À partir de 55 spécimens récupérés directement sur le fond marin, les chercheurs ont distingué 48 formes animales différentes. Seulement neuf pouvaient être rattachées à des espèces déjà connues : les 39 autres pourraient être nouvelles pour la science. Un résultat qui laisse entrevoir l’immense quantité de biodiversité restant à découvrir dans les profondeurs.
Une exploration à plusieurs milliers de mètres sous la surface
Les spécimens ont été recueillis dans l’ouest de la zone de Clarion-Clipperton, une immense région du Pacifique située entre Hawaï et le Mexique.
Les prélèvements ont été réalisés entre environ 3 100 et 5 100 mètres de profondeur, dans des plaines abyssales et sur des monts sous-marins.
À de telles profondeurs, récupérer physiquement des animaux représente une opération autrement plus complexe que de simplement les photographier. Les scientifiques ont donc utilisé un véhicule télécommandé capable de travailler directement sur le plancher océanique.
Des images ne suffisent pas toujours pour identifier une espèce
Les caméras sous-marines ont considérablement amélioré notre connaissance des abysses. Elles permettent d’observer les animaux dans leur milieu naturel sans avoir à les remonter jusqu’à la surface.
Mais une photographie ne permet pas toujours de distinguer deux espèces morphologiquement très proches.
Pour obtenir une identification plus fiable, les chercheurs doivent parfois disposer d’un véritable spécimen. Ils peuvent alors examiner précisément son anatomie et analyser son ADN.
55 spécimens ont été remontés des profondeurs
Au total, l’équipe a collecté 55 spécimens de mégafaune benthique, c’est-à-dire des animaux relativement grands vivant sur ou à proximité immédiate du fond marin.
L’étude morphologique et moléculaire a permis de les répartir en 48 morphotypes différents appartenant à cinq grands groupes animaux.
Cette diversité est d’autant plus remarquable que le nombre de spécimens collectés reste relativement faible.
Seulement neuf correspondaient à des espèces déjà connues
Lorsque les scientifiques ont comparé leurs spécimens aux espèces déjà décrites, ils ont découvert quelque chose d’étonnant.
Parmi les 48 formes identifiées, seulement neuf pouvaient être rattachées à des espèces connues. Les 39 autres pourraient représenter des espèces encore non décrites.
Le terme « potentiellement nouvelles » reste important : une espèce ne devient pas officiellement nouvelle pour la science dès sa découverte. Des analyses taxonomiques approfondies sont nécessaires avant qu’elle puisse être formellement décrite et recevoir un nom scientifique.
Concombres de mer, étoiles et animaux étonnants peuplent ces profondeurs
Les spécimens appartiennent à plusieurs groupes caractéristiques des fonds océaniques. Les chercheurs ont notamment récupéré des concombres de mer, des étoiles de mer, des éponges et différents invertébrés.
Certains possèdent des silhouettes particulièrement inhabituelles. Dans les abysses, les animaux ont évolué dans un environnement radicalement différent de celui des zones côtières : obscurité permanente, nourriture rare et pression extrême.
Leurs formes parfois déroutantes correspondent donc avant tout à des adaptations à cet environnement.
Le « gummy squirrel » est devenu l’une des vedettes des abysses
Parmi les habitants emblématiques de la région figurent les animaux du genre Psychropotes, des concombres de mer dont certains ont reçu le surnom anglais de « gummy squirrels » en raison de leur étrange silhouette.
Ces animaux possèdent un corps mou et une excroissance pouvant leur donner une apparence presque irréelle lorsqu’ils sont observés sur le fond marin.
D’autres concombres de mer collectés lors de l’expédition appartenaient eux aussi à des formes qui pourraient correspondre à des espèces encore inconnues.
L’ADN a révélé des différences invisibles à l’œil nu
L’un des enseignements les plus intéressants de l’étude vient de la génétique.
Certains animaux paraissaient suffisamment semblables pour que les chercheurs envisagent qu’une même espèce puisse occuper une vaste partie du Pacifique.
