Archives de catégorie : Sciences

Budget de la NASA sauvé

Alors que la NASA était violemment attaquée dans son budget 2026 par l’administration Trump – avec des coupes proposées de l’ordre de 50 % dans les sciences terrestres (y compris la météorologie et l’étude du climat) et de 25 % dans les sciences planétaires – la Chambre des Représentants et le Sénat viennent de voter un projet de loi budgétaire (ce 14 janvier 2026), par une écrasante majorité (398 pour et 28 contre, chez les députés; 82 pour et 15 contre chez les sénateurs), rétablissant peu ou prou le financement demandé par la NASA.

Une victoire de la démocratie

C’est une victoire importante de la démocratie en ces temps troublés aux Etats-Unis, et qui empêche l’administration Trump de démanteler plus avant la science américaine en général et l’étude du climat en particulier. Reste au président à signer ce projet de loi budgétaire, mais si la démocratie fonctionne encore aux USA, il n’a pas le choix.

Les sénatrices Patty Muray (Démocrate, État de Washington) à gauche, et Susan Collins (Républicaine, État du Maine), à droite, ont défendu au sénat le projet de loi budgétaire en faveur de la NASA.


Les coupes voulues par l’administration Trump comprenaient notamment l’annulation de la plupart des futures sondes et télescopes spatiaux, en projet ou actuellement en fonctionnement, tels les futures sondes à l’étude pour l’exploration de Vénus ou , le prolongement (à faible coût) des missions à succès, comme Mars Odyssey, Juno, New Horizons et Osiris, et la participation aux programmes européens ou américano-européens Mars Express, EnVision (Vénus) et ExoMars/Rosalind Franklin. Tous ces projets sont donc sauvés.

Retour d’échantillons martiens annulé

Seule ombre au tableau : l’annulation du projet de retour d’échantillons martien (Mars Sample Return ou MSR), qui aurait envoyé un « livreur » chercher les tubes de roche et de sol collectés dans le cratère Jezero par le rover Perseverance au cours des cinq dernières années, et les rapporter sur Terre. Le budget estimé de 11 milliards de dollars, même si en toute hâte on avait cherché à le ramener à 7 milliards (sans garantie), plombait démesurément le budget de la NASA. L’annulation du projet, auquel devait participer l’ESA, est malheureusement logique.

Annulation du projet Mars Sample Return (image NASA)

Conséquence prévisible : ce sera la Chine qui réussira à collecter sur place les premiers échantillons martiens et prendra le leadership dans l’exploration de la planète rouge… à moins qu’Elon Musk s’en mêle. La suite dans un prochain article…

Pour plus d’information, consulter le site de la NASA :
https://nasawatch.com/congress/maryland-senators-take-on-space-budget/

L’avenir des sondes martiennes

La Nasa a renouvelé son intérêt pour une exploration assidue de la planète Mars au moyen de sondes automatiques. Avec deux robots automobiles encore en activité – Curiosity qui s’est posé dans le cratère Gale en 2012 et Perseverance qui s’est posé dans le cratère Jezero en 2021 – l’agence américaine n’avait pas de projets fermes sur le long terme. Il y avait bien le projet Mars Sample Return (MSR), un « serpent de mer » longtemps promis, qui ferait atterrir une plateforme près de Perseverance et un petit mobile pour aller en chercher les tubes à échantillons, et les stocker à bord d’une petite fusée qui les auraient catapultés en orbite martienne. Là, ils auraient été récupérés par un autre vaisseau automatique reprenant la route de la Terre pour les délivrer dans le désert américain. Toutefois, l’ardoise d’une dizaine de milliards de dollars est devenue inacceptable, et la Nasa cherche une solution moins coûteuse, au risque d’abandonner le projet.

