El Hierro : protection, luxe, tourisme, wwoof et économie bleue

Après un effort pour la conservation de la nature ayant débuté dès la fin des années 1940 par le corps forestier  national (la Dirección General de Montes puis l’ICONA) et qui ensuite s’est accentué, diversifié et donc enrichi dans les années 1990, El Hierro a créé « un brand », une marque ou une image forte de qualité avec « un content » pour utiliser la novlangue du marketing. L’île est devenue à la mode pour sa protection de l’environnement, à l’échelle mondiale grâce à l’Unesco, avec son label « Réserve de la biosphère » depuis l’an 2000, tout en restant peu fréquentée (en anglais). Un peu comme la marque de voitures de luxe Rolls-Royce utilisait pour son modèle ultra-exclusif le nom de « Camargue » dans les années 1975-86, il y a en 2016 la possibilité d’acheter une montre suisse de luxe, rigoureusement mécanique et automatique, Oris « El Hierro » Limited Edition.
Il est réjouissant de savoir que, à partir d’une « mauvaise chose » a priori soit la reprise du volcanisme (2011-2012) après plus de deux siècles de sommeil, les gens de l’île ont réussi par leur travail à inverser la tendance. Ils ont appliqué la maxime chère aux botanistes : « une mauvaise herbe est une plante dont on n’a pas encore trouvé l’usage ». Ainsi, ont-ils créé rapidement le Géoparc d’El Hierro et ils sont déjà labellisé Unesco depuis 2015 pour le tourisme scientifique.

1/05. Visite par le groupe du Centre de vulcanologie inauguré en 2015, suite à l'éruption de 2011-12. El Pinar, El Hierro.Cliché : M. Tapiau, IRD. ino
1/05. Visite par le groupe du Centre de vulcanologie inauguré en 2015, suite à l’éruption de 2011-12. El Pinar, El Hierro.Cliché : M. Tapiau, IRD.
1/05. Vue générale hors des bâtiments du Centre vulcanologique. El Pinar, El Hierro. Cliché : M. Tapiau, IRD.
1/05. Vue générale hors des bâtiments du Centre vulcanologique. El Pinar, El Hierro. Cliché : M. Tapiau, IRD.

Il se note que, derrière la publicité, il y a un petit volet éducatif avec trois bourses de master universitaire pour étudier le volcan sous-marin d’El Hierro (en espagnol). Nous sommes toujours, avec une société d’horlogerie suisse de luxe et à une moindre échelle, dans une démarche proche de celle des Rolex Awards pour lesquels, en 1993, j’avais obtenu la sélection du projet de l’arbre fontaine d’El Hierro.

Avec la montre Oris El Hierro, il y a un clin d’oeil aussi à la plongée sous-marine qui s’est bien développée localement en parallèle avec des sports verts tels le parapente, la bicyclette de montagne, le marathon toujours de montagne,  plus rarement le triathlon…

Le tourisme de luxe toutefois n’est pas la panacée du futur pour El Hierro. Je m’entends : ce serait une des voies possibles mais les îliens perdraient alors le contrôle de leur petit territoire en faveur de riches étrangers, souvent seulement de passage, un sort déjà fréquent pour bien des petites îles tropicales. Sur El Hierro, il n’y a qu’un hôtel de luxe, créé et géré par l’Etat qui souhaitait valoriser, par la chaîne hôtelière Los Paradores, le tourisme haut de gamme en Espagne au début du XXème siècle. Il faut rappeler que les habitants d’El Hierro avaient déjà refusé, dans les années 1990, la militarisation de leur île pour y construite une base espagnole aérospatiale de micro-satellites et qu’il se méfient du tourisme de masse, sachant la petitesse de la population insulaire (de l’ordre de 6 000 personnes de nos jours). Par conséquent les îliens ont refusé successivement l’emprise de l’armée espagnole puis celle les opérateurs touristiques pour la même raison de conservation de leur autonomie et de la maîtrise de leur destin. La construction de la centrale EnR de Gorona del Viento en grande partie autogérée renforce cette autonomie avec un volet d’indépendance énergétique. Toutefois, il n’y a aucun rêve d’autarcie sur El Hierro d’autant que les revenus dégagés de l’agriculture même bio (avec 30% des surfaces cultivées de cette manière), l’élevage extensif et la pêche durable, restent trop limités. D’où le choix d’un tourisme choisi qui passe en général par des gîtes ruraux (pouvant être certes luxueux) et par des croisiéristes faisant seulement escale pour la journée, mais aussi vers les gens de faibles ressources qui pratiquent le woofing (soit un tourisme social) dans les fermes écologiques. Mais connaissez-vous le WWOOF ? Sur El Hierro, il y a la ferme de Sabine, une éleveuse et propriétaire de gîte rural, qui accueille des adeptes du « woofing«  (quelquefois écrit « wwoofing »). Ces écovolontaires – oeuvrant à temps partiel et pour une courte période car leur but essentiel sur l’île reste le voyage et le tourisme d’immersion – la soulagent ; notamment soigner des chèvres puis travailler leur lait, jusqu’au stade du fromage et de sa commercialisation, est une tâche intensive et prenante.