Mais les analyses de leur ADN ont révélé des différences importantes. Des animaux presque identiques extérieurement pouvaient en réalité appartenir à des espèces différentes et posséder des répartitions géographiques beaucoup plus limitées.
Les abysses ne sont pas le désert que l’on imaginait autrefois
Les plaines abyssales ont longtemps été perçues comme des environnements relativement uniformes et pauvres en vie.
Les explorations modernes dessinent une image beaucoup plus complexe. Même lorsque les animaux sont dispersés et difficiles à repérer, la biodiversité des grands fonds peut être considérable.
Les chercheurs expliquent d’ailleurs qu’ils pouvaient parcourir une certaine distance sans rencontrer le moindre animal, puis découvrir un organisme appartenant presque systématiquement à une forme différente des précédentes.
La zone de Clarion-Clipperton attire aussi l’industrie minière
L’intérêt scientifique pour cette région ne doit rien au hasard. Son plancher océanique est couvert par endroits de nodules polymétalliques.
Ces concrétions se forment extrêmement lentement et contiennent notamment du manganèse, du nickel, du cuivre et du cobalt, des métaux présentant un intérêt économique.
La perspective d’une exploitation minière des grands fonds a donc renforcé l’urgence de documenter les écosystèmes présents avant toute perturbation à grande échelle.
Comment protéger des espèces que nous ne connaissons pas encore ?
Cette question constitue l’un des principaux enjeux de la recherche abyssale.
Pour évaluer correctement les conséquences potentielles d’une activité humaine, les scientifiques doivent savoir quelles espèces vivent dans une région, quelle est leur abondance et jusqu’où elles sont réparties.
Or, lorsque la majorité des animaux collectés pourraient appartenir à des espèces non décrites, établir cet état des lieux devient particulièrement difficile.
Certaines espèces pourraient vivre sur des territoires très restreints
Une espèce présente dans une grande partie du Pacifique et une espèce limitée à quelques centaines de kilomètres carrés ne présentent évidemment pas la même vulnérabilité face à une perturbation locale.
Les analyses génétiques suggèrent justement que certaines espèces abyssales pourraient posséder des distributions plus limitées qu’on ne l’imaginait à partir de leur seule apparence.
Déterminer cette répartition constitue donc une étape essentielle avant de pouvoir estimer correctement leur vulnérabilité.
Une immense partie de la biodiversité profonde reste probablement inconnue
Les 39 espèces potentielles ne représentent qu’un échantillon minuscule d’un environnement gigantesque.
La zone de Clarion-Clipperton s’étend sur plusieurs millions de kilomètres carrés et seule une petite partie de ses fonds a été explorée suffisamment précisément pour inventorier les organismes qui y vivent.
Chaque nouvelle campagne peut donc révéler des animaux encore absents des catalogues scientifiques.
Les grands fonds multiplient les découvertes surprenantes
Les progrès des véhicules sous-marins, des caméras haute définition et de l’analyse génétique permettent désormais d’accéder à des environnements autrefois presque impossibles à étudier.
Les découvertes se multiplient : nouvelles espèces, comportements inconnus et écosystèmes reposant sur des mécanismes très différents de ceux observés à la surface.
Cette exploration rejoint d’autres découvertes réalisées dans les profondeurs, où des carcasses de baleines à 5 000 mètres abritent elles aussi des espèces inconnues.
Ces 39 créatures pourraient n’être qu’un aperçu
La découverte ne signifie donc pas que 39 nouvelles espèces ont déjà été officiellement décrites. Elle révèle quelque chose de peut-être encore plus intéressant : sur 48 formes animales distinguées dans les prélèvements, seulement neuf correspondaient à des espèces connues.
Ce rapport donne une idée du travail qui attend encore les biologistes dans les plaines abyssales.
À plus de quatre kilomètres sous nos pieds, des écosystèmes entiers restent imparfaitement inventoriés. Ces 39 espèces potentiellement nouvelles pourraient ainsi représenter moins une découverte exceptionnelle qu’un premier aperçu de tout ce que les profondeurs océaniques ont encore à révéler.
