Au cœur des forêts boréales de Sibérie, où le thermomètre descend largement sous zéro et où le sol demeure gelé une grande partie de l’année, vit un amphibien hors du commun : Salamandrella keyserlingii, plus connue sous le nom de salamandre de Sibérie.
Peu connue du grand public, cette espèce appartenant à l’ordre des urodèles compte parmi les rares vertébrés capables de supporter une congélation prolongée, dans un état où son activité biologique est fortement ralentie. Durant les hivers sibériens, elle peut résister à des températures extrêmement basses, jusqu’à -55 °C selon une étude publiée dans Biology par MDPI.
Un mécanisme étonnant d’adaptation au froid extrême
Chez la plupart des animaux, une telle exposition au gel serait fatale. La formation de cristaux de glace à l’intérieur des tissus peut en effet endommager les membranes cellulaires et provoquer d’importantes lésions.
La salamandre de Sibérie possède toutefois une remarquable stratégie de protection. Son organisme accumule notamment du glycérol, une molécule jouant le rôle de cryoprotecteur naturel. Elle contribue à limiter les effets destructeurs du gel sur les cellules et les tissus.
Cette capacité illustre les adaptations étonnantes développées par certains animaux confrontés à des environnements particulièrement difficiles. Chez la salamandre de Sibérie, ces mécanismes lui permettent de traverser des périodes de froid qui seraient incompatibles avec la survie de la majorité des vertébrés.

Le temps de l’hibernation
Chaque automne, généralement autour du mois de septembre, la salamandre de Sibérie entre en hibernation. Cette période se prolonge jusqu’à la fonte des neiges, entre avril et mai selon les régions.
Pendant ces longs mois, les individus trouvent refuge dans des troncs d’arbres, sous la végétation ou dans d’autres abris naturels. Ils restent alors presque totalement immobiles et peuvent supporter une congélation prolongée pendant plusieurs mois, dans des conditions rappelant celles rencontrées par certaines espèces de l’Arctique.
Une équipe de scientifiques ayant étudié l’espèce dans le bassin du fleuve Kolyma aurait même réussi à réanimer un individu resté emprisonné dans la glace pendant plusieurs années, selon un récit publié par New Scientist en 1993. Cette résistance possède toutefois des limites : lorsque les conditions deviennent trop sévères, certaines salamandres ne survivent pas.
Un modèle pour la science du futur
Aujourd’hui, Salamandrella keyserlingii n’est pas considérée comme une espèce menacée à l’échelle mondiale. Elle est classée dans la catégorie « préoccupation mineure » de la Liste rouge de l’UICN.
Sa faculté exceptionnelle à résister au gel en fait néanmoins un modèle particulièrement intéressant pour les biologistes. L’étude de ses mécanismes naturels pourrait notamment alimenter les recherches en cryobiologie.
À terme, une meilleure compréhension de ces processus pourrait contribuer au développement de nouvelles méthodes de conservation par le froid pour des tissus, des organes ou encore des cellules humaines destinées à la médecine.
