Vendre du vent martien

La page d'accueil de la société Uwingu, vente en ligne pour nommer "son" cratère martien
La page d’accueil de la société Uwingu, vente en ligne pour nommer « son » cratère martien

Une société privée, fondée par des astronomes et chercheurs du programme spatial, a lancé une campagne pour lever des fonds. L’objectif est louable : procurer des bourses à des étudiants et financer de petits projets spatiaux. La méthode pour récolter les donations l’est moins : proposer au public de baptiser un cratère d’impact ou une province sur Mars, en échange de quelques centaines à quelques milliers de dollars le site—alors que ce rôle était dévolu jusque là à l’Union Astronomique Internationale qui n’en tirait aucun bénéfice.

La société privée en question, Uwingu, et son directeur Alan Sterns (qui est par ailleurs le responsable scientifique de la sonde New Horizons en route pour Pluton) profitent d’un flou juridique pour vendre ce qui ne leur appartient pas. C’est bien sûr moins abusif que d’autres campagnes, qui consistent à vendre des titres de propriété de parcelles lunaires (environ 50 euros l’hectare, avec vue imprenable sur la Terre), puisque la propriété privée ne s’applique pas aux terres du ciel, considérées patrimoines de l’humanité par résolution des Nations Unies en 1967.

La vente de terrains lunaires est une supercherie perpétuée depuis les années soixante.
La vente de terrains lunaires est une supercherie perpétuée depuis les années soixante.

Dans le cas présent, c’est plus rusé. On ne vend que des noms, sans que cela n’ait ou ne prétende avoir de signification réelle, sauf que l’on cache aux acheteurs que l’attribution des noms est officiellement le rôle de l’Union Astronomique Internationale. Là où il y a supercherie (et naïveté du client, qui vont de pair), c’est que des citoyens déboursent de l’argent contre la croyance que ces cartes et ces noms seront reconnus et éternels. Ils ne seront en fait reconnus que par deux personnes : le vendeur et l’acheteur.

Des noms sans conséquence sur des cartes sans lendemain, mais de l'argent pour certains.
Des noms sans conséquence sur des cartes sans lendemain, mais de l’argent pour certains.

Mais la tromperie va plus loin. En s’associant au « faux » projet Mars One de débarquement d’astronautes sur Mars (voir mon opinion sur le sujet sous cette même rubrique « Opinions »), la société Uwingu affirme que la carte sera officiellement utilisée par lesdits astronautes. Une fausse carte pour un faux projet : la supercherie est double, mais quand on est naïf et mal informé, on ne compte pas.

Pour contrer ce genre d’affaire, il faudrait que l’Union Astronomique Internationale ne laisse pas le terrain vide et s’occupe activement de nommer tous ces cratères et autres terrains martiens—comme elle le fait déjà pour les plus grands d’entre eux—avec l’aide de ce même public et gratuitement, ou du moins en faisant payer un modeste coût de dossier si ses statuts le permettent, car une telle opération prend du temps et implique du personnel, ne serait-ce que pour refuser des noms litigieux (non, pas de cratère Adolf Hitler, merci) et pour respecter une certaine éthique d’attribution avec des noms provenant de toutes les cultures et ne relevant pas du seul et aveugle dollar.

Quant à Uwingu, pour financer ses louables projets, qu’elle propose directement les projets eux-mêmes au bon vouloir des mécènes, plutôt que d’utiliser des chemins détournés. La fin ne justifie pas les moyens.

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