La Nasa propose une stratégie de sondes peu coûteuses, par exemple plus robustes pour diminuer les coûts d’atterrissage en douceur (NASA/JPL-Caltech)


Une nouvelle vision à long terme de l’exploration robotique de Mars est en train de le devancer, sinon de s’y substituer : le retour à de petites sondes peu coûteuses – entre 100 et 300 millions de dollars – conduisant des missions simples et ciblées. Les trois axes de recherche seraient la vie sur Mars, la géologie ou l’étude climatique et atmosphérique de la planète rouge, et la préparation des futures missions pilotées, mettant l’accent par exemple sur l’exploitation des ressources au sol, gazeuses, liquides et solides.

En résumé, les chercheurs voudront cerner des questions précises avec des instruments simples, l’idée maîtresse étant désormais de profiter, grâce au moindre coût de ces petites sondes, de toutes les fenêtres de tir, c’est-à-dire tous les deux ans. La Nasa n’attend plus que les propositions, ouvertes également à leurs partenaires internationaux.

Trump, Musk et Mars

En cette fin 2024, il est temps de commenter le bouillonnement que va créer dans le programme spatial américain le second mandat de Donald Trump.
On peut penser ce que l’on veut du président américain, et je fais partie de ceux qui sont affligés par son élection, ses valeurs, et son programme politique et économique en général. Je suis tout autant affligé par les valeurs affichées par Elon Musk qui a décidé de soutenir le candidat républicain, mais c’est un calcul intelligent, comme toujours, et Musk en récoltera les dividendes.

Un nouveau directeur de la Nasa

On peut aussi être surpris par la nomination en cours, par les deux compères, du nouveau directeur général de la Nasa, en la personne de l’entrepreneur Jared Isaacman, pionnier milliardaire des logiciels de paiement sur Internet, tout comme son mentor Elon Musk, et surtout client et protégé de ce dernier, auquel il a acheté deux vols sur vaisseau spatial Dragon, en tant que passager du premier et commandant du second pour des missions en orbite terrestre.
Pilote de voltige aérienne de par ailleurs, Isaacman connaît bien l’aéronautique et l’astronautique, et surtout fait partie de la nouvelle génération de visionnaires qui sont prêts à casser les stratégies conservatrices et sans cesse remaniées de l’establishment pour révolutionner le programme de la Nasa, avec Elon Musk dans les coulisses.Jared Isaacman, futur directeur de la Nasa  (AFP)

Le programme lunaire sur la sellette

Je fais personnellement partie de celles et de ceux qui critiquent depuis longtemps le programme lunaire américain et le projet de station orbitale autour de la Lune, qui n’a aucune utilité, baptisé Gateway (“portail de passage”, mais on se demande vers quoi), qui draine le budget et surtout l’énergie et le talent de l’agence spatiale américaine. Tout comme je déplore le gouffre financier et l’impasse technologique de la fusée lunaire de la Nasa, le SLS (Space Launch System), dont la facture atteint déjà 30 milliards de dollars pour un seul vol. Elle n’est même pas capable à elle toute seule de poser un équipage sur la Lune, à la différence de la Saturn V, il y a plus de cinquante ans maintenant. De fait, le projet américain Artemis de poser un homme ou une femme sur la Lune avant la Chine est une course perdue d’avance. Les Chinois, avec leur programme cohérent et bien dimensionné à l’objectif établi, sont pour moi nettement favoris.Le lanceur SLS, un gouffre financier et sans avenir (Nasa/Joel Kowsky)

Et pourquoi pas l’Homme sur Mars ?

Quitte à perdre cette course, autant voir plus grand.
Déjà les éditorialistes du secteur, comme Rick Tumlinson de spacenews.com, entrevoient un rebattage majeur des cartes. Aussi pénible que cela puisse paraître, la logique qui sera vraisemblablement mise en avant par Musk et Isaacman consistera à annuler la station lunaire Gateway, annuler le développement à fonds perdus de la fusée SLS, et redéfinir un programme d’alunissage qui misera sur les fusées renouvelables – le Spaceship de Musk et le New Glenn de Jeff Bezos. Surtout, elle pourrait focaliser les énergies sur le vol piloté vers Mars. Car c’est là que se joue l’avenir du programme spatial automatique et piloté, qui redonnera à l’astronautique ses lettres de noblesse et relancera l’exploration du Système solaire par l’espèce humaine.

