L’après des avions de Downsview
L’histoire de Downsview commence bien avant sa fermeture récente. Dès 1929, De Havilland Canada s’installe sur ce terrain et en fait un lieu important de l’industrie aéronautique canadienne. Pendant la Seconde Guerre mondiale, l’activité s’intensifie avec la production d’avions d’entraînement, destinée à répondre aux besoins militaires de l’époque.
Plus tard, en 1992, Bombardier reprend le site et y développe ses propres activités aéronautiques. Pendant des décennies, les hangars, les pistes et les ateliers ont donc rythmé la vie de ce morceau de Toronto. Mais en mars 2024, l’aéroport ferme définitivement après le départ de Bombardier vers d’autres installations.
Restait alors une question immense, presque vertigineuse : que faire de près de 150 hectares devenus inutilisés dans une ville où chaque mètre carré compte ? La réponse imaginée par Northcrest Developments ne se limite pas à reconvertir quelques bâtiments. Il s’agit de transformer l’ancien aéroport en véritable morceau de ville.
YZD, un éco-quartier en devenir
Le projet YZD ne verra pas le jour du jour au lendemain. Sa construction est pensée sur environ trente ans, comme une métamorphose progressive plutôt qu’un simple chantier immobilier. À terme, ce nouveau quartier pourrait accueillir environ 55 000 habitants et 20 000 travailleurs, dans un environnement où la place donnée à la nature sera centrale.
L’ensemble devrait s’organiser autour de sept quartiers, chacun avec sa propre identité. La grande piste d’atterrissage, longue de plus de deux kilomètres, ne disparaîtra pas totalement de la mémoire du site. Elle deviendra au contraire l’épine dorsale du projet, transformée en promenade piétonne et en parc linéaire par le cabinet Michael Van Valkenburgh Associates.

L’idée est aussi de mieux relier cette partie de Toronto au reste de la ville grâce aux transports publics. Les déplacements à pied, à vélo et en transport collectif seront privilégiés, tandis que l’ancien béton et l’asphalte du site devraient être réutilisés, notamment pour créer de nouvelles voiries.
Autre choix important : ne pas tout raser. Les anciens hangars, dont certains datent des années 1950, doivent être conservés autant que possible. Cette stratégie permet de réduire l’empreinte carbone du chantier, mais aussi de préserver l’identité industrielle et aéronautique du lieu. Un ancien hangar réinventé en espace de vie ou de travail aura toujours plus de caractère qu’un bâtiment neuf sans mémoire.

Le premier secteur attendu est le quartier du Hangar. Il pourrait commencer à prendre forme à partir de 2028, après plusieurs années de travaux préparatoires consacrés aux réseaux, aux routes et aux infrastructures. Cette zone, qui s’étend sur environ 40 hectares, sera l’une des plus vastes de l’ancien aéroport.
Avec un coût estimé à plusieurs dizaines de milliards de dollars sur trois décennies, l’éco-quartier YZD représente aussi un enjeu économique majeur. Dans une métropole confrontée à une forte pression immobilière, il pourrait offrir de nouvelles opportunités de logement, d’emploi et d’activité.
La nature et encore la nature
L’un des aspects les plus ambitieux du projet repose sur la renaturation du site. Avant les pistes et les hangars, cette partie de l’Ontario était liée à un paysage naturel dominé par la forêt carolinienne. Les concepteurs souhaitent s’inspirer de cette mémoire écologique pour réintroduire progressivement une végétation locale et favoriser le retour de la faune indigène.

Les toitures des hangars existants devraient notamment être végétalisées. Ce choix n’est pas seulement esthétique : il permet aussi d’améliorer l’isolation thermique des bâtiments et de mieux gérer les eaux de pluie. Dans une ville de plus en plus confrontée aux épisodes de chaleur et aux pluies intenses, ce type d’aménagement devient un véritable outil d’adaptation.
Des noues végétalisées, des plantations adaptées et des infrastructures vertes doivent également limiter le ruissellement. Le projet s’inscrit ainsi dans une logique de nature en ville, avec l’idée que les espaces verts ne sont plus un simple décor, mais une composante essentielle du confort urbain.

Pour travailler cette dimension paysagère, Northcrest Developments s’appuie notamment sur l’expertise du cabinet danois SLA. L’objectif est de créer un quartier où l’on ne traverse pas seulement des rues et des immeubles, mais aussi des espaces plantés, des zones de fraîcheur et des lieux de respiration.
Un pari fou, durable et passionnant
Ce qui rend YZD particulièrement intéressant, c’est son attention aux détails. Le projet ne se contente pas de parler de développement durable à grande échelle. Il cherche aussi à donner une seconde vie aux éléments du passé aéronautique. Des conteneurs d’avions pourraient devenir des jardinières, d’anciens équipements être transformés, et les éclairages de piste retrouver un usage grâce à des systèmes basse consommation.
Ce mélange entre mémoire industrielle et innovation urbaine donne au lieu une identité rare. On imagine déjà ces anciens hangars devenus ateliers, marchés couverts, espaces culturels ou lieux de rencontre. Un peu comme lorsqu’une ancienne gare ou une friche portuaire retrouve une nouvelle énergie, sans effacer totalement ce qu’elle a été.
Bien sûr, le défi est immense. Un projet sur trente ans devra s’adapter aux évolutions économiques, sociales et climatiques. Mais c’est précisément cette ambition qui rend la transformation de Downsview si fascinante.
L’ancien aéroport fantôme pourrait ainsi devenir l’un des nouveaux visages de Toronto : un quartier dense, vivant, connecté, mais aussi plus vert et plus flexible. Là où les avions ont cessé de passer, une nouvelle ville est en train de se préparer.