Sabine et un woofer dans sa ferme La Finca La Paz. Guarazoca, El Hierro. Cliché : El Diario de El Hierro.
Sabine et un adepte du « woofing » dans sa ferme La Finca La Paz. Guarazoca, El Hierro. Cliché : El Diario de El Hierro.

Comme les autres visiteurs de l’île, beaucoup des membres du WWOOF, ce tourisme alternatif ou écovolontariat, choisissent El Hierro pour son côté rural,  sa tranquillité et ses paysages.

Fête pastorale à El Pinar. Fiesta de la Cruz, El Hierro, le 3 mai 2016. Cliché : M. Tapiau, IRD.
Fête pastorale à El Pinar. Fiesta de la Cruz, El Hierro, le 3 mai 2016. Cliché : M. Tapiau, IRD.


De façon plus générale, le grand isolement d’El Hierro aboutit en partie à une écologie circulaire, caractérisée par des circuits courts (faciles à obtenir, vu les seulement 300 km2 de superficie de l’île), qui est la base de l’économie bleue (*).  Le problème principal, celui de la disponibilité de l’eau sur une terre aride qui était essentiellement celui du dessalement, est largement résolu par les EnR locales de Gorona del Viento. Maintenant, il faudra s’atteler à celui de dégager des ressources économiques suffisantes pour les îliens afin qu’ils n’émigrent pas en masse, une fois leur études ou leur formation achevées, avant de revenir éventuellement y passer leur retraite. Le tourisme choisi (social, sportif, scientifique et naturaliste comme celui du luxe) est l’une des voies explorées.

(*) Le parlement français vient d’adopter le 7 juin 2016 une loi sur l’économie bleue, un qualificatif approprié pour le monde maritime et incluant un volet prenant en compte l’environnement. Cette nouvelle loi reprend, de façon incorrecte, le concept d’économie bleue, mis au point dans le cadre du Club de Rome.

2 réflexions sur “ El Hierro : protection, luxe, tourisme, wwoof et économie bleue ”

  1. peut on avoir les coordonnées de sabine pour voir avec elle les procédures de woofing chez elle .merci

    farah membre actif du collectif torba pour l’agroecologie dans mon pays

    1. Bonjour,
      Voici les coordonnées demandées mais il apparaît, sur le site de La Finca la Paz, que Sabine vend sa ferme, une chose qu’elle ne m’avait pas confiée en novembre dernier. Le plus simple serait de la joindre au sujet du woofing et de ceux qui l’offrent sur El Hierro.
      Sabine Rahtjen
      Calle La Pasada 40
      38916 Guarazoca / Valverde
      El Hierro / Islas Canarias
      Tel. 0034-922 55 13 24
      Móvil 0034-660 88 33 74
      E-Mail info@finca-la-paz.com
      http://finca-la-paz.com/index.html

      En bonus, une belle expérience en 2014 d’une jeune française, toujours sur El Hierro, avec le woofing avec d’autres coordonnées utiles :
      https://plusloinqueleboutdetonnez.wordpress.com/2015/07/13/el-hierro-tresor-cache/

      Bien à vous et bon vent à vos projets !
      Alain

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