Volcanisme encore actif sur Mars

Les analyses convergent depuis deux ans – basées à la fois sur les images prises depuis orbite et sur la surveillance sismique au sol de la sonde InSight – pour suggérer que le volcanisme sur Mars est encore bien vivant.
L’essentiel du volcanisme sur la planète rouge a eu lieu lors du premier tiers de son histoire, entre 4,5 et 3 milliards d’années, avec les volcans de l’hémisphère Sud autour du bassin d’Hellas, le bombement volcanique de Tharsis et ses boucliers de lave géants dans l’hémisphère Nord, et ceux du bombement d’Elysium plus à l’est, dont l’activité principale a perduré jusqu’à quelques centaines de millions d’années seulement avant l’époque actuelle (et quelques millions d’années seulement pour quelques ultimes coulées de lave à leur pied).
Or, une ultime province volcanique s’est ajoutée à cette histoire, il y a environ 350 millions d’années, au sud-est d’Elysium, représentée par des plaines volcaniques et des fissures d’extension : la zone de Cerberus Fossae. L’aspect exceptionnellement jeune de cette province suggère là aussi une activité inachevée, avec des coulées de lave, voire des fontes de glace et des inondations, vieilles de deux à trois millions d’années seulement. Le choix de cette région comme site d’atterrissage de la sonde InSight de la NASA, porteuse d’un sismomètre français, n’y a pas été étranger.

La région de Cerberus Fossae, avec l’emplacement de la sonde InSight à gauche et le rectangle blanc correspondant à l’image de l’évent volcanique ci-dessous.


Non seulement la sonde InSight a détecté que l’activité sismique de Mars est actuellement focalisée sous Cerberus Fossae, mais les images orbitales de Mars Global Surveyor ont mis en évidence des fissures entourées d’un halo de cendres noires qui témoignent de récentes éruptions explosives : les chercheurs pensent que l’âge des éruptions est inférieur à 200 000 ans, voire autour de 50 000 ans seulement (la marge d’erreur étant encore assez large dans ce genre de photo-interprétation).

La fissure éruptive et son halo de cendres noires en forme de lèvre, photographiée par l’orbiteur Mars Global Surveyor (NASA/JPL/MSSS/The Murray Lab)


Dans un article publié le 20 octobre de cette année (2022), Jeffrey Andrews-Hanna et le Français Adrien Broquet, de l’université de l’Arizona, ont modélisé l’environnement géologique de Cerberus Fossae, en se basant notamment sur le champ de gravité qui permet de deviner la structure de la croûte et du manteau sous-jacent, et proposent un panache mantellique de type point chaud à l’œuvre sous la région, s’étendant sous la croûte en une galette de roche chaude de près de 4 000 kilomètres de large, fissurant la croûte et alimentant le volcanisme en surface.

Modélisation du panache (point chaud) sous Cerberus Fossae (©-ADRIEN-BROQUET-AUDREY-LASBORDES)

Amateurs d’éruptions insolites, mettez vos casques : vous savez maintenant où aller…

Une impact observé en direct

On a parlé récemment de l’impact d’un petit astéroïde d’une dizaine de mètres de diamètre sur Mars. Révélé en ce mois d’octobre 2022, l’impact a eu lieu en fait le 24 décembre 2021 dans Amazonis Planitia. Les vibrations de l’impact ont été relevés par la sonde au sol InSight, grâce au sismomètre français chargé de détecter les séismes martiens.
Ce n’est pas étonnant en soi : un objet de dix mètres de diamètre frappe la Terre, avec la puissance de 5 bombes d’Hiroshima environ, tous les dix ans environ. À cause de l’épaisseur de l’atmosphère terrestre qui les freine et les désintègre, peu d’objets de cette taille percutent le sol sur Terre et laissent un cratère, mais sur Mars c’est encore le cas.
Ce qui est particulièrement intéressant, c’est qu’un tel impact ait eu lieu lors des trois ans de fonctionnement de la sonde InSight et de son sismomètre, et qu’il ait émis des ondes dites « de surface » qui parcourent la croûte de Mars à faible profondeur et renseignent donc sur celle-ci : en l’occurrence qu’entre le site de l’impact dans la plaine d’Amazonis, environ 2000 km à l’est, et la sonde InSight dans Elysium, la croûte est plus dense qu’elle ne l’est aux environs immédiats de la sonde. Comme quoi la croûte martienne n’est pas identique partout, ce qui n’étonnera aucun géologue. Les planètes ne sont pas monotones.

