Les moustiques ne choisissent pas leurs victimes au hasard. Ces insectes hématophages possèdent des systèmes sensoriels particulièrement élaborés, capables d’identifier leurs cibles favorites au milieu d’un groupe. Des travaux récents montrent que notre composition chimique corporelle influence fortement cette sélection et permettent aussi de mieux comprendre comment limiter les piqûres. Alors que leur aire de répartition progresse avec le réchauffement climatique, décrypter les mécanismes qui les attirent vers l’être humain devient un véritable enjeu de santé.
Les facteurs biologiques qui font de vous un aimant à moustiques
Les moustiques disposent d’un véritable arsenal sensoriel pour repérer leurs proies. À près de 60 mètres, ils peuvent déjà détecter le dioxyde de carbone que nous rejetons en respirant. Lorsqu’ils se rapprochent, leur odorat extrêmement sensible analyse les substances émises par notre peau, notamment au niveau des pieds et des aisselles. À une quinzaine de mètres, leur vision leur permet également d’identifier les silhouettes sombres. Enfin, leurs récepteurs thermiques et gustatifs les aident à choisir leur point d’atterrissage avant de piquer.
Une étude publiée dans Current Biology, menée par Diego Giraldo, neuroscientifique à l’université Johns-Hopkins, a montré que ces insectes sont capables de différencier plusieurs personnes dans un espace aussi vaste qu’une patinoire. Les résultats étaient particulièrement nets : les moustiques étaient quatre fois plus susceptibles de se poser sur le disque correspondant au participant le plus attractif.
Les acides carboxyliques, des composés chimiques présents dans notre sueur et dont l’odeur peut rappeler celle du fromage rance, exercent notamment une forte attraction sur les moustiques. Ces substances se retrouvent dans le sébum et sont également produites lorsque les microbes bénéfiques vivant sur notre peau dégradent certaines de nos sécrétions. L’acétoïne, elle aussi issue de l’activité du microbiome cutané, semble renforcer cet effet.
Plusieurs caractéristiques biologiques peuvent accentuer cette attirance :
- un microbiome cutané moins diversifié ;
- une production plus élevée d’acides carboxyliques ;
- une température corporelle naturellement plus importante ;
- certaines caractéristiques génétiques.

Comment les produits d’hygiène influencent l’attraction des moustiques
Contrairement à une idée répandue, prendre une douche ne diminue pas nécessairement l’attrait exercé sur les moustiques. Une expérience a comparé le nombre d’atterrissages sur des manches en nylon portées sur des bras non lavés, puis après l’utilisation de différents savons. À la surprise des chercheurs, certains produits augmentaient le nombre de moustiques attirés après le lavage.
L’effet d’un savon semble ainsi dépendre moins de sa seule composition que de la manière dont ses ingrédients interagissent avec l’odeur naturelle propre à chaque personne. Le limonène, présent en quantité importante dans plusieurs savons testés et pourtant connu pour ses propriétés répulsives, a paradoxalement renforcé l’attraction dans trois cas sur quatre. Ce phénomène pourrait s’expliquer par les mélanges particuliers qui se forment entre les substances du savon et celles naturellement présentes sur la peau.
Comme l’explique Clément Vinauger, neuro-éthologue à l’Institut polytechnique de Virginie, les moustiques ne réagissent pas uniquement à la présence d’une molécule. Ils tiennent aussi compte des proportions et des associations entre plusieurs composés. Une combinaison peut ainsi leur rappeler une plante sans intérêt, tandis qu’un mélange contenant les mêmes substances dans des proportions différentes peut signaler la présence d’un être humain.
Stratégies efficaces pour repousser les moustiques
Face à ces insectes particulièrement persistants, plusieurs méthodes étudiées scientifiquement peuvent réduire le risque de piqûres :
- Testez différents savons aux notes de noix de coco, une senteur qui s’est révélée dissuasive dans plusieurs expériences.
- Portez des vêtements à manches longues et de couleur claire, les moustiques étant davantage attirés par les teintes sombres.
- Utilisez des répulsifs contenant du DEET lorsque vous recherchez une protection efficace, notamment dans les régions où circulent des maladies transmises par les moustiques.
- L’huile d’eucalyptus citronné peut constituer une autre option, mais son application doit généralement être renouvelée plus fréquemment.
Certaines plantes aux senteurs citronnées peuvent également être utilisées à proximité des espaces de vie. Leur effet reste toutefois variable et elles ne remplacent pas un répulsif adapté lorsqu’une protection contre les piqûres est nécessaire.
Les chercheurs explorent par ailleurs des solutions probiotiques capables de modifier le microbiome cutané afin de rendre la peau moins attractive. Plusieurs travaux suggèrent que des microbiomes plus diversifiés peuvent être associés à des profils odorants moins favorables à l’attraction des moustiques. Cette piste pourrait, à terme, contribuer au développement de nouvelles méthodes de protection contre ces insectes et les agents pathogènes qu’ils transmettent.
L’avenir de la lutte anti-moustiques
Les recherches consacrées à l’attraction exercée sur les moustiques se multiplient, notamment en raison de leur grande capacité d’adaptation. Certaines espèces ont déjà modifié leurs horaires d’alimentation et peuvent piquer plus tôt dans la journée, ce qui leur permet notamment de contourner certaines protections utilisées surtout pendant la nuit. Cette faculté d’adaptation montre la nécessité de combiner plusieurs stratégies de lutte.
Les scientifiques étudient également le potentiel du machine learning pour proposer des recommandations personnalisées. L’objectif serait d’analyser le profil odorant d’une personne puis de déterminer quel répulsif pourrait être le plus adapté à sa composition chimique particulière. Une telle approche pourrait améliorer la protection des individus naturellement plus attractifs pour les moustiques.
Comprendre pourquoi certaines personnes attirent davantage les moustiques dépasse largement la simple question du confort. Avec l’expansion géographique de plusieurs espèces capables de transmettre le paludisme, la dengue ou le Zika, développer des moyens de protection plus efficaces constitue un enjeu majeur de santé publique à l’échelle mondiale. Les progrès de la recherche permettent peu à peu de mieux comprendre cette attraction complexe et pourraient ouvrir la voie à des solutions plus durables.
