora, son voilier de conserve ! Bon vent surtout à leurs équipages familiaux : pour Luna Blu, Sandrine, Gabriel et Jean-Luc, pour Kaora, Dominique et Didier !

Le port de La Restinga où Luna Blu est attendu fin octobre pour embarquer les jeunes scientifiques encadrés par le Lycée Jean Monnet de Montpellier et l’IRD. El Hierro, Canaries. © A. Gioda, IRD.

Au niveau national en France, la rentrée médiatique 2018-19 a été marquée dans les domaines de l’écologie, du développement durable et de la transition  énergique par la publication de trois appels successifs, vers nos dirigeants, en faveur de la lutte contre le changement climatique : ceux des 200 artistes le 3 septembre dans Le Monde, des 100 personnalités politiques, décideurs, cadres et syndicalistes  dans Alternatives Economiques, toujours le 3 et des 700 scientifiques dont des climatologues dans Libération le 7 courant. Je vous en parle uniquement car j’ai été un des signataires de ce dernier appel mais ma position, basée sur les leçons d’un engagement de terrain depuis longtemps, est proche de la suivante  :

«Il est, selon moi, indispensable de garder espoir en rappelant que des solutions existent, en mettant en avant ce qui marche et en focalisant l’attention de tous sur ces solutions, plutôt que de rester « fasciné » par la catastrophe. » Alain Grandjean, blog Chroniques de l’Anthropocène, le 17 septembre 2018.

Sur le fond, vous trouverez une bonne analyse, à mon sens, d’un spécialiste hollandais, de « Pourquoi la lutte efficace contre le changement climatique, ça ne marche pas au niveau global ? » (malgré des  exceptions locales telle l’île d’El Hierro et surtout malgré de bons comportements à l’échelle de l’individu).

«  Mais les réponses individuelles posent la question de leur efficacité face à un changement de comportement qui nécessite d’être systémique », explique Kris de Decker, dans le billet du 5 juillet (en anglais), sur son blog Low-Tech Magazine (@lowtechmagazine). Il poursuit : une politique durable et systémique nécessite de passer de « comment changer les comportements des individus » à « comment changer le fonctionnement de la société », ce qui conduit à des interventions radicalement différentes. C’est en changeant nos infrastructures de vie, les objectifs des institutions et des entreprises qui les façonnent, les conventions culturelles qui les sous-tendent que les comportements individuels changeront à leur tour ! Pas l’inverse.

En intégralité, il faudrait lire le travail postérieur de synthèse, daté du 15 septembre, des trois journalistes Hubert Guillaud,  Xavier de la Porte et Rémi Sussan sur le blog Internet Actu, hébergé par le site du journal Le Monde.
Néanmoins, l’ensemble de ces réserves n’empêche pas de saluer deux compagnons de route, venus de loin, à la fête du port de Sète le 15 septembre : Pierre-Antoine Terry, avec sa Zoé électrique, de la région d’Alès ; et Jean-Baptiste Forestier,  jeune ingénieur de l’industrie spatiale, qui avait pris le train depuis Toulouse. Tous viennent d’Occitanie, la Région soutenant Planète en Commun, qui parrainera aussi le prochain plus grand rassemblement de la mobilité électrique de France, le samedi 29 septembre à Rivesaltes dans les Pyrénées-Orientales, organisé par l’association amie Lame 66.

Poster de la concentration de véhicules électriques  de Rivesaltes (66), le samedi 29 septembre 2018.  © Lame 66.

Venez donc nombreux à Rivesaltes le 29 et vous serez royalement accueilli par l’équipe de conducteurs militants et souriants, animée par son président Robert alias Bob Morandeira.

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