L’impact dans Amazonis (en haut) permet d’étudier la croûte martienne entre le site de l’impact et le sismomètre de la sonde inSight (en bas)


Quant aux images, ce qui est intéressant, c’est que les quelques dizaines de mètres de profondeur excavées par l’impact, dans une région proche de l’équateur, des blocs de glace ont été rejetés en surface. Pour les vols pilotés à l’avenir, c’est encourageant : il y a de l’eau à faible profondeur même à ces faibles latitudes, pour alimenter les futures bases martiennes.

Le volcan martien des Canaries

L’éruption et la constitution d’un nouveau cône volcanique se sont déroulées sur l’île de La Palma (la plus à l’ouest dans l’archipel des Canaries), du 19 septembre au 13 décembre 2021. Étonnamment, le débit de lave et de cendres a été assez considérable en ce court laps de temps. Ma photo ci-dessous fut prise le 8 mars 2022.

Le cône le plus récent de La Palma (éruption septembre-décembre 2021 sur le Cumbre Vieja)


La nature basaltique et la fluidité de ces laves représentent bien ce que l’on observerait sur les flancs d’un volcan martien. Mais ce qui m’a le plus interpellé, ce sont les cascades de lave (aujourd’hui figées) qui ont dévalé la falaise de la côte (falaise très escarpée, taillée par érosion et glissements de terrain dans des laves plus anciennes). 

Coulées de lave franchissant les falaises de La Palma


On croirait voir les cascades de lave qui dévalent les falaises d’Olympus Mons sur Mars, sur son flanc est (deux photos ci-dessous, en plan large et en perspective gros plan, Mars Express, ESA)

Cascades de lave sur la falaise d’Olympus Mons, Mars.

Outre ces aspects saisissants de l’éruption, ce nouveau volcan a bien sûr ébranlé la vie de ce qui était en fait une région de La Palma assez densément peuplée, car ensoleillée et propice aux bananeraies. Plus de 2000 bâtiments (serres comprises) ont été détruites par la lave et la cendre, et environ 500 personnes ont perdu leur domicile: la région prendra du temps à s’en remettre.

Mars et l’Ukraine

Mars, dieu de la guerre, se retrouve au cœur de l’actualité à plus d’un titre, suite à l’invasion de l’Ukraine. Le tollé de la communauté internationale et notamment de l’Europe aura raison de l’ambitieux projet européen ExoMars, qui visait à lancer le premier rover de l’ESA vers la planète rouge, courant 2022. Ce rover de 300 kg, baptisé Rosalind Franklin, devait se poser dans Oxia Planum, en bordure du bassin de Chryse, et étudier roches et minéraux à la recherche de traces de vie présentes ou passées.

Test d’intégration du rover d’ExoMars “Rosalind Franklin” sur la plateforme d’atterrissage russe “Kazachok” (ESA/Thales Alenia)


Le projet a été maintes fois retardé, de deux ans en deux ans, vu la fenêtre de tir bi-annuelle vers la planète rouge : prévu à l’origine en 2018 sur une fusée Atlas américaine, le lancement avait d’abord été repoussé à 2020, suite au forfait des Américains, l’Europe se tournant alors vers la Russie pour le lanceur ainsi que pour la plateforme d’atterrissage (Kazachok) devant délivrer ExoMars en douceur au sol. Puis ce sont les tests peu convaincants des parachutes du module de descente qui forcent le report du lancement de 2020 à septembre 2022.

