El Hierro : un label de valeur durable ou un « brand content »

Des produits de la marque déposée d’El Hierro ou Mercahierro sont commercialisés, à petite échelle,  mais ils sont un acquis important soit un label de qualité ou une valeur ajoutée reconnus et appréciés dans tout l’archipel des Canaries.

Camion de la coopérative Marca Hierro. Poligono Industrial, Isora A. Gioda, IRD.
Camion de la coopérative Mercahierro. Poligono Industrial, Isora. Cliché : A. Gioda, IRD.

Presque partout ailleurs dans ce dernier l’agriculture, l’élevage et la pêche durables furent abandonnés depuis les années 60  à cause de la marche forcée vers le tourisme de masse voulue par Madrid, à la fin de la période d’ostracisme de l’Espagne qui avait suivi la fin de la Seconde guerre mondiale. Ce fut un développement qui sortit les Canaries de la pauvreté mais bien des îles furent abîmées de façon définitive par le bétonnage des côtes, le mitage des paysages par les lotissements et les centres commerciaux, la dite « civilisation automobile », etc.
Dans ce contexte et avec la crise espagnole particulièrement aiguë depuis 2007, l’île d’El Hierro est devenue, au-delà des modes en adoptant un langage de marketing, un « brand content«  générant une valeur durable pour l’écologie, le développement, l’énergie renouvelable et donc pour l’ensemble des produits issus de son agriculture, de son élevage et de sa pêche.
Cette démarche de qualité est soutenue par les efforts en parallèle du Club du Rome, un groupe de réflexion de capitaines d’industrie (un think tank en anglais) fort réputé,  qui a adopté l’économie bleue et illustre les efforts des petites communautés. Il en va de même pour le World Future Council qui est un autre groupe de réflexion de députés européens, de Prix Nobel alternatifs dont Chico Whitaker et la Secrétaire générale jusqu’à 2014 de l’UICN (Union Internationale pour la Conservation de la Nature), l’ONG la plus influente chez les naturalistes. Cette ONG a un frère plus jeune depuis 1961, le WWF avec le panda comme célèbre mascotte,  dont la puissance et le savoir-faire en terme de marketing sont amplement reconnus tandis que l’UICN, entre autres, met à jour régulièrement la Liste Rouge des espèces animales menacées.

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Embarcation de pêche durable dans le port de La Restinga, El Hierro. Cliché : A. Gioda, IRD.

La qualité du travail des îliens  – El Hierro ayant été distinguée trois fois par l’Unesco entre 2000 et 2014 – donnera une bonne assiette au développement d’un tourisme choisi qui reste peu onéreux car essentiellement rural. En reprenant le slogan des 3B bien connu dans le monde publicitaire en espagnol, « El Hierro, c’est bon, beau et bon marché ».

BBB
Le tourisme  de l’île repart de zéro, après la crise sismique et volcanique de 2011-2012. Les administrateurs d’El Hierro qui sont aussi des élus voudraient en faire un petit Stromboli, profitant de la dynamique du classement de l’île en Géoparc par l’Unesco fin 2014, en même temps que celle des Monts d’Ardèche (vidéo en espagnol).

Camionnette de la coopérative des pêcheurs assurant la seule distribution au public en tant que marchand ambulant. Photo prise au Pinar. A. Gioda, IRD.
Camionnette de la coopérative des pêcheurs assurant la seule distribution au public en tant que marchand ambulant. Photo prise au Pinar. Cliché :  A. Gioda, IRD.

Si j’ai pu attirer l’attention de médias tels Mediapart, Reporterre, La Croix, Terra Eco, Ça m’intéresse, l’AFP, Arte, la BBC, les radios nationales canadienne, belge et marocaines, d’autres ne serait ce qu’en France ont su mobiliser Géo, Le Monde, Le Figaro, Rue89, France Info, TF1 mais j’en oublie sûrement beaucoup.
Toutefois, déjà El Hierro a créé sa niche, en terme de stratégie de marketing, en jouant de sa petitesse, de son isolement et de sa « tranquille différence » qui est son slogan pour ses réalisations bien conçues et le rythme volontairement lent de son développement. El Hierro se présente tel un exemple harmonieux d’une communauté essentiellement rurale ayant glissé à l’âge postmoderne, sans passer par la case de l’industrie y compris celle du tourisme. L’île d’El Hierro montre bien qu’un autre monde est possible de façon normale. C’est le modèle d’une alternative naturelle et c’est pour cela qu’elle plaît.

 

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