El Hierro : le volcan Tagoro fait naître une nouvelle et belle espèce de bactérie marine

Le billet sera assez bref car j’ai manqué le train, toujours véloce, de la science. Heureusement, le site qui m’héberge, Futura-Sciences, avait été vigilant et la nouvelle y était déjà en ligne. Toutefois, vu que ce blog a une forte tonalité insulaire et qu’il est centré géographiquement sur l’île d’El Hierro aux Canaries, il était difficile de ne pas évoquer une information, bien diffusée dans les médias, depuis mai 2018.
La bactérie d’El Hierro Thiolava veneris, nouvelle pour la science, dont les tapis sous-marins sont spectaculaires, est, parmi les 10 espèces les plus remarquables, au Monde, découvertes durant l’année 2017.

Tapis sous-marin de la bactérie « cheveux de Vénus » (Thiolava veneris). Zone du volcan sous-marin Tagoro, fonds de l’île d’El Hierro, Canaries. © Miquel Canals, Universitat de Barcelona.

Il est rarissime qu’une bactérie fasse la première des titres. Sans doute est-ce partiellement pour sa splendeur qui évoque, dans ses tapis, les cheveux de Vénus. Son nom lui a été donné en référence à la déesse de la beauté de Botticelli, sortant des ondes, sachant aussi que sa découverte vient d’une équipe de recherche partiellement italienne.

Chaque année, la liste des dix nouvelles espèces au Monde les plus emblématiques est établie par le College of Environmental Science and Forestry (ESF), de l’université de l’Etat de New York, et, plus précisément, l’International Institute for Species Exploration (IISE), fondé en 2007 à Syracuse (toujours dans l’Etat de New York). Pour 2017, le jury a pu choisir entre 18 000 candidats potentiels. Néanmoins l’IISE rappelle que, dans le même laps de temps soit celui d’une seule année, les scientifiques estiment que 20 000 espèces disparurent, certaines avant même d’avoir été trouvées par l’homme. Le bilan, quant à la biodiversité, est donc négatif.

Thiolava veneris est une bactérie extrêmophile, pour la première fois décrite dans une publication scientifique de référence en avril 2017, « sortie de nulle part » pour reprendre une formule imagée de la divulgation scientifique. En fait, elle naquit de l’éruption volcanique à faible profondeur du volcan Tagoro, au large de l’île d’El Hierro, advenue entre octobre 2011 et mars 2012 (en anglais). Ensuite, dans un milieu totalement nettoyé des espèces antérieures, progressivement, la bactérie Thiolava veneris colonisa l’espace pour former un épais matelas, recouvrant environ 2 000 mètres carrés, à une profondeur de 130 mètres dans l’Océan Atlantique.

L’archipel des Canaries est connu, tel un hotspot ou encore comme un « point chaud », et de nouvelles îles devraient émerger, dans des temps géologiquement proches, à l’ouest des plus occidentales : La Palma et El Hierro. Ce sont les plus récentes (un million d’années pour cette dernière) et les plus chaudes. Des éruptions ont été encore enregistrées sur l’île de La Palma en 1971 dans la zone du volcan Teneguia (voir vidéo), et, sur El Hierro, lors du XVIème siècle au Lomo Negro, avant une forte crise sismique en 1793 (en espagnol).

Outre sa beauté, une raison qui a dû pousser le jury pour la distinguer, en tant que seule bactérie retenue, parmi les 18 000 espèces nouvelles pour la science en 2017, est que Thiolava veneris se développe, de façon optimale, dans un milieu extrême, le volcanisme sous-marin après un paroxysme, où normalement tout être vivant semblerait condamné.

Eruption du volcan sous-marin Tagoro (2011-2012), face à l’île d’El Hierro. A la suite de celle-ci qui s’acheva en mars 2012, apparut un tapis sous-marin de la bactérie « cheveux de Vénus » (Thiolava veneris), nouvelle pour la science. Port de La Restinga (visible sur la photographie), côte occidentale de l’île d’El Hierro, Canaries. © Miquel Canals, Universitat de Barcelona.

C’est un environnement encore plus hostile que le milieu affronté par la vie des sources hydrothermales sous-marines, découverte dans les années 1970, grâce au submersible Alvin, et dont l’exemple le plus connu est l’extraordinaire ver de Pompéi. Cet annélide s’épanouit à 42 °C, dans une eau sans lumière et globalement à 2 °C, tout proche de cheminées volcaniques à 350 °C, et sous une pression de 250 bars ou encore 255 kilogrammes-poids par centimètre carré ! Il vit aussi en symbiose avec des bactéries filamenteuses extrêmophiles qu’il porte sur son corps et qui sont comparables, par leur aspect, à la nouvelle espèce découverte sur les hauts fonds d’El Hierro.

Ver de Pompéi (Alvinella pompejana), de 15 cm de long, vivant au plus près des sources hydrothermales des profondeurs océaniques. Il est couvert d’un manteau de poils qui sont constitués de colonies de bactéries filamenteuses à métabolisme chimiosynthétique. © NSF, University of Delaware, College of Marine Studies, http://www.nsf.gov/od/lpa/news/press/01/pr0190.htm

La photographie mise en avant montre les traces, à la surface de l’Océan Atlantique, de l’activité du volcan sous-marin Tagoro à la fin de 2011. Au large de La Restinga, côte occidentale d’El Hierro, Canaries, Espagne. © E. Villalba Moreno.

 

 

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