Cette fois, c’est l’invasion de l’Ukraine par la Russie qui jette à bas le projet, les coopérations spatiales avec la Russie étant gelées, d’abord par la Russie qui annule tous les lancements de sa fusée commerciale Soyouz depuis Kourou en Guyane – en réaction aux sanctions décidées par l’Europe – puis par l’Europe elle-même. Si la déclaration de Josef Aschbacher, directeur de l’ESA, le 28 février 2022, est diplomatiquement prudente, spécifiant que « les sanctions et le contexte plus général rendent un lancement en 2022 très improbable », le nouveau report de la mission ne fait aucun doute.
Heureusement, le rover européen n’avait pas encore été livré à Baïkonour pour intégration sur le lanceur russe Proton, de sorte qu’il n’a pas été pris en otage.

La fusée russe Proton qui devait lancer ExoMars vers la planète rouge (Roskosmos)

Ce nouveau report de la mission, à fin 2024 au plus tôt, est d’ailleurs, très probablement, un mal pour un bien. La plateforme de descente russe Kazachok avait déjà échoué dans sa tentative de poser sur Mars la sonde de l’ESA Schiaparelli en 2016 et, de fait, l’URSS et la Russie ne sont jamais parvenus à poser la moindre sonde en douceur sur Mars, alors que les États-Unis y sont parvenus huit fois sur neuf. Si les relations entre l’Europe et la Russie continuent de se détériorer, il est encore temps de changer de monture et de lancer ExoMars sur une plate-forme d’atterrissage américaine et un lanceur américain ou européen, en 2024 ou 2026. Les chances de réussite de la mission, et la force politique de l’Europe en sortiraient renforcées.

La Lune dans FUTURA

La Lune est à l’honneur dans le premier numéro du magazine FUTURA, en vente actuellement. Plus de 200 pages sur des sujets aussi variés que l’exploration de notre satellite, dont je décris l’histoire géologique ; l’ADN et les manipulations génétiques; l’agriculture mondiale, ses problèmes et ses solutions; et l’intelligence artificielle. À consommer sans modération!

Retour sur la Lune retardé

C’était bien sûr hautement prévisible. Le vœu pieux de Donald Trump de poser des Américain(e)s sur la Lune d’ici 2024 – calendrier adoubé par une NASA trop passive pour signifier au président qu’il était irréaliste et impossible – est en train d’être rattrapé par la réalité.
Ce programme Artemis est en effet la proie de nombreuses difficultés. La capsule Orion – successeur d’Apollo – n’a effectué qu’un vol inhabité jusqu’à présent ; la fusée SLS – successeur de la Saturn V – n’a toujours pas volé une seule fois ; et surtout l’atterrisseur lunaire destiné à poser les astronautes sur la Lune – le successeur du LEM – n’est qu’un projet pour l’instant : une adaptation de l’étage supérieur Starship de Space X dont les tests sont certes avancés, mais dont l’architecture doit être modifiée pour se poser sur la Lune et en redécoller, et qui doit être lancée en orbite terrestre basse et ravitaillée par le gros étage Heavy Lift de Space X qui n’a lui-même pas encore volé.

Le Starship de SpaceX posé sur la lune. Les astronautes utiliseront un ascenseur pour descendre au sol.

On passera discrètement sur le projet parallèle de la NASA de construire une station orbitale autour de la Lune (le Lunar Gateway) qui ne sert pas à grand-chose et ne fait que détourner les ressources de la NASA de sa mission première.
Même la première phase la plus facile du programme Artemis – envoyer simplement des astronautes faire le tour de la Lune et revenir sur Terre, comme au temps d’Apollo 8 – est en train de glisser d’une manière de plus en plus inquiétante. Un premier vol inhabité d’une cabine Orion autour de la Lune, d’abord prévu en 2020, puis en 2021, est désormais prévu en février 2022 au plus tôt ; et le vol d’une seconde cabine Orion autour de la Lune (mission Artemis II), cette fois avec des astronautes à bord, glissera logiquement à fin 2023, voire 2024.

