Porto Santo, Utrecht et Danemark : V2G et apport du véhicule électrique au réseau

Dans notre espace public en France, le déploiement des bornes de recharge des VE (véhicules électriques) est quelque chose de lent ou de progressif. Ne parlons point du V2G ou Véhicule to Grid ou bien, en français, la charge bidirectionnelle qui est testée sur l’île portugaise de Porto Santo (5 500 habitants, 43 km², archipel de Madère et connue en histoire pour être la terre de la femme de Christophe Colomb) et la ville d’Utrecht (330 000 habitants, Pays-Bas). Idem pour le système V2H (Vehicule to House), lui aussi indisponible, en France mais, avec l’achat d’une wallbox à charge bidirectionnelle, Mitsubishi le propose au Japon et dans quelques pays européens. Aussi, à partir d’exemples étrangers car, chez nous, en sommes donc encore là aux balbutiements, je m’appuierai sur le savoir-faire technique de Dominique Delport de Tessy-Bocage dans le département de la Manche. Egalement impliqué dans bien des projets d’Internet en milieu rural isolé (toile dans le bocage normand et maillage du plateau du Larzac dans l’Aveyron) et pionnier du système d’échange local (SEL), Dominique Delport était venu avec sa Renault Zoé, de dernière génération, pour me faire partager son enthousiasme jusqu’à Paris, à la rue Descartes, aux portes du ministère de l’enseignement supérieur, de la recherche et de l’innovation (MESRI).
Moi, je ne connais correctement que l’exemple de l’île d’El Hierro aux Canaries où ce n’est que, l’an dernier, que les nouvelles 7 bornes de 22 kW (*) ont été opérationnelles bien que cette petite terre émergée (270 km² et ses 6 000 habitants permanents) soit, depuis 2014, l’un des fleurons du programme Renforus de l’Unesco au sujet des énergies renouvelables dans les sites classés : Réserve de la biosphère depuis 2000 et Géoparc depuis 2014.

L’une des 7 bornes de recharge pour véhicules électriques installées en 2018. Elle est, comme les autres, de 22 kW. L’énergie fournie sera gratuite pendant les deux premières années, après leur installation. El Hierro, Canaries, fin 2018. @ www.esmartcity.es

Néanmoins, l’île affiche avoir été la première smart island au Monde depuis plusieurs années, dans le cadre de l’archipel des Canaries, en particulier depuis 2014 soit la date de la mise en route de sa novatrice centrale hydro-éolienne. Renault-Nissan y a un partenariat depuis 2011 mais, jusqu’à la fin de 2018, seulement 3 bornes de charge lente  de 7 kW étaient disponibles, pour toute l’île (couvrant près 300 km² avec ses 6 000 permanents à l’habitat dispersé), qui n’assuraient un service guère plus satisfaisant que celui de se brancher chez soi au courant domestique. En effet, pour les personnes, il existe, selon leurs besoins et leurs possibilités financières, des possibilités de charge sur le réseau électrique entre 2 et 12 kW :  pour vous donner une idée, une wallbox, installable chez soi, de 7,4 kW recharge une Renault Zoé en environ 8 heures, selon le site Renault mis à jour le 09/01/2019.

L’entrée de la centrale Endesa au fioul de Llanos Blancos (peinte en vert !) et, à droite, la prise de charge de 7 kW pour véhicules électriques et leur emplacement (peint en bleu) . El Hierro, Canaries, mars 2014. Tout le système de charge et recharge a été radicalement modifié en 2018 pour passer à 22 kW. @ A. Gioda, IRD.

Aussi finalement, c’est sur une île de l’archipel voisin de Madère, celle de Porto Santo, que le système V2G  est testé depuis la fin de 2018. Il s’agit d’injecter le courant de la grosse batterie de la voiture dans le réseau lorsque la demande électrique est forte sur le réseau. Ensuite, le stockage se refait dans la batterie de la voiture lors que la demande est faible et le prix de l’énergie bas. Bien sûr, le système est mis en route volontairement et surtout lorsque la voiture est longtemps stationnée. Dans la ville d’Utrecht en Hollande, il avance avance aussi à bons pas.

Trois Renault Zoé dont deux branchées en V2G dans la ville d’Utrecht (Pays-Bas). @ Van Der Vaart.

L’été 2019 il sera testé sur la petite île bretonne de Belle-Ile-en-Mer (Morbihan).
Au Danemark où Copenhague fut le siège de la COP15 de 2009, les mesures et actions s’enchainent : 43 % du mix énergétique national est donné par l’éolien ; l’autopartage des véhicules électrique est encouragé avec bientôt 850 véhicules (BMW et Renault-Nissan) en libre-service à Copenhague ; la fin de la circulation des véhicules thermiques est prévue en 2030 même si cela sera difficile à atteindre comme objectif ; et le V2G a pu déjà rapporter plus de 1 500 euros/an à certains propriétaires utilisant peu leur voiture par la charge de leur véhicule dérivée vers le réseau de distribution d’électricité.
Pour revenir à mes moutons habituels sur ce blog, ne nous méprenons pas : l’île d’El Hierro, par le moyen de son gouvernement insulaire, est très impliquée dans la transition énergétique,  y compris au niveau des transports, avec une aide à l’achat de véhicules électriques allant jusqu’à 7 000 euros pour ceux personnels et 10 000 pour les commerciaux. Egalement les contacts, au plus haut niveau, avec les entrepreneurs allemands de la mobilité électrique sont réguliers.

Je tiens à préciser que je n’ai aucune action ni reçu d’aide des marques Renault, Nissan, Mitsubishi, BMW ou Tesla ni possède de véhicules de ces sociétés y compris thermiques. Ma femme conduit, les fins de semaine, une voiture à essence (E10) avec un petit 3 cylindres (1 litre turbo), soit un produit du downsizing . Sa voiture porte l’auto-collant de BlaBlaCar® dont elle est « Ambassadeur », le plus haut grade du covoiturage dit avec humour. Moi, j’ai travaillé sur une motocyclette pour la mise au point d’un système d’injection de carburant E85 ou bioéthanol.

La conclusion est ouverte car cet article est à suivre et ainsi vous aurez un petit feuilleton de la saga de la mobilité électrique par un utilisateur français éclairé, Dominique Delport.

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(*) Un récapitulatif grâce à l’aide de Robert Morandeira de l’association Lame 66, implantée dans les Pyrénées-Orientales. D’où le numéro de département pour les véhicules de 66 !

  • charge accélérée pour les véhicules électriques : 22 kW
  • charge rapide : 43-50 kW
  • super-chargeur Tesla : 90 puis 120 kW
  • nouveau super-chargeur européen : 150 Kw
  • annoncé en 2019, super-chargeur V3 de Tesla : 250 kW (compatible seulement avec le nouveau Model 3)
  • annoncé en 2020, super-chargeur Porsche : 350 kW (modèle Taycan).

 

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