La cabine Orion et son étage de croisière européen (l’ICPS) devrait prendre la route de la Lune en février 2022, sans astronautes à bord (mission Artemis I)

Selon ce calendrier, même si le troisième vol Artemis III était celui qui ferait rendez-vous avec Starship pour poser des astronautes sur la Lune, on serait déjà en 2025.
Mais même ce calendrier est douteux :  le Bureau de l’Inspecteur Général de la NASA (OIG) a publié ce 15 novembre un rapport soulignant que tout nouveau programme de vaisseau spatial, comme l’atterrisseur Starship d’Elon Musk, est estimé, selon les précédents historiques, à glisser de trois ou quatre ans. Résultat des courses : il faut plutôt prévoir le retour des Américain(e)s sur la Lune entre 2026 et 2028.
Cela remet les États-Unis et la Chine dos à dos, quant à qui sera la première nation à concrétiser le retour d’astronautes sur la Lune, et notamment à y poser la première femme, grande première que se disputent les nouveaux grands rivaux de la course à la Lune…

Le front du delta vu par Perseverance

Si le rover Perseverance est au repos jusqu’à la mi-octobre, Mars étant momentanément caché derrière le Soleil et les commandes radio impossibles, il n’en fait pas moins parler de lui. Dans une étude publiée cette semaine dans Science, (https://www.science.org/doi/epdf/10.1126/science.abl4051), une équipe de planétologues dont l’un des auteurs principaux est Nicolas Mangold (Laboratoire de Planétologie de l’Université de Nantes), a révélé et interprété de magnifiques photographies prises par les caméras de la sonde.

L’emplacement de Perseverance (en haut à droite) et la butte Kodiak qu’il a photographiée au téléobjectif (tout à gauche). (NASA)


On savait que Perseverance s’était posé au bord d’un ancien delta sédimentaire qui s’était bâti autrefois (il y a environ 3,7 milliards d’années) dans le lac d’un cratère d’impact d’une quarantaine de kilomètres de diamètre, le cratère Jezero. Le front tronqué de la pile sédimentaire du delta, révélant ses couches vue en coupe, est situé à 2 km de la sonde, avec au premier plan une petite butte témoin, baptisée Kodiak, à seulement 1 km. Or les images au téléobjectif montrent ses couches avec une impressionnante netteté.

Les couches du delta de la butte Kodiak et leur interprétation (en bas), tiré de l’article de N. Mangold et al. (Science)

Elles ont permis à Mangold et ses co-auteurs de mettre en évidence la succession de couches d’argile ou de grès (plus gros grains) déposés par la rivière Neretra Vallis lorsqu’elle a débouché dans le lac du cratère Jezero. On y voit une stratification horizontale de fond de lac, surmontée de strates obliques représentant des dépôts sur la pente sous-lacustre du delta, et tout en haut des couches horizontales montrant les derniers sédiments se posant près de la surface sur le bourrelet du delta, dans quelques mètres d’eau.

Les gros galets en haut du delta, roulés par de violents courants (‘tiré de l’article de N. Mangold et al., Science)

Cerise sur le gâteau, les images montrent par endroits une couche finale, tout en haut de pile, d’une nature tout à fait différente : un conglomérat de gros galets à moitié arrondis, dont certains de plus d’un mètre de taille, roulés par des courants beaucoup plus violents et sans doute épisodiques, qui ont marqué la fin de la séquence hydrologique du cratère Jezero. Ces crues catastrophiques peuvent avoir plusieurs origines, mais montrent bien, comme on le supposait déjà, que la fin de l’ère « pluvieuse » sur Mars, responsable des deltas de grès et d’argiles, a donné suite à un régime tout autre, peut-être associé à des glaciations suivies de violentes débâcles. On a d’autant plus hâte d’aller voir avec Perseverance, de beaucoup plus près, ces fronts de delta qui ont tant à nous